TOME II
l'indispensable nécessité de s'unir, de s'associer sur une large base, indépendante de tout ce qui nous a divisés jusqu'à présent. Prêtons-nous un secours mutuel contre quiconque attaquerait , soit nos personnes, soit nos biens, soit quelqu'une de ces liliertés qui font partie de notre vie même, et comme hommes et comme Français. Garantissons-nous-en les uns aux autres la pleine jouissance. Jurons tous que nul, quel qu'il soit , n'y attentera impunément. Liberté de conscience et d'enseignement, liberté de la presse et d'association , lil)ertés civiles et politiques, liberté de travail et d'industrie , tels sont et nos droits naturels et nos droits acquis : que ceux qui tenteraient de nous en priver, qnel(|ue nom qu'ils prennent , de quelque prétexte qu'ils s'autorisent , nous trouvent devant eux debout , la tête haute, prêts à combattre et prêts à mourir, plutôt que d'en rien céder. Et nous ne mourrons pas ! car, si le droit est de notre côté , la force y est aussi ; et la lâcheté seule, la plus indigne, la phis vile lâcheté , pourrait nous perdre. Notre salut dépend de nous ; il dépend de la confiance que nous aurons les uns dans les autres, de l'oubli complet du passé, d'un mot dit avec cet accent qui tue le doute , et sur lequel jamais ne se méprennent les gens d'honneur.
Toutefois , qu'on l'entende bien , notre pensée n'est pas qu'on s'en tienne à des paroles ; il faut plus, il fautdes actes pour opposer à d'autres actes. Biais une action commune im|)lique l'idée de concert, et par conséquent d'organisation. Organisonsnous donc légalementr-; formons une grande confédération qui embrasse la France entière , une vaste société d'assurance mutuelle , où chacun trouve la garantie de sa sûreté et de ses droits : que , s'ils sont menacés seulement , la voie des réclamations nous est ouverte; qu'elles partent de tous les points du pays pour arriver , dans les formes voulues , au gouvernement et aux Chambres : que chaque commune ait son comité, qui correspondra avec un comité central établi dans le cheflieu de département, afin de donner, tout à la fois , plus de mouvement et d'ensemble aux démarches légales destinées à faire parvenir au pouvoir qui s'égarerait les avertissements, les vœux, les plaintes, et, s'il le fallait, les volontés de la France. On ne les écoutera pas , diront peut-être quelques personnes que préoccupent les souvenirs du passé. On ne les écoutera pas ! oubliez- vous donc que vous avez, pour contraindre à ce qu'on vous écoute , et l'urne électorale , et tant d'autres moyens dont l'usage est aujourd'hui bien connu? On ne vous écoulera pas ! et qui oserait ne pas vous écouter? Après tout , s'il arrivait qu'on fermât l'oreille à vos plaintes, qu'on repoussât vos justes réclamations , la loi a pourvu
4âS ARTICLES
â ce déni de justice , comme ellea poiinu à la sûreté pulilique et au maiulien de Tordre , en créant les gardes nationales. Elle vous appelle à en faire partie ; elle tous confie elle-même la défense de vos propres droits. S'ils vous étaient jamais ravis , elle s*est absoute d*avanoe , et vous ne pourrez en accuser que vous.
Nulle sécurité ni pour les hommes, ni pour les propriétés, ni pour aucuns droits , si ceux que devraient unir les mêmes intérêts , ceux qui n'ont de salut à espérer qu*en s'associant pour leur défense commune, se divisent au contraire , s*isolent , et se livrent ainsi , victimes volontaires de leur défiance mutuelle, à quiconque voudra les attaquer. Voilà ce que nous avons essayé de faire sentir , ce que nous disions hier, ce que nous répéterons jusqu'à ce qu'on le comprenne , jusqu'à ce que notre voix ait pénétré nu fond de tous les cœurs qui battent encore au saint nom de la patrie , qui ont foi dans la vérité , dans la justice , dans Tordre ; qui palpitent d'une grande cs()érance , lorsqu'au milieu du bruit des factions, et loin, bien loin au-dessus des tempêtes qu'elles soulèvent , se fait entendre , comme un écho du ciel , ce cri qui ne meurt point : Dieu et la Liberté !
Cependant il reste , nous le savons , des préjugés à vaincre : d'anciennes idées , de vieilles méfiances, Th.'ibiUiile de se cunsidérer comme politiquement ennemis , séparent oiicore les hommes dont le conroursesl in<li>p»"nsa!»ii'i>our préserver la France des ] lus extrêmes ealamilés. Il faut montrer qu'une alliance entre eux est possible , (piVlle n'exiiye aueun sacrifice (|iii )>uisse alarmer la conscience ou l'honneur . (|u'il doit en résulter d'inniienses avanlaj;es, si Tmi sait ajir avec ensemble et avec éner(;ie; enfin . (|u'ell(r est nécessaire au salut commun.
£1 (raburd elle est possible , car elle n*im]dique rien dont tout le monde , hors les anarchistes, n*ait un égal besoin : la silrelé des personnes nuituelleujent garanties eonlre les proscriptions et contre les violences arbitraires , soit des factions , soit du pouvoir lui-même ; la srtrelé des propriétés garanties eontre le pillage, et, s'il y avait lieu , contre la confiscation h-gale à jamais abolie par la Charte ; la liberté de «onseience et d'enseignement. |)remière base de la paix publi<|ue, droit sacré de quiconciue a touché le sol français; les libertés politiques, civiles , administratives , afin (pie le pouvoir , s'il tendait à dégénérer en despolisme, trouve partout des barrières insurmontables ; la liberté de la presse ( l la liberté d'association, sans lesquelles la défense n'est possible pour personne. Oui ne vou<lrait pas