SI
qu*aieot à redouter les peuples , le despotisme et Fanarchle ; que , par conséquent , s'opposer à cette conséquence nécessaire de l'état actuel des esprits, c'est s'opposer à l'ordre tel qu'il peut exister maintenant, c'est prolong^er les convulsions qui agitent et tourmentent le monde, c'est, après tant de calamités, en appeler de nouvelles sans ternie et sans nombre.
Or, voilà ce que les honnêtes gens, également abusés par leurs espérances, leurs craintes et leurs souvenirs, n'ont pas compris, ce qu'ils ne comprennent pas encore. Ils ont toujours cherché le salut, non dans les voies invariables par lesquelles Dieu gouverne les êtres intelligents, mais dans la forme , presque arbitraire en soi , des institutions, dans un homme, dans une race, dans tout ce qui n'est rien et ne peut rien.Jls ont cru surtout, et ceci est leur plus dangereuse erreur , que le mal était dans la lîl»erté même, qu'il fallait dès-lors la restreindre autaut qu'on le pouvait , et fortifier le pouvoir contre elle^Gomme on ne fait point de révolution sans écrire , sans parler , sans s'assembler, sans se mouvoir , à leurs yeux la presse, la parole, les associations, le mouvement, étaient la révolution même, lis auraient voulu empêcher tout cela pour la plus grande paix du genre humain ; et ce silence, cette mort, c'était ce qu'ils appelaient avec attendrissement une sage monarchie , et un gouvernement paternel. Aussi les a-t-on vus sans disconlinuation , combattant ce qui , de nos jours, est le premier besoin des peuples, la vraie, la seule condition d'ordre en l'absence du principe divin , disputer à la liberté chacune de ses victoires , lui en ravir le fhiit, l'offrir au despotisme comme uue oblation de la peur, et perpétuer ainsi, par. une contradiction déplorable, la guerre même qui )es effrayait.
Qu'est-il, en effet, arrive de là ^ En s'opposant depuis quinze années à raffermissement de la liberté et à son dévelopi>ement devenu nécessaire, on n'a réussi qu'à rendre plus vif, aussi bien que plus général, le sentiment de cette nécessité indispensable. On a établi une lutte à mort entre elle et le ]>o(i- Toir, détruit la confiance mutuelle, créé d'ardentes inimitiés , irrité les haines des partis , provoqué leurs Yiolenccs, et mis en question l'existence même de la société déchirée en lambeaux par les factions comme un vieux vêtement. A chaque symptôme de malaise qui se manifestait dans la nation , aussitôt les honnêtes gens de se précipiter du côté du pouvoir trop faible , disaient-ils , et de travailler à reconstruire , avec les débris des libertés publiques, l'édifice , sacré pour eux , de la prérogative. Et cependant, à mesure qu'il montait, l'indignation montait avec lui, et le ciel s'obscurcissait , et les tempêtes s'amassaient autour des créneaux et au-dessus
du faite de cette odieuse prison de nos droits. Elles ont éclaté enfin : et l'on doit reconnaître aujourd'hui qu'en croyant éloigner la révolution , on ne faisait que la rendre plus inévitable, et qu'en croyant servir le pouvoir, on hâtait seulement et on assurait sa ruine^l car ce ne sont pas les armées, même fidèles , qui font la vraie force du pouvoir, mais l'assentiment, l'affection des peuples : et les peuples ont, à chaque époque, l'instinct infaillible de ce qui est devenu pour eux, n'importe pour quelle cause , une condition de la vie.
Et voyez ce qu'on a gagné , durant ce période de dissolution qu'on appelait la Restauration , à chercher dans la volonté prépondérante d'un seul la sûreté qu'on aurait pu si aisément trouver dans la pleine jouissance des droits ou dans l'égale liberté de tous. Considérez l'usage que le pouvoir a fait et qu'il fera toujours , tandis qu'il ne sera qu'un pouvoir purement humain , de l'autorité , arbitraire au fond , que lui confiait et la politique de l'habitude et la politique de la peur. Qui n'a pas été meurtri par ses fers ? qui ne s'est pas plaint de son oppression? Oppression stupide, qui, atteignant tous les intérêts et toutes les opinions , parce que tout ce qui n'était pas servile lui paraissait menaçaut, ne profitait qu'à quelques hommes veudus, et pesait sur tout le reste sans relâche comme sans distinction. Dans l'enfer légal qu'on nous avait fait , nous ressemblions à ces malheureux que Dante a peints se traînant et haletant sous des chapes de plomb, et, coi.me eux , nous n'apercevions devant nous que cette éternité.
Car, je vous le demande , quel était votre état , à vous, catholiques, dans l'indigne dépendance où votre Église était de la puissance civile: esclave dans le choix de ses évêques, dans l'institution de ses curés, dans ses relations avec son chef; esclave dans sa discipline, dans ses écoles, dans ses prières, dans sa doctrine même?
Quel était votre état , à vous , pères de famille , obligés de laisser vos enfants privés d'instruction, ou de les livrer à l'enseignement dont le pouvoir se réservait le privilège , à quelque drgré que votre conscience repoussât cet enseignement ?
Quel était votre état, à vous tous qu'atteignait le caprice de Tarbitraire, lorsque, sans force individuellement , on vous refusait le droit de vous associer pour faire entendre des réclamations communes ?
Quel était votre état, à vous, habitants des communes , des arrondissements , des départements , lorsque, dépouillés du droit naturel, imprescriptible, de traiter entre vous de vos propres affaires, de. les régler de concert et de les terminer à votre gré , une administration lointaine , ignorante des lieux ,
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indifféreiile à leurs intérêts, décidait de ces intérêts, seule , en dernier ressort, el que la France entière était déclarée en minorité per[>étuelle ? Quel était votre état, quand vous ne pouviez disposer même de vos propres deniers, soit pour établir une école, soit pour soutenir un hôpital, pour réparer un édifice , pour creuser une Fontaine, sans le hon plaisir d*un ministre, chargé tout enseml)le et de contrôler les volontés des vivants, et de réformer les dernières volontés des morts ?
Quel était votre état, à vous tous. Français, lorsqu'après avoir reconnu votre droit de discuter et de consentir Timpùt, droit sans lequel on ne conçoit môme pas celui de propriété, on osait vous dire qu'à la vérité ce droit vous ap])artenait , mais en ce sens que, libres d'accorder le milliard que le prince daignait vous demander, vous ne Tétiez pas de le refuser : dérision telle , (jue peut-être on n'insulta jamais si impudemment au bon sens du peuple?
Et voilà où nous a conduits cette funeste erreur de placer la garantie de Tordre dans un pouvoir qui ne peut être aujourd'hui , ou que la force brute, ou que la tyrannie (Tune raison, d'un intérêt particulier, opprimant les intérêts et la raison de tous. Que si, au lieu d'abdiquer nos droits entre les mains de ce pouvoir impuissant à changer sa propre nature , nous Tavions forcé à les respecter, il subsisterait encore ; et la France s'avancerait, sinon sans agitation, du moins sans de trop vives secousses, vers ses destinées à venir. L'anarchie ne pourrait se couvrir de je ne sais tjiicls Lunbeaux ch' jiislice : contrainte de se montrer telle qi:VIIeest, sa sanj^laiite niulilé inspirerait une horreur universelle.
i> que Uinis n'avons pas F.iil , commençons à le faire. Comprenons qu'entre TnrjjliMlu syslèujedi^in, fondé sur Tob(Mssanee libre de la raison et de la volonté à une loi immuable reconnue j;éiiéralement, et Tunilé du système brûlai Fondé sur l'obéissance forcée à un homme dont la raison Fail la vérité, et la volonté la justice , il n'exiNle d'autre milieu (pie la liberté in(li\iduelle é^ale pour tous, <'ntière pour tous, l nissons-nous ]>our la conipierir et |)our la défendre. Elle est devenue nécessaire au monde; en elle, en elle seule, il trouvera le rep<»s : car, si elle n'établit pas le règne de Dieu, elle brise au moins le joug de Thonune.
OPPRESSION DKS CATIfOI.IQUKS.
20 novembre 1830.
La liberté religieuse et la liberté de l'enseignement, qui en est inséparable, ont été solennellement
proclamées dans la nouvelle I^i fèndameDtale; et la Charte , en cela , n*est que Texpression du besoin des temps et de la volonté ferme du pays, qui ne reconnaît pas au pouvoir le droit de commandera la raison ni à la conscience, indépendantes par leur nature du souverain politique. Toutes les fois qu'à ce titre il prétend s'interposer entre Thomme et Dieu, prescrire les croyances, régler le culte, il n'est plus qu'une sacrilège et ridicule parodie de Dieu même. Accepter ce joug dégradant , ce serait descendre au-dessous de Fesclave : car, sous les fers qui courbent le corps, Tàme, si elle le veut, demeure libre ; et le désespoir de celui qui se croit maître, parce qu'il peut tuer, est de sentir que là, au fond de cette âme, il y a une vie qui lui échap|ie, quelque chose qui ne plie pas, et que jamais il oc saurait atteindre.
Catholiques, c'était hier que, sur les débris d'une monarchie brisée par le peuple, on vous faisait, à la face du ciel , ces promesses de liberté. Comment les a-t-on tenues? A peine les paroles qui vous affranchissent étaient-elles prononcées, qu'on wî hdtait de resserrer vos liens. Ici on ordonnait administrativement des prières, là on renversait sous vos propres yeux le signe sacré de votre foi , ailleurs on introduisait avec violence dans vos églises les cercueils de ceux qui , jusqu'à la mort , avaient repoussé votre communion; le sanctuaire mèoie était profané , on s'emparait à main armée des édifices consacrés à Téducation de la jeunesse sur qui reï)ose la |)er|Mluité do votre culte. A'oilà ce qui sVsl fail, ce qui se Fail encore; c'est ainsi qu'on a respecté vos droits.
Si vous n'étiez en France qu'une iuipuissiinle minorité , nous vous dirions : Puiscjue vous ne pouvez obtenir, des hommes inicpies qui abusent contre vous de leur force, la paix et la liberté sans lesquelles il n'est point de pairie, agenouilIez-vous une dernière l\>is près du tombeau de vos pères, et puis levez-vous, partez, quittez cette terre de tyrannie, el «rherehez sous le ciel un lieu où il vous s<ùt permis «l'adorer selon votre conscience celui qui Fail le\er le soleil el tomber la pluie iudislincleiuent sur toutes ses créatures. Allez chez les |)eupl<'S qu'on nomme barbares; ils ne viendront |>as crocheter les portes du temple où vous célébrerez les mystères saints, pour jeter un cada\re au pied de vos autels; ils ne troubleront pouit vos prières; car la prière est sacrée partout, excepté dans les pays qui furent chrétiens et qui ont cessé de l'être : fuyez dans le .Nouveau-Monde, au fond des forêts; le sauvage vous vaudra mieux que ces parleurs de civilisation ; il ne s'arrogera point d'autorité sur vos consciences, il ne se fera pas un jeu de les torturer , et vous pourrez
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pn paiis. planter la croix près de sa pau?re hutte.
Catholiques, voilà ce que nous vous dirions si vous n*ëtiez qu'en petit nombre; mais vous êtes ringt-cinq millions , et l'on ne dit point A vingt-cinq millions d'hommes : Partez! et vingt-cinq millions d'hommes ne se le laissent pas, ne doivent pas se le laisser dire. Vous avez des droits, des droits reconnus ; si on vous les ravit , n'en accusez que vous-mêmes : ils seront à Tabri de toute atteinte, lorsque vous aurez sérieusement résolu de les défendre. 'A quoi servent des plaintes timides? gémissez moins , et sachez vouloir^, Au lieu de TOUS isoler, associez-vous. Que vous manque-l-il, sinon le concert qui donne du courage aux plus Aiibles , et d'où naît une action a igoureuse et continue? On compte trop sur votre patience. Trainez vos oppresseurs devant les tribunaux ; que les Chambres retentissent de vos réclamations. Il faudra bien qu'on les écoute. Parlez avec force , parlez sans crainte. Que peuvent contre vous des Députés qui ne peuvent rien que par vous ? lis sont vos mandataires, rien de plus; ils représentent la France, et vous êtes, la Charte le dit, /a majorité des Français.
Ici se présente une réflexion : Qui possède le pouvoir en France ? Un souverain que nous a fait la révolution de juillet. A quel titre règne-l-il? En vertu du choix national , sous la garantie des serments qu'il a prêles de respecter nos droits à tous ; de maintenir la liberté religieuse, et de donner la liberté d*en:»eignement. Voilà ce qu'il jurait il y a quatre mois. Est-ce donc que quatre mois sufiiraienl pour périmer de pareils serments ? Que s'ils n'ont pas cessé d*être obligati'ires , d'où vient Poppression qui pèse sur nous (Ou le pouvoir ne peut pas, ou il ne veut pas, en ce qui nous concerne, être [îdèle à ce qu'il a promis. S'il ne le peut pas, qu'est-ce que cette moquerie de souveraineté, ce fantôme misérable de gouvernement , et qu*y a-t-il entre lui et nous? 11 est, à notre égard, conmie s'il n'était pas; et il ne nous reste, eu Foubliant, qu'a nous protéger nous-mêmes.
S'il ne le veut pas , il rompt le contrat qui nous liait à lui, il déchire son titre; car nous nous tenons obligés à lui être soumis , à le soutenir , mais à la condition expresse qu'il tiendra lui-même ses engagements envers nous : sinon y tion.
Or, comment se persuader que le pouvoir veuille réellement respecter nos droits? Presque partout, qui les a violés si ce n'est ses propres ngents? Les a-t-il punis? les a-t-il seulement dê.savouês? Et qu'on ne dise pas qu'il aurait eu peur trirriler nos ennemis : la peur est infime lorstiu'elle rend inique, et l'infamie ne justifie pas. Que craindrail-il, d'ailleurs, à être juste? ne sommes-nous pas les
plus nombreux, et prêts à le défendre, lorsque lui-même il nous défendra? Et puis nous ne réclamons aucun privilège ; ce que nous demandons pour nous , nous le voulons également pour tous les autres ; il ne peut , il ne doit y avoir désormais aucune distinction entre les Français.
Disons-le hautement, le pouvoir est hostile contre nous. Voyez avec quelle hâte , quelle ardeur ses ministres s'en vont fouiller dans les registres de l'ancien despotisme , pour en exhumer des ordonnances illégales, en contradiction avec la Charte, avec les droits reconnus, avec les serments jurés* et cela pourquoi? pour assouvir un aveugle besoin de persécution qui les presse. Catholiques, il faut que vous soyez bien avant dans leur mépris , s'ils ont cru que vous supporteriez en silence le joug de fer qu'ils appesantissent sur vous, s'ils ontcru qu'ils pouvaient tenter impunément de vous l'imposer.
Et ce n'est pas tout : le choix de vos premiers pasteurs est entre les mains de ceux que l'on peut soupçonner trop justement de méditer la ruine de votre foi; et les choix qu'on annonce, il n'est plus temps de rien dissimuler, sont de nature à augmenter encore les alarmes. Comptez le nombre d'années au bout desquelles IVpiscopat renouvelé n'offrirait plus (pie des hommes triés, pour ainsi dire , dans le clergé français, par le ])ouvoir , pour assurer l'exéculion de ses desseins. Comprenez ce que deviendrait peu à peu l'enseignement des séminaires sous leur influence. Voyez le schisme se foruîer au sein de cette corruption , et tout à coup se lever le spectre hideux d'une Église nalionale. Vous ne sauriez trop lût vous précaution ner contre un si menaçant avenir. Joignez \otre voix a la nôtre; pressons, supplions ceux que le père commun des chrélicns a préposés pour régir l'Église de France de détourner <le nous et de nos neveux les maux que nous prévoyons. Eux seuls avec leur chef, le Vicaire de Jésus-Christ , nous peuvent sauver. Ils reconnailront sans doute que Punicpie remède est la sé)iaralion entière, absolue, de PÉglise et de TElat , et aucun sacrifice ne leur coûtera pour Tol>érer. Le principe en est posé dans la Charte ; il ne s'agit que de transformer le droit en fait^ Par cela même qu'il n'exisle et ne peut plus exister de religion d'État, riiitervention du gtiuverncment dans les choses de la religion est , tout ensemble, absurde et illégale ; et le concordat dès-lors est aboli implicitement , ainsi que toutes les lois et règlements qui en étaient une eonsé<iuence. Quand les évèques auront exposé au souverain jfontife la situation de noire Église, quand ils lui auront exprimé leurs vuMix avec cet accent de la conviction , du désiuteressemenl et de la eharité, qui retentira dans son cœur de père , toutes les difficultés qui naîtraient
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(rengag^cments antérieurs seront promptement aplanies de sa part, ^iie veut-il , que le salut de la foi ? Ail ! ce n^esl pas lui (pii supputera ee que pourra coûter la liberté du sacerdoce , et qui doutera de la Providence !
lN>ur nous , simples prêtres et sim|)1es fidèles , combattons sans relAche pour notre aifranc1ii«seuii'ut; ne soufVrons pas que (jui ipiecesoit ose nous exclure du droit commun. Montrons «pie nous sommes Français, en défendant avec conslanee ce ipie nul ne peut nous ravir sans violer la Ifti du pays, hisonsau souverain : Nous vous obéirons tant que vous obéirez vous-même à cette loi qui vous a fart ce tpie vous êtes, et hors de la(|Uelle vous nVles rien. Disons à nos frères , quelles ipie soient leurs opinions, leurs croyances : Nous avons tous le même iiilértM , notre cause est la vôtre ; comme la vùlre, si vos droits étaient menacés , serait la nôtre aussi. 9u'im{»orlent nos anciennes divisions, et nos torts mutuels ? nous eliercliions les uns les autres, par des voies différentes , ce (pie nous avons Iieureusement trouvé. Il y a désormais un sentiment qui doit elfacer tous b^s souvenirs pénibles, un uiot qui doit nous unir tous . la liberté !
vm.
DF.S HOCmiNES DE l/AVENin.
7 tl«*crmlire 18.10.
Ouebjucs i)ersonnes n'ayant pas compris, et d'autres alVeclanl de ne pas romprendre, tpnlies sont les doctrines de Win'uir , il nous paraît utile de les e\|>oser tie ncniveau avec toute la netteté dont nous sonnnes capables , et dans ini ordre tpii pernu lie d'en sai>ir racilement IViisemble. .Nous n'avons rien à cacher, rien à dissinnder : ce i|iie nous sommes, nous le «lisons hautement. Nous imuis présentons devant la France, forts de notre franchise et de notre h)yanté: mm certes av<T l'espoir de ramener à tons nos sentiments les esprits entraînés p.'ir tant d'oiiinions diverses . mais ;ivec hi C(»nli;ince certaine d'o!»tenir l'islime de ceiiv mêmes qui nous cnmballniii'nl, et sfirs, tpieUes que soient les dissidences qui exisleut <'ntn' eux et n(Uis . delre encore unis dans W même nttaeiiemenl à l'ordre et îi la liberté, coninie dans rinqn-ji.vsabie amour de notre pairie connnune.
(;alhoht|Ues sincères , nous tenons par le fnnd de nos enlraiUes l\ runilé. qui est le cn-aetère essentiel , indélébile, de notre l!ijji>eel de noire loi, abiiorranl de tonte notre âme la plus Ié[jère a]q)a-
rence et l'ombre même du schisme. Nous tenon» dès-lors non moins fortement à Tanlique el sainte hiérarchie, qui conserve l'unité du dogme, l'unité <Ie cidtc et de gouvernement ; de ce gouYernement sjiiriluei fondé par Jésus-Chrisl , et totalement di»tinct fies gouvernements temporels qui régissent les peuples dans Tordre politique el civil. Nous sommes en conséquence (deinement soumis d'abord au souverain pontife , vicaire de Jésus-Cbrist en terre , chef visible de TÉglise et docteur de tousies chrétiens ; secondement aux évêques qui, en communion avec le pasteur suprême , gouvernant, sons son autorité, les étatises particulières :'• et jamais rien au monde ne nous détachera d'eux ni de celui que Dieu a établi leur chef el le nôtre.
Adhérant universellement, et sans la moindre resliiclion, aux doctrines du saint-siége, pureeipression du clirisliani>nie à qui le monde doit tout ce qu'il possède de civilisation cl de liberté, nous repoussons avec dégoilt les opinions qu^on appelle gallicanes, parce qu'opposées à la tradition, réprouvées par Fautorité la plus haute qui existe parmi les chrétiens, elles consacrent Fanarchie dans la société spirituelle, et le despotisme dans la société politique: opinions également odieuses et basses, qui , rendant la conscience même complice de la tyrannie, font i\v la servitude un devoir, et de la force brutale on droit indépendant de la justice.
Four nous . au contraire, la justice est le fondement nécessaire du droit , et seule elle constitue la lép,itimité du pouvoir, bien qu'd doive être encore le;;al, cVst-à-i1ire déterminé, dans sa forme et dans sou mode de transmission, par des lois positives liuniaines. D'où il résidle (pie, si la légitimité est invariable comme la justice même , la légalité, arbitraire en soi , ])ent varier et varie de fait selon les temps, les lieux et les conjonctures ; car elle ne crée qu'un droit rclalif et sidiordonné. droit qui cesse à Finstatit oii il se trouve en o]>position fondamentale a>ec le droit immuable , éternel . iloiit il dérive, eo iMi mol avec la justice (|ui constitue , nous le répelons , la setde vraie Ié3il imité.
Ft , parce (praucune société ne saurait subsister s.uis elle, elle demeure toujours comme la racin»" im|>érissable de tout ce qui est ordonné parmi les hommes; et aux époques de révolution. lorsque nul ordre lé^^al n'est alt'crmi, elle devient Funique loi. l'ani<|ue barrière contre h's horreurs de Fanarchie : de .sorti! ipu'. privés de leurs anciennes institutions, cl 1rs in>til niions nou\ elles n'oifraut rienquedepruvi- M)ire et de chancelant, les ]>euples [lasMUt momtnl.niemeiil sous Fempire de la juire et Muiple léj;iliniilé.Nous croviuis «pron tloit alors non-seulement soumi^^ion , mais encore aide et secours à la force jirépomiérante qui , dansées circonstances extrêmes.
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garantît la sûreté des personnes et des propriétés , et se présente comme protectrice des droits acquis à tous et des libertés communes.
D'après ces principes et dans ces limiles, nous reconnaissons le {gouvernement actuel de la France, tel que la Charte Ta établi , et nous lui obéirons , et Dous le défendrons tant quMl obéira lui-même à la Charte qui l'a créé, et qu'il respectera les droits que cette même Charte nous donnel Nous voulons , en un mot , son exécution loyale et complète^ décidés â ne. pas souffrir qu'on nous abuse par 'de vaines promesses , et prêts , s'il le fallait , et à combattre et à mourir , pour arracher au pouvoir aveug^le qui oserait trahir ses serments la liberté qui nous ap- I>artient , égale pour tous , entière pour tous.
Et , afin qu'il ne reste aucun nuage sur notre pensée, nous demandons, premièrement ,1a liberté de conscience ou la liberté de religion , pleine , unî- Teraelle, sans distinction comme sans privilège; et par conséquent , en ce qui nous touche , nous catholiques, la totale séparation de l'Église et de l'État, séparation écrite dans la Charte , et que l'État et l'Eglise doivent également désirer , par les raisons déjà plusieurs fois exposées dans V Avenir. Cette séparation nécessaire , et sans laquelle il n'existerait pour les catholiques nulle liberté religieuse, implique, d'une part , la suppression du budget ecclé- ^astique, et nous l'avons hautement reconnu ; d'une autre part, l'indépendance absolue du clergé dans Tordre spirituel : le prêtre restant, d'ailleurs, soumis aîix lois du pays, comme les autres citoyens et dans la même mesure. En conséquence , la Charte étant la première loi , et la liberté de conscience le premier droit des Français, nous tenons pour abolie et nulle de Mt toute loi particulière en contradiction avec la Charte et incompatible avec les droits et les libertés qu'elle proclame ; et dès-lors nous croyons qu*il est du devoir du gouvernement de s'entendre avec le pape, et cela sans aucun retard , pour résilier de concert le concordat devenu légalement inexécutable depuis que, grâces à Dieu , la religion catholique a cesse d'être religion d'État. Le pouvoir , placé en dehors de toutes les communions, n'a d'autorité sur aucune d'elles , et les protège toutes également. Elles doi- Tent être pleinement libres dans leurs doctrines , leur enseignement, leur culte, leur régime intérieur, sans quoi , au lieu d'être une vérité y la Charte serait le plus odieux mensonge. Nous ne pouvons donc en aucune sorte consentir à ce que le gouvernement eierce sur le choix de nos évêques une influence inconstitutionnelle et qui nous inquiète justement, puisqu'il en résulte, entre autres conséquences, que nos premiers pasteurs nous seraient donnés par des hommes dont la foi peut être opposée à la nôtre, par des hmnmes qui peuvent n'être pas même chréxon II.
tiens. Nous protestons de toutes nos forces contre une prétention de celte nature , qui créerait pour nous une servitude exceptionnelle , et en général contre toute intervention quelconque du pouvoir dans les choses de la religion , parce qu'une pareille intervention ne saurait être désormais qu'illégale et tyrannique. De même qu'il ne peut y avoir aujourd'hui rien de religieux dans la politique , il ne doit y avoir rien de politique dans la religion. C'est le vœu et l'intérêt de tous, c'est la Charte.
Nous demandons , en second lieu , la liberté d'en-"^ sqignement , parce qu'elle est de droit naturel et , pour ainsi dire, la première liberté de la famille; parce qu'il n'existe sans elle ni de liberté religieuse, ni de liberté d'opinions ; enfin , parce qu'elle est ex-
; pressément stipulée dans la Charte. Nous regardons, en conséquence 9 le monopole universitaire comme une violation de cette même Charte , et nous le repoussons de plus comme illégal, les privilèges, odieux en soi , de l'université ne reposant sur aucune loi, ainsi que l'a plusieurs fois reconnu le gouvernement lui-même. Fidèles aux principes de notre droit public , tel que l'ont consacré les solennelles déclarations faites à la France au mois d*août dernier, principes que nous opposions, en de semblables circonstances , à l'ancien pouvoir , nous ne voulons pas être replacés sous le régime des ordonnances ; et c'est pourquoi nous engageons les chefs d'établissements contre lesquels on voudrait mettre à exécution celles du mois de juin 1828, à se défendre avec énergie devant les tribunaux , persuadés qu'en résistant ainsi légalement à des actes illégaux,- ils mériteront l'approbation de tous les vrais Français et serviront très-utilement la glorieuse cause de la liberté commune. .
Nous demandons , en troisième lieu , la liberté de la presse, c'est-à-dire, qu'on la délivre des entraves nombreuses encore qui en arrêtent le développement , et , en particulier, des entraves fiscales par lesquelles on semble avoir voulu gêner surtout la presse périodique. Nous pensons qu'une crainte trop grande de l'abus qu'on peut faire de cette liberté engeudre une certaine susceptibilité ombrageuse qui conduit à la licence, par les obstacles qu'elle oppose à la manifestation légitime des opinions , et quelquefois à la défense des droits les plus sacrés. La presse n'est , à nos yeux , qu'une extension de la parole ; elle est comme elle un bienfait divin , un moyen puissant, universel, de communication entre les hommes, et l'instrument le plus actif qui leur ait
' été donné pour hâter les progrès de l'intelligence générale. On peut en abuser sans doute ; qui ne le sait? mais on abuse aussi de la parole, et le premier de ces abus n'est pas , quoi qu'on en dise , plus à redouter que l'autre, et peut-être moins. Ayons foi
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dans la ?critc, dans sa forme éternelle , et nous réduirons de beaucoup et ees précautions soupçonneuses et ces vengeances contre la pensée, qui n'ont jamais étouffé aucune erreur , et qui souvent ont perdu le pouvoir en l'endormant dans une niaise confiance et dans une fausse sécurité.
Kous demandons , en quatrième lieu , la liberté d'association, parce que partout où il existe, soit des intérêts , soit des opinions, soit des croyances communes , il est dans la nature humaine de se rapprocher et de s^associer ; parce que c*cst là encore un droit naturel; parce qu*on ne fait rien que par l'association , tant l'homme est faible , pauvre et misérable tandis qu'il est seul : Fœ soU ! parce que Jà où toutes classes , toutes corporations ont été dissoutes, de sorte qu'il ne reste que des individus, nulle défense n'est possible à aucun d'eux, si la loi les isole l'un de l'autre et ne leur permet pas de s'unir pour une action commune. L'arbitraire pourra les atteindre tour à tour ou tous à la fois, avec une facilité qui amènera bientôt la destruction complète des droits; car il y a toujours dans le pouvoir, même le plus juste et le plus modéré , une tendance à l'envahissement , et la liberté ne se conserve que par un perpétuel combat. Aujourd'hui , d'ailleurs, les gouvernements devant suivre l'opinion publique , il faut que l'opinion publique ait en dehors d'eux un moyen de se former et de se manifester avec im caractère de puissance qui ne permette en aucun cas de la mépriser ou de la méconnaître, et cela même est une'garantie, et la plus forte garantie, dans l'état présent de rKurope, de la stabilité des gouvernements.
Nous demandons, en cinquième lieu, qu'on développe et qu'on étende le principe d'élection, de manière à ce qu'il pénètre jusqlie dans le sein des masses, afin de mettre nos institutions d'accord avec elles-mêmes, et d'affermir, tout à la fois, et le pouvoir et l'ordre public. Car le désir , le besoin de l'ordre n'existe nulle part autant que dans les masses, et rien ne crée au pouvoir un si grand nombre d'ennemis que les places mêmes qu'il distribue , puisque, entre des milliers de solliciteurs qui se disputent le même emploi , force lui est , pour en satisfaire un , de mécontenter tous les autres. Qu'il laisse les grandes et petites ambitions démêler leurs querelles avec d'autres que lui, il y gagnera du repos et, ce qui vaut mieux encore, un respect désintéressé qui est aussi de la puissance.
Nous demandons , en sixième lieu , Vabolilion du système funeste de la centralisation , déplorable et honteux débris du despotisme impérial. Tout intérêt circonscrit a, selon nos principes, le droit de s'administrer lui-même, et l'État ne saurait pas plus légitimement s'immiscer dans les affaires prorres
delà commune, de l'arrondissement, de la province, que dans celles du père de famille. Seulement il eo doit surveiller l'ensemble, afin de prévenir les collisions qui pourraient avoir lieu entre les intérêts divers. Nous appelons de tous nos vœux une loi qui organise snr cette large base de l^>e^lé les administrations communales etprovinclal^^t, comme nous nous défions extrêmement de toutes les créations législatives uniformes et à priori; comme les différences de lieux, d'habitudes et de mœurs nécessitent bien souvent, pour effectuer le bien général qu'on se propose , des différences analogues dans les institutions particulières de ce gen remous pensons qu'il serait mieux de beaucoup de laisser, an moins en grande partie, aux communes el aux provinces le soin de s'organiser elles-mêmes admioistralivement. I^ variété qui en résulterait ne rendrait que plus forte l'unité politique de l'État; car la similitude absolue, contraire à la liberté parce qu'elle est contraire à la nature , ne forme qu'une unité apparente et matérielle, et détruit la véritable unité vitale, qui résulte de la vie propre , intime, énergique , de chaque partie du corps social.
Telles sont les doctrines de V avenir, et nous avons la ferme espérance qu'elles dissiperont peu à peu beaucoup de préjugés , calmeront beaucoup de passions, rapprocheront des cœurs longtemps divisés et qui n*ont besoin que de s''enteDdre, que de croire les uns aux autres pour s'aimer. Ne l'oublions jamais, l'union seule nous sauvera, l'union quinait de la confiance, comme la confiance elle-même nait du resiiect des droits mutuels. Heureux si nos effi>rts que rion ne découragera, parce (ju'ils ont leur principe dans des sentiments qui sont notre Ame même, pouvaient contribuer à hiUer cette union fraternelle, et à fonder, d'une manière inébranlable, l'ordre et la liberté dans notre belle patrie!