INTÉRÊTS ET DEVOIRS DES CATUOMQCES
7avrU 1811.
Si les ministères (pii se sont succédé depuis quelques mois s'étaient proposé de bien faire corn-
DANS LE JOURNAL L'AVENIR
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prendre aux catholiques leurs véritables intérêts, ils n'auraient pu mettre dans rexccution de ce projet ni plus de suite, ni plus d'habileté. Renversement des croix commandé ou toléré , envahissement de grands et petits séminaires, persécutions contre les écoles , prières enjointes d'autorité, interdiction à certains jours des solennités du culte , curés et desserrants placés sous la surveillance immédiate des maires et autres officiers civils chargés de tenir la main à ce i^^ih fassent exactement leur service , enfin que sais-je ? rien n'a manqué aux leçons que leur ont données les agents responsables du pou- Toir , et ceux-ci peuvent se rendre le juste témoignage qu'assurément ce n'est pas leur faute si les catholiques ne sentent point qu'il n'y a désormais de vie pour eux que dans l'application effective et le développement complet du principe de liberté. Ils ont surtout, à cet égard, des obligations particulières à M. de Montalivet, dont l'inépuisable verve improvise chaque jour quelque ordonnance nouvelle , quelque circulaire , quelque dépêche télégraphique, au profit d'un despotisme ignoble et niais; espèce d'homme en dehors des autres hommes , qui a la dévotion de l'arbitraire , et semble se croire investi , en sa qualité de minisire des cultes, de la mis. sion de fonder en France , au dix- neuvième siècle, le sacerdoce de la tyrannie.
Catholiques , que cette expérience ne soit pas au moins perdue pour vous. Maintenant vous pouvez apprécier nos prévoyances et juger nos paroles : en est-il quelqu'une, nous vous le demandons , qui ne se soit pleinement vérifiée? Dès le commencement nous vous avons dit : u Ne vous endormez pas dans « une inaction funeste ; la Charte vous affranchit, « unissez-vous pour obtenir l'exécution de la Charte. « Vous avez des droits, réclamez-les par toutes les « voies légales. Associez-vous pour les défendre de- « vaut les tribunaux , pour solliciter avec énergie , « avec persévérance, Faccomplissement des pro- « messes qui lient le pouvoir et la nation, et que le « pouvoir ne peut violer sans forfaire à ses engageât ments et renverser la base de son droit. Adressez- « vous aux Chambres ; qu'elles retentissent de vos « griefe et de vos vœux légitimes. 11 est temps que « la Loi fondamentale soit une vérité, et il dépend « de vous qu'elle le devienne ; car la liberté , rete- « nez-le bien, se prend, et n'est jamais volontaire- « ment donnée. »
Voilà ce que nous vous disions , voilà ce que nous vous disons encore , ce que nous ne cesserons de vous dire , tant qu'il nous restera un souffle de voix. Il s'agit de sauver la religion que vous avez reçue de vos pères, en la délivrant des fers qui l'écrasent. Pendant que l'Église continuera d'être , à quelque degré, sous l'influence du gouvernement,
vous n'avez à attendre pour elle que des maux de plus en phis grands , une servitude de plus en plus profonde , et enfin , après de longues angoisses, une fosse écartée où on la jettera comme le cadavre d'un inconnu. Travaillez donc avec ardeur, travaillez sans relâche à la séparer de l'État. Les instants pressent. Voyez ce qui vous menace prochainement : et d'abord la destruction des seules écoles où se perpétue , avec l'espérance du sanctuaire , l'enseignement de la foi et de la morale même. Les laisserezvous périr? refuserez-vous à vos enfants le peu d'efforts nécessaires pour leur assurer le premier des biens, une éducation chrétienne , qui leur apprenne à lier par une chaîne de vertus cette vie si courte à la vie qui se prolonge sans fin? Conscntirez-vous qu'ils reçoivent leurs croyances d'un pouvoir qui peut être athée? abandonnerez- vous le soin de leurs mœurs à des maîtres choisis par ce pouvoir? Vous frémissez : eh ! qui vous empêche donc d'être hommes une fois , et de jeter au milieu de la France ce cri unanime : Nous ne voulons pas ?
Et vous, prêtres de Jésus-Christ , que fait- on de vous? des fonctionnaires publics, payés à raison de leurs services y soumis à quiconque daigne leur commander, emprisonnés en de certaines limites (fu'on leur interdit de franchir , obliges de revêtir ou de déposer les vêtements distinctifs de leur état, selon les caprices du premier agent de police : voilà ce que vous êtes. L'autorité civile vous suit jusqu'à l'autel, et là , près de vous, debout, elle surveille le sacrifice et préside aux sacrés mystères. Reconnaissez-vous dans l'avilissement , dans l'opprobre indicible de cet odieux esclavage , le sacerdoce du Fils de Dieu? et vous étonnerez-vous que les peuples, ébranlés, inquiets, éperdus, demandent ce qu'il y a là du ciel? Recueillez au fond de votre âme les grâces qui vous furent données par l'imposition des mains, regardez le Christ, et sache Aire pauvres pour être Ubres et respectés , pour être forts^ Ce n'est point avec un mandat sur les payeurs de César que Jésus envoya ses apôtres à la conquête du monde, mais avec la croix et une confiance sans bornes en cette Providence qui donne chaque jour ce qui est nécessaire chaque jour. Après tout, que faut-il au prêtre pour accomplir sa mission divine? des lèvres indépendantes et un morceau de pain. L'Élat vous offre le pain , mais à la condition qu'il mettra son sceau sur vos lèvres , et que vous serez ses hommes à lui avant d'être les hommes de Dieu. Rompez ce pacte indigne, et rendez à la parole que vous êtes chargés de porter aux peuples son irrésistible efficace , en lui rendant le caractère élevé qu'elle eut dans la bouche des premiers et libres propagateurs de l'Évangile.
Mais la séparation de l'Église et de l'État est en-