TOME II
si celte prétendue règle de foi n'était pas simplement une règle d'opinion ; mais alors l'Évangile lui-même n'est plus , aux yeux de ces catholiques français y comme ils s'appellent , qu'un objet d'opinion.
« U Évangile, diseqt-ils , étant la vertu de Dieu « pour sauver ceux qui croient (Rom. i , 16) , « nous le prenons pour notre unique règle de foi ; « et , afin que l'indication du code sacré n'exprime u pas d'une manière trop vague notre croyance, (c nous déclarons reconnaître les symboles des ap6- « très, de Nicée et de saint Athanase, comme l'ex- « pression de la doctrine évangélique. » En ceci encore ils se rapprochent de l'Église anglicane. Plus bas ils ajoutent :
« Nous admettons comme inspirés de Dieu les M livres canoniques de l'Ancien et du Nouveau Tes- (( tament adoptés par l'Église primitive. »
On pourrait leur demander : 1° quels sont ces livres canoniques qu'ils admettent : car sur cela, comme sur tout le reste, nul accord parmi les protestants ; â<* pourquoi , reconnaissant dans les livres de l'Ancien Testament la parole inspirée de Dieu , ils prennent néanmoins l'Évangile seul pour règle de foi ; 3° comment , s'il n'existe point d'autorité infaillible, ils sont certains que les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament ont été inspirés de Dieu.
Tout cela peut se traduire en ces termes : Nous sommes d^opinion que tous les livres canoniques ayant été, suivant Vopinion de la primitive Église, inspirés de Dieu , une partie des livres canoniques sont une bonne règle d'opinion.
M, Châtel admet de nom les sacrements , mais il affranchit les personnes d'un âge mùr du fardeau insupportable de la confession auriculaire , qu'il conseille seulement aux enfants. Et, comme sa commisération en ce genre est inépuisable , il soulage encore les siens d'un auire fardeau insupportable, savoir, de V abstinence, s'en rapportant du reste, en ce qui iowch^Xt Jeune prescrit dans l'Évangile, à la piété des fidèles. Puis , comme il est bien juste, songeant aux pasteurs après s'être occupé des brebis, il les délivre à leur tour d'un /br^i^ai/ qu'il juge tout au moins aussi insupportable que l'abstinence et la confession, le célibat. Défendre le mariage aux prêtres , dit-il, quelle impertinence! 11 pardonnerait tout plutôt que cela ; et pour lui il s'en tient à ce que Dieu dit à nos premiers parents : Croissez et multipliez (1) : fils d'Adam, il lui faut son Eve; et il l'aura , on y peut compter. Écoutons sur ce point la profession de foi.
«i Le célibat des prêtres est opposé à l'esprit « comme à la lettre de l'Évangile... C'est un état
« et â Eve de croitre et mulUpUer.'. Wot chef» «plrlluel» ont dit A « DIou : Tu i*et trompé, Seigneur, etc. »
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u contre nature et antisocial, que repoussent égale- (( ment et In religion et la civilisation. Tant que les tt prêtres ne seront pas mariés , la religion prèchée <i par eux sera un ferment de discorde , un sujet de K perlurbalion sociale.
(( Bien que le célibat soit antireligieux ; comme il « ne nous appartient pas de mettre les hommes u d'accord avec eux-mêmes, et que la plupart de (( ceux qui déclament contre le célibat seraient les « premiers à se scandaliser en voyant des prêtres u mariés remplir les fonctions du ministère, un » ecclésiasli(|ue engagé dans les liens du mariage «( n*exercerait au nom de la société que d*après la u demande de la commune. »
Ceci est curieux à [dus d*un égard. Que M. Châtel ignore que , dans IVtat actuel de la société en Europe, sur cent individus de VAge de vingt ans et au-dessus il y a forcément trente-cinq célibataires , cela nous étonne peu. Si , avant de fabriquer une secte, il fallait sVnquérir des lois naturelles qui régissent l'humanité , où en seraient les réformateurs? ce serait par trop décourageant. Mais ce que nous remarquerons , c'est qu'on est obligé de conchire des paroles que nous venons de citer que dans V Église catholique française il y aura des (irêtres célibataires ; c'est-à-dire des prêtres qui , selon sa profession de foi y vivront dans un état contre nature et arUisocialj que repoussent également et la religion et la civilisation ;ei même elle s'engage àen fourniraux communes quien désireraient, l)irn que la religion pnkhée par eux ne puisse être qu'un ferf/ioTil de discorde, un sujet de perturbation sociale. Au moins les conimun(îs sont bien averlies; et, si les prêtres céliI>aUiires ou anfireligieux de M . Cb;Ut*l i)orleiit chez elles la discorde et la perturbation y elles l'iuiront bien voulu : X Eglise catholique fntncaise ne leur proniel que de mauvais sujets ; si , comme on doit le croire , elle lient parole, il ny aura pas le moindre reproche raisonnable à lui adresser.
De pape , il n'en est pas question dans X Église catholique française, «t Sa biérarebie se compose : •' 1" d'un évêque qui prend le litre de patriarche; «! 2" d'un coadjuteur , vice-patriarche ; 3" dVvêques •i dont la sagesse éclairée dirigera leurs frrres dans «i l'exercice de leurs fondions; 4" de prêtres dé-
•t voués au Seigneur ; 15° de diacres zélés pour
«î la maison de Dieu. »
Voilà qui est bien. Et <]ne feront tous ces messieurs? d'abord ils croiront et penseront tout ce ! <|u'il leur plaira, ce qui est toujours agréable. Ensuite les plus éclaires dirigeront les autres, supposé néanmoins que ceux-ci reconnaiss(!nt les lumières supérieures des évêques qui, quoique ! faillibles, ne sont pas moins les chefs de lÉ-
glise, et veuillent se laisser tf/W^^r par eux; car, s'ils venaient de fait k faillir, ce dont chacun sera juge, où serait la raison de leur obéir?
Toutefois , «( chaque évêque a le droit de foire u pour son diocèse des règles de discipline. Mais , u l'obéissance aux lois étant le premier et le plus u sacré des devoirs ^ un prêtre ne doit jamais obéir «( aux règles de discipline ecclésiastique qui sont u en op|)osilion avec les lois de son pays. » Par conséquent toute la discipline dépendra de la puissance séculière , c'est-à-dire qu'en dernière analyse elle sera le chef suprême de X Église catholique française; et c*est le terme où tous les schismes aboutissent nécessairement.
La profession de foi de M. Cbàtel est précédée de quelques réflexions écrites en style de cabaret, et qu'il intitule : Esprit du clergé de rÉglise romaine y ou De l'éducation antinaltonale des séminaires. C'est un mélange informe dlnjures de club, de niaises stupidités et d'accusations atroces. Si l'on devait juger de Féducation des sémioaires par le fruit qu'en a retiré M. Châtel , il aurait grande raison de s'en plaindre. Une des choses qui le choque le plus, c'est le peu de crédit qu'obtient dans ces maisons le gallicanisme, u Si vous êtes (< prêtre, dit-il, gardez-vous bien d'être gallican; t( car, aux yeux de la plupart des évéque-s , jésuitrs (( de nos jours , le gallicanisme est le symbole de (( l'impiété. Au séminaire , si vous êtes de Topinioo t( de Bossuet , vous serez suspect à vos supérieurs <( et fort mal noté par eux. » M. ChiUel a vu cela, il a vu que le gallicanisme expirait , que c'était fait de lui si ou ne venait à son secours par quelque résolution vigoureuse, et il a fondé X Eglise catholique française.
(!et homme devient quelquefois tout à fait furieux , et alors il lui éclia[)pe des paroles qui éi»ouvantent, des paroles qui ressemblent au râle du lij;re : «; Voyez, s'ecrie-t-il , cette admirable popu- «; lalion de Paris : elle rend justice aux ennemis de «( nos libertés; aussi la craignent-ils à juste titre, « et ne se montrent-ils au grand jour que sous «t des habits empruntés. 3Iais Texpérience ne sert •( (!e rien aux hommes abrutis par le fanatisme i: d'une crasse ignorance; le gouvernement fran- » çais s'abuse donc s'il croit que les chefs actuels «t (lu clergé s'attacheront jamais franchement aux «. nouvelles institutions. iNous ne venons pas iri «; conseiller la persécution , à Dieu ne plaise ! mais «( ce n'est jwis conseiller la perséciition que d'indi- « <pier aux hommes d'Etat des mesures fortes, <t énergiques et légales tout à la fois , pour étouffer » une Kiste conspiration dont les auteurs ne rêvent »i rien moins que le renversement de nos lois nou- 'I velles pour y substituer les vieilleries du moyen
DANS LE JOURNAL L'AVENIR
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•'• âge... Ainsi, si le gouvernement ne lieencie « pas tous les petits séminaires ; s*il n'oblige pas « les familles , dont quelques enfants se destine- «I raient au sacerdoce, à faire élever ces enfants «c comme le reste des citoyens , qu'il s'attende a « voir dans le clergé un éternel perturbateur du « repos public. — Quant aux grands séminaires , « nous ne pensons pas non plus iju'on doive les « conserver tels qu'ils sont; ceux qui les diri- « gent , étant les ennemis de nos mœurs et de nos « institutions, doivent être remplacés par des « prêtres... amis de leur pays, tolérants, en un « mot imbus des vrais principes évangéliques , et « non point fanatisés... Tremblez , minidires du « roi citoyen, Rome va lancer ses foudres; ou « plutôt réveillez-vous, sortez de votre sommeil « léthargique , sauvez la patrie , la religion et les « prêtres eux-mêmes , en les forçant par des me- « sures fortes, mais légales, à devenir raisonna- « blés , et à rendre ainsi la religion aimable aux «t peuples qu'ils sont chargés de diriger dans les M voies du salut. »
Voilà le libéralisme de M. Châlel; voilà ce qu'il ose dire eu présence des prodiges opérés pour la liberté par les catholiques en Irlande, en Belgique et dans la Pologne. Lui , demande qu'on les mette au ban de la société , il n'y a pas encore assez d'oppression pour eux; il sollicite des mesures plus fortes. Grâce à Dieu , de pareilles idées ne sont point de ce temps. Certaines pensées de crime peuvent être encore jetées dans notre sol , mais elles D'y germent pas. Tout le monde a effroi de la tyrannie , et la France est mûre pour d'autres destinées.
Nous ne ferons pas à M. Châtel l'honneur de le comparer à Luther. Qu'est-ce que ce pygmée du sckisme près du gigantesque sectaire qui remua l'Europe au seizième siècle ? Quand le lion , sur le soir, sort de son antre, et rugit , et déchire sa proie, il y a des animaux lâches qui le suivent de loin , pour lécher à terre les gouttes de sang tombées çà et là sur ses traces.
XYII.