NOUVELLE
80 Juin 1S3I.
Le caractère du rrai comme du juste est d'être essentiellement invariable : la religion , loi parfaite
de Justice et de vérité , est donc essence. Elle ne pent pas plus chaofv 4W,h i des êtres dont die eiprime ka rapports^ Mais , m demeurant toi^ours immuaMement k aMne, lesl aussi de son essence de revêtir socacssiTcmert, siit dans nnteUigence de rhomme , sioildaaa ta èocMli eitérieure , des formes direraea , à neaiire 4N f^ifr et l'autre se développent sons son hilhifawXfthÉ le dogme invariable revêtait une Ahum Élunle dans nntelligence dévdoppée de Bosaoet aux peuples les mystères de la fol, ou était conçu de lui que lorsqall bégayait, dana le âge , les éléments de la doctrine diréttamie. Ataii encore FÉglise , sans que la principe et le Italds ses institutions variât réellenient, dans ses rapports avec la sodélé pabHqae, aa de Cbarlemagne et de ses suocessenrs , ao«a éei formes diiMrentes de celles apfHropriéea à aea eimmencementa et aux siècles de pméeatioD. En m mot, l'esprit humain , en se développant, pénitos de plus en plus dans les profoodeors tafiolea to vérités dirines qurne diangent point ; et h aoelW humaine , par un progrès semblable , tend à aa spt* ritualiser de plus en plus , ou à se rapproeber de plis en phis de rÉ^^ , qui modifie eUe-mêflae aeaiMP> mes extérieures , ses modes de relatioa avee h société , selon ce progrès. Après avoir esaajé de'tteir les traks duUnctifi de cette société qoe le maads en travail s'efforce d'enflinter, il ne aéra donari sans utilité ni sans intér^ de rechercher ce que aen le catholicisme dans cette société nouvelle , et comment s'opérera leur union.
Nous avons déjà dit que la science , depun longtemps séparée de la foi , s'allierait intimement avec elle^mais il faut concevoir pourquoi cette alUaoee s'effectuera nécessairement, et quels sont les effets qu'elle devra produire. Pour tout esprit créé il existe deux éléments distincts , également indispensables, de la connaissance. L'un de ces éléments est l'mfiDi même , l'idée pure de l'être et de ce qui le détermme en soi. Sans cette idée, point d'intelligence ; car on ne pourrait sans elle énoncer aucune proposiliou, toute proposition impliquant le mot est , qui suppose l'idée pure , universelle, infinie , de Fêtre, et qui est le nom propre de Dieu. Hais , pour que cette idée soit saisissable , il faut qu'elle soit déterminée^ il faut par conséquent que l'esprit renferme qudque chose qui corresponde à ce que Dieu ou l'Être infini est en soi , aux propriétés qui le rendent intelligible à lui-même. D'une autre part , si l'infini est l'élément primitif de la connaissance, relativement aux esprits créés , il n'en est pas le seul ; car toute connaissance réelle prend en eux une forme finie , en tant qu'elle leur est individuellement propre : et de plus , s'il est nécessaire qu'ils connaissent Tinfini, qu'ils con-
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naissent Dieu d*ane certaine manière, pour connaître quoi que ce soit , ils ne peuvent non plus rien connaître sans se connaître eux-mêmes, c'est-à-dire sans connatlre le fini ; et ces deux éléments , le fini et rinfini, concourent simultanément pour former rintelligence actuelle et se retrouvent dans toute connaissance.
De là deux modes de connaissances naturellement inséparables , quoique divers et subordonnés* L'esprit évidemment n'existe pas dans les mêmes rapports, ne soutient pas les mêmes relations avec llnfini et avec le fini. 11 aperçoit l'un , sans pouvoir jamais l'embrasser en entier ou le comprendre; rien , au contraire , dans sa nature , n'empêcbe qu'il oe comprenne ou embrasse entièrement l'autre. Le mode selon lequel l'esprit connaît ou possède l'infini s'appelle foi ; le mode selon lequel il connaît ou possède le fini s'appelle conception, science. La science et la foi sont donc unies par un lien naturel et indissoluble. Point de conception sans foi , point de foi sans un commencement de conception ou de acience. La philosophie la moins religieuse a donc de toute nécessité , aussi bien que la religion , ses dogmes ou ses objets de foi ; et seulement , comme elle ne veut pas les rapporter a leur origine et qu*elle s'efforce de les identifier avec les objets de la conception , elle confond systématiquement le fini et l'infini , et fait de la connaissance et de l'intelligence même un profond chaos , au sein duquel l'esprit en révolte contre ses lois s'agite d'un mouvement stérile et aveugle.
Cependant la raison de tout ce qui est fini, c'està-dire contingent et relatif, se trouvant et ne pou- ?antse trouver que dans l'infini, c'est-à-dire dans ce qui est absolu et nécessaire, il s'ensuit que la science a sa raison et son fondement dans la foi. Et, de fait, la science, qu'on doit distinguer de la simple observation matérielle des phénomènes , a toujours emprunté son caractère général et les principes de ses explications aux dogmes de la foi ou aux notions que la foi lui donnait de l'Être infini , de ses propriétés nécessaires , de son mode d'existence et de ses lois propres ; et encore aujourd'hui , la science antichrétienne , la science incrédule , ne fonde ses théories que sur des notions de ce genre, préconçues arbitrairement, ou implicitement admises. Mais, aocune de ces théories ne satisfaisant à l'ensemble des problèmes qu'il s'agit de résoudre par l'explieatlon de leurs causes communes et primitives, elle est visiblement conduite, ou à renoncer à toute théorie , c'est-à-dire à se détruire elle-même en tant que science véritable , ou à chercher dans d'autres dogmes plus certains et plus féconds le principe de
vie et de son développement.
D'un autre côté , le catholicisme , vers le moyen
âge, avait formé en dehors des faits, dont trop longtemps on négligea l'étude, une science que des hommes d'un grand génie cherchèrent à déduire immédiatement de ses dogmes. Mais , outre que la connaissance explicite des phénomènes est indispensable à la science , deux causes empêchèrent le succès de cette vaste entreprise. Premièrement , les esprits , même les plus puissants , toujours circonscrits à queh|ue degré dans les conceptions de leur siècle , n'avaient pas pénétré assez avant dans le dogme catholique pour y découvrir et en dégager, en quelque sorte , les lois universelles de la création : car ceci n'est pas le fruit de la pensée d'un homme , mais l'œuvre successive de la société. Secondement , la méthode qui prévalut dans l'école , et qui n'admettait que les procédés purement logiques , tuait par cela seul toute invention , et ne pouvait produire qu'une science verbale , abstraite et^ide. \^
( La science catholique est donc à créer, f t c'est elle qu'attend l'esprit humain , fatigué de l'insuffisance et du désordre de la science actuelle. Des notions certaines de la foi sortira tôt ou tard , et peut-être bientôt, un système général d'explication, une véritable philosophie conforme au besoin des temps, qui, fondée sur les lois constitutives de l'intelligence , ramènera les divers ordres de connaissances à Punité , en montrant qu'animées , en quelque manière , de la même vie, dépendantes des mêmes principes, les moins élevées ont leur raison et leur fondement dans les plus hautes, et en unissant ainsi de nouveau , et plus étroitement , ce qu'unit à jamais la nature des choses , la croyance et la conception , Dieu et Punivcrs. De cette concordance il résultera une preuve , humaine sans doute , mais puissante, du dogme ; et les esprits rebelles , obligés désormais de vivre, tout ensemble, hors de la foi et hors de la science, reviendront, pour ne pas mourir, de toutes parts au catholicisme.
Son action , sous un autre rapport , ne sera ni moins grande ni moins salutaire. A mesure que, l'intelligence croissant, la société se soustrait à l'empire de la force qui est la loi de la brute, il faut qu'à la place de ce lien matériel un vaste lien vienne unir les hommes que la liberté isole et sépare , et les unir volontairement ; sans quoi ils cesseraient d'être libres. Ce lien n'est autre que l'amour; et, puisque le catholicisme , par sa nature propre , développe la Uberté en développant l'intelligence , il est nécessaire qu'il développe proportionnellement l'amour : autrement, au lieu de perfectionner la société , il la détruirait. Lt, en effet , il y a dans le sein du catholicisme un principe d'amour inépuisable , immense ; et l'amour , sommaire de la Loi , est la vie tout entière du chrétien , sa vie du temps et sa
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Tîe de l'éternité. La puissance que le catholicisnie exerce à cet égard sur rhomme , puissance que ses ennemis les plus ardents n'ont osé lui contester et qui frappait d'admiration le fondateur de l'islamisme (1) , est manifeste à cette époque même d*affaiblissement de la foi. Ce serait un bien bel ouvrage que l'histoire de la charité ^ c'est-à-dire de l'amour le plus universel , le plus pur , le plus saint , chez les nations chrétiennes. On le verrait , d'âge en âge, combattant la férocité native qu'elles apportèrent des forêts du Nord , adoucir leurs mœurs et leurs lois, produire le sentiment que nous appelons humanité , inspirer au riche la pitié , la tendresse pour le pauvre, au puissant le respect pour le faible, ^^ rapprocher tout ce que divisent les intérêts, les pré- ' jugés , l'orgueil , prêter aux larmes une force divine, élever les haillons de l'indigent au-dessus de la pourpre impériale , faire de la souffrance et de la misère une dignité sublime , devant laquelle il était ordonné aux rois de tomber à genoux. Et jamais cet amour n'a cessé de couler de sa source intarissable. A travers l'enveloppe d*égotsme dont les froides doctrines d'une philosophie matérialiste ont comme recouvert la société , il a su encore y pénétrer , et on le reconnaît aux progrès chaque jour croissants de cette humanité et de cette douceur qui caractérisent les peuples du Christ. Dans la plus vive exaltation de leurs haines et de leur colère , ils montrent une horreur du sang autrefois inconnue. Ji'esprit de persécution , relégué chez un petit nombre d'hommes, s'éteint et bientôt cédera tout à fait aux justes idées de la liberté qui se propagent rapidement et prévalent déjà dans Topinion publique. Les derniers restes de la barbarie disparaissent peu à peu de la législation. Plus de torture, et prochainement , on doit l'espérer, plus de peine de mort. Parmi les enfants de la même patrie, il existe une tendance visible à s'associer , à se protéger, à se défendre muluellemenl; et celle tendance se manifeste d'une manière plus frappante encore de peuple à peuple , dans ces relations d'un genre nouveau qui établissent entre les opprimés et les infortunes de tous les pays une symj)alliie active et loucbanle. Le patriotisme exclusif, principe de tant de calamités et de tant de crimes , s'affaiblit et fait place à un sentiment généreux de fraternité imivcTselle , qui diminuera les causes de guerre et rendra la guerre elle-même moins atroce et moins désastreuse. Ce sont là, certes, de grands pas vers une amélioration sociale. Que sera-ce donc lorsque le catholicisme, entièrement libre, pourra, sans obstacle , verser et verser encore sur cette société.
(l) H est dit dans ic Koraii : Dieu a donné la miséricorde aux disciples de Jésus.
qui est son ouvrage, ses flots toujours renaissants d'amour? Alors s'eUbcera successivement, autant qu'il est possible sur la terre, ce qui sépare, ec qui divise les individus et les nations, qui, affianchies politiquement et unies entre elles par l'obéissance volontaire à un seul pouvoir spirituel divin, vivront d'une vie puissante et commune. Cest l'amour qui a créé le genre humain , c'est rameur qui l'a sauvé , et c'est l'amour qui , consommant son unité terrestre , lui montrera, même ici-bas, comme une magnifique image de ce qu'il est destiné à devenir dans une autre patrie.
Type et moyen nécessaire de cette unité , l'ÉgUse l'appelle depuis dix-huit siècles et travaille incessamment à la réaliser , ou à constituer ce royaume de Jésus-Christ , dont il nous a lui-même appris à demander l'avènement à son Père. Sans doute, pour qu'il s'établisse , il faudra beaucoup de temps encore. Nous ne faisons que d'entrer dans la période où s'accompliront les dernières promesses foitfs a l'homme par son rédempteur. Cependant , déjà Ton distingue clairement la route où nuircheront les peuples; et, bien que les points intermédiaires édiappent à nos regards , la foi et la raison même en découvrent aisément le terme. Délivrée des chaînes que lui avaient imposées des souverainetés qui devront au moins se modifier profondément ponrne pas être incompatibles avec le nouvel ordre social , l'Église deviendra, non par l'exercice d^aucune juridiction politique, mais par sa force interne et toute spirituelle , le j)lus ferme appui des libertés publiques , lesquelles se confondront avec sa propre liberté. La renaissance d'un pouvoir qui dépouillerait les nations de leurs droits si péniblement acquis, la replongerait elle-même dans la servitude. Ainsi elle s'identifiera toujours davantage aux peuples qui, lui devant tout, lui rendront tout en reconnaissance et en amour ; et si , pour que l'on crût à la possibilité d'une semblable union de l'Église et des peuples, il fallait des exemples, il suffirait de nommer l'Irlande, cette noble terre de foi et de liberté.
C'est un point de doctrine catholique, que la hiérarchie, en remontant des ordres inférieurs, par les évô(pies , jusqu'au souverain pontife, est d'institution divine, et par conséquent immuable. Mais elle a existé sous différentes formes dans ses rapportsavec la société politique et civile. Autres étaient les premiers évêques , à la naissance du christianisme , autres ils furent sous les empereurs grecs, autres dans les monarchies féodales, autres encore dans les monarchies de cour. Investis, depuis Constantin, de nombreux privilèges, d'un rang dans l'État, hommes du pouvoir en même temps qu'hommes de Dieu, environnés de pompe et d'éclat ; cette sorte d'eii-
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stence qiii frappait les regards , et la puissance qui '*y joignait , purent être utiles à certaines époques et le ftirent réellement, lorsque TÉglise avait à défendre, contre la force brute, et son indépendance et les droits du faible confié à sa tutelle. Âlais rien de cela., on le voit assez, ne saurait subsister à Tavenir. Le mélange du spirituel et du temporel, toujours , en dernier résultat , funeste à la religion, offrira même une impossibilité manifeste dans des sociétés où le gouvernement ne sera que Tatlministration des choses matérielles , et où chacun , administrant avec une pleine liberté ses propres affaires, aura, en vertu du même principe, le droit de concourir à celle des afiPaires communes. Comment le prêtre posséderait-il des privilèges politiques , quand pour personne il n*existcra des privilèges politiques? Citoyen de son pays au même titre que tous les autres, jouissant des mêmes droits, que pourrait-il d'ailleurs demander, désirer de plus? Mais il lui restera néanmoins un grand , un magnifique privilège , le privilège du dévouement, le pri- ▼ilége du sacrifice : et celui-là, il ne saurait le perdre; car il le tient de Dieu. C'est Dieu qui Fa établi pour être rhomme du peuple, le confident de ses mi* sères, le médecin de ses douleurs secrètes, le dépositaire de ses larmes, l'interprète de ses besoins, le protecteur, Fami , le père, la providence vivante de tous ceux qui ont faim et soif, de tous ceux qui pleurent ; et il n'y a personne qui les console. Soufij ir avec eux , mourir pour eux , voilà , encore une fois, le privilège du prêtre : et il sera temps pour lui de le céder , lorsqu'on le lui disl^itera.
La question des pauvres , qui n'est pas seulement une question d'économie politique, mailune question de vie et de mort pour la société, parce qu'elle est une question de vie et de mort pour les cinq sixièmes du genre humain , est plus que jamais l'une de celles qui appellent en Europe une prompte solution. Les anciens la résolurent par iVsclavage ; et la force des choses Vtùi déjà résolue dans le même sens en Angleterre , si le christianisme, qui avait su y trouver une solution bien différente , et que l'humanité ne saurait assez bénir, n'opposait au retour de la servitude antique une insurmontable barrière. Ce n'est pas uniquement par son esprit de miséricorde et de charité que le christianisme put rendre possible l'abolition de l'esclavage , mais encore et surtout par la manière dont il envisagea le travail , et par ses institutions qui tendaient toutes à empêcher que sa valeur ne descendit au-dessous de certaines limites. L'esprit protestant , devenu plus tard l'esprit philosophique, tend , au contraire , à diminuer indéfiniment le prix du travail, pour augmenter en proportion 1 1 la quan-
TOUB II.
tité des produits et les bénéfices sur les produits, et par là même il tend a accroître toujours davantage la détresse du pauvre , et à concentrer les richesses entre les mains d'un petit nombre d'hommes , qui trafiquent de ses-^ueurs et spéculent sur sa faim. 11 suit de là cpfh moins d'unjchangr.mcnt total dans le système mvhistriel , un soulèvement général des pauvres contre les riches deviendrait inévitable , et que , bouleversée de fond en comble , la société entière périrait dans d'effroyables convulsions... Ce n'est pas ici le lieu d'expliquer ce que le cathoffcisme peut faire et ce qu'il fera pour remédier à de si grands maux et pour prévenir de si terribles calamités. Cette tâche appartient à un^crivain qui , ayant longtemps médité sur ce sujet , et pouvant s'appuyer sur un vaste ensemble de faits soigneusement rassemblés et vérifiés , se propose de le traiter dans V^vem'r, avec l'étendue qu'exige son importance.Me veux seulement indiquer ici l'immense carrière qui s'ouvrira bientùl^ devant le prêtre , appelé à servir, par des moyens nouveaux , la portion souffrante de l'humanité. Car, soit qu'on développe le système de colonies agricoles, déjà essayé avec succès; soit qu'on applique dans l'industrie, au profit du pauvre, le principe d'association ; soit , comme il est probable , qu'on réunisse par une heureuse combinaison les travaux industriels et ceux de la culture , l'intervention du prêtre sera toujours également nécessaire, non-seuloment pour donner à ces associations le caractère moral d'où dépendent leur utilité politique et leur prospérité matérielle, mais encore pour qu'un tiers désintéressé serve de lien entre les deux parties qui devront contracter, entre le riche qui fournit la terre et l'argent, et le pauvre qui ne peut mettre que son travail dans le fonds commun.
Oui , le catholicisme sera grand dans l'âge qui commence, dans l'âge de la liberté. Son antique foi fécondera la science qui s'appuiera sur elle ; l'amour infini dont il est la source, en donnant pour base à l'ordre nouveau l'obéissance volontaire , relèvera la dignité de l'homme , atténuera les causes de discorde, rendra tous les peuples frères, et fera du genre humain , ce qu'il était originairement , une famille. Et , comme il y aura toujours des pauvres j ils seront, eux, la famille du prêtre, les enfants de sa dilection, recueillis, si l'on peut le dire , et réchauffés au fond de ses entrailles de père, parce qu'à raison même de leurs souffrances et de leurs larmes , le seul héritage qu'ils reçoivent , le seul qu'ils transmettent , ils sont visiblement les privilégiés du Christ, qui fut pauvre et souffrant lui-même , du Christ qui a dit : Heureux ceux qui plettrent !
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xxa.
DU ST8Tfc]IB soin PAR LES HimSTRU DEPÇIS LA lÉVOLUTIOH DE JUILLET.
l«|BlUetUtl.
Nous a? 0O8 dernièrement exposé nos Tues sur b nature du développement social qui caractérisera l'époque si remarquable où nous entrons. Qu'on les adopte ou qu'on les rejette, toigours est-il que la société entière a le sentiment qu'un ordre nouveau doit succéder i l'ordre ancien, et que le monde s'avance vers des destinées nouvelles. Prétendre arrêter le mouvement qui l'emporte, ce serait vouloir arrêter le temps. Chaque essai de ce genre n*a produit que des secousses violentes; et la grande erreur de ceux qui conduisent les peuples est de siroaginer que la force brisera ce que, tout au plus, l'intelligence pourrait, en une certaine mesure, diriger.
Lorsque la révolution de juillet éclata , cette espèce d'instinct, plus sûr que le raisonnement , qui, par une révélation intime, soudaine, profonde, donne à chacun comme la vive intuition de ce qui est au fond de toutes les âmes ; cet instinct , dis-je, avant que la réflexion vint l'altérer, agissant, avec toute sa puissance , sur les hommes de qui dépendait , au premier moment , le sort de la France , les força de résumer dans la Charte du 7 août les volontés bien connues du pays et ses vceux universels. On y écrivit la liberté , on y promit l'affranchissement de la religion et de l'enseignement, de la presse et des communes. De grandes espérances naquirent. Mais bientôt les doctrinaires, les ambitieux, les intrigants de TEmpirc et de la Restauration , habitués à vivre de nos servitudes devenues leur exécrable patrimoine, se pressèrent autour du gouvernement nouveau , envahirent les emplois , et prirent, comme de plein droit, la direction des affaires. Qu*ont-ilsfait?oii nous conduisent-ils? quel système est le leur, et quel en sera le résultat? C'est ce que nous nous proposons de rechercher en examinant les actes de la politique ministérielle à Tintérieur et à l'extérieur, et les maximes constamment les mêmes qui Font guidée depuis l'établissement du pouvoir qui nous régit, depuis le moment où ce pouvoir s'engagea solennellement envers la France par cette parole qui alors la rassura , qui Tétonne aujourd'hui : La Charte désormais sera une rérite.
Méconnaissant sur tous les points la nature du changement qui s'était opéré, ou feignant de la méconnaître, on ne parut y voir qu'une révolution de palais, une catastrophe à la moscovite. On avait
à un roi subêtitné un autre roi, I aa«;4rMiti0 vie autre dynastie : tf étaU là to«t. Le resit. ctel4-éN, la révdutioa elle-même, en ce qa*dle airait de national ; les stipulatioos qui rcwwTeiaieDt k drail public du pays, le caractère nonwni da goavcmement , les libertés promises , les iaatitntieM qjol 1^ rattachaient: tout cela n'était que le IMtdte premier entraînement, Peffet momentané d'une c^ècs de délire , un rêve qu'on devait ae hâter d*««UKr, une foute qu'il folUt réparer, en ramenant la laMrt de la loi à VeêprU seul vivifiant de Tordre de ckpin qu'on venait de renverser. Il Ait donc établi, ci principe fondamental, que k gonTememcnt n*avrit pas cessé d'être essentiellenient aonarcUqine, et que ce gouvernement monarchique défait èli«/kvl Or, k force de ce gouvernement , cMoeoUéjNr m nature, en définitive, dans un seul homme, ïMpeiÉ être que la force de cet homme, et cet hanaae a^ert fort qu'en proportion de retendue de aon ponvcir, de l'autorité qu'il exerce sur les esprita, de k puissance matérieUe dont il dispose. D devenait tisne nécessaire, pour atteindre le but qu'on ae d'attribuer à k nqrauté k plus grande sibk de cette autorité et de cette pulaaaneci nait nécessahre de soumettre à son inlIuftaaA religion , Téducation, k presse ; de conaerver tans les monopoles, de perpétuer k régîaae ocat^i, d'arrêter le moindre mouvement qa*elk n'anrait pas elle-même déterminé par son impukioa :Ql<devanait nécessaire de fousser ou d'attaquer dlredemsit les bases de la Charte et de ses dispositions formelles. C'est aussi ce qu'on fit. La religion demeura plus que jamais dépendante d'une administratioo despotique. L'enseignement continua d'être asservi aux décrets de l'Empire. Les associations restèrent prohibées en vertu du caprice souverain de Napoléon; son code pénal régla cette liberté aussi bien que les autres. Une loi de déception el de moquerie trompa l'espoir des communes et des provinces, courbées, autant qu'à nulle autre époque, sous le joug écrasant de la centralisation. I«a garde nationale ne put librement élire ses chefi. Les fonctionnaires publies, soustraits au droit commun pour la responsabilité de leurs actes, furent, comme auparavant, quelque abus qu'ils fissent de leur autorité, â quelque excès qu'ils s'abandonnassent dans l'exercice de leurs fonctions, protégés par une législation spéciale. Et , pour que rien , plus tard, ne vint déranger un û bel ens( mbie de combinaisons , on se ménagea d'abord « par une loi électorale conçue selon le même esprit, la chance presque certaine d'obtenir une Chambre dévouée, complaisante par intérêt ou par opinion, docile par peur ; après quoi le ministère, pour plus de sûreté, déploya toutes ses ressources administratives, les conseils, les insinuations, les exhortations,
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les ordres positifs, les menaces, afin d*as8iirer A ses candidats la majorité des ?otes : infaillible moyen de connaître Topinîon , les besoins et les volontés du pays. Enfin , voilà comment jusqu'ici sont allées les choses; vo'ilà le système qu'ont adoptés les ministères auxquels la France a été livrée depuis six mois, et dont ils n'ont pas , on ne le sait que trop , dévié un seul instant.
Leurs actes de détail ne déparent en aucune matière le tableau que nous venons de tracer. Pour maintenir un état qui n*est ni l'état de paix ni Fétat de guerre, la France paie plus de 1,!Û)0 millions; et ces énormes chargées , que la moindre dépense imprévue rendrait insuffisantes , n'emp<^cheront probablement pas que le dernier arpent de ses forêts ne devienne la proie d'une a vide bande d'agioteurs à qui la loi le livre déjà. Il suffirait de rappeler les noms de quel((ues ministres , et d'un surtout, pour réveiller la mémoire des plus odieuses €t des plus ridicules vexations , des attentats les plus «TÎminels. Les journaux les ont signalés, ils ont raconté tout ce que des Français ont eu à souffrir dans leurs sentiments comme catholiques , dans leurs droits comme citoyens; et le souvenir de tant de tyrannie ne s'effacera de longtemps. Les croix abattues, les églises profanées, les prêtres outragés et persécutés , les écoles fermées en vertu de commissions rogatoires, les domiciles forcés, sans qu'on daignât même couvrir ces abominables violences d'aucunes formalités légales : tels sont les titres du ministère au respect et à l'amour du pays. Et cependant les auteurs de ces actes qu'aucun mot ne peut qualifier sVtonneront de nos plaintes , ils réclameront presque notre reconnaissance. N'ètcs- ▼ous pas libres? disent-ils. Et moi je dis : Quel asile restera-t-il à la liberté ? Ce n'est pas le foyer domestique, puisque les agents de M. de Montalivet ont pu le violer impunément. Ce n'est pas Thumble demeure où la charité rassemblait gratuitement quelques enfants pour leur enseigner, avec les éléments des lettres, les éléments de la doctrine chrétienne , puisqu'après en avoir chassé les maîtres et les élèves on a pu, au nom du pouvoir, apposer les scellés sur la porte. Ce n'est pas la maison de prière, le temple de Dieu, puisqu'on a pu en forcer l'entrée par voie de police et le profaner administrativement. La liberté ! elle n'est plus que dans le cœur de ceux qui jamais ne désespéreront ni d'elle ni de la France, et qui les défendront, sous tous les despotismcs, l'une et Tautre jusqu'au boni.
i)ue si, delà politique intérieure, nous passons h l'examen de la politique extérieure du ministère , nous n*y reconnaîtrons que trop clairement Tin- 'fluence des mêmes maximes , la même habileté , la même grandeur. Pour quiconque ne s'aveugle pas
à plaisir, il est évident que la base de notre ordre social actuel est en opposition directe avec la base sur laquelle reposent la f>lupartdes puissances européennes. Il ne résulte pas de là qu'elles et la France ne puissent subsister ensemble, que son existence et la leur soient, en toute hypothèse, nécessairement incompatibles ; mais il en résulte, et le ministère Va bien senti, un éloigncment, une crainte récipro<]ue qui exclut toute alliance intime, et, dans l'état de fermentation où sont aujourd'hui presque tous les peuples , une cause toujours imminente de guerre. Car il serait insensé de croire que le pouvoir absolu, quelque part qu'il existe , renonce jamais , à moins qu'il ne désespère du succès , au dessein de tuer en France un principe qui peut le tuer lui-même , et qui le menace incessamment. Or, la France, divisée surtout comme elle l'est en ce moment, grâce à l'inconcevable folie de ceux qui l'adhiinistrent, pourrait-elle espérer de résister seule aux forces réunies des trois grandes puissances continentales? Personne , nous le pensons , n'oserait s'en flatter. Probablement elle serait à la fin écrasée par le nombre, faute d'unité de sentiments, et parce que son gouvernement n*a rien de ce qu'il faudrait pour exciter l'énergie national , et a tout ce qu'il faut pour réteindre. Dans cette position , qu'on ne saurait changer en ce qui tient à la nature de notre étal, social , il n'y avait qu'un parti à prendre : se créer des alliés, ou conserver au moins soigneusement ceux que les événements nous donnaient; en un mot, maintenir avec rigueur et dans toutes ses conséquences le principe reconnu de non-intervention , afin de s'assurer l'appui des peuples dont l'existence a le même fondement que la nôtre. Voilà ce que demandait la prudence, ce qu'exigeait la dignité. Qu'a fait le ministère ? voyons. De même qu'à l'intérieur il s'efi^orçait de nous ramener au régime monarchique, il s'est mis en devoir de persuader aux souverains qu'à quelque légère irrégularité près, au fond le pouvoir de Louis-Philippe ne différait pas de leur pouvoir à eux , ou en différait si peu qu'il y aurait mauvaise grâce à chicaner sur cette nuance imperceptible, puisqu'après tout il tenait ses droits autant de son nom et de sa naissance que de l'élection nationale. Puis, convaincu de la puissance irrésistible de cet argument, d en a fait, dans sa naïveté, la base d'un système de paix, qui l'obligeait, d'une part , à subordonner jilus ou moins sa politique extérieure aux maximes de la légilimilé pure, et, d'une autre i»art, à condescendre aux exigences fondées sur ces maximes explicitement ou implicitement admises, afin de prouver sa bonne foi. De là cette honteuse suite de bassesses et de lâchetés qui auraient à jamais déshonoré la France au dehors , si la France en était complice. L'espace nous manque
Bdgîqu<
n'arons )nis moios d'hoireor et de mépris qu'elle pour tes infâmes intrigues et la ré?oltaDte duplicité dont il n*a pas tenu à nos ministères qu'elle ne fût la f ictime. Qu'elle sache surtout , cette héroïque et généreuse Pologue à Jamais si chère à nos corars, si grande dans notre admiration, si sainte dans nos souvenirs, que ce n*est pas nous qui avons abandonné nos vieux frères d'armes, nous qui sommes coupables du sang de ses enfants : il retombera sur d'autres , et les marquera éternellement d'un signe d'opprobre et de malédiction,
Cependant quel sera le résultat de ce système inepte, d'un système si contraire à notre honneur au dehors , à nos droits au dedans ? Faut-il le deniander ! on n'évitera point la guerre à laquelle on voudrait échapper à tout prix. Un peu plus tôt, ou un peu plus tard, elle édat^a, lorsque nous serons le moins préparés è la soutenir, lorsque les embarras qui naissent chaque jour de la violation des promesses Jurées , des engagements pris , seront détenus inextricables , ce qui ne tardera guère ; lorsque nous auroni perdu toute estime et toute eonflanee i Fétranger, lorsqu'il ne restera pas un seul peuple qui ne nous méprise à cause de notre peur, et ne nous maudisse à cause de notre perfidie ; lorsque l'épée du czar aura écrit avec du sang , sur la tombe de notre plus Adèle allié de tous les temps, son épilaphe, et peut-être la nôtre.
Mais, quand nous échapperions à ce danger, il en est un autre qui menace également et le pouvoir et nous. A-t-il bien songé à ce que peut, à ce que doit infailliblement amener le système que suivent ses ministres à l*égard de cette France qui s'est un moment crue libre, et qui certes avait droit de le croire? Pense-t-on qu'elle consente à repasser sous le régime qu'elle a détruit , qu'elle n'ait voulu que changer de maître, substituer un nom à un autre nom? Que si on ne le pense pas , où sont ces libertés (qu'elle a conquises? Je les cherche, et ne les trouve nulle part. Qu'en ont fait les ministres, et que veulent-ils enfin? Serait-ce , par hasard , des chaînes qu'ils auraient résolu de forger avec les épées de juillet? Insensés qui ne voient pas que , le lendemain , ces chaînes redeviendront des glaives! il n'y a pour nous, désormais, de tranquillité, de vie possible, que par la liberté , que dans la liberté. Malheur à qui s'y tromperait ou qui l'oublierait ! Nous n'avons , Dieu le sait, d'autre désir que celui de la paix et du bonheur de notre patrie , d'autre crainte que de la voir déchirée, bouleversée par quelque nouvelle catastrophe ; et c'est pour cela que , dans notre immense , notre inexprimable amour pour elle , nous dirons au |K)Uvoii' : Prenez-y garde, on vous abuse,
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ige aussi. | la route où vous marcliei coudait ides Afewa. La société ne recule pointillé tanlaB pwce^cBa à^à perdu d'autrea, ce qui foua pôdraft plvilr remenu Votre force, c'est d'obéir aa tobb nalkNHls voua n'avea qne celle-U. Ceux qui, touméa vers le passé , vers ce qui ftit et ne peut 1^ être , pNBBltent de vous voir grand, eeus*li. Je vwia ledis, creusent votre fbsse.
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Dana un ouvrage qui doit bienlAC p«nltre«ldsil la Oazetlê HMrairê a publié on hwgmm fUi d'intérêt, M. Françoia de Coreelies d'être tombé emdêffraweswi^nêeM^ wn Qmirai soeiaiy sur ce que nooa avons dit fMla doctrine de Rousseau «eonslBle fondamiBlBlÉiii à supposer que le peuple n'a d'avlre loi qpt uWr lonté, laquelle crée la Justice ; doctrine qjok wmÉemt évidemment l'athéisme, et contraire à ullsdwthis logiens catholiques qui soutiennent que dhi|M peuple est soumis, comme les individos, èiaW divine de JusticeesaentieUemeiit indépéadHiÉB dsa volonté et promulguée par la oonadenee du gant humain. »
«( Nous pensons , dit M. de Cbfcelles, que la dae- « trine du Contrat social n'est pas complète , et u qu'elle n'explic|ue pas assez comment le peuple, <c dans toutes les situations où il peut s'occuper de i( lui-même , obéit nécessairement à la justice telle « qu'il la conçoit; cependant ce lait établi par <( Rousseau n'en est pas moins vrai. Or, il n'entend « point que la volonté du peuple crée la justice, «( mais que sa volonté la manifeste plus sûrement u que n'en sont capables les volontés particulières. « On veut toujours son bien ; on ne le voit pas « toujours. Qu'y a-t-il dans cet exposé Adèle qui <( soit en contradiction avec la loi divine promml- « ffuée par ta conscience du genre humain? 11 u est clair que le peuple ne peut pas parce qu'il u veut, mais seulement en vertu de cette conscience « du genre humain qui ne promulguerait pas les « lois divines si Dieu n'avait assujetti la conscience u de chaque individu à des lois naturelles , les mètt mes pour tous, sans exception de races, de lieux « et de temps. Ces lois saintes, qu'il ne f^ut pas « chercher ailleurs qu'en nous-mêmes, gouvernent « la volonté générale, quand des volontés tyranni- K ques n'y font pas obstacle; elles nous obligent à
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u vouloir le bien commun , sans qu'elles nous disu pensent de le chercher ou de rapprendre. »
Rousseau ne parlant nulle part , dans le Contrat Mocial, d*uue loi qui lie le peuple, on est contraint, en supposant que le peuple , selon lui , soit lié par une pareiUe loi, de rechercher, dans les autres écrits de Rousseau, ce que cVst, a ses yeux, que celte loi, et comment elle oblige. Or, tantôt il la place dans la raison, tantôt dans la conscience de chaque individu, indépendamment de toute autorité extérieure ; de sorte que la justice , déterminée pour lui par sa pensée actuelle ou son sentiment actuel , n*a d'autre fondement, d'autre certitude, ni d'autre force obligatoire, que ce sentiment et cette pensée même. En un mot , ce que chacun estime juste , ce que chacun sent être juste, yoilà toute la justice ; et par conséquent la loi , pour chacun , est d'agir conformément à ce qu'il sent et à ce qu'il pense. Telle est la doctrine de Rousseau. Maintenant, je le demande, cette doctrine n'est-elle pas en contradiction directe avec la notion commune et perpétuelle de justice, et ne conduit-elle pas à l'athéisme par la nation qu'elle rejiferme d'une loi immuable , uoiverselle , essentiellement obligatoire, qu'on la conçoive ou non, qu'on la sente ou non, d'une loi véritablement divine?
Ce n'est pas tout ; car, suivant Rousseau, le peuple, en tant que souverain , n'est même pas lié par ce qu'il pense ou sent actuellement être juste , la loi politique et civile n'étant que sa volonté même , sa volonté pure et indépendante de tout motif moralement obligatoire, de toute règle. Si le peuple y dit-il , veut se faire du mal, qui a le droit de l'en empêcher? Yjk d'autres termes , le droit du peuple prévaut sur la raison , n'a pas son fondement en elle , ou , comme parle Jurieu , le peuple n'a pas àe&oin €ie raison pour valider ses actes. Or, droit et justice étant deux idées inséparables et identiques , il s'ensuit clairement que la volonté du peuple, laquelle , comme nous venons de le montrer , •e confond , d'après les maximes du Contrat social, avec son droit , se confond aussi avec la justice , et la crée par conséquent.
Nous ne sommes assurément pas surpris que M. de Corcelles , dont l'âme est si noble et si droite, repousse une pareille doctrine : mais que ce soit réellementcelle de Rousseau, û le prouve lui-même ; et les efforts qu'il fait pour le disculper d'un si grave reproche n'aboutissent qu'à quelques contradictions de plus.
En effet , ne pose-t-il pas en principe avec Rousseau que «i Dieu a assujetti la conscience de chaque « individu k des lois naturelles , les mêmes pour N tous? }i Chaque individu , comme le dit Rousseau, ne doit donc pas chercher ailleurs qu'en lui-même
ces lois qui , pour lui , ne sont en définitive que ce qu'il sent. Mais , dès-lors , comment la v.olonté de plusieurs ou la volonté du peuple manifeste-t-elle la justice, c'est-à-dire ces mêmes lois , plus sûrement que les volontés particulières ? Comment devrait-on chercher dans la volonté du peuple ce qu'on ne doit chercher qu'en soi-même ? Comment enfin la Volonté du peuple peut-elle , à aucun degré , manifester ce que Je sens, la sensation étant, par son essence , individuelle ?
De plus , si Dieu a assujetti la conscience de chaque individu à des lois naturelles, qui sont les lois de la justice , chaque individu doit donc trouver infailliblement ces lois en soi ; autrement , comment la conscience de chaque individu y seraitelle assujettie? La volonté du peuple ne saurait donc , sous ce nouveau rapport , les manifester /;/ti^ sûrement que les volontés particulières. Que si , par ce mot assujetti, l'on n'entend que l'obligation morale imposée à chaque individu de s'y conformer dès qu'il les connaîtra , il faut chercher hors de la conscience le moyen de les connaître ; et alors on retombe dans le système catholique d'une révélation transmise traditionnellement : à moins qu'on ne place dans la raison individuelle l'origine première de cette connaissance , et son principe exclusif. Mais , dans cette dernière hypothèse , le Juste n'est autre chose que ce que la raison de chaque individu conçoit comme tel. «< Le peuple, dans tt toutes les situations où il peut s'occuper de lui- <c même, obéit nécessairement à la justice telle qu'il «( la conçoit. » Or, comme il pourra aujourd'hui la concevoir d'une manière , demain d'une autre manière , en réalité c'est lui qui la crée, puisqu'elle varie suivant ses conceptions , et qu'elle n'a plus rien de fixe, d'immuable, de divin. Ce que nous avons dit de la doctrine de Rousseau est donc confirmé par ce qu'en dit M. de Corcelles lui-même. Nous sommes persuadés que la réflexion l'en convaincra, autant que nous serions heureux d'être d'accord , en tout point , avec un homme dont le caractère et le talent nous inspirent une si profonde estime.