K(VO
pées non-seulement sept fois, mais septante fois sept fois, ne perdez jamais i*espérance.
Lorsqu'on a foi en elle y la cause juste triomphe toujours; et celui-là se sauve, qui persévère jusqu'à la fin.
Ne dites pas : C'est souffrir beaucoup pour des biens qui ne viendront que tard.
Si ces biens viennent tard , si vous n'en jouissez que peu de temps , ou que même il ne vous soit pas donné d'en jouir du tout, vos enfants en jouiront, et les enfonts de vos enfants.
Ils n'auront que ce que vous leur laisserez : ▼oyez donc si vous voulez leur laisser des fers et des verges et la faim pour héritage.
Celui qui se demande ce que vaut la justice , profane en son cœur la justice ; et celui qui suppute ce que coûte la liberté , renonce en son cœur à la liberté.
La liberté et la justice vous pèseront dans la même balance où vous les aurez pesées. Apprenez donc à en connaître le prix.
Il y a des peuples qui ne l'ont point connu , et jamais misère n'égala leur misère.
S'il est sur la terre quelque chose de grand , c'est la résolution ferme d'un peuple qui marche sous l'œil de Dieu, sans se lasser un moment, à la conquête des droits qu'il tient de lui ; qui ne compte ni ses blessures , ni les jours sans repos , ni les nuits sans sommeil , et qui se dit : Qu'est-ce que cela? la justice et la liberté sont dignes de bien d'autres travaux.
n pourra éprouver des infortunes , des revers , des trahisons , être vendu par quelque Judas... Que rien ne le décourage.
Car , je vous le dis en vérité , quand il descendrait comme le Christ dans le tombeau, comme le Christ il en sortirait le troisième jour, vainqueur de la mort , et du prince de ce monde , et des ministres du prince de ce monde.
Le laboureur porte le poids du jour , s'expose à U pluie, au soleil, aux vents, pour préparer par son travail la moisson qui remplira ses greniers à l'automne.
Lajusticeestla moisson des peuples.
L'artisan se lève avant l'aube , allume sa petite lampe, et fatigue sans relâche pour gagner un peu de pain qui le nourrisse lui et ses enfants.
La justice est le pain des peuples.
Le marchand ne refuse aucun labeur, ne se plaint d'aucune peine ; il use son corps et oublie le sommeil, afin d'amasser des richesses.
La liberté est la richesse des peuples.
Le matelot traverse les mers, se livre aux flots et aux tempêtes , se hasarde entre les écueils , souffre le froid et le chaud, afin de s'assurer quelque repos dans ses vieux ans.
La liberté est le repos des peuples.
Le soldat se soumet aux plus dures privations, il veille et combat , et donne son sang pour ce qu'il appelle la gloire.
La liberté est la gloire des peuples.
S'il est un peuple qui estime moins la justice et la liberté que le laboureur sa moisson, l'artisan un peu de pain , le marchand les richesses , le matelot le repos , et le soldat la gloire ; élevez autour de ce peuple une haute muraille , afin que son haleine n'infecte pas le reste de la terre.
Quand viendra le grand jour du jugement des peuples, il lui sera dit : Qu'as-tu fait de ton âme? on n'en a vu ni signe ni trace. Les jouissances de la brute ont été pour toi. Tu as aimé la boue, va pourrir dans la boue.
Et le peuple, au contraire, qui au-dessus des biens matériels aura placé dans son cœur les vrais biens; qui, pour les conquérir, n'aura épargné aucun travail , aucune fatigue , aucun sacrifice , entendra cette parole :
A ceux qui ont une âme, la récompense des âmes. Parce que tu as aimé plus que toutes choses la liberté et la justice, viens, et possède à jamais la justice et la liberté.
Croyez-vous que le bœuf qu'on nourrit à l'étable pour l'atteler au joug , et qu'on engraisse pour la boucherie, soit plus à envier que le taureau qui cherche libre sa nourriture dans les forêts?
Croyez-vous que le cheval qu'on selle et qu'on bride , et qui a toujours abondamment du foin dans le râtelier, jouisse d'un sort préférable à celui de l'étalon qui, délivré de toute entrave, hennit et bondit dans la plaine ?
Croyez-vous que le chapon à qui l'on jette du grain dans la basse-cour , soit plus heureux que le ramier qui , le matin , ne sait pas où il trouvera sa pâture de la journée?
Croyez-vous que celui qui se promène tranquille dans un de ces parcs qu'on appelle royaumes , ait une vie plus douce que le fugitif qui, de bois en bois et de rocher en rocher, s'en va le cœur plein de l'espérance de se créer une patrie ?
Croyez-vous que le serf imbécile , assis à la table de son seigneur, en savoure plus les mets délicats , que le soldat de la liberté son morceau de pain noir?
Croyez-vous que celui qui dort, la corde au cou, sur la litière que lui a jetée son maître, ait un meil-
PAROLES VUn CROTAMT.
leur tomineil que celui qui , apris atoir combattu pendant le jour pour ne dépendre d*aucun maître, •e repose quelques lieures, la nuit, sur la terre, au coin d'un champ?
Croyez- fous^que le Uche qui traîne en tout lieu la chaîne de lVscla?e, soit moins chargé qne Thomme dé çounpe qui porte les fers du prisonnier?
Croyei-?ous que l'homme timide qui expire dans son lit, étoufFé par Pair infect qui entironne la tyrannie, ait une mort plus désirable que Phomme ferme qui, sur féchafeud, rend i Dieu son âme libre cooraie il l'a reçue de lui?
Ijit traf ail est partout et la souffrance partout : seulement il y a des trafaux stérHes et des trataux féconds, des souffirances hilimes et des souffrances glorieuses.
XU.
guide
n s'en allait errant sur la terre. Que lepaurreexUél'
J'ai passé 1 travers les peuples, et ils m'ont regardé , et Je les ^\ regardés , et nous ne nous sommes point reconnus. L'exilé partout est seul.
Lorsque je voyais, au déclin du jour, s'élererdu creux d'un vallon la fumée de quelque ehaumière , Je me disais : Heureux celui qui retrouve , le soir , le fèyer domestique, et s'y assied au miBen des siens! L'exilé partout est seul.
Où vont ces nuages que chasse la tempête? Elle me chasse comme eux, et qu'importe où? L'exilé partout est seul.
Ces arbres sont beaux , ces fleurs sont belles ; mais ce ne sont point les fleurs ni les arbres de mon pays : ils ne me disent rien. L*exilé partout est seul.
Ce ruisseau coule mollement dans la plaine ; mais son murmure n'est pas celui qu'entendit mon enfance : il ne rappelle â mon âme aucun souvenir. L'exilé partout est seul.
Ces chants sont doux , mais les tristesses et les joies qu'ils réveillent ne sont ni mes tristesses ni mes joies. L'exilé partout est seul.
On m'a demandé : Pourquoi pleurez-vous? et, quand je l'ai dit, nul n'a pleuré , parce qu'on ne me comprenait point. L'exilé partout est seul.
J'ai vu des vieillards entourés d'enfants , comme l'olivier de ses rejetons ; mais aucun de ces vieillards ne m'appelait son fils, aucun de ces enfants ne m'appelait son frère. L'exilé partout est seul.
J'ai vu des jeunes filles sourire, d'un sourire aussi pur que la brise du matin , à celui que leur amour s'était choisi pour époux ; mais pas une ne m'a souri. L'exilé partout est seul.
J*ai vu des Jèmies hommet, poitriiie trine, s'étreittdre eonne sfVs avaient voida vies ne fure qu'une vie; mais patoa ne mTa mti la main. L'exUé partovt est seul.
U n'y a d'amis , d'épouses, dé pères eC de Irtm que dans la patrie. L'exilé partout est senL
Pauvre exQé! cesse de gémir; tons soal comme toi ; tons voient passer et a'évaaouir pèm, fMres , épouses, amis.
La patrie n'eat point ici^Ma : rhoiuw Vf cherche ; ce qui! prend pour cHe nf gtte d'une nuit.
Il s'en va errant sur k lerre. Que DieH guide le pauvre exilé l
Et la patrie me fat montrée.
Je fus ravi an-dessos de k régioa des Je voyais le temps les emporter d*iiM cible â travers le vide , comme on voit le aMMeéi midi emporter les vapeurs légères qni giiseanti le lointain sur k plaine.
Et je montais , et je montais encore ; tés, infisibles â l'csil de chair, m'apparorent, si j*entendto des sons qui n*ont pdnt d*éelio daae se monde de fSuilômea.
Et ce que J'entendais, ce que Jevofais,étflii vivant, mon âme le saisissait avec une tdie pnisance, qu'il me semblait qu'auparavant tout ceqae j'avais cru voir et entendre n'était qu'un songe vague de la nuit.
Que dirai-je donc aux enfants de la nuit, et que peuvent-ils comprendre ? Et des hauteurs du jour éternel ne suis-je pas aussi retombé avec eux au sein de la nuit , dans la région du temps et des ombres?
Je v(^ais comme un océan immobile, immense, infini ; et, dans cet océan , trois océans : un océan de force , un océan de lumière , un océan de vie ; et ces trois océans , se pénétrant l'un l'autre sans se confondre , ne formaient qu'un même océan , qu'une même unité indivisible , absolue , étemelle.
Et cette unité était Celui qui est ; et , au fond de son être , un nœud ineffable liait entre elles trois personnes qui me furent nommées , et leurs noms étaient le Père , le Fils , TEsprit ; et il y avait là une génération mystérieuse, un souffle mystérieux, vivant , fécond ; et le Père , le Fils , l'Esprit , étaient Celui qui est.
El le Père m'apparaissait comme une puissance qui , au dedans de l'Être infini , un avec elle , n*a qu'un seul acte , permanent , complet , illimité, qui est l'Être infini lui-même.
Et le Fils m'apparaissait comme une parole, per-
PAROLES D*tfN CROYANT.
maneote, complète, illimitée , qui dit ce qu'opère la puissance du Père, ce qu*il est, ce qu*est FÊtre infini.
Et l'Esprit m'apparaissait comme Tamour , l'effusion , l'aspiration mutuelle du Père et du Fils , les animant d'une vie commune, animant d'une ?ie permanente, complète, illimitée , l'Être infini.
Et ces trois étaient un , et ces trois étaient Dieu , et ils s'embrassaient et s'unissaient dans Timpénétrable sanctuaire de la substance une ; et cette union, cet embrassement , étaient , au sein de l'immensité, réternelle joie , la volupté éternelle de Celui qui est.
Et, dans les profondeurs de cet infini océan d'êtres , nageait et flottait et se dilatait la création ; telle qu'une lie qui incessamment dilaterait ses ri- Tages au milieu d'une mer sans limites.
Elle s'épanouissait comme une fleur qui jette ses racines dans les eaux , et qui étend $e$ longs filets et ses corolles à la surface.
Et je voyais les êtres s'enchaîner aux êtres , et se produire et se développer dans leur variété innombrable, s'abreuvant, se nourrissant d'une sève qui jamais ne s'épuise , de la force , de la lumière et de la vie de Celui qui est.
Et tout ce qui m'avait été caché jusqu'alors se dévoilait à mes regards , que n'arrêtait plus la matérielle enveloppe des essences.
Dégagé des entraves terrestres , je m'en allais de
monde en monde comme ici-bas rcspril va d'une pensée à une pensée ; et, après m'être plongé, perdu , dans ces merveilles de la puissance , de la sagesse et de l'amour , je me plongeais , je me perdais dans la source même de l'amour, delà sagesse et de la puissance.
Et je sentais ce que c'est que la patrie ; et je m'enivrais de lumière, et mon âme, emportée par des flots d'harmonie, s'endormait sur les ondes célestes dans une extase inénarrable.
Et puis je voyais le Christ à la droite de son Père , rayonnant d'une gloire immortelle.
Et je le voyais aussi comme un agneau mystique immolé sur un autel ; des myriades d'anges et d'hommes rachetés de son sang l'environnaient, et, chantant ses louanges , ils lui rendaient grâce dans le langage des cieux.
Et une goutte du sang de l'Agneau tombait sur la nature languissante et malade, et je la visse transfigurer; et toutes les créatures qu'elle renferme palpitèrent d'une vie nouvelle , et toutes élevèrent la voix , et cette voix disait :
Saint, Saint, Saint, est Celui qui a détruit le mal et vaincu la mort.
Et le Fils se pencha sur le sein du Père , et l'Esprit les couvrit de son ombre, et il y eut entre eux un mystère divin : et les cieux en silence tressaillirent.
AFFAIRES DE ROME
AFFAIRES DE ROME
Le temps fuit , de nos jours , avec une telle rapi- ' dité,qu*en quelques années Ton voit s'accomplir ce qui jadis eût été souvent rœuvred*un siècle ou même de plusieurs. Nous parlons encore moins des révolutions politiques, si soudaines cependant, si multipliées , si profondes , que d'un autre genre de révolutions dont les autres ne sont que le retentissement extérieur et , pour ainsi parler , la manifestation plastique. Car, si Fancienne philosophie disait : «c lUen « D*est dans Fintelligence , qui n'ait auparavant été « dans les sens ; » il est plus vrai de dire qu'en ce qui tient au mouvement des choses humaines, rien ii*apparaU aux sens , qui n'ait auparavant existé dans rintelligence. Tout sort de la pensée , et l'histoire du monde n'est que l'histoire de son développement. Or, voyez combien de changements survenus dans l'opinion , en France et hors de France ; combien de conceptions , de vues nouvelles, se sont successivement produites , seulement à partir de l'époque récente des événements de juillet. Un homme qui, depuis ce temps, séparé des autres hommes, rentrerait aujourd'hui parmi eux , les reconnaîtrait à peine , et , les trouvant , sur une foule de points , quelques-uns d'une grave importance , si différents de ce qu'il les avait connus , il douterait s'il rêve , ou s'il veille. Nous remarquons peu ces mutations , parce que tous , et ceux même qui s'en croient les plus exempts , y participent à des degrés divers , et qu'elles s'opèrent insensiblement par des nuances insaisissables. Elles n'en sont ni moins réelles , ni moins curieuses à observer, et ceux que l'habitude de la réflexion porte aies considérer plus attentivement , les admirent comme une permanente révélation des lois immuables qui règlent la croissance indéfinie de l'esprit humain.
n suit de là que beaucoup de choses tombent journellement dans le domaine paisible du passé , et que 9 n'offrant plus d'autre intérêt que celui de
l'histoire , on peut en parler librement sans craindre de soulever de nouveau les passions qu'elles excitaient : car on ne se passionne guère pour ou contre certaines idées , qu'autant qu'elles se lient à des intérêts actuellement vivants.
Nous avons donc pensé que rien aujourd'hui ne nous empêchait de céder aux instances , que depuis longtemps on nous faisait , de rendre publiques certaines pièces relatives à nos rapports avec Rome au sujet de V Avenir. Les fondateurs de ce journal et des œuvres qui s'y rattachaient , avaient sans doute personnellement peu d'importance ; mais les questions traitées par eux en avaient une grande, car elles embrassaient à la fois la religion et la politique dans leur mutuelle liaison. Convaincus que la liberté à laquelle aspirent les peuples chrétiens , et qui certainement deviendra la base de la société future, loin d'être opposée au christianisme, n'en est qu'une conséquence directe, un développement nécessaire , ils crurent servir l'humanité , souffrante de ses propres efforts et des résistances qu'ils rencontrent, en essayant de ramener à sa source primitive le sentiment, partout si vif, qui pousse les nations à s'affranchir. Car ce n'est pas tout, il s'en \ faut, de renverser les oppresseurs ; éternellement il en renaîtra d'autres , si l'on ne détruit , si l'op n'atténue au moins le principe même de foppression , et qu'à la place des causes de mal , on ne l mette une cause efficace de bien. Or, toutes les causes de mal sont renfermées dans l'égolsme , dans l'amour exclusif de soi , comme toute cause de bien l'est dans l'amour d'autrui et dans le dévouement que cet amour inspire. Aucune forme de gouvernement, quoique les diverses formes qu'il peut recevoir soient fort éloignées d'être indifférentes,' ne saurait par elle-même satisfaire les peuples, ni re- . médier à leurs maux. Le vrai , l'unique remède , \ Dieu l'a mis dans la loi éf angélique destinée a unir