‹ Œuvres complètes de F. de La Mennais (volume 2)Chapitre 180 sur 226 · VI · texte numérisé non relu

VI

A9FAIBB8 DB ROMB.

/les faomines par une fraternelle affection , qai ftae / que tous rivent eif chacun , et que chacun Tire en tous. (ÎjS liberté réelle et Fesprit chrétien sont in* séparables^.Qui n'aime pas son frère comme soimême, ceWi-là , quelles que puissent être ses opinions spéculati?es, a en soi un germe de tyrannie et conséquemment de ser? itude. Aussi le bôoin de liberté, aujourd'hui si unlfersd et si énergique, est-il à nos yeux une preuve certaine que le christianisme , loin d*ètre affaibli, a plus de vraie puissance que jamais. Quittant la surfrce de la société où Fétouflaient mille gênes diverses, il est descendu au fend de ses entrailles , et là , en silence , il accomplit son œuvre qui commence à peine.

VJvenir se proposait encore de défendre Tinstitution catholique, languissante et persécutée, principalement par les pouvoirs qui affectent de s*en déclarer les protecteurs. U pensait qu*dle devait étendre ses racines presque desséchées dans le sein de rhumanité même, pour jf puiser de nouveau la sève qui lui manquait , et m*en unissant sa cause à celle des peuples , elle pouraait recouvrer aa vigueur éteinte, régulariser le mouvement social et le hâter, en lui imprimant ce caractère religieux qui, naturellement lié I tous les instincts élevés de rhomme, est aussi une fèrce, et la plus grande^Quelque chose de semblable à ce qui se passa lors de la pre* mière prédication de l'Évangile, paraissait nécessaire pour ramener au catholicisme défrillant les populations qui s'en éloignaient. La fraternité universelle proclamée par Jésus, cette doctrine si belle, si consolante , si divine , recueillie dans les profondeurs désolées de Tâme humaine , y ranima soudain les germes flétris du vrai et du bien , que Dieu y avait déposés originairement. Ce qu'une société égoïste et corrompue avait abaissé , le Christ le releva. Rénovateur des lois immuables , de l'oubli desquelles étaient sortis tant dje maux , tant de crimes, tant d'oppressions , il effaça devant le commun Père , qui ne fait point d'acception entre ses enfants , toutes les distinctions créées par l'orgueil et la cu^' pidité. 11 plaça le pauvre en face du riche , le faible en présence du fort , et il demanda : Quel est le plus grand? £t le plus grand , ce ne fut ni le fort à cause de sa force , ni le faible à cause de sa faiblesse , ni le riche à cause de son opulence , ni le pauvre à cause de son dénuement , mais celui qui accomplirait plus parfaitement le souverain précepte d'aimer Dieu et les hommes. Les droits les plus sacrés, parce qu'ils n'avaient d'autre défense qu'eux-mêmes, furent les droits de ceux à qui jusque-là on n'avait reconnu aucuns droits : les devoirs les plus étendus furent les devoirs de ceux qui s'étaient crus au-dessus de tout devoir. Le titre de serviteur devint la définition même du pouvoir. On dut se faire

le dernier pomr être le prtaiier. Le flen sentit qu*U croulait. Un monde Doafeaa naquit ai affluèrent, comme en on reftige inespéré, lortei les souffhinces, toutes les misères sodales, taiit ce qui avait faim et soif de lajnstiee; etè'estatei que se dilata si promptonent fÉgliae priniUIfa, centre d*amoar autour duquel se reconatltiia FtaK. manlté. Pourquoi donc, après dix-huit sièdea, se \ détachait-on de cette Église, n ee n'est parée qpe, \ au moins en apparence , elle s'était eOe-nèaie pratiquement détachée des maxfanea où dUe ardt poiié à l'origine une vie d poissante? Et dèa-kira qnd moyen pour elle de redevenir ce qa'die ftat en commencements, de regagner, avec la des masses populaires, son influence sur eilea, de se retremper à sa source, dldentifler aea ioiérèts, si tant est qu'elle en eût dp propres, au in- \ térèts de la race humaine , de Tenir en seeam i j ses besoins, de l'aider à dérdopper aoos toUas ! ses fiées , et dans toutes ses conaéqociiees armlii ment applicables, le principe chrétien de l'ëgriU de droit, dont la réalîsatiott constltiie Tordre ans j lequel nulle liberté, et la liberté sans lâqadis mI | ordre? Ces pensées pouvaient peut-être « an W^ J mier aspect, ne semUer ni trop absardîss , al tnf choquantea.

Les Aiits ne tardèrent paa cepoidant à BMilran combien , en espérant que la hiérarchie calhoi|M \ sentirait la nécessité de s'allier aTcc les |ifHi|iia \ pour la conquête de leur liberté commune , Vjivetdr s'était fait illusion. Des multitudes de protestations contre cette idée folle et pernicieuse , et d'oïl. stades à son exécution, surgirent de touscêtés. Le détail en serait instructif , mais il nous entrahierait trop loin. Il fallait sortir d'une position chaque jour plus difficile et plus équivoque. Car on ne te contentait pas d'intriguer , de calomnier, d'injurier en vertu de ses propres opinions ; on faisait encore parler Rome, mais vaguement, et sans qu'il fKtt possible de reconnaître ce que contenaient de vrai ou de faux ces bruits sourdement répandus, et propagés avec un zèle pieusement infatigable.

11 est certain que si , à cette époque , les écrivains de V Avenir avaient pu savoir d'une manière positive que Rome désapprouvait leurs efforts, lisseraient aussitôt rentrés dans le silence et dans rinaction , avec regret sans doute , mais sans hésiter un instant. 11 est certain encore que si , moins dominés par une délicatesse scrupuleuse, ils eussent méprisé tant d'indignes attaques et continué hardiment leurs travaux, aucun acte de l'autorité ne serait venu les forcer de les interrompre.

Dans leur candeur ils s'arrêtèrent à une autre résolution. Indécis sur ce qu'ils devaient croire des dispositions du souverain pontife à leur égard.

AFFAIRES DE ROME

trois d'entre eux , de l'avis de tous , prirent le parti de se rendre à Rome , pour s'assurer de ce qu'ils auraient sans cela ignoré longtemps , et toujours peut-être. La suspension de V Avenir , jusqu'à ce qu'ils eussent obtenu les éclaircissements qu'ils allaient chercher dans la capitale du monde chrétien, dut prouver aux plus soupçonneux leur parfaite bonne foi.

De nombreux témoignages d'intérêt, de vives marques de sympathie leur furent donnés sur toute leur route. En arrivant à Lyon , ils trouvèrent la ville au pouvoir des pauvres ouvriers , que tous , hors leurs implacables ennemis , bénissaient : car , défenseurs d'une cause juste et sainte , et jusqu'au bout dignes d'elle-, pas une pensée mauvaise ou suspecte n'était montée en leur cœur après le combat ; le peuple avait vaincu , et l'ordre et la liberté et la sécurité régnaient. Tels étaient les hommes que le maréchal Soult, un mois plus tard, refusait même d'écouter , parce qu'il ne traitait pas , disait-il , avec des brigands. Ces souvenirs doivent être conservés: ils ne forment pas la moins instructive partie de rbîstoire. . >*. ^

En descendant le Rhône , nous rébcontrâmes derechef au milieu du fleuve , devant Valence, les douceurs de la civilisation constitutionnelle et monarchique. Une troupe de gendarmes et autres gens de "police se précipitèrent à bord du bateau qu'ils guettaient au passage , pour y exercer toutes ces petites et basses^et vexatoires inquisitions d'où dépend aujourd'hui , comme chacun sait , la sûreté des empires. Elles atteignirent principalement quelques Polonais , jeunes et tristes victimes d'une double fttalité de malheur, qui , des ruines de la patrie que leur héroïque dévouement n'avait pu sauver , les jetait , à l'extrémité opposée de l'Europe , au milieu d*autres ruines moins glorieuses.

Nous admirâmes à Avignon Fantique palais des papes, magnifique encore, malgré les dégradations de toute espèce et les honteuses mutilations que journellement on lui fait subir. Son imposant aspect offre je ne sais quel mélange de château féodal et de couvent, quelque chose du moine Hildebrand et du somptueux Bertrand de Got ; mais ce dernier caractère domine. La papauté acheva de se séculariser entre ces hautes murailles chargées de splendîdes ornements , sous ces plafonds peints et dorés, an sein du luxe , des intrigues mondaines , des passions et des corruptions qui indignaient Tétrarque. Ce passé triste , mais non sans grandeur , remplit d'une émotion profonde l'âme de celui qui traverse ces silencieux débris , pour aller au loin chercher d*autres débris, encore palpitants, de la même puissance.

Après nous être arrêtés un peu dans la vieille

Page 1