‹ Œuvres complètes de F. de La Mennais (volume 2)Chapitre 183 sur 226 · IS · texte numérisé non relu

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sainte cause de l'Église et de la religion. A cet effet, ils osent supplier Sa Sainteté : 1 . Qu'afin de dissiper le soupçon d'erreur répandu contre eux, elle daigne foire examiner VExposition de leurs doctrines , qu'ils déposent à ses pieds , et que, si celte exposition ne contient rien , sous le rapport théologique, de contraire à la saine doctrine de TÉglise romaine, Sa Sainteté ordonne que cela soit déclaré de la manière qui lui semblera convenable; 3. Qu'afin de mettre les rédacteurs de Y Avenir et les membres de V Agence catholique à même de continuer leur action , si le souverain pontife le juge utile à la religion , il plaise à Sa Sainteté de faire connaître que, n'ayant rien de contraire aux principes catholiques, elle ne peut, par cela même, être l'objet d'aucune désapprobation.

Mais, pour acquitter pleinement leur conscience , les rédacteurs de V Avenir se croient obligés encore à soumettre humblement au chef de l'Église quelques observations , fondées sur la connaissance particulière qu'ils ont de l'état des choses et des esprits en France. Et, premièrement, à l'égard des doctrines professées dans V Avenir , soit que le souverain pontife les approuve, soit qu'il les condamne, son jugement ne rencontrera pas la plus légère opposition , parce que quiconque oserait se permettre une pareille opposition serait à l'instant repoussé avec un sentiment d'horreur par le corps entier des catholiques ; tandis que le silence du saint -siège aurait pour effet d*affaiblir le courage de ceux qui lui sont dévoués,de jeter dans l'indécision un grand nombre d'esprits , de détourner leurs pensées de Rome, d'ouvrir un vaste champ aux craintes , aux doutes , aux réflexions tristes et dangereuses , en même temps que le gallicanisme redoublerait ses efforts pour corrompre l'enseignement , et pour l'imposer comme une obligation de conscience à la jeunesse des séminaires , en vertu même de l'obéissance due aux supérieurs ecclésiastiques : et , ainsi qu'on l'a dit dans ce Mémoire, c'est ce qu'on voit déjà. Secondement, à l'égard du système de conduite adopté pour la défense de la religion , il n'est pas moins à craindre que le silence du saint -siège n'en fût regardé comme la condamnation ; ce qui aurait deux consé<]uences : la première , qu'il serait désormais impossible d'opposer aucune résistance aux oppresseurs de l'Église , et le mal, dès-lors, croîtrait avec une rapidité incalculable; la seconde , que cette immense partie de la population , qui , en France et dans les pays circonvoisins, était devenue l'ennemie du catholicisme parce qu'elle le supposait incom* patible avec les libertés civiles , et qui commençait A s'en rapprocher depuis la publication de Y Avenir, se persuadant que les principes établis dans ce journal sont désavoués à Rome, s'éloijïnrrait delà reli-

gion , et avec plus de haine que jamais. Déjà les journaux du libéralisme en Belgique se sont ouvertement expliqués à ce sujet, et le plus grand obstacle qu'on ait trouvé dans le libéralisme français , pour le faire concourir à la défense des droits des catholiques , est la croyance réelle ou feinte que Y Avenir exprimait des opinions sur lesquelles on ne pouvait fonder d'alliance solide , parce qu'elles étaient opposées aux doctrines de Rome.

Voilà ce que nous avons dû représenter pour acquitter nos âmes envers Dieu. Le souverain pontife jugera dans sa sagesse : et maintenant, pleins d'amour pour lui et dociles à sa voix comme de petits enfants, nous nous prosternons à ses pieds , en implorant sa bénédiction paternelle.

Rame, 3 février 1832.

Quelques semauies après l'envoi de ce Mémoire , le cardinal Pacca nous apprit , par un billet fort court , que le pape persistait à nous désapprouver , et qu'au reste on procéderait à l'examen que nous avions demandé.

Nous avons tout lieu de croire que d'autres soins détournèrent de celui-là. Du moins est-il certain que les personnes les mieux instruites de Rome n'ont jamais eu la moindre connaissance qu'^n se soit occupé de cet examen promis. Ce qui nous confirme encore dans cette croyance , c'est que la plus simple équité aurait fait un devoir rigoureux de nous admettre à expliquer nos actes et nos paroles , et surtout celles-ci : car nos adversaires les avaient souvent, avec une rare hardiesse de mensonge , détournées à des sens contraires à notre pensée ; et cette pensée, lorsqu'elle semblait obscure et incertaine à cçux qui la cherchaient de bonne foi , qui pouvait mieux que nous l'éclaircir, et même qui le pouvait si ce n'est nous? Je ne comprendrai jamais que la justice autorise une forme de jugement sans accusation précise communiquée à l'accusé , sans enquête, sans débat, sans défense aucune. Un procédé judiciaire aussi monstrueux révolterait même en Turquie. On ne peut donc le supposer en usage à Rome, et, par conséquent, nous dûmes voir , dans le silence absolu que l'on continuait de garder avec nous , la preuve d'une détermination arrêtée de laisser en suspens l'affaire au sujet de laquelle nous réclamions un jugement régulier, décisif et net.

Singulière position pourtant , mais qui nous a moins étonné depuis, qu'elle ne nous étonnait alors. Il y a une certaine simplicité d'âme qui empêche de comprendre beaucoup de choses, et principalement celles dont se compose le monde réel. Sans s'attendre à le trouver parfait , ce qui ne serait pas seulement de la simplicité , mais de la folie , on se

ilO

AFFAIRES DE ROME

figure qu'entre hii et k type idéal qu'on t'en cet formé d'après les maiimes spéeulativement admises , 0 eiiste an moins quelque analogie. Rkn de plus trompeur que eette pmsée. Soigneusement inculquée au peuple«elle akte i le gouremer, et, sous ee rapport, elle peut quelquefois être un bien relatif. Ble est naturelle aussi aux esprits élerés et candides. L'expérience, il est Trai, les en désabuse, mais presque toqjours trop tard.

On a dit que Rome était la patrie de ceux qui n'en afaient point. Nous ne conoevons pas qu'elle puisse être pour personne une patrie , selon le sens ordinale de ce mot. Ce n'est pas qu'elle n'ait qudque dmsed'extraordinairement attachant, quoique d^ bord on le sente peu, ou même aucunement.^ que TOUS y éprouTCZ les premiers jours , c'est une sorte de profond ennui, de tristesse Tague et pesante^ A chaque pas , le pied foule des ruines et remuelss cendres, mdntenant confondues , des hommes de toute race et de toute contrée qui, durant trente siècles , ont, vainqueurs ou vaincus, maîtres ou esdaTcs, habité cette terre de grandeur et de désolation. Vous reconnaisse! encore, dans cet amas confos de débris, les traces des peuples divers et des divers âges, et de tout cela s'élève je ne sais quelle vapeur de tombeau qui calme et endort et berce Pâme dans les rêves du dernier sommeil. On peut venir U pour y mourir, mais non pour y vivre ; car, de. vie , A peine y en a-t-il une ombre. Nul mouvement, si ce n*est le mouvement caché d'une multitude de petits intérêts qui rampent et se croisent au sein des ténèbres , comme les vers au fond du sépulcre. Pouvoir et peuple vous apparaissent tels que des fantômes du passé. La cité reine , assise au milieu d*un désert , est devenue la cité de la mort : elle y règne dans toute sa puissance et sa majesté formidable.

Qu'est-ce, d'ailleurs, aujourd'hui, que la population de cette ville déchue? Un petit nombre de familles réellement romaines y végètent obscurément. Tous les grands noms du moyen âge, les Colonne, les Orsini , les Savelli , sont ou éteints , ou près de s'éteindre. La noblesse princière et ducale n'appartient au pays ni par la nature.de son institution, ni par des services rendus , ni par son origine. Ce tiii , pendant plusieurs siècles , une coutume établie , que chaque pape élevât et enrichit , soit ses enfants, légitimes et autres, soit ses neveux; et trop souvent les confiscations , les spoliations , les rapines, ont été le fondement de ces maisons maintenant presque toutes en décadence. A l'excès du faste a, dit-on, succédé un excès contraire. Retirée dans ses vastes et silencieux palais où nul ne pénètre , cette classe, qu'attristent également ses souvenirs et ses prévoyances , s'est fait comme une soli-

tude dans h aoUtode. Un iflSiiMt Mlttd i foas les êtres les porte à alsder qpmid leur in apprade. Des a ventnrfers de tontes Biltoot et de Ums étali , des moines de tons pays, des ecffléaiaatiqaes aflhéi de tous les cotais dn moode par reapénaee de Avancer , on par le shnpb beaofo de vivre , fmtÊBd le surphis de la popttliiion/Sano Uen qudooBfne . sans unité, son exlatcnte^eat pmemeot |MSaife/\ Privée de droits politiques dont le nom même W est inconnu , elle n'a aucune part, direete tm iaArecte, ni an gouvernement ni à rWhofarislnilon. Chacun n'a de but que soi-même, et, par ooaséqneal, hors de la religion, un bot mMériel de Incre pour les uns, et pour les antres de Jooisaaiiee psésoie. I«e repos, l'obivelé, le soaunefl, Intcrromfnids temps en temps par des spectadea qid éamneal les sens, voilà le bonheur tel qna le eonçoboiftees hommes, en qui, pourtant, anbalBle eneore on gmme de senthnents plus élevés el pins dnerglqaesi. Mis vie publique, rien dès-Ion qui provoque acUvité, rien de social : k ré^me établi de toutes parts dans le vil faitérèt privé, dérision de la Rome antique, nn sénaten^, on l'appelle, exerce au Gapitole Je ne petite juridiction de première instance, et, palais du gottvemenr, charge toujours eoniéa i na prélat, on lit le ftmeux monograaHW 8. P. ^ 1., dont la plus exacte traduction est eneore ceBe deci fhr-rîff " lïfnr jTf r rfirrr B nmr mnanr ïalnnglrmps quelque chose de son ancien esprit et de ses famitutions, modifiées par les mœurs générales dn moyen âge. Ce fut un obstacle à l'aiiermissement de la domination temporelle des papes. Ils eurent i lutter, jusqu'au seizième siècle, contre la puissanee des hauts barons et ce qui subsistait des libertés municipales. A cette époque, une révolution s'opéra dans la société. Les monarchies absolues naquirent. Cette circonstance donna la victoire aux pontifes : ils demeurèrent seuls maîtres. Despote par système et par nature, Sixte-Quint, pour en finir avec les oppositions populaires et féodales , acheva de con-. centrer le pouvoir entre les mains du clergé. Le pape et , au-dessous de lui , le sacré collège et la prélature, exclusivement investis de l'autorité politique, administrative et judiciaire, constituent l'État véritable : le reste paie et obéit. Ainsi, les Romains sont gouvernés , administrés , jugés , par des étrangers. Car, sans parler du pape, les cardi* naux et les prélats ne tiennent presque tous à Rome que par le hasard des événements qui les y ont amenés des différentes parties de Tltalie et de l'Europe entière.

Est-ce \h un peuple ? est-ce là une patrie?

Cependant, cette ville singulière, centre, à diverses époques , des plus énormes corruptions politiques

JlFFAIRES D£ ROME.

et morales, ne laisse pas, nous ^ répétons, d'avoir un attrait puissant , comme serait la vision d'un monde évanoui. Des gigantesques conslructions atrribuées aux Tarquins , jusqu'au palais Braschi , chaque siècle a marqué de son empreinte ce sol eihaussé par des décombres : vaste cimetière où dort une longue suite de générations. Chacune d'elles est là sous sa pierre plus ou moins mutilée , et le passant qui se baisse pour lire l'inscription, ne découvrant que des traits informes, des caractères à demi effacés , s'en va plein de tristesse, car il a vu ce que c'est que l'homme et sa destinée. Durant sa rapide existence , il se hâte d'élever sur les bords du temps de fastueux édifices qui perpétueront, croit-il, sa mémoire, et le temps , dans son cours, les mine peu à peu et les entraîne au fond de ses gouffres insondables.

Les souvenirs religieux qui abondent à Rome , les pieuses traditions que rappellent en si grand Dombre les monuments chrétiens , produisent sans doute une vive impression sur les âmes croyantes. Comment ne seraient-elles pas profondément émues au sein des catacombes , le Saint-Pierre à la fois et le Vatican de cette glorieuse époque où les pontifes de Jésus-Christ , ayant pour autel les os des martyrs et pour palais une voûte souterraine, célébraient à la lueur d'une pauvre lampe , au milieu de la nuit , les mystères saints , et , après la prière qui fortifie , disaient aux fidèles : Vous voulez régénérer le monde, eh bien! sachez souffrir et mourir?

Dans la ville et autour , on rencontre en foule des objets propres à réveiller les mêmes sentiments que fait naître la vue des cryptes silencieux et sombres où le christianisme persécuté jeta ses premières racines. Cependant le charme de Rome tient à une cause plus générale , puisqu'il agit également sur ceujL qui n'eurent jamais la foi , ou qui l'ont perdue* Ce charme nous parait être celui qu'a pour rhomme tout ce qui représente vivement sa grandeur et sa fragilité, sa puissance et sa misère. 11 y a, dans ces ruines entassées sur des ruines , une mer- ▼eilleuse poésie du passé , et , dans leur contraste avec une nature pleine de richesse et de vigueur , quelque chose qui vous reporte vers ce qui ne passe point , et , sous l'enveloppe mortelle dont se dégage ▼otre être véritable , vous assoupit mollement au sein d'une vague immensité, et vous pénètre comme si déjà vous aviez traversé la tombe de l'inépuisable vie que Dieu a répandue dans l'univers.

La partie de Rome la plus habitée occupe près du Tibre l'emplacement de Tancien Champ de Hars. Coupée de petites rues ir régulières et sales , elle offre généralement une apparence de pauvreté et un aspect triste , malgré les nombreux édifices accumulés sur cette étroite surface. On y voit l'âge

moderne tel qu'il était avant qu'une classe intermédiaire, dominante aujourd'hui dans la moitié de l'Europe, fût venue se placer entre le peuple et l'aristocratie. La religion seule diminuait , sans l'effacer , la distance qui sépare ces deux termes extrêmes de la société , et l'institution monastique surtout eut à cet égard une influence qu'il serait in^ juste de méconnaître. Inférieures aux palais , sous ' le rapport de l'art , les églises appartiennent à une époque de décadence pour l'architecture chrétienne. Travesti à la grecque, selon le goût d'alors, le christianisme y est dépouillé du magnifique vêtement dont l'avaient revêtu les artistes des siècles de foi. Rien qui rappelle la vieille cathédrale avec ses formes symboliques , ses voûtes qui montent sans fin, ses flèches élancées vers le ciel comme d'ardentes aspirations , ses ornements variés et siguificatifs , ses jours mystérieux , ses lointains échos. Au lieu de tout cela, des dômes assez lourds, décorés de fresques admirables quelquefois, d'autres chefs -d'œuvres du pinceau, une grande richesse de marbres rares ; mais une totale absence de ce qui saisit l'âme et l'émeut puissamment et la ravit dans un monde supérieur.

Presque entièrement déserte aujourd'hui, â cause de la frayeur exagérée qu'inspire aux Romains Varia caltiva, la Rome antique contient à peu près tout l'espace qu'occupent les sept collines. Le Citorio seul fait partie de la cité moderne. Une faible popu* lation, disséminée dans cette vaste enceinte, y forme çà et là comme autant de petites villes ou même de villages , séparés par des cultures , quelques vt'iias et de superbes ruines, telles que les thermes de Dioctétien, ceux de Titus , le Cotisée, le palais des empereurs sur le Palatin, l'arc de Septime-Sévère, la colonne Trajane et autres fragments nombreux des magnificences du peuple-roi et des Césars qui le détrônèrent. Plus tard le génie chrétien jeta sur ce sol des monuments d'un genre divers , d'humbles chapelles, d'immenses basiliques , entre lesquelles Saint-Pierre s*élève majestueusement au fond d'une place , à tout prendre , la plus belle peut-être de rSurope; des monastères enfin auxquels leur isolement , le calme et le silence qui les enveloppent comme une moelleuse atmosphère , prêtent je ne sais quel attrait mélancolique et doux. La plupart n'ont que peu d'habitants ; quelques-uns , entièrement abandonnés , se dégradent faute de soins , et ne seront bientôt eux-mêmes que des ruines. Ainsi, là encore un aspect de décadence et des images de destruction : mais là aussi, dans cette solitude peuplée de tant de souvenirs , des sources inépuisables de pensées graves et d'émotions profondes. Sous un ciel tantôt d'un azur foncé, tantôt recouvert de rouges et chaudes vapeurs, et terminé à Thorizon

AFFAIRES DE ROVE.

pn* te l%iies d^ine grandeor et d*uiie grâce inexprimablet , on déeoQm à chaque pas qaelqaNioe de ces raràsaiites perspectives que ddI pinceau ne saurait retracer qu'împarftitement. Figorei-Tous une plaine immense , inégale , semfilabJe i une mer dont les flots soulerés en mille directions auraient été pétrifiés soudainement ; telle est la campagne de Rome. Des restes d*aqueducs, des débris de tombeaux, s'y montrent ci et là. Le Tibre la traverse. Jaune, étroit, et dont le plus souvent on suit le cours mtre ses rives nues, comme on devine la trace d'un serpent qui glisse dans rherbe. Au deU, excepté sur la route d*Ostle| des montagnes , derrière lesquelles ftiient d'autres montagnes d'une singulière variété de formes, s'ouvrent, se referment, se rouvrent encore , pour attirer , ce semble , le regard sur les paysages enchantés du vieux Latium , que borne au midi la mer qui baigne les côtes d'Afrique et celles de Toscane , vasium mare et êjmUotum manque.

L'Orient a d'autres beautés et d'autres souvenirs : il forme, par ses doctrines, sa philosophie, ses arts, ses lois, ses mcsurs, sa dvilisallon entière, un monde i part, plein de grandeur et de mystères. Mais, pour nous, hommes de FOccident, aucun lieu ne nous âneut aussi puissamment que Rome , ne nous parte un langage aussi pénétrant. Tout notre passé est rassemblé U dans sa pompe ftinèbre, et il y apparaît seul. Le temps semble clos sur cette terre où les âmes , ondoyantes comme les longues herbes des cimetières , ne rendent que des sons plaintife et mourants. Du haut de ces débris regardez rhorizon , pas un signe qui annonce le lever de l'avenir.

M. Lacordaire ayant pris, au bout de quelques mois, le parti de retourner en France, et M, de Hontalembert se préparant au voyage de Naples , ^l'excellent père Ventura, alors général de Théatins, ' voulut bien me recevoir à S.-Andrea délia Valle. Je n'oublierai jamais les Jours paisibles que j'ai passés dans cette pieuse maison , entouré des soins les plus délicats, parmi ces bons religieux si édifiants, si appliqués à leurs devoirs, si éloignés de toute intrigue. La vie du cloître , régulière , calme , intime et , pour ainsi dire , retirée en soi , tient une sorte de milieu entre la vie purement terrestre et cette vie future que la foi nous montre sous une forme vagué encore, et; dont tous les êtres humains ont en eux mêmes l'irrésistible pressentiment. Espèce d'initiation à la tombe et â ses secrets , elle a pour les âmes contemplatives une douceur qu'on soupçonne peu. Il se trouve aussi dans les monastères de remarquables intelligences qui comprennent d'autant mieux le monde qu'elles l'observent de plus loin , et ne sont offiisquées ni par ses passions, ni par ses

tntéréU ; et , par Haème BoClf, è'cal II fw ae développent k pins naturdleflieDC lot mMes InCiBels de l'humanité et IcssymptUma qui la eaamàeÊÊtht vrai mofaie est peuple el ne peut être qoe peo|le,N ne fût-ce qu'à cause de M pauvreté, an oiiiMiiA-j. viduelle. Quant aux moines ambitieox, mz de cour, serviteurs et flattenra des grandi, 1 nfeâ pdnt de pire race dana le monde* / y

Loraqu'après les courses de la Journée je reie- / nais le soir partager la frugale collation dn pèR Yentura, les heures s'écoulaient inaperçues en des entretieiis où son âme aimante , son esprit adi, fécond, pénétrant, savait répendre un ^anne Iné* pulsable. Doué de quaBtés éninentes, propre 1 h^ pratique des affiiires comme aux qiéenlalionBdsh science, Jamais personne 'ne M anhné dTtan plas ardent amour du bien. De pareils honuBea aanl rares partout. Nous avona en le bonheur dTci contrer plusieurs è Rome. Près dn pelaia BaribcM, sur une petite place plantée de quelques vbrespv les Français, Je crois, s'élève un couvent de pauvres capucfais. Cest là que, dans une edinle d'une couchette , dHine table, de deux chaises, et dont Pétroite fenêtre est dose, au lei de vitres, avec un morceau de canevaa ^ esnliBue de vivre, selon toute la rigueur de la rè|^ deaslit Françob, le cardinal Hicara, que ses hautcsvcMns, son austérité sana rudesse , .sa vive et pepaMrc éloquence, ont rendu Pobjet d'un respect Un au-dessus de celui qu'on accorde à la dignité. Aosri le peuple ne s'y trompe-t-il pas ; et ie Capucin, comme il l'appelle avec un délicat sentiment de la vraie grandeur , est incomparablement plus , i ses yeux, que le porporato. Je ne saurais m'empêcher de nommer encore le savant père Olivier!, domiaicain, homme antique par le caractère, la droitnre incorruptible, la sage et modeste liberté. Procbaié par l'opinion publique le premier théologien de Rome, membre de plusieurs congrégations dont il est la lumière, il ne laisse pas, malgré les nombreux devoirs de ses charges, de suivre attentivement, dans l'Europe et au delà, le mouvement de l'esprit humain et le cours des événements qui modifient de jour en jour l'état de la société et tendent è le chtnger complètement : forte et vaste tète , unie à an cœur simple et bon.

Les Théatins ont à Frascati , un peu en dehors de la ville , une maison d'où la vue s'étend au loin sur la campagne de Rome. Elle est d'ordinaire habitée par un seul religieux qui dessert la chapelle ouverte au public, et par un frère. Un jardin, aiénagé sur une pente assez abrupte, ajoute à l'agrément de ce lieu solitaire , où le père Ventura me permit d'aller m'établir. On y eut pour moi les mêmes bontés qu'à S.-Andrea : et , si ces lignes

AFFAIEES DE ROME.

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arrÎTaient jamais jusqu'au père Bonini, je serais heureux qu'il y vit une preuve que le temps n'a point affaibli la g^ratitude que je conserverai toujours de sa cordiale hospitalité.

A quelques milles de Tivoli, un groupe de montagnes volcaniques ferme, dans la plaine inhabitée, une espèce d'oasis. Sur un des revers de ce plaleau, dont la fraîche verdure contraste avec la nudité du désert voisin, Frascati , Marino , Albano, rattachent à ces lieui charmants les souvenirs de l'histoire : difficilement l'imagination parviendrait à se représenter un pays plus pittoresque.

Une magnifique végétation y embellit des sites perpétuellement variés. La pureté de l'air, l'abondance des eaux , et aussi ce charme mystérieux de la nature auquel nul homme , quelque besoin qu*il ae soit fait de la vie factice des cités, ne se soustrait jamais entièrement, attirent pendant l'été les riches fomilles de Rome, qui, au temps de leur splendeur, ont semé ces montagnes d'élégantes villas et d'immenses palais , tels que Mondragone , aujourd'hui presque en ruines , tandis que l'esprit religieux y fondait de nombreux couvents presque tous situés en des positions d'une beauté ravissante. Il en est même de fortifiés à la manière du moyen âge, comme Grotta-Ferrata, bâti tout auprès de l'ancien Tusculum. Ceux des Capucins et des Camaldules nous ont surtout frappés par la profonde paix qu*on y respire, et par l'admirable grandeur du paysage dont ils font partie. Les Camaldules occupent chacun uoe petite maison séparée et composée de plusieurs pièces. Nous arrivâmes chez eux vers le soir, à Thcure de la prière commune : ils nous parurent tous d'un âge assez avancé, et d'une stature au-dessus de la moyenne. Rangés des deux côtés de la nef, ils demeurèrent , après l'office , à genoux , immobiles, dans une méditation profonde : on eût dit que déjà ils n'étaient plus de la terre; leur tète chauve ployait sous d'autres pensées et d'autres soucis : nul mouvement d'ailleurs , nul signe extérieur de vie : enveloppé de leur long manteau blanc, ils ressemblaient à ces statues qui prient sur les vieux tombeaux.

Nous concevons très-bien le genre d'attrait qu'a pour certaines âmes , fatiguées du monde et désabusées de ses illusions , cette existence solitaire. Qui n*a point aspiré à quelque chose de pareil? qui n'a pas, plus d'une fois, tourné ses regards vers le désert , et rêvé le repos en un recoin de la forél , ou dans la grotte de la montagne , près de la source ignorée où se désaltèrent les oiseaux du ciel ? Cepen^ dant telle n'est pas la vraie destinée de l'homme : il est né pour Faction ; il a sa tâche qu'il doit accomplir. Qu'importe qu'elle soit rude! n'est-ce pas à l'amour qu'elle est proposée?

Il est néanmoins des temps où le courage semble défaillir, où l'on se demande si , en voulant le bien dont tant d'obstacles souvent imprévus empêchent la production facile en apparence , on ne poursuit point une chimère ; où . à chaque inspiration , la poitrine soulève le poids d'un immense ennui. J'ai toujours éprouvé qu'en ces moments la vue de la nature, un plus étroit contact avec elle, calmaient peu à peu le trouble intérieur. L'ombre des bois , le bruit de la source qui tombe goutte à goutte , le chant de l'oiseau dans le buisson , les bourdonnements de rinsecte , l'éclat , le parfum des fleurs , l'ondoiement de l'herbe que la brise agite ; toutes ces choses , et surtout Tintarissable exhalaison de vie , de cette vie que Dieu verse à torrents au sein de son œuvre perpétuellement jeune , perpétuellement ordonnée , pour l'ensemble des êtres et pour chaque être particulier, à une visible fin de félicité mystérieuse , raniment l'âme flétrie , l'abreuvent d'une sève nouvelle, lui rendent sa vigueur qui s'éteignait.

En me retirant à Frascati , j'avais en outre le dessein d*y travailler plus à loisir à un ouvrage déjà commencé à Rome , et que bientôt les circonstances me forcèrent d^abandonner. On en trouvera , sans aucun changement, à la suite de cette relation, la partie que le temps me permit d'achever. Conçu dans un ordre d'idées qui depuis ont dû nécessairement subir de profondes modifications , il n'eût olTert, à peu de chose près, comme on le verra, qu'un développement plus étendu des pensées principales exposées dans V Avenir. Je me proposais d'y présenter, d'après de nombreux documents recueillis avec soin , un tableau fidèle de Tétat de l'Église catholique dans le monde entier, ainsi que de l'état de la société ; et, recherchant ensuite les causes de la décadence de l'Église et celles des soufl^rances de la société , j'aurais indiqué , selon mes lumières , les moyens , à mes yeux , propres à y remédier.

Dans le chapitre sur l'Italie , tous ceux qui la connaissent remarqueront que j'ai usé de ménagements extrêmes. Lorsqu'on désire convaincre , on ne doit pas choquer. 11 est d'ailleurs des plaies qu'un pieux sentiment porte à voiler ; et, quand on presse les hommes de remonter la pente qu'ils ont descendue, il faut, autant que possible, leur donner la conscience du bien , et, par conséquent, de la force qui peut encore exister en eux.

Le même chapitre parait offrir une lacune considérable. 11 n'y est rien dit de la situation politique de ritalie. Je devais traiter ce sujet en parlant de TAutriche , dont l'influence prédominante s'étend sur toute la péninsule. Je n'aurais eu, au reste, à peindre, avec des nuances locales , que les effets

AFFAIRES

parfont semMablM d*un deqpotitiiie llUniilé : PopprèMion des esprits refoidés sar eux-Démes ptr un poQToir brotal , quln timide la pensée i ^elqiie degré qa'eHe se manifeste , Tabsenoe absdue de garanties ponr les propriétés et pour les personnes, la vioienee et la corruption, Farbitraire dans le gouvernement toujours en défiance et en crainte ; dans le peu|4e , condamné â Tégéter sous la baïonnette du ■soldat et l'œil de Fespion , une prodigieuse misère physique , morale , intellectuelle , et un abaissement si profond qu'il a presque cessé de le sentir. On ne saurait exprimer Im sentiments quinspire un pareil spectacle , lorsqu'on vient surtout i se rappeler Fantique prospérité et les étonnantes créations du génie de ce même peuple , ses longues et Tictorieuses luttes pour maintenir son Indépendance, depub la Hgue lombarde jusqu'aux derniers efforts de Florence an temps de Cbarles-Quint. Italie! Italie I tes vieux morts se sont levés; des pentes de l'Apennin, les pâtres les ont-vus, le front triste, lescbeveux couverts de la poussière du sépulcre , inromener leurs fiers r^rds sur cette terre jadis si glorieuse, si libre ; et, comme s'ils ne Favaient point reconnue, aeeouant la tète avec un sourire amer et formidable, is se sont recouchés dans la tombe.

Le bref aux évêques de Pologne fot le premier acte public qui annonça une détermination arrêtée du pape, au si^et des questions de politique sociale, de la solution desquelles dépendra le sort ftitur de Fhumanilé. Ses pensées, sans doute, n'étaient incertaines pour personne auparavant. Il évitait toutefois de se prononcer d'une manière solennelle, nonseulement à cause de la sage lenteur qui préside aux conseils de Rome , mais parce que la com])lication de ses intérêts et de ses devoirs comme prince temporel et comme pontife, les graves conséquences de ses paroles dans Tordre religieux à une époque d'ébranlement presque universel , lui commandaient une réserve extrême. Pour comprendre ce qui le décida , il faut remonter plus haut.

Après les journées de juillet , encouragée ou non par le gouvernement français d'alors , Tltaiie crut à sa délivrance. Des insurrections éclatèrent à Bologne , à Parme , a Modène. Rome même se souleva pendant le conclave assemblé en ce moment, et cette tentative menaçante contribua beaucoup à hâter rélection vivement disputée jusqu'à cet instant, et qui s'acheva trop hautement peut-être, sous l'influence impériale.

Cependant , des vues louables d'économie ayant porté Léon XII à réduire les troupes pontificales au nombre strictement nécessaire pour la défense de quelques forteresses et pour les besoins de la police intérieure du pays, le nouveau pape se trouva privé

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