‹ Œuvres complètes de F. de La Mennais (volume 2)Chapitre 184 sur 226 · DB EOU · texte numérisé non relu

DB EOU

des foreies iadiipcPsaMés poor sauce aes provlBocs révoltées; Dca s'enUaaèrent d n'abovUrcat à pte , cir lea^^sls voulaient traiter sur la baae m ciproqufls , d le aosvwito ea4gcnit< entière, préalable, qjul suppiaait aM*«ft' Toute conciliation devenant iipoaalhie, le j chercher an dehors h patesaiea latétWIa qÊÈM manquait. La position de F Autrietei «• IrtMts, des engagements antérîean, ae laiaaeiaBt'fas î Grégoire XVI, en cette ciieomrtaace, le-eMsplusieurs alUés : U lui foUat» sIbm rédaaae moins aceepter llntcrventitti de FArtihiey que mhiease qu'elle pM être d*eilleim finances mal adminislrées. LlaaarreelieB vait pas même essajcr une lotie ; FeMperfiH*

On avait depuis trop pe« de tempe freetaaiNi France le JMncipe opfMieé A eahil^lapIfHifra. Ait de cette nature , peur fw > deae Pdtat nion publique, encore Imhve d*idéee qui semblent s'être perdnea depok^ k ment crût pouvoir conniver direeteneiit à tion. Voulant , d'une au^ part , i le«t prix »la guerre qu'une li^foôctioa «érieme ndraeie à rAutriche de rentrer au dedans de eet eût infailliblement amenée, on prit «n toyen, on dit ; Vom inlervenei, eh bien I nous interviendrons. Ânotee Ait dœnpée : peau tricolore flotta sur sa dtadeOe. Loragne IMs en parvint à Rome, Il j produisit on vif eeaUmeni. de frayeur dans les uns, d'espérance dans les autres, car on liait encore cette expédition au mouvement révolutionnaire de juillet , et nul ne connaissait la pensée intime de ceux qui Pavaient ordonnée. 11 n'est point de bruit qui ne trouve croyance en de semblables conjonctures. On parlait de Tarrivée prochaine des Français à Civita-Vecchia. Des moyens de fuite furent préparés à tout événement pour le pape. Sa position se compliquait de plusieurs sorlei d'embarras ; il savait, et tout le monde sait en Italie, combien l'Autriche convoite les Étals pontificaux, et particulièrement la portion de ces États située aa nord de l'Apennin : jamais sa politique ne perd de vue cet objet. Lorsqu'elle envoya une armée sons le commandement du général Frimont, afin d'étooN fer la révolution de Naples , le gouvernement papal ne voulut pas permettre qu'elle entrât dans Rome; elle dut faire un circuit autour de la ville pour rejoindre , à quelque distance , la route de Terracina. Ces précautions prudentes ne troublent, au reste, en aucune façon la bonne harmonie entre les souverains ; elles reposent sur des présomptions à leurs yeux naturelles, et dont nul nesei^che.

On avait remarqué, depuis l'occupation de la Romagne, qu'en laissant au pape tout l'odieux des

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mesures de rigueur les Autrichiens usaient enyers la populaliOD, moins soumise que réduite forcément à rinaction, de ménagements systématiques qui semblaient indiquer un but ultérieur d'intérêt propre^que divers autres indices manifestaient assez clairement. La cour romaine , en profitant du secours qu'ils lui prêtaient contre l'insurrection, n'était donc pas, à beaucoup près, exemple d'inquiétude sur les conséquences possibles d'une intervention eo apparence tout amicale , mais qui la plaçait de lait dans la dépendance périlleuse d'une puissance ▼oisine , connue par sa patiente persévérance dans ses ambitieux projets. Les Français aussi pouvaient créer au pape , en guerre avec ses sujets , des dangers d'une autre espèce , en soutenant , d'une manière plus ou moins ouverte, et en fomentant la rébellion. Difficultés donc de tous les côtés , et difficultés graves.

Lsi^ussie sut tirer habilement parti des craintes qui assiégeaient Grégoire XVL On ne pouvait la soupçonner de songer à se fot mer un établissement territorial en Italie , ni de favoriser l'esprit révolu^ • tionnaire. Elle offrit au pape de mettre éventuelle-ment à sa disposition un corps de troupes, destinées, au besoin , à le protéger contre toute attaque , de quelque part qu'elle vint. Un traité se conclut sur cette base, et le bref aux évêques de Pologne fut le priJL exigé par la Russie en échange de ce qu'elle promettait. On voit donc que cet acte du pontife trouve, dans les nécessités fâcheuses du prince temporel , une explication plus que suffisante pour la sagesse politique; il fut, au reste, longtemps tenu secret. Un très-petit nombre de cardinaux le connurent avant le public , qui lui-même ne le connut que par les gazettes d'Allemagne, En cette occasion, comme en plusieurs autres , Grégoire XVl , dérogeant aux anciennes coutumes, dont l'observation eût apparemment entraîné des inconvénients, ne consulta que son conseil intime , composé des cardinaux Bernetti , secrétaire d'État , Lambruschini , ZurU et di Gregorio. Fils de Charles III , qui du IrOne de Naples passa sur celui d'Espagne , ce dernier avait épousé avec beaucoup de chaleur la cause des puissances absolutistes. Sa naissance l'attachait plus particulièrement à celle des Bourbons , et l'on ne peut que respecter le zèle qu'il mit à les servir : le sang a aussi ses droits.

Tant que l'issue de la lutte entre la Pologne et 9eB oppresseurs demeura douteuse , le journal officiel romain ne contint pas un mot qui pût blesser le peuple vainqueur en tant de combats. Mais à peine eut-il succombé, à peine les atroces vengeances du czar eurent-elles commence le long supplice de toute une nation dévouée au glaive, à l'exil, à la servitude, que le même journal ne trouva point d'ex-

pressions assez injurieuses pour flétrir ceux que la fortune avait abandonnés. On aurait tort pourtant d'attribuer directement cette indigne lâcheté au gouvernement pontifical : il subissait la loi que la Russie lui imposait. Elle lui avait dit : Veux-tu vivre , tiens-toi là, près de l'échafaud, et , à mesure qu'elles passeront, maudis les victimes.

Il n'est pas étonnant que, préoccupée de si graves soucis, Rome oubliât complètement Y Avenir et ses rédacteurs ; et puis Ton comprend qu'elle éprouvât de la répugnance à s'expliquer sur des questions liées , en des sens divers , aux plus importants intérêts de la société actuelle , à tout ce qui remue les peuples et effraie les rois. H fallait bien cependant que notre incertitude eût un terme. Après avoir pris les conseils de quelques hommes émineuts, nous nous décidâmes à annoncer que, ne recevant aucune réponse de l'autorité catholique , n'ayant dès-lors d'autre guide que nos convictions personnelles, nous allions retourner en France pour y recommencer nos travaux . Car, de deux choses l'une: ou Rome continuerait à garder le silence, et ce silence serait une preuve qu'elle tolérait au moins notre action ; ou elle se prononcerait catégoriquement , et alors l'abandon définitif de l'œuvre à laquelle nous nous étions voués avec autant de zèle que de bonne foi, serait justifié pleinement aux yeux de tous, et, ce qui nous touchait encore plus, à nos propres yeux. J'insiste sur ce dernier point, parce qu'ayant puisé dans notre seule conscience le courage d'entreprendre une tâche si rude, nous sentions le besoin, en y renonçant , d'être assurés qu'aucuns motifs , soit de faiblesse, soit de lassitude, n'avaient eu d'influence sur notre détermination. Cette certitude, lorsqu'il s'agissait , quant au fond même des principes discutés , du sort futur des peuples chrétiens et du. monde entier ^ nous était nécessaire pour nous retirer avec une parfaite tranquillité d'âme.

Notre résolution une fois arrêtée , nous ne tardâmes point à quitter Rome. C'était au mois de juillet, vers le soir. Des hauteurs qui dominent le bassin où serpente le Tibre, nous jetâmes un triste et dernier regard sur la ville éternelle. Les feux du soleil couchant enflammaient la coupole de Saint-Pierre , image et reflet de l'antique éclat de la papauté ellemême. Bientôt les objets décolorés disparurent peu à peu dans l'obscurité croissante. A la lueur douteuse du crépuscule , on entrevoyait encore çà et là , le long de la route, des restes de tombeaux ; pas un souffle n'agitait la lourde atmosphère, pas un brin d'herbe ne soupirait : nul autre bruit que le bruit sec et monotone de notre calèche de voiturin , qui lentement cheminait dans la plaine déserte.

Celte manière de voyager, lorsque rien ne vous presse, est la plus agréable que puissent choisir

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ceui qui doi?ent rechercher une stricte économie. On séjourne, on Toit mieux le pays que dans les voitures publiques. Notre bon Pasquale , toujours d'humeur égale , abrégeait nos longues heures de marche par sa conversation spirituellement naïve. Représentez-vous une large figure pleine et ronde , empreinte d'un singulier mélange de simplicité et de finesse malicieuse, voilà Pasquale. Il fallait Fentendre raconter comment, retenu au lit pendant quarante jours par une jambe cassée, il revint à Rome juste a temps pour ne pas trouver sa femme remariée : ce n'est pas que sa douleur eût été inconsolable, si le second mariage avait rompu le premier ; car, libre alors , peut-être serait-il devenu cardinal, peut-être pape : qui sait? on avait vu des choses plus extraordinaires. Pourquoi {las lui autant qu'un autre? ne valait-il pas bien celui-ci, celui-là? Un peu de bonheur, un peu de faveur, on arrive à tout avec cela. Et quelle douce vie pour Pasquale ! que de loisir, que de repos , que de far niante ! Je supprime le reste : j*ai voulu seulement donner une idée du genre d'esprit qui caractérise le peuple romain , et de sa mordante verve.

Au-dessous de Montefiascone, nous quittâmes la route directe de Bolsène pour suivre celle d'Orvieto. Cette ville, jadis presque imprenable, est assise sur un mamelon isolé au milieu d'un vaste bassin. Clément VII s'y réfugia après le sac de Rome, et l'on y montre un puits d'une construction remarquable qu'il fit creuser pour provenir, en cas de siège, le manque d'eau. Un double escalier, bdli entre deux murs parallèles, est dispose de toile sorte que les personnes qui remoiilent ne sauraient se croiser avec cclit^'s (|iii descendent. La cathédrale , d'une arcliilecture antérieure à la renaissance , mérite , à plusieurs égards , d'être vue. Klle est achevée, chose assez rare, et l'ensemble en est harmonieux. Sa façade, couverte de bas-reliefs, offre une des œuvres les plus curieuses de l'école de Pisc et de Fiesoie. Vous avez sous les yeux un poème immense, commençant avec l'univers et finissant au jugement dernier. Sans être égal partout, le travail de l'artiste est j)Iein de naïveté , d'expression , de vie, et (pielquefois de grandiose. Nous nous rappelons particuhèrement une tète d'Abraliam endormi. Le patriarche voit dans son soninuil les destinées de sa race liées à celles du monde : son regard interne embrasse les siècles avec une puissance en quelque sorte créatrice : l'avenir entier du genre humain semble éclore sous les j)Iis de ce large front. J^orsqu'au i)Ius haut de sa course le soleil commence à frap[)er de ses rayons liorizonlaux ces maibres d'une belle teinte jaune, soudain, les reliefs j)roJelanl leur ombre sur les pians inférieurs qui se creusent profondément , on dirait que ces innombrables

figures, immobiles jusque-là, s'animent ton! à coup et sortent de la pierre.

Le lac de Bolsena , si gracieux , si riant , rappelleplus d'une scène tragique. Ce fut près de set bords que les Voisques, vaincus au sein de leur capitale, cédèrent à la fortune de Rome, et dans une de aei lies que périt la reine Amalasonte, victime de Ymêbition d'autrui, après une vie troublée par sa propre ambition : tant l'homme a semé de ses misères, et trop souvent de ses crimes , chaque coin de cette terre qui lui fut donnée pour passer en paix ses quelques heures rapides.

Je ne dirai rien ni de Sienne ni de Florence ; je n'écris point un itinéraire, et les monuments dont ces villes abondent ont été, comme ceux de Pise, cent fois décrits par des juges plus habiles que moi et plus compétents. Séjour aujourd'hui d'un peuple amolli , la Toscane , toujours déclinant depuis l'époque où les Hédicis, aidés de Charles-Quint, parvinrent à l'asservir irrévocablement, n'est plus que l'ombre d'elle-même. En perdant et la liberté et ia vertus civiques, elle semble avoir perdu le génie de la science et le génie des arts. On a versé à ce peuple un breuvage assoupissant, et sa tète s'est penchée, et il s'est endormi dans son antique gloire. Au milieu de ses grandeurs passées, des merveilleuses œuvres de ses pères, on croirait voir le fellih couché sur le seuil des temples deXhèbeset d'Héliopolis, ou des nécropoles des Pharaons.

Différente, à cause de la nature du sol, de celle usitée dans la Lombardie, la culture en Toscane est très-avancée , et le paysan y est laborieux. Le gouvernement facile et doux, avant que l'Autriche eût organisé à Florence même sa police oppressive, néglige moins qu'on ne le fait ailleurs le bien-ètrc matériel du j)ays : aussi ne présente-l-il pas le choquant asi>eet d'indigence profonde qui presque partout attriste l'œil, lorsqu'on parcourt le royaume de Naples et les États romains. Un certain air d'aisance cl de propreté, rare en Italie, se fait mtme remarquer dans les campagnes : mais c'est là tout. On protège l'homme physique , on tue rhomme moral. Aucun mouvement intellectuel ; s'il eu apparaissait , le pouvoir effrayé rétoufferail aussitôt.

Des causes multi[)liées, au nombre desquelles on doit compter la diversité d'origine marquée [»ar la diversité des dialectes, ont produit, entre les populations répandues dans la péninsule, des différences sensibles et même quebiuefois brusquement tranchées. L'habitant de la Romagne possède plus d'énerpjie que le Toscan. Peut-être est-ce en partie l'effet de la nature des gouvernements auxquels ils ont été respectivement soumis depuis queltpies siècles. Avant l'invasion française, Bologne, pinlùl feudataire que sujette du pape, vivait sous des in-

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stitutions républicaÎDes qui ont dû modifier le caractère du peuple et laisser dans son sein un secret ferment d'indépendance. Quoique moins pauvre que celui des provinces méridionales, il souffre plus impatiemment les vices de Tadminislration ignorante , qui , sans le vouloir et sans le savoir, tarit toutes les sources de la prospérité publique. 11 semble aussi qu'à l'irritation du malaise matériel se mêlent des désirs d'un autre ordre ; que les esprits éprouvent le besoin d'aliments qu'ils sentent leur manquer. Ce qu'on leur donne ne leur suffît pas. Sur leur mer stagnante ils ont vu flotter quelques plantes inconnues qui leur annoncent un monde nouveau ; et ils aspirent à ce monde d'autant plus ardemment, qu'une politique craintive se croit plus intéressée à leur en fermer l'accès.

Moitié papale , moitié autrichienne , Ferrare n'a rien conservé de l'éclat qu'elle dut autrefois à la maison d'Esté , race antique , brave , rusée , et malheureusement souillée aussi de ces crimes domestiques, communs, surtout au seizième siècle , parmi les petits souverains , maîtres et tyrans de l'Italie. Aucune ville n'est autant déchue. L'herbe couvre ses rues et ses places désertes. On se croirait dans une cité ravagée naguère par la contagion. Le vieux château ducal, avec ses tours massives , ses fossés ^ ses ponts-levis, offre quelque chose d'imposant tout ensemble et de funèbre. Le temps a passé là, et le vide s*est f^it derrière lui. Les traces d'ancienne magnificence , visibles encore à l'intérieur, ressemblent aux riches vêtements à demi consumés qu'on trouve dans quelques tombeaux. De moins fastueuses demeures , dont des contrevents délabrés ferment les fenêtres, paraissent également inhabitées. A chaque pas, de tristes symptômes d'une incurable décadence. Nous avons vu , dans un Souvent transformé en caserne, un Croate attacher la crèche de son cheval aux murs du réfectoire orné de fresques d'une beauté remarquable. Tous les jours elles s'effacent, tous les jours il en disparaît une portion. Le barbare slupide, envoyé d'une contrée lointaine pour maintenir ce que les princes appellent leur droit , siffle , étendu nonchalamment, et ne sait pas même de quelle destruction il est l'instrument. Ailleurs , on montre l'espèce de cachot où le Tasse , durant sa folie prétendue ou réelle, fut enfermé, dit-on. Ainsi dans une étroite enceinte on a devant soi la vive image des plus extrêmes misères de l'humanité : misères de la puissance , misères du génie , misères du peuple languissant et mourant sous une double oppression. Ceux qui errent en ces lieux lugubres ne pouvaient plus guère avoir qu'une pensée , être occupés que d'un monument ; ils l'ont construit , et c'est un cimetière.

Un peu au delà de Ferrare , on rencontre sur le

Pô la douane impériale. On la reconnaît à un redoublement de rigueur et de vexations. Effets, livres, papiers, lettres mêmes, tout est examiné avec un soin minutieux et une sévérité soupçonneuse. Pas une seule des inquisitions irritantes et basses qu'ont pu inventer les frayeurs politiques unies à la rapacité fiscale , n'est épargnée au voyageur. Le despotisme a chargé la vie, chez les nations civilisées, d'entraves et de souffrances de tant de sortes, qu'on serait tenté quelquefois de douter avec Rousseau si elle ne s'écoulerait pas plus heureuse au sein des forêts que parcourent , dans leur primitive liberté , les hommes que nous nommons sauvages. Au moins n'ont-ils à porter que le fardeau impose à tous par la nature. Nul ne les contraint, point de barrières factices ; le monde est ouvert devant eux : veulent-ils aller, ils vont; se reposer, ils se reposent. Aucune main n'a courbé leur tête ; aucun des vices de la servitude n'a dégradé leur âme. Ils ont peu, mais peu leur suffît. Que pourraient-ils donc nous envier, et que leur manque-til ? 11 leur manque le développement de l'intelligence qui fait l'homme; il leur manque l'exercice de la pensée, qui l'affranchit dans une sphère plus large et plus haute. Ne renions point ' la société, à cause des maux que le despotisme mêle aux biens dont elle est la source : le despotisme sera vaincu , il passera , et ces biens resteront.

Les bords si vantés de la Rrenta me semblent fort au-dessous de la réputation que quelques voyageurs leur ont faite. Quelle distance entre le pays plat et monotone qu'elle traverse, et les sites enchantés de Florence , de Rome , de Naples , d'Amalfi , et d'une foule d'autres lieux non moins pittoresques, bien qu'ils portent des noms moins répétés ! il n'en est pas ainsi de Venise. L'impression qu'elle produit dépasse tout ce qu'on avait pu se promettre. Cette impression ne tient pas uniquement aux beautés de la nature et de l'art. Plusieurs villes d'Italie ne lui sont nullement inférieures sous ce rapport. Mais, différente de tout ce qu'on a vu , elle apparaît comme une sorte de rêve, de vision fantastique. La mer sur laquelle elle semble flotter, le lacis de canaux qui la découpent tels que les nervures d'une feuille, ses légères gondoles se jouant, se croisant en mille sens divers sur l'onde transparente , l'architecture presque arabe de ses palais, dont le pied baigne dans les eaux , son aspect demi-oriental, la voluptueuse douceur de l'air, mille autres influences qui se sentent et ne sauraient se dépeindre, jettent un trouble singulier dans les sens et dans l'imagination mollement enivrée de ces merveilles.

Et encore là , misère , oppression, ruines irréparables. Venise , autrefois si florissante , n'a plus ni mouvement, ni vie. Du haut de son aire, l'aigle impérial s'est abattu sur le cadavre, et il en dévore

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1 1» rcMn. Je ne sache rien d'altrittant et auui d'instructif comme le sprctaf le de cette ville luroliée sous la domination ^Ir.ingére. I.a po|iulatlon , r^luile de moilié , travaille péuiblement à s'asKitrer une chéiive subtistqnce . que lui dicpule l'avarice de son mallre. ï,t comdïcrcc , qui fil en des temps meilleurs sa richesse, a passé, sur l'autre rive de l'Adriatique , entre les mains des babîtants [dus raToriïês de Trieate. Une police justement redouli'e , puisqu'un seul de ses sou)içons [leut vous conduire au Fond d'un de ces cachots que le despolisme a partout sï multiplies , répand la dcflaoce dans toutes les relations. 1/arbtIraire ilaits les luis, dans l'adminiBlration, dans les tribunaux. Quelques pal.iis , sur des prétextes qui ne manquent jamais su Tort contre le faible, ont él^ confisqDFs; pres<]ue tous su dégradent rapidement. Je ne sais quel safrupe aulrii:hien occupe celui du dogo. le plus remarquable pcut-^lre de l'Europe pour l'exquise harmonie des formes et la pureté de l'art. Des canons braqués sur h place continue représentent le lien qui unit le peuple et le souverain que le eongrés de Vienne lui a donné. Cf. n'est pas iiue ce peupte , «oit dans la cité, soit dans les États de terre-ferme, manifeste des dispositions alarmantes. De lon^ie main façonné au joug par une aristocratie jalouse, elle était parvenue à éteindre en lui toute énergie , tout esprit public. Aussi, fiuand sont venus les jours ^ de crise , s'est-il trouvé tel qu'elle levait formé. D'autres bouches lui ont radit dans une autre langue le même mol , l'unique mol qu'il eût entendu jamais : Obéis. Que lui importail en quel idiome on lui prononçât son éternelle sentence d'esclavage? On ne se dévoue point pour des chaînes. Les patriciens eux-mêmes, depuis longtemps dégénères, avaientperdu dans la corruption l'instinct des choses grandes, la conscience de cette force morale qui sauve les États au moment d'un péril extrême. Un petit nomlire excepté, on lésa vus se pressera l'envi autour du pouvoir nouveau , pour solliciter ses faveurs; ou a vu les lâches descendants de Familles jadis souveraines, fiers d'étaler dans les anticham' bres du destructeur de la patrie leur clef de chambellan. Le crime politique qui a effacé du rang des nations cette race avilie, n'a été qu'une justice de Dieu.

Nous pourrions raconlerbeaucoupde faits propres i faire connaître le gouvernement autrichien en Italie, si l'on n'avait pas toujours à craindre les conséquences de semblables révélations, non pour soi, mais pour les personnes qu'il soupçonnerait, souvent à lorl,d'en être les premiers auteurs. La vérité aura son lieure. Alors , de la poitrine muette aujourd'hui des opprimés, des murs des prisons, de la terre encore moite de sang , sorliro»! des voix

formidables que nul n'étouffera. Tout Mrs dit: attendons. ,..v.

Une route, depuis peu d'années ouverte par l'Autriche pour faciliter ses opérations militairrs . permet de se rendre directement de Vienne à Inspruck. Elle traverse des lieux dont les uoniK rappellent h gloire de nus armes, en des temps, sous plusd^in rapport, bien loin de nous. Le pays e«t beau et futile ; il otirirail d'abondantes ressource* à un peiqilt aHrancbi des entraves ijui gênent rinduslrie H découragent la culture, torsiiu'un inlérët étravgtr dirige l'admiu il (ration. Hors les cuutrécs voitiiMl du p61e et quelques plages braiantes ot't nul Un vivant ne peut subsister, partout la Providcnoei pourvu aux besoins de l'iiomme avec profusioo. Ce n'est point elle qu'on doit accuser d« ses sotdFm* . ces. mais l'hommelui-meme, devenu, par la passion i de dominer, par la convoilise insatjablii qui te dévore , le plus redoutable ennemi de l'homme. Le pouvoir despotique, et combien peu tie le sont point â quelque degré ! ne dépuuUle pas seulciDeoI le peu pie du fruit de son travail ; ce n'est là , dan» là bmites où la nécessité le force de se conicnir, que le moindre des maux attachés à son action ; il intU encore le travail même désormais saas but, et fW U viole les lois d'où dépendent et la cousn'VBtiiHi, et le progrès de la tie humaine dans l'état sorial.

Le libre dévelop|iemeiil de l'esprit n'éprouve pu de sa part moins d'obstacles : il n'est rien, su coutraire, qu'il ne fasse pour Fempécher. S'il lue 1* prospérité malcrielle, c'est indirectement, par ua involontaire effet de sa nature même ; car la richeue du peuple accroîtrait sa propre richesse, et peu de désirs sont plus vifs en lui : mats la pensée, la science, il les craint pour elles-mêmes ; U sait qoe têt ou tard elles enfantent la liberté. De là uu sjf tème monstrueux de prohibition et de censure, pour perpétuer l'ignorance des masses et même ilei classes élevées, tie pouvant interdire à celles-ci um certaine mesure d'instruction, on réglemente scrupuleusement celle qu'on leur permet d'acquérir. Toutes connaissances ne leur seraient pas bonnes. On décompose le spectre solaire pour ne laisser arriver è elles que des rayons d'une couleur chobie. l/cnse igné ment mutilé n'est qu'une dérision, iin mensonge officiel. Avez-vous entendu parler de l'université de PadoiK 7 C'est elle qui dispense les lumières aux bien-aioiés sujets de S. H. Impériale et Royale en Italie, Il y existe naturellement un professeur d'histoire moderne. Or, afin d'être sûr que sa parole sera ce que l'on veut qu'elle suit , on lui envoie ses cahiers de Vienne : défense â lui d'y changer une phrase, d'y déplacer un mol. Et cet cahiers , que contiennent- ils ? un long et pompeui panégyrique de la maison de lorraine. D'apW^ceb

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jugez du reste. Cependant on doit dire que le conseil aulique n'est pas jusqu'ici intervenu dans Tastronomie : aucun ordre émané de lui n'interdit aux corps célestes la liberté de décrire les courbes qu'assignent à leur mouvement les lois générales du monde.

L'état des mœurs est généralement déplorable en Italie, moins toutefois qu'en Espagne. L'absence de yrïe intellectuelle, l'oisiveté^rennui, poussent les hommes à chercher dans les jouissances des sens une brutale distraction qui les dérobe au sentiment d'une existence sans but sur la terre. Lorsque les facultés supérieures sommeillent, les vils instincts dominent. Ils se mêlent à la religion même, et alors on voit une nation se partager, à peu d'exceptions4)rès, en deux classes de jour en jour plus séparée^: la classe croyante, qui se fait de sa foi, réduite à un symbole abstrait et à des pratiques extérieures , un moyen d'échapper à la sévéïilé de la loi morale ; la classe incroyante , qu'un pareil abus d^a religion contribue puissamment à en détacher?! Cette dernière, dont l'origine remonte en Italie à une époque déy^ très-reculée, y est plus nombreuse qu'on ne le pense communément. Un sourd travail de la raison douteuse et défiante, joint aux maximes et à l'action politique du clergé, l'ont, depuis quarante ans, singulièrement accrue. Jadis elle se recouvrait d'un Yoile plus ou moins épais ; aujourd'hui elle se montre telle qu'elle est : elle ne dissimule ni ses mépris, ni ses répugnances quelquefois passionnées. Le peuple s'habitue* à la regarder sans colère et sans étonnement, mais aussi sans manifester de disposition prochaine â la suivre dans la voie où elle est entrée. Il tient fortement encore au culte dans lequel il a été nourri , et dont la splendeur subjugue SCS sens avides de spectacles , en même temps qu'il émeut son imagination et satisfait cet immortel besoin de l'âme qu'on appelle l'instinct religieux.

Le Tyrol conserve, dans son climat, dans la langue et les mœurs de ses habitants, quelque chose de l'Italie, sur tout le versant oriental et méridional des Alpes : au delA il devient allemand. Lorsqu'après s'être élevé de plateau en plateau , on parcourt les Tallées de formes si diverses qui le sillonnent, on se croirait dans un autre monde. Plus rien de l'homme, si ce n'est quelques rares chalets , dispersés à de longues dislances , comme les jours de repos dans la vie. La nature vous apparaît seule avec ses œuvres , toujours les mêmes et toujours nouvelles. Autour de vous le silence, ou le l)ruit monotone d'un torrent qui se brise sur des rochers , du vent qui bruit entre les feuilles des pins, ou murmure a travers les hautes herbes des pâturages; quelquefois aussi la voix d'un pâtre, dont les chants fantastiques se mêlent dans le lointain au son des clo-

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