‹ Œuvres complètes de F. de La Mennais (volume 2)Chapitre 186 sur 226 · DU CARDINAL PACCA · texte numérisé non relu

DU CARDINAL PACCA

À H. L*ABBt F. DE LA HEITIf AÏS.

<i Monsieur l'abbé ,

« Ainsi que je vous l'avais fait espérer par la « lettre que vous reçûtes de moi lors de votre se- « jour à Rome , notre saint-père a décidé de faire « examiner mûrement et d'examiner lui-même les « doctrines de YAvenir, comme vous et vos colla- « borateurs l'aviez instamment demandé.

tt Cette démarche , suivie , de tous les temps , dos « savants vraiment religieux et solides , vous fait « honneur , et elle est conforme aux maximes et â M la pratique constante de l'Église. Eximium illud^ « écrivait jadis le pape Alexandre YII au recteur

(1) Cet excellent précepte , tant de foU inculpé par notre San- T€nr, de garder les commandements de rtglisc , et d'écouler la vols du patteur qu'il a établi son Yicalre sur la terre, en le chargeant du soin de tout le troupeau, est nécessaire absolument, soit pour le salut et la rlCt *oit pour recevoir toute lumière de doctrine et de scleoee ; car, à moins que , dans tontes leurs pensées et tout leurs coniells, les hommes , et principalement ceux qui

te et à l'université de Louvain, Salvatoris nostri (( voce loties inculcatum prœceptum de servan^ u dis Ecciesiœ mandatis , deque audienda voce « pastoriSy quem vicarium suum in terris uniu versi gregis cura demandata constituity cum « ad salutem et vitam, tùm profecto est ad omne M verœ scienliœ doctrinœque lumen suscipien" u dum absolutè necessarium : nisi enim in om- « nibus omnino determinationibus apostoliciSj « et firmitali petrœ, supra quant Ecciesiœ suœ « fundamenta statuit Dominusy otnnes homi- « num^ etprcecipuè litteris addictorum cogita- « tiones et consilia imtnobiliter adhcereanty « incredibile prorsus est in quoi et quantas « ranilates et insanias falsas hutnani curiosi- « tas ingenii j quo magis etiam ejus vis elper- <t spicacilas excellilj per invia tandem et obruta « feratur(\).

« Sa Sainteté pouvait d'autant moins se refuser « à l'instance que vous lui avez soumise par mon or- « gane, que de toute partl'épiscopat s'est adressé, « lui aussi, à cette chaire apostolique, pour réclamer <( de la bouche infaillible du successeur de saint « Pierre une décision solennelle sur certaines docte trines de V Avenir y qui font depuis leur nais- « sance tant de bruit , et qui malheureusement ont (t semé et sèment la plus désolante division dans le « clergé.

« Dans la lettre encyclique que le saint-père vient « d'adresser aux patriarches, archevêques et évè- » ques du monde catholique , pour leur annoncer « son élévation au trône pontifical , et dont vous M trouverez ci-joint un exemplaire que je vous « transmets par son ordre exprès , vous verrez , <( Monsieur l'abbé , les doctrines que Sa Sainteté « réprouve comme contraires à l'enseignement de <i l'Église, et celles qu'il faut suivre , selon la sainte «( et divine tradition et les maximes constantes du u Siège apostolique. Parmi les premières , il y en a K quelques-unes qui ont été traitées et développées . <( dans VAveniry sur lesquelles le successeur de <( Pierre ne pouvait se taire.

« Le saint-père, en remplissant un devon* sacré « de son ministère apostolique , n'a cependant pas u voulu oublier les égards qu'il aime à avoir pour « votre personne , tant à cause de vos grands tau lents , que de vos andens mérites envers la reli- « gion. L'encycliquè^vous apprendra, Monsieur K l'abbé, que votre nom, et les titres mêmes de vos

s'appliquent aux lettres , n*adhèrent Immuablement et complètement à toutes les décisions apostoliques et à la fermeté de la pierre sur laquelle le Seigneur a posé les fondements de son Église, Il est incroyable en combien d'erreurs vaines et Insensées l'esprit bumain , emporté par la curiosité bors de toute vole, se précipite , et d'autant plus que sa force et sa pénétration sont rlus grandes.

AFFAIRES DE ROME

Il écrits où Ton a tiré les principes réprou?és, ont «( été tout à fait supprimés.

« Mais, comme vous aimez la vérité, et désirez* la (( connaître pour la suivre , je vais vous exposer n franchement et en peu de mots les points princit( paux qui, après Texamen de VA venir ^ ont déplu « davantage à Sa Sainteté. Les voici :

<( D*al)ord elle a été beaucoup affli(jéc de voir que u les rédacteurs aient pris sur eux de discuter en u présence du public , et de décider les questions <( les plus délicates, qui appartiennent au gouvert( nenient de TÉglise, et a son cbef suprême^ d*oii « a résulté nécessairement la perturbation darhs les u esprits , et surtout la division parmi le clergé , «( laquelle est toujours nuisible aux fidèles.

« Le saint-père désapprouve aussi et réprouve tt même les doctrines relatives à la liberté civile (1) <( et politique, lesquelles, contre vos intentions sans (( doute , tendent de leur nature à exciter et pro- M( pager partout Tesprit de sédition et de révolte de «c la part des sujets contre leurs souverains. Or, u cet esprit est en ouverte opposition avec les prin- «( cipes de TÉvangile et de notre sainte Église , la- « quelle , comme vous savez bien , prêche égale- «( ment aux peuples Tobéissance et aux souverains u la justice.

« Les doctrines de VA tenir sur la liberté des « cultes et la liberté de la presse j qui ont été w traitées avec tant d'exagération et poussées si loin « par MM. les rédacteurs, sont également très- « répréhensibles, et en opposition avec rcnscigne- « ment, les maximes et la pratique de rÉglisc. Klles «t ont beaucoup étonné et alili^é le saint-père; car «c si, dans certaines circonstances, la prudence «i exige do les tolérer connue un moindre mal , de «! telles doctrines ne peuvent jamais cire présentées «c par un catholique comme un l)ien ou comme une « chose désirable.

« Enfin, ce qui a mis le comble à Tamcrtume du « saint-père, est Yacte d^ union proposé à tous «t ceux qui, malgré le meurtre de la Pologne, le « démembrement de la Belgique et la conduite «( des gouvernements qui se diaent libéraux , tt espèrent encore en la liberté du monde, et « veulent jj travailler. Cet acte , annoncé par un «t tel titre, fut publié par i\4 venir , quand vous «t aviez déjà manifesté solennellement, dans lo même «: journal, la délibération de venir à Uonie avec quelu ((ues-uns de vos collaboraleurs , pour connailrc u le jugement du saint -siège sur vos doctrines, « cVst-à-dire dans une cireunslance où bien des « raisons auraient drt <'{)nseiller de l'arrêter. Cvilr Il observation n'a pas pu échapper à la profonile

(I) Tous lesnioU ImprinifVs eu lialiinc sont soiiligiu^s dan» l'orl-

«( pénétration de Sa Sainteté ; elle réprouve tm td <( acte pour le fond et pour la forme y et vous, «( réfléchissant un peu , avec la profondeur ordi- » naire de votre esprit , à son but naturel , verrez «t iiicilement que les résultats qu*il est destiné à « produire peuvent le confondre avec d'autres « unions plusieurs fois condamnées par le lainttt siège.

«{ Voilà, Monsieur Tabbé, la communication que u Sa Sainteté me charge de vous faire parvenir tt dans une forme confidentielle. Elle se rappelle <c avec une bien vive satisfaction la belle et solen- « nelle promesse faite par vous à la tête de vos colu laborateurs, et publiée par la presse, de vouloir ic imiter, selon le précepte du Sauveur, l'humble V docilité des petits enfants, par une soumisskm « Sans réserve au Vicaire de Jésus-C/trisi, Ce u souvenir soulage son cœur. Je suis sûr que votre » promesse ne manquera pas. De cette manière vous « consolerez Fâme affligée de notre très-saint père, u rendrez la tranquillité et la paix au clergé de « France, qui, vous ne Tignorez pas, est en proie â u des divisions , lesquelles ne peuvent que deveoir <( dangereuses aux Hdèles et à TÉglise ; et vous œ <( ferez que travailler à votre solide célébrité selon K Dieu, en imitant Texemple du grand homme et u du prélat, modèle de votre nation, dont le nom <( sera à jamais cher et précieux à l'Église, et qui u fut bien plus illustre après son acte glorieux, (i qu*il ne l'était auparavant. Vous rimilerez, sans u doute, ce noble exemple, vous en êtes digne.

« Je vous en félicite d'avance. Monsieur, et saisis « avec plaisir celle occasion pour vous lemoijjner (( ma considération , et combien je suis

<i Votre très-affectionné serviteur , u Bautuelëmi cardinal Pacca.

« Borne , le 16 août 1832, »

L'autorité, sans doute, ne saurait parler trop clairement, lorsqu'elle prescrit des croyances déterminées sur des matières graves. On avouera cependant que la Iranchise des explications qu'on vient de lire, honore le caractère du cardinal Pacca et celui du pontil'e dont il exécutait eu cela ïordrc exprès.

De retour en France, notre premier soin fut de publier la déclaraUon suivante :

•î Les soussignés, rédacteurs de V Avenir, mem- « bres du coiised de l'Agence pour la défense de «i la liberté religieuse, présents à Paris : convaincus, u d'après la lettre encyclique du souverain jH)n- « tife Grégoire XVI, en date du 1Î5 août ISÔij

AFFAIRES DE ROME

Sl(3

« qu*il8 ne pourraient continuer leurs travaux sans

« se mettre en opposition avec la volonté formelle

« de celui que Dieu a chargé de gouverner son

« Église , croient de leur devoir , comme catholi-

« ques, de déclarer que, respectueusement soumis

« à la suprême autorité du Vicaire de Jésus-Christ,

« ils sortent de la lice oii ils ont loyalement com-

m l>attu depuis deux années. Ils engagent instam-

« ment tous leurs amis à donner le même exemple

« dé soumission chrétienne.

u En conséquence ,

« 1 . V Avenir, provisoirement suspendu depuis « le 15 novembre 1831 , ne paraîtra plus ;

« 2. V Agence générale pour la défense de la « liberté religieuse est dissoute à dater de ce jour. « Toutes les affaires entamées seront terminées et « les comptes liquides dans le plus bref délai poste sible.

« F. DE La MEiirvAis , » etc.

« farte, ce 10 •eptembre 1832. »

Cette déclaration, conforme de tout point aux engagements que nous avions pris, fut accueillie à Rome avec une satisfaction dont le pape chargea le P. Orioli, maintenant évêque d'Orvieto, de me donner de sa part Tassurancc. Peu de temps après, le cardinal Pacca, que j*avais prié de la présenter au souverain pontife, voulut bien me confirmer ce que déjà m*avait mandé le P. Orioli. Je crois devoir Insérer ici textuellement sa lettre.

« Monsieur Tabbé ,

« Pendant mon séjour à Naples, j*ai reçu la lettre « que vous avez voulu bien m'écrire , avec la dé- « claration que vous avez publiée. Je me suis fait « un devoir de soumettre à Sa Sainteté Tune et « Tautre, et avec un vrai plaisir je puis vous annon- « cer que le saint-père en a pris connaissance , et « m'a autorisé à vous faire connaître sa satisfaction.

« Il m'est fort agréable , Monsieur Tabbé , d*ètre « Torganedes sentiments de Sa Sainteté dans cette « circonstance , et de vous assurer que votre dé- « marche est bien celle que j*altcndais de vous.

« Agréez , Monsieur Tabbé , mes remerciements « de tout ce que vous avez voulu bien exprimer « dans votre lettre d'obligeant à mon égard , et « croyez à mon empressement pour chercher des « occasions pour vous montrer toute mon estime et « ma considération.

« Votre affectionne serviteur, «< B. CARDiXAL Pacca.

« BénéYent, 27 octobre 1S32. »

Ce fut pour moi , je le confesserai, un jour heureux et doux que celui où je pus, Fâme tranquille,

rentrer dans une vie moins agitée. Certes, aucune pensée de nouvelle action ne se présenta, même vaguement, à mon espr4. C'était bien assez de com* bats , assez de fatiguai Rome me rendait le repos ; et j'en embrassai Te^érance avec une joie que je me serais prescjue reprochée , s'il ne s'était off^erl à moi sous la forme du devoir '^ Tout ce qu'avaient promis les rédacteurs de V Avenir, ils le tinrent fidèlement. Les affaires de ce journal et celles de V Agence furent liquidées. Partout, dans les provinces, nos amis montrèrent sans hésiter la même soumission. Retiré, loin de Paris, à la campagne, y vivant au sein de la nature , dont l'attrait toujours si puissant le devient davantage encore, lorsqu'on a vu de près les passions des hommes et les bruyantes misères de la société, nul désir, nul regret, nul ennui n'y vint un seul instant troubler la paix de mes solitaires heures d'élude.Celle paix cependant ne devait pas être de longue durée. Certaines âmes malheureuses recèlent dans leurs tristes profondeurs des animosites que rien ne calme, de secrètes haines honteuses d'elles-mêmes, qui éclatent, dès qu'elles peuvent se couvrir d'un prétexte de zèle. A peine notre déclaration avait-elle paru , que déjà l'on murmurait à voix basse des paroles de défiance et de mécontentement. Elle n'était pas assez complète, assez explicite; elle rappelait trop le silence respectueux des jansénistes. Des intrigues s'ourdirent, on sema sourdement la calomnie, on inquiéta les âmes timorées par ces charitables impostures dites sur le ton de la douleur, qu'on voudrait ne pas croire, qu'on ne croit pas ; tant de monde cependant les répète ! Puis vinrent les provocations directes, les insultes , les outrages publics. On espérait engager par là des discussions aussi délicates que dangereuses dans notre position. Nous reconnûmes le piège et nous l'évitâmes en nous taisant. La colère redoubla. On n'avait pas compté sur cette modération , et, pourquoi ne pas le dire ? sur une patience dans laquelle. le mépris se sentait. Des hommes , tels qu'il s'en trouve toujours , de bonne foi peut-être, de petit esprit et à petites passions, furent poussés à se rendre, près du pape, l'écho des mille bruits vagues inventés par la méchanceté hypocrite et propagés par la crédulité dévotement maligne. Osa-l-on alléguer des faits nécessairement controuvés ? ou se fiton écouter sans en alléguer? Comment admettre, sans rougir en soi, une de ces suppositions ? (Jiiel moyen de Içs rejeter toutes deux '/Quoiqu'il eu soit„ bientôt après les démarches faites à Rome, les journaux publièrent un bref de Grégoire \VI à M. l'archevêque de Toulouse, dans lequel on avait eu l'évidente intention de nous désigner. Comme il ne contenait néanmoins aucun reproche positif, aucune accusation précise, et que ni moi, ni aucun autre, n'y

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