‹ Œuvres complètes de F. de La Mennais (volume 2)Chapitre 193 sur 226 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

CoQliniution du même injel.

Espagne et Portugal.

En ce qui touche la religion , l'Espagne et le Portugal ressemblent à l'Italie plus qu'aucune autre contrée. C'est encore là une terre de foi. Le christianisme , dès les premiers siècles , y poussa de profondes racines que le temps n'a point ébranlées. 11 a résisté à tout , à la persécution des Ariens, comme à la conquête des Maures : il a résisté aux abus mêmes qui l'altèrent et le défigurent, mais dans un sens qui ne choque ni les opinions, ni les habitudes, ni l'esprit national ; et c'est à cause de cela qu'il a pu vivre et conserver même une grande vigueur, malgré des maladies qui le tueraient ailleurs en trèspeu d'années. On doit aussi tenir compte , pour expliquer les faits généraux de l'ordre moral , ave« les variétés qu'ils présentent chez les nations diverses, du génie particulier de chacune d'elles. L'Espagnol a dans le caractère quelque chose d'opiniâtre, d'inflexible, d'inébranlable comme les montagnes de son pays, et d'ardent comme le soleil qui brûle leurs flancs nus. Ce caractère se peint dans son œil de feu , dans son regard fier et souvent dur , dans ses traits graves et passionnés . marqués de l'em-

9 MAUX OB viùUSE.

prclnte d^nw fohmU ftirte , pliu que d'une ftine Icndre, et jusque dint les lipiea ebraptet de aoa front, ooDpéea comme let Tivet et uillantet arttea ffvn rocker. H ■ été dent b religion ce qu'il è>t en lo«t, rhonune qniie décide une foi*, qui dit: Je Teni ; et en *oiU pour rétemité.

Cependant le calbolieisme , qui ne périra Jamali chef ce peuple, n^ eM pas à l'abri de« épreuves qo*!! est de sa desibiée d'endurer partout ; Il peut j snbfa-des alleniativcs, des aSilbUtMmenla pMiagers, 7 reneontrer même des Ofqwsilions d'anlaot idw f Mentes , que ses advensires auront en bewrin de pins (pranc^ eflbrti pour ^en détacher. Quand les deux partit seront aux pritei , tl Jimalt iia j Tienoent, alon le monde verra un tpêelaele Inon, nne scène terrible, atroee , surfaumaine , quelque eboss de semblable i la btte gigantesque des deux priBCipet dans le ehaos primitif, qo'oot rérée quel-

Bien de plus beau que les anciens monuments de récite ^Espagne. Les actes de ses conciles, relatirement i l'Ige o& se tiurml cet grandes aasiaei nallonalct , tonnent un corps admirable de légîtlilion reU^iense , pofiliqna et eînle. L'épiscopat était alors et il ert demeuré loi^temps comme le etenr, en quelque sorte , dont les énergiques pulsatima portaient dans les ^ses de ce peuple la sére cathtdique qui 1^ nourri. Encore anjourdliui les évèqnea , quoique décbni de leur antique autorité , sont , par leurs vertus , leur ziU , leur charité , leur esprit apostolique , l'objet de la vénéralioD universelle (1^ Beaucoup île membres du clergé, tant séculier que régulier, également flilèks à la sainteté de leur vocation , pourraient partout servir de modèles. Environnés d'un juste respect , ils atténuent par leur exemple l'influence filcheuse d'une aulre portion du clergé , qu'un témoignage trop unanime pour être révoqué en doute accuse de participer au relâchement général des niixiirs , et d'y donner par là une sorte de honteuse consécration. Cette corruption pratique de la morale chrétienne , maintenue par l'ignorance , non des dogmps de la foi, mais des principes de l'Evangile dans leur ra(>porl avec les actions humaines , et associée à des préjugés bizarrement superstitieux , est la grande plaie du calholicisme en Espagne. On s'y permet •oui contre les préceptes, en se réfugiant à l'abri du culte , du culte mal compris. Les compensations rêvées par certaines consciences entre tel crime et telle dévotion , le peu d'horreur qu'elles ressentent souvent pour les plus énormes attentats , leur naïve

(I) triprtidciJnCormatlontplui r«»nlei, naui Jeconi.pour <|-«tn! modine. (ISMO

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tel , ces mainssan^Mtenipii se Joignent pont idi^ sans qu'ancoA trëmblemént là a^ : ttnt Mk étonne et conataiie. Une hntae e<«BaiKe dans h protection de tel saint , de tdie madone ; dapa KtH

eoneoOrs de la rolontd eonvertie , ont altfré |it»< Amdément la notion do bien et àa ml . cl II notion nème du repentir. Il y a 1â , on doit le dire , un dé^oraUe aMUimement du sens intéiieur chrétien, nne eapteo de retour aux id^es paienna. On ne troOTeralt goère ^^f^lque chose de semblable quVtt certains eanlOBsderilalïc, particulîèremenl dans les Alminea, oi le brigandage n'a rien qui d>oque, et s'exerce mène dévotement. En rêfléeblssant i ces prodigieux égarements de l'inu^ojtion , oa sedepiande M qne c'es t donc que rhuinmF , et l'cm s'eflMe de a(d-mfane.

Après des riides do gloire en tout genre . ajrà avoir produit ruu des pibs riches et des pli» Iwlln littéraires de DBarope, et disputé à l'Italie la palme des arts, rBspagtie est peu à peu (omb^ dans une léthargie d profcnde , qu'on ne pen( , «hii ce rapport , la comparera nul autre pays. Rratéel une longue distance des nations a la télé desquelitt jadis elle marchait , elle est sujourdlini nulle dmi les sciences, dans les lettres, les arts, nulle ta tout, excepté en courage, en dévouement, «a énergie de caractère .- qualités admirables qui eut conservé ce par quoi les sociétés revivent , le taHment naCtonai , mais jusqu'ici sous une forme stérile, puisque le salutn'enestpsssorti. Tout ce 1)11! s'est , depuis deux cents ans , passé dans le moode scienliRque et intellectuel, est à peu près comBe non avenu pour ce peuple , dont le génie fécond Et original aurait pu contribuer si puisumment lai progrès de l'esprit humain et de la civilisation géoérale. Au lieu de cela , Heo en Europe n'égale s«a apathie, non plus que son ignorance (S). Les études, chez lui , sont ce qu'elles étaient trois génératioiH après Charles-Quint. Nul changement, nul avsftcemenl ; tout est , au contraire , allé s'aftîaihliisaal ~ de jour en jour. L'intelligence , qui vit de mouvement, s'est assoupie d'un lourd sommeil. Ecclésiastiqnes, laTques, tous, malgré les effort* dt quelques hommes inutilement zélés pour leur patrie , en sont encore au quinzième siècle. Dn pea

leciuel qol coBinieuci *u MliUinf

DES MAUX DE L'ÉGLISK

de i^tlotophîe et de thtologie scolastique , un peu de droit civil et de droit caGon , le lont appuyé sur un peu de l.itin , voilà le Tonds de l'enseignement. Inimoliiles dans 1rs vieilles méthodes, dans les tiirillM opinions, dans les vieilles idées. Arislole rt'gne encore chez ]es descendants des Canlabrea et des Visigollts. Nulles ressources, d'ailleurs, pour l'élude des langues , de la pbilologie, deTbisloire, des sciences positives et naturelles ; nulle école où piiissent se former de nouveau)! artistes : la poéiiie même élriule. (tue reste-t-ll donc â l'Espagne ? Sa foi , l'épée du Cid , et avec elles l'espérance de renaître.

Cependant il est impossible que lu religion ne souffre pas d'un pareil engourdissement, d'une décadence pareille. Elle a perdu évidemment de sa force première , puisqu'elle ne peut en communiquer d.ivjinlage à la nation, C'est le un fait en dehors de toute controverse ijueleonque ; et ce fait . 11 ne sera [las difficile de se l'expliquer quand on aura connu, arec la position politique du pays, relie de l'Église à l'égard du pouvoir et d'une partie du peuple.

I.e droit sur lequel reposèrent longtemps les société» chrétiennes , et dans lequel seul elles Irouliiient la garantie de leurs lil>erlcs, parce qu'il consacrait la prééminence de la justice cl de la raisoa sur la Force matérielle, ce droit n'est pas moins détruit eu Espagne qu'ailleurs. Élevé au-dessus de l'Église, le pouvoir la domine, et, selon ses vues du moment, il la traite soit comme un allié équivoque qu'on ménage, soit comme un ennemi qu'on craint. Ses maximes, en ce qui la concerne, ne dilFcrent nullement des maitimcs parlementaires introduites par Pbilippe V dans l'Escurial, et qui n'en sont point sorties. Jaloux de son inHiieoce, avide de ses biens, d l'a dépouillée à plusieurs reprises et affaiblie ntitant qu'il a pu. On sait ce qu'elle eut à supporter sous l'administration despotique des Florida Blanca, des Aram)a,des Campomancs. Des documents ccrlolns nous manquent pour apprécier exactement SCS rapports actuels avec le gouvernement. Nous croyons néanmoins que l'épiacopal, en Espagne, a mieux défendu scsdroits qu'en d'autres contrées, où l'esprit de cour, l'ambition, la peur, l'ont façonné à la servitude. Le souverain, d'ailleurs, dans sa situation précaiie, sent l'extrême besoin qu'il a de lui , ainsi que de tout le clergé , en un pays où la crosse pèse plus quele sceptre, et chci un peuptequi, placé dans la nécessité de choisir, n'bésilerait fourre entre Dieu et le roi. L'intcrÈt même lui conseille donc, au moins, une grande réserve. Toutefois, on peut juger des principes et de la politique du goitvernemenl espagnol â l'égard du catholicisme par M seul fait. Pendant sept ans il a empêché Ibkiu-

verain pontife de pourvoir aux sièges vacants dans les colonies séparées de la métropole ; pendant sept ans il l'a menacé d'une rupture éclatante, s'il osait remplir le plus sacré de ses devoirs en donnant des pasteurs à de malheureuses églises veuves et abandonnées ; pendant sept ans il a protesté , ou que ces peuples se soumettraient à sa domination temporelle, ou qu'ils seraient privés des secours spirituels de la religion ; pendant sept ans il s'est tenu, le glaive en main, au pied de la croix, pour en repousser des populations entières, exclues du bienfait de la rédemption, parce qu'elles voulaient être libres ; pendant sept ans il a dit au successeur du prince des apAlres : Savez-vuus pourquoi Jésus- Christ est mort? Il est mort pour que je règne sur l'Amérique.

La Providence n'a point admis cette doctrine pieuse et consolante de Sa Majesté Catholique. Ses .mciens sujets d'outre-mer, restés indépendants, ont obtenu enHn des évéques, grâce â je ne sais quel biais qu.*on a imaginé, moyennant lequel les habitants de la Colombie, du Mexique, du Pérou , du ChUi , du Paraguay, pourront jouir des moyens de salut que le (ils de Dieu leur a préparés sur le Calvaire, sans qu'il eu résulte de préjudice pour les droits et prétentions de Ferdinand Vil.

Le petil-HIs de Louis XIV, en venant régner sur l'Espagne, y porta les principes politiques de sa hmille. Il n'oublia point surtout le conseil qu'en partant il avait reçu de son aïeul : Gardez-cous d'assembler les cortés : elles vous lieraient les mains. Alors commença un sourd travail de la souveraineté pour détruire peu à peu, avec 1rs franchises provinciales et les garanties contre l'arbitraire, l'ancienne constitution du pays. Les circonulances furent favorables à l'exécution de te dessein. Après une prodigieuse activité de trois sii. des, la nation fatiguée avait besoin de repos : on lu dépouilla pendant son sommeil. Dans l'asservissement général, la Biscaye seule et trois autres provinces (1) ont couseTvé leur* privilèges. Cette exception, qui peut entretenir ou réveiller des regret», inquiète le pouvoir. Il voulut, il y a peu d'années, la faire disparaître , et soumettre au joug commun ces provinces, dernier asile de la liberté dans la Péninsule. La résistance qu'il pressentit lui fit craindre des événements graves : il s'arrêta.

A mesure que tombaient les antiques institutions sous lesquelles l'Espagne avait prospéré si longtemps , la vie de l'Étal s'éteignait. L'histoire de sa décadence serait aussi triste qu'instructive. On verrait les grands, privés d'influence politique, réduits à n'être que des mannequins de cour, d'hé-

DES MAUX DB VÈÙUeE.

rédilaires adoratears de Fidole que le tempe, en passant, jetait sur le trône, s'abâtardir au sein de roisiveté et du libertinage , et les derniers rejetons de leur race , dégénérée même physiquement , se traîner sur cette terre à qui leurs ancêtres firent un si grand nom , comme je ne sais quels fantômes informes, ridicule moquerie de l'homme. Puis se déTclopperait cette longue suite demaux intérieurs, Téritable gangrène du corps social , dont le progrès devient plus rapide, lorsque le pouToir, enfin concentré entre les mains d'un seul , sans autre règle que ses caprices , sans contrôle , sans frein , est tour i tour exercé par unfttvori, par une maîtresse, par un laquais, par un frotteur. On continue d'appeler cet ignoble despotbme monarchie, gouvernement ; le fîeux protocole subsiste ; il y a une main, conduite par le premier venu, qui signe Moi le roi; il n'en faut pas d'autre : c'est la légitimité, l'ordre étemel , la loi et les prophètes, le décret de Bien mèmt.Rendez àCésar ce qui esià César. A César donc Tos biens, vos personnes , tostIcs, tout, tout sans exception : autrement n'est-il pas clair que la société serait bouIcTersée de fond en comblé? Mais l'agriculture languit, les campagnes restent en IHche, riodustrie meurt , le commerce périt ; les finances, dilapidées par les courtisans, s'obèrent; les banqueroutes publiques se succèdent régulièrement comme les saisons, l'armée se désorganise, les ▼aisseaux pourrissent dans les ports , les arsenaux sont Tîdes : aucun service qui ne soit en souffrance ; les chemins se couvrent de bandits qui traitent de puissance à puissance avec le gouvernement, et daignent quelquefois lui promeltre leur prolcclion; la police, nulle pour protéger la sécurité des citoyens , n'est active que pour imiuiéter le foyer domestique ; la justice , esclave et vénale , est tantôt rinstrument aveugle des vengeances du prince , tantôt le privilège du puissant , du riche, ou la sauvegarde de leurs délits. Mais le pays se dépeuple, la misère croit d*année en année, les descendants de ceux qui combattirent sous les Gonsalve et les Cortez, de ceux qui donnèrent à FEspagne un monde nouveau, tendent la main au coin des rues, 4(ur les places publiques, pour obtenir, de la pitié du passant , un maravédi ; des hommes nus errent sur un sol nu ; de leur ancienne richesse , de leur ancienne grandeur, ils n*ont conservé que Tépée du soldat et sa fierté , qu'aucune infortune n'abat. Mais les âmes elles-mêmes sont condamnées â n'habiter qu'un vaste désert ; il ne reste qu'une ombre vaine des vieilles universités , les écoles sont une dérision ; l'ignorance, proclamée le soutien du trône, étend son drap mortuaire sur le génie national : ténèbres partout, nuit profonde; et si , dans cette nuit, une lampe solitaire luit en quelque demeure écartée,

aussitôt cette demeure devient suqieele, ctedn dont les yeux, las de robacnrUé, chfrrhiff h douce lumière de la science, ne tronVe, an Heu tfdDe, que les torches rongeâtreteteBftiniéea delapmécutlon* Mais toute disensalon rdative an ponN#, i seaactes, auxmtérétspublica, est interdite; toute demande de réforme, regardée oomme one lébdlion : livres, journaux, correspondaneet en ddNn des affisires privées, rien ne passe la frontière. Idi le peuple entier est toiu au secret, mais la pcMéc même est proscrite! Quimporte? Ceslle drsitdi sonv^ahi , la garantie de sa puissance. Yoniei-vaM donc une révolution ?

11 y a en Espagne des hommes qoi r^pontel: « Si vous entendes par révolution un eliangcmeBt « complet dans l'état aetud des ehoscSyOnecéiBrBe « politique et adnùnistrative, le redresaene&t des « ^s^^itH^ la Teslitution des «ncieiuies frandases, « l'établissement d'un Juste système de liiierlé fé- « nérale ; oui , nous voulons une révélation. « voulons une lol>qui protège, au lien d%m « qui écrase et tue. Notre servitude nous pèse. « Voyez nos bras meurtris par les fers : noasue «c voulons pas que ceux de nos enfonts soir ml ai « qués de celte lile empreinte : oons voniMS fcar « laisser une patrie, et non une priaon. flMua « temps où le soleil d'Espagne éclairait nu psDfk « fort, libre, heureux. Maintenant qn*édairel4t « des plaines incultes, des villes silencîeascs, lis « porte desquelles quelques mendiants viennent le « réchaufï^r à ses rayons ; de vieilles ruines coo- K vertes de lierre, des insignes royales et des gibets. (( L'étranger qui visite nos campagnes et nos cilés« u jadis si florissantes , s'en va le cœur plein d'une (( grande pitié. Cette pitié nous blesse, elle nous «( humilie. Nous ne voulons plus qu'on nousphngiir: tt nous voulons sortir, sortir au plus tôt de cet abaissement et de cette misère. Nous voulons repreodre parmi les nations le rang qui nous est dà et (( qu'on nous a fait perdre. Si , encore une focs, u c'est là ce que vous appelez révolution ; oui, nous tt voulons une révolution. »

Les hommes qui parlent iaînsî ne sont, pour la pinpart, ni de la noblesse, ni du peuple : de la noblesse, parce que les individus s'affaiblissent et se corrompent avec Finstitution à laquelle ils appartieooeot, et c'est une des raisons pour quoi Jes corps politiques ne renaissent jamais; du peuple, parce qoe, moins froissé par le despotisme , moins susceptible de cette sorte d*irritation morale qu^excitent les souvenirs du passé et certains désordres du présent , ne connaissant de besoins spirituels que ceux que la religion satisfait, il trouve, après tout, ' sans trop de peine , soit par son travail qu'il veoil à haut prix , soit par les dons de la charité qui

DES MAUX DE L'ÉGLISE

n2 tarissent Jamais dans les pays catholiques , le morceau de pain qu'il lui faut pour vivre. Sa pauvreté n'est pas de la faim , c'est déjà beaucoup ; et , de plus , ses sentiments , ses pensées , ses vœux , prennent la direction que leur imprime le clergé, en général opposé , par des motifs que j'expliquerai bientôt , aux changements que désire avec tant d'ardeur une partie considérable de la nation. Cette imrtie est la classe moyenne, aujourd'hui plus instruite , plus avancée , plus active qu'aucune autre , dans toute TEurope. Au milieu des débris de l'ancienne société qui tombe , elle représente la société nouvelle, avec ses idées généreuses , mais encore confuses, ses passions quelquefois aveugles » son insatiable besoin de lumières, de mouvement et de liberté ; ses espérances d'avenir , et la vigueur de sa jeune vie. Malheureusement les premiers chefs du libéralisme en Espagne s'étaient , ainsi qu^ailleurs , formés à l'école du dix-huitième siècle. Imbus de ses préjugés , loin de reconnaître dans le catholicisme, affranchi du joug qui arrête ton action , le grand , l'unique moyen à l'aide duquel ^accomplira la régénération du monde , ils nourrissaient contre lui , au fond de leur âme , des pré- ▼entions sinistres , une haine que leurs actes n'ont que trop manifestée , lorsqu'ils ont eu le pouvoir en main. Comme en France , ils se sont montrés les ennemis du culte national et les persécuteurs de rÉglise. Dès-lors , quelle que pût être , à d'autres égards, la justesse de leurs vues, nécessairement ils devaient échouer. La tyrannie est une mauvaise arme contre le despotisme, et toujours mortelle à eeux qui l'emploient. Cependant il s'est trouvé de ▼rais amis de leur pays , qui n'ont jamais séparé de sa cause la cause sacrée de la religion. Le mouvement àt^ agraviados y en Catalogne, fut un mouvement tout catholique. Ces hommes , dignes d*un meilleur succès et qui l'obtiendront un jour , croyaient , en combattant pour le souverain , lors de l'invasion de Bonaparte , avoir combattu aussi pour leurs droits longtemps violés, pour les antiques lois de la pairie, pour les libertés qui firent autrefois et sa gloire et sa force. Ils n'avaient pas tout TU dans le trône , dans un trône s'élevant seul au milieu de la servitude universelle , comme un rocher au milieu de la mer. Sur le sol reconquis par eux et encore humide de leur sang , ils parlèrent du peuple : on chargea le bourreau de leur répondre , et la garotte fut le gage qu'ils reçurent de la reconnaissance du prince . le paiement des services qu'ils lui avaient rendus. C'était une manière de s'acquitter. Nais, si la garotte est bonne pour en finir avec quelques honmies ; grâce à Dieu , il faut autre chose pour en finir avec une nation. Dressez , dressez des potences , attachez-y ceux qui ont écrit sur leur

poitrine : Patrie , et appelez cela la Justice du roi ; il y a une autre justice , et celle-ci n'est jamais si forte que quand elle prend racine dans la cendre de certains morts.

Il est donc prouvé, par Texemple des agraviados , non-seulement qu'il peut exister , mais qu'il existe de fait , en Espagne , un parti , ou les éléments d'un parti national , qui , loin d'être hostile au catholicisme , est au contraire , dans l'ordre poIili({ue , le représentant de ses vrais intérêts, de ses traditions antiques et de ses doctrines les plus pures. Les documents particuliers que nous avons eus entre les mains ne sauraient, sur ce point, nous laisser le plus léger doute. Il est certain aussi qu'au nom de la réforme et de la liberté, un autre parti s'est mis en guerre ouverte avec la religion , et que, devenu par là justement suspect, il a écarté de lui les catholiques sincères. Le clergé, qu'il attaquait principalement , sous prétexte de certains abus que nul ne songe à justifier , mais qu'il attaquait d'après un système de destruction plus général , inquiet pour lui-même et pour le christianisme, n'a cru avoir d'autre moyen de le sauver que de maintenir le gouvernement établi quel qu'il soit , d'en défendre dès-lors le principe et les conséquences ; et il s'est jeté aveuglément dans les bras du despotisme , qui le flatte pour s'en faire un appui et un instrument. Sa puissance , en effet , est grande. Mêlé au peuple , dont l'existence est , sous tous les rapports , intimement unie à la sienne , il dispose de lui souverainement; et il n'y a rien que de juste et de naturel en cela : car ôtez le clergé , le peuple , au même moment , perd tout ce qui fait sa vie et le charme de sa vie , secours , protection , conseils , enseignement ; et la charité qui le nourrit , et la foi qui l'élève â la dignité d'homme , et le culte qui parle à son cœur, et les fêtes qui le distraient de ses maux.

Représentez-vous ces éléments opposés, fermentant dans des âmes espagnoles , opiniâtres , ardentes, vindicatives, atroces quelquefois, et vous aurez une idée de l'état des esprits dans cette lamentable contrée. Je ne sais quoi de profond comme l'enfer y sépare les partis. Ce ne sont pas seulement deux ]>euples sur le même sol, mais deux races ennemies, incompatibles, irréconciliables, rêvant avec délices , dans l'extase de la haine , leur mutuelle extermination. 31alheur aux hommes, quand leurs erreurs ou leurs passions dénaturent le bienfait divin ; quand ce qui leur a été donne pour être entre eux un lien d'amour, devient le sujet même de leurs divisions , la source de leuro anli]>athies désormais irrémédiables ! Encore un coup, malheur, malheur !

Les vices du gouvernement, chaque jour plus sensibles, et qui blessent, chaque jour un plui grand

DBS MAUX DE VÈaUBM.

nombre d'indhidut dans leurs intérêts difers ; le progrès lent, mais eontinoel, des idées de liberté; la Msue d*un état de choses où nul ne trouTe de sécurité, où le caprice d'un seul préraut sur toutes les lois, disons mieux, est la loi unique; où dèslors nul droit, nulle existence n*a de garantie réelle : tout cela ensemble a pour effet d'augmenter sans cesse le parti qui aspire i un changement. Malgré les efforts du despotisme , et i cause même de ces efforts , il croit dans le silence et se {Hropage dans l'ombre, sûr, tôt ou tard, de vaincre : le temps est pour lui. Et, quand tous conspireraient i maintenir ce qui est, ils 7 traralleniient en Tain. Yisi- Mement il est impossible qu'aucune société subsiste sous un régime purement arbitraire, sans lois fondamentales, sans finances , sans police , sans administration , sans justice. Dieu lui-même ne pourrait opérer un pareil miracle , à moins de changer la nature de l'homme. Il y aura donc une révolution; et cette rérolution se fora, non-seulement contre le trône , mais encore contre l'autel, qui s'est rendu solidaire du trône.

On éprouve un profond sentiment de terreur, lorsqu'on vient i se représenter tout ce qu'entraînera de calamités et de crimes cette inévitable catastrophe. La pensée se détourne d'épouvante : ce qu'elle a vu , ce qu'elle a entendu dans cette nuit de tempête, est inexi^cable : le bruit des temples qui croulent, la lueur rouge de l'incendie, les pas rapides et sourds de ceux qui fuient et de ceux qui poursuivent, le sang, le blasphème, les sanglots , les cris: on dirait un de ces rêves qui pressentie poitrine comme le genou de Satan.

Le clergé d*£spagne aurait-il pu éviter une position si funeste à son pays et à lui-même? Nous le croyons. Pourrait-il en sortir maintenant? Nous le croyons encore : mais comment Fespérer , lorsque déjà les choses ont été portées si loin , lorsque la défiance, la rancune, Taigreur et les passions les plus violentes gardent rentrée de toutes les voies différentes de celle où Ton s'est engagé? Le malheur de certaines époques est que, se trouvant en dehors de Fexpérience commune , en dehors de tout ce que Ton connaissait, la sagesse des temps ordinaires égare et trompe , et qu'après avoir pris de bonne foi une route fausse et dangereuse, on ne sait plus, on ne peut plus revenir sur ses pas ; trop d'obstacles s'y opposent : l'illusion d'une première erreur, les liens contractés, les paroles dites , Timpulsion de la foule qui sans cesse pousse en avant ceux qu'elle s'imagine être ses guides et qui désormais ne font que la précéder. L'esprit même devient peu à peu incapable de comprendre. Un mouvement fatal emporte tout; les difficultés croissent , les événements se précipitent , et chacun subit sa destinée .

Voyons toutefois par queb mafBaê k dofi cs> pagnd, mû dans «m aitee penaée, pâmait, tandis que le choc des fections est snapetiiii pé^ venfa* l'effroyable bonleveracncnt qni ■enarassa pqrs, sauver la fol, fÉgSae, In nation, et kliiM même peut-être.

Qu'eUe arrive pins tôt on pins tard, toi^oHtcrt* il certain qu'une révolntiott est mMUible, psm qu'une réforme , une grande et totale téfome, «t indispensaUe. La nécessité de cette réforaevjsiBk au besoin , immortel dans FhoBiBe t d'une Jnsli et chrétienne liberté, constitpc h pnisaanca ypetpé" tuellement croissante en aeeret, dn parti fue k clergé redoute; et ce parti n'est lui niê«a, da moms généralement, ennemi du deryê, fnepnce qu'il trouve en lui une vive opposition i ses vasn, à ses opinions et i ses projeta politiqiaes. GflUc opposition , qui l'obi^e à combattre le deifé, k contramt encore è combattre, i divcra- ëgaflds,k religion elle-même. Tel est Fétat réel des chsni Donc , si le clergé , au liea de s'allier «vee le ds^o* tisme , au Ifeu de s'en tûre le défenaenr, TafO^ instrument , prenait i cosnr et aeoondiit, i reim* pie des prêtres belges et polonaia , les vrais inlMto de sa pairie; d'une part, ii se réconcilierait ki hommes qui ne le repoussent qna cowme Faiivsaire de la cause nationale, et, dePantre,iêl0riK toute force i ceux qui haïssent direetcment la rdigion et ses ministres, en leur ôtant tout prémie plausible de les attaquer. Or, au moyen de nnlneDce qu*il exerce sur le peuple, rien ne lui serait plus facile , sans s*écarter de ses devoirs , que de créer une puissante opinion publique, que d'inspirer à la nation la volonté ferme , unanime, d*opérer, par un retour régulier aux anciennes franchises, aux anciennes lois, modifiées selon le besoin des temps, la réorganisation sociale nécessaire. Qui oserait, en présence de ce vœu universel , irrésistible , refuser la convocation de légitimes certes , de certes véritables, et non pas fictives ? et qui pourrait empêcher Fexécution de ce que régleraient , pour le bien du pays, ces vrais représentants de TËspagne? Les changements que tous doivent désirer, et auxquels, en aucun cas, il est impossible qu'on échappe, s'effectueraient d'un commun accord, sans secousses , sans désordres , sans réactions , sans perséc4ilions ; et cette belle contrée , que le sacerdoce catholique sauva jadis de la barbarie musulmane, lui devrait encore , et dans un plus grand danger, son salut et sa paix.

Le clergé, qui, durant une longue suite de siècles, a oCPert tant de saints exemples , est digne de comprendre une pareille mission ; et si , pour Taccooiplir, pour en faciliter le succès, il lui fallait abandonner quelques avantages temporels , nous avons

DES MAUX DE L*ÉGUSE

de lui une trop haute idée pour admettre comme possible qu'aucuQ autre intérêt pût, à ses yeux, balancer un seul instant les sacrés intérêts de Dieu et de la patrie. Quand on est en repos sur ceux-ci , on mange avec joie son morceau de pain noir, et , le soir Tenu, on s'endort tranquille. Jamais, d'ailleurs, la ProTidence délaissa- t-elle les siens? Elle nourrit les oiseaux du ciel , et leur prépare un abri pour le temps d'orage. Cherchez premièrement le roffoume de Dieu et sa justice , et le reste vous sera donné de surcroit (1). Le chrétien a ses penaées , qui ne ressemblent point aux pensées humaines. Auriez*Tous peur que la foi se perdit, si elle cessait d'aToir des palais pour asiles ? Craindriez- Tons que les mystères du ciel fussent moins augustes dans un temple nu , et le sang du Sauveur moins précieux dans un vase d'argile? Oh! qu'il en est bien autrement! Le sacrifice de Jésus-Christ, né pauvre et mort pauvre, n'est jamais plus touchant, plus efficace , que lorsque , célébré sur une simple pierre, sans autre pompe que le cortège invisible des anges prosternés autour de l'autel , il rappelle aux hommes ce que voulut être celui qui les raeiieta. Ce prêtre qui s'en va là , un bâton à la main, la besace sur l'épaule, n'ayant, comme les apùlres, qu'une seule chaussure et un seul vêtement , mais portant comme eux dans son sein la parole de vie, et l'amour , et la grâce qu'il doit répandre dans le monde, ce prêlre est plus grand, plus fort mille fois que celui qu'environnent le faste et l'opulence. A quoi bon tout cet or? les âmes ne s'achètent point , elles se conquièrent au prix des travaux , des fatigues , et des sueurs , et du sang. — Mais un certain luxe, un certain éclat, attire le respect des peuples, ajoute à l'autorité du ministère et en multiplie les fruits. — Erreur, erreur, sophismes de l'orgueil et de la mollesse. Voulez-vous être puissants sur la terre, renoncez à ce qui est de la terre. Ce n'est point au riche vêtu de pourpre, mais au crucifié, que les nations ont été données en héritage.

Origine et fondement de la liberté politique , la liberté de l'Église serait désormais assurée contre les entreprises du pouvoir. On ne le verrait plus se jouer des choses saintes , les faire servir à ses intérêts, disposer, selon ses passions, du salut des peuples, et leur vendre Dieu au prix de la servitude. La puissance pontificale exerçant, sans obstacle, une action régulière sur le clergé, les réformes désirables s'accompliraient de soi-même , les abus peu à peu disparaîtraient, les mœurs redeviendraient ce qu'elles auraient dû toujours être, le zèle se ranimerait, et labsence des opinious et des sentiments qui divisent rendrait facile toute espèce de bien : ce serait comme un renouvellement de l'esprit saccrdo-

(lî Matth y VI, w.

tal dans le prêtre , et de l'esprit du christianisme dans le peuple entier. Alors on cesserait de redouter la science ; la science , le plus beau don que Dieu ait fait à la créature après la foi , qui n'est encore elle-même que la science sous une autre forme , la science infinie , et dès-lors enveloppée du mystère comme d'un voile lumineux. lia pensée ne serait plus consignée à la frontière; et la vérité, que l'homme n'a pas faite, qu'il ne peut détruire, trouverait , dans sa propre force , une défense plus sûre que l'ignoble sauvegarde d'un douanier. Les études renaîtraient; le génie national affranchi réveillerait de leur long sommeil les lettres et les arts, porterait partout la vie et le mouvement , dans l'agriculture , l'industrie , le commerce , et rouvrirait les sources fermées de la prospérité publi(|ue. Après un sombre hiver, l'Espagne refleurirait comme la nature au printemps.

Si, au contraire, elle reste partagée entre les deux partis qui la divisent maintenant, si le clergé persiste dans son imprudente alliance avec le despotisme, elle subira des maux effroyables et n'atteindra le repos qu'après avoir longtemps et longtemps marché sur un sol sanglant.

Itoble terre d'honneur et de foi, qui ne se sentirait ému jusqu'au fond des entrailles , en songeant au sort qu'on t'a fait, et à celui que l'on t'apprête? Et pourtant tu as assez montré que tu es digne d'en avoir un autre. Quel peuple résista comme toi au géant qui enlaçait et serrait, dans ses bras de fer, l'Europe palpitante? quel peuple alors sut combattre comme toi , mourir comme toi? Rien ne fatigua ta patience, n'ébranla ton courage ; rien ne te parut ni trop hasardeux à entreprendre , ni trop dur à supporter pour demeurer toi-même : et que pouvais-tu être de plus grand? L'ennemi occupait tes villes, couvrait tes campagnes, et tu passais libre entre ses bataillons. On put le*blesser, on ne te vainquit jamais. Lorsqu'un vent d'orage pousse de Thorizon des niasses énormes de vapeurs noires et pesantes, on voit d'autres nuages légers, brillants , courir,en sens contraire, dans une région plus liaute : ainsi luttait contre la tempête ton génie indomptable. Et cette liberté, défendue si généreusement, si glorieusement sauvée de l'agression étrangère , succomberait à l'agression domestique! et tant d'héroïsme n'aurait abouti qu'à échanger des fers contre des fers ! Non , non , ne le crains pas , ton jour viendra ; mais ne l'attends que de Dieu : car, s'il a voulu que l'homme soit libre , il a voulu aussi qu'il ne le fût que par lui.

Ce que nous venons de dire de l'Espagne s*applique également au Portugal , à peu de chose près. Ces deux pays, quoique séparés par une ancienne rivalité et par une mutuelle anti|)athie, se ressem-

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blent pretqa'en tout. Le Portugab est un Eq^agnol aBlubÛ dans set qualités et dans ses défeuts. Peuple dëehu aussi, après une époque de gloire , de temps en temps il s'agite dans son tombeau, comme s'il avait eu quelque rêve de vie. Bu reste , nul mouvement, nul progrès, à peine une ombre de civilisation. Deux frères se disputent , les armes i la main , cet béritage d'un père îdiot. La partie de la nation qui aspire i des réformes politiques, ftiTorise Falné; le plus jeune a pour lui le clergé et la populace, populace ignorante, ftina- Uque, cruelle, que l'on contient avec des bourreaux, et qu'on amuse avec des supplices. Les prisons regorgent de malbeureux, coupables ou suspects d'avoir souhaité un meilleur avenir i leur patrie. Quand la place j manque tout à fût , la potence vient à l'aide. De la sorte rien n'entrave le service du sang , et l'ordre règne.

On se figure assex ce que la religion peut être dans une pareille contrée. La fol, sans contredit, y a encore des racines profondes , on mourrait pour elle; mais, s'égarant dans une multiinde d'idées fiusses et superstiUeuses , elle n'exerce sur les mœurs presque aucune influence, et le clergé n'est pas lui-même entièrement i l'abri de ce reproche. Les pratiques étoufi^nt la morale. Le christianisme recouvre la vie, mais ne la pénètre pas; et c'est que, partout où l'on arrête la culture de l'esprit, les sens prédominent. Or, en ce qui regarde l'instruction, le Portugal en est au même point que l'Espagne : c'est tout dire. Aucuns moyens d*étude ; et, s'il en existait , le pouvoir effrayé se hâterait de les détruire. I.e premier rayon de lumière qui , traversant Tatmosphère ténébreuse dont il s*entoure, viendrait à se fixer sur son front , le marquerait d*un signe de mort. Penser , pour lui , c'est* conspirer : il ne peut subsister qu'à Taide d'une obéissance implicite, aveugle, en dehors du droit, et qui ne Texamine jamais ; qu'à l'aide de l'obéissance des brutes. Sous le régime où il cherche sa sûreté, un œil qui s'ouvre est un péril qui naît. Le clergé, par conscience de sa propre faiblesse , et par une nécessité de la position dépendante qu'il s'est choisie, seconde à cet égard, et bien dangereusement pour l'Église, la politique du pouvoir. Il ne voit pas qu'en repoussant la science , en la déclarant par là même ennemie de la religion, il travaille à faire un peuple ou impie , ou barbare : barbare , il })érirait bientùt ; impie , que deviendrait le sacerdoce qui l'aurait poussé clans cet abîme? J'insiste sur ce ])oint, parce qu'il est capital , parce qu'il n'est point de prétextes «lu'aujourd'hui l'on n'imagine pour se retrancher dans rignorance. On parle des ravages d'une fausse philosophie; ils sont réels, qui pourrait les nier? Mais pourquoi ne lui en a-

I l-onpasoppoaéunemcillenre7etfliidenBiit,dlicréditée dans les pays qui la virent naître, n'a-t-dis pas servi à fortifier la religion qu*dle combattait? On parle de la simplicité de la fot: efafsansdoite, la foi doit être simple ; elle est , pour le cœur comme pour la raison, un acte d'obâssanœ : aalrement, i qui croirait-on qu'i sol? Mais , parce que la foi doit èlre simple , s'ensuit-il que les peuples doivent être imbéciles? s'ensuit-U qu'il faQIe proscrire ou négliger les connaissances nécessaires à leur développement? s'ensuit-il que le progrès de l'esprit hnêÛÉi ne soit pas l>on?S'il voua parait fatal, ne nous le vantei donc plus comme un des effets du dmlianisme, et Tune des preuves de sa vérité. Yoolesvous lui fiier des limites ; quelles seront-elles? Un n'est stationnaire ici-bas; force est d'avancer ou de reculer. Avancer, ce mot voua effraie : recala donc. Mais jusqu'où, de grâce, reenkiei-von? Partout , dans tous In temps , n'a-t-on pas abnsé de la science, ainsi que des antres dons dn Créateur? Apprenei^ioas , encore une fols , où vo« vous arrèterei. A moins d'être InconséqneBta, I vous foudra , malgré vous , en venir Jusque h maxiane de Rousseau :]« L'homme qui penae est n anhnal dépravé. » Est-ce pour annoncer cette daetrine au monde qu'il vous a été dit : jÊUez ei êmê^gnez touies tes nathmê ? CroyeiHDoi, ne jjkcez point dans les ténèbres les autels de eebiiqai a créé le soleil.

Nous ne passerons point sous silence une autre suite non moins déplorable de la position actuelle du clergé en Espagne et en Portugal. Il n'a pas plus tôt confondu la cause de la religion avec la cause du despotisme, que cette funeste erreur, produisant ses conséquences. Ta conduit immédiatement à un énorme abus de la parole de Dieu. ]^s passions politiques ont envahi la chaire; elles Tont souillée d*al>jectes, de sacrilèges adulations. Ce n'est pas tout. Les lèvres destinées à prêcher la paix, la charité, Tamour mutuel, ont parlé le langage de la haine et de la vengeance. D*horribles vœux , des menaces atroces se sont plus d'une fois fait entendre en face des tabernacles où réside le Fils de Thomme immolé pour le salut de ses frères. Au lieu des ministres de celui qui pria sur la croix pour ses bourreaux, on aurait dit des prêtres de Caio.

Malgré tant de désordres et de désordres si graves , ces deux peuples ne périront pas : il leur reste une ancre dans la tempête. Mais, avant d'aborder au monde nouveau , vers lequel aujourd'hui toutes les nations se dirigent, ils traverseront des mers bien rudes, heurteront à bien des rochers, et , dans leur travail , leur angoisse , la route souvent leur paraîtra longue. Il dépend de leurs coaductcurs de Tabréger, en cherchant, au-dessus des

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nuages qui recouvrent les flots émus , le signe qui doit les guider*

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