ÉPILOGUE
« btt les imiget de Dien :»€l,iDcIiiiaiitlBtèle,ib se prosternatoDt.
El je regardais cela, et mon âme absorbée dans one profonde stnpenr se troublait en elle-même, lorsqu'une Toiz : Fils d'Adam, quefois-ta?et, comme Je ne répondais point : Tu fois, dit-elle, les pontifes du Christ !
Et je pénétrai plus arant dans le tonple, je parcourus de longues nefii désertes ; les Toutes se per^ daient dans Pobscurîté; une hoireur silencieuse m'enfironnalt, et le frisson courait dans mes Tcines, Au fond du sanctuaire , sur un autel éclairé d^ine kmpe mourante, J'aperçus comme une grande ombre, Je ne sais quoi dlneiprimable , une forme diflBe qui semblait plier sous des dialnes.
Et Je regardais cela, et ma chab tremblait, et mon front se mooOlait d'tane soeur froide, lorsqu'une fon : Fils d'Adam, que tolMtt? et, comme jene r^ pondais point :Tu toIs, dit-elle, le Christ rédempteur, dn monde i
Alors Je tombai la foce contre terre ; ma fie dn temps M comme suspendue, et ce qui se passa en moi n'a point de nom dans les langues humaines.
Rerenu i moi-même. Je me retrouvai an milieu de la fouk, et c'était un lioélattge inom de pleurs et
dejoies insensées^ de prièreaet de bbspMoKS, det danses dans un tombeau, une orgie dans un in saint.
Tout i coup une sorte de tonnerre lointahi, w rumenr sourde, conftise, Imrrible, ébranla les afai: d'histant en Instant elle crmasait : les peuplescffrayés demandèrent : Qu'estrce que ce bruit? Ill leur Ait dit : Cest le vent du Seigneur qui passe! ft les forêts s'inclinaient comme l'herbe, etles celsanes des temples fracassés se bcurtaieM coannelei mnouz d'un homme pris de vin; et les combksiBi palais, emportés tels que des brins de paille, dfaparalssaient dans la poussif, et les anirs croidriHli et les trônes craquaient comme un Boreenu de bsii sec sur le genou d'im enfont. Keponaaéa pète, les fleuves déboidaient. In aner ses rivages, et toutes ces eaux se aièlaBt, poussaient et repoussaient les dAria, < voyait, roulés par les towbillonoy a' ter peui peuduseînderabIniOvCt poiSydaBiii flux et rdhis des ondes, cette énonne de ruines devait «i-dessna det flots ta ma gense et ceinte de cadavres flottanla
AFFAIRES DE ROME
(cOKTUfUATIOK.)
II y a cinq an8 bientôt que nous écrivions les pages qu'on Tient de lire. On a pu y reconnaître le même fonds de pensées que dans Y Avenir, les mêmes Tues 9 les mêmes con?ictions , le même effort de désir pour réconcilier la hiérarchie catholique avec les peuples , pour l'attirer , en quelque sorte , au •ein de la société future , à la formation de laquelle il semblait qu'elle aurait pu si heureusement concourir , en établissant la liberté sur Téternel fondement de tout ordre , la loi morale qui doit en régler l'usage et qui en garantit la durée. Le système contraire nous paraissait répugner tellement à l'esprit évangélique , et tellement périlleux dans ses conséquences , que jusqu'au bout nous espérâmes qu'on ne se résoudrait pas à tenter une entreprise pour le moins aussi hasardeuse. Nous nous trompions en cela : l'autorité à qui la décision appartenait, se prononça solennellement ; étendant les bras pour saisir le passé qui fuyait , au risque d'être elle-même emportée dans sa fuite , elle accepta sans hésiter les chances du parti auquel , après de mûres réflexions, elle avait cru sage de s'arrêter. Dès-lors notre devoir fût de sortir immédiatement de la lice où nous ne pouvions combattre qu'avec son aveu et sous sa bannière. L'ouvrage dont nous publions ce que le temps nous avait permis d'en écrire , inutile désormais , dut être abandonné. Nous y exprimions des idées qu'on réprouvait , des vœux qu'assurément on était loin de partager ; et nos prévoyances mêmes , quoique justifiées de jour en jour par les événements , n'étaient guère propres qu'à augmenter une irritation assez vive déjà. Nous avions , en parlant , obéi à notre conscience , et l'on s'en était offensé. Que pouvions-nous essayer encore? Notre tâche remplie selon la mesure de nos forces , tout nous commandait le silence que nous nous déterminâmes à garder.
Il n'existe pour chaque chose qu'un moment dans les affaires humaines. Plus tard, on n'a plus le choix entre deux Toies , et la nécessité entraîne. Rien de ce que nous proposions en 1851 ne serait possible aujourd'hui , ne sera possible à aucune époque , parce qu'on ne retourne point en arrière, parce que
l'on ne croirait point à la sincérité d'un système différent de conduite , qu'on n'y verrait qu'un simple calcul d'intérêt , variable comme cet intérêt même ; enfin , parce qu'ayant condamné de la manière la plus expresse les principes sur lesquels reposerait le système nouveau , ceux-ci seraient une atteinte à l'immutabilité de doctrine , et que cette versatilité d'enseignement que l'on met , soit à la déguiser , soit à en éluder les conséquences , renfermerait une contradiction mortelle â l'autorité qui s'est prononcée si formellement, il faut donc que l'on marche jusqu'à la fin dans la route tracée; qu'éternellement, et quelles que soient les modifications successives que peut éprouver Tétat social , on proclame les mêmes maximes déclarées à jamais immuables, puisqu'on déclare qu'elles appartiennent à la tradition des apôtres et des Pères ou à la révélation divine. Quiconque s'en écartera de fait violera un commandement divin ; quiconque les contestera, quiconque n'y attachera point intérieurement une foi absolue , rompra par cela même avec le catholicisme.
Cette position est grave ; elle ofl^re un vaste champ à la méditation. Qu'on nous permette, en écartant toute discussion dogmatique, de présenter avec candeur quelques-unes des réflexions qu'elle suggère , ce semble , forcément à tout esprit calme, lorsqu'on la considère dans le présent et dans Tavenir.
Et d'abord , dans le présent , que voyons-nous ? Quel a été l'efl^et de la parole pontificale ? Quels résultats a-t-elle produits ?
Elle a constaté l'alliance de Rome avec les princes, une étroite communauté d'intérêts entre elle et eux, ainsi que la volonté ferme d'employer tous les moyens dont elle dispose à la défense de ces intérêts. La papauté enfin a déclaré que sa cause propre était, de fait et de droit, inséparable de celle de l'absolutisme européen.
il n'est pas douteux qu'elle n'ait parla momentanément affermi sa domination temporelle. D'indispensables auxiliaires lui ont été acquis sur-le-champ. Aurait-elle , sans l'aide de l'Autriche , conservé les Légations , conservé les provinces même voisines
AFFAIRES DK ROUE.
de la capitale? Poufail-elle, privée d'an appui extérieur , résister au mouyement doDt Bologne était le centre , en arrêter la propagation ? Réduite à négocier pour ne pas tout perdre , n'aurait-elle pas été contrainte de reconnaître des droits qui limi* talent les siens, de céder beaucoup, et tovgours plus, rfin de garder quelque chose; de consentir au moins à des modifications proféndes dans Tandenne ferme du gou?emement ? Au lie^ de cela et de tout ce que Tentralnement des choses y pouTait i^outer de plus déftiTorable encore à ses intérêts matériels, elle est demeurée en possession de Tintégrité de son pouvoir et de son territoire ; elle a continué d'en administrer les habitants comme elle l'a voulu , de faire seule la loi , de présider seule et sans contrôle à l'établissement de l'impôt et à sa perception, à l'éducation publique , à la police, i la justice civile et criminelle , à la pensée même par la direction de la presse locale et par les obstacles opposés à l'introduction des livres étrangers. Supposé que ces deux moyens fussent aujourd'hui rigoureusement praticables , ils suffiraient i la longue , entre les mains du prince , pour Mre, du peuple assujetti à son autorité , tout ce qu'il lui plairait, même une horde de sauvages, même un troupeau de brutes , si le caprice lui en venait.
A ces avantages que l'on conçoit avoir dû être séduisants pour Rome, il faut joindre une certaine fMHllté plus grande dans ses relations avec les souverainetés absolues, en ce qui touche lesaffisires générales de TÉglise ; rien à chang;er dans les pratiques, les usa(jes , les formes existantes; Texemplion dès-lors d*une multitude d'embarras et de soucis , et , par rimmobilité môme des choses , du repos à la surface , une apparence de paix qu'on pouvait prendre pour la paix même.
Il est certain aussi que , presque nulle par ses forces matérielles , Rome , quoique dépouillée en grande partie de l'espèce de prestige qui l'environnait autrefois , jouit encore, à distance surtout , d'une puissance d'opinion qui, môme dans les pays où dominent l'hérésie et le schisme, donne une valeur réelle a son alliance avec les princes. Elle a sans contredit apporté son poids dans la balance où se pèsent leurs destinées. Ils lui doivent d'avoir séparé le principe catholique du principe de la liberté, la cause de FËglise de la cause des peuples en guerre contre eux. Ce n'était pas là , certes , un service méprisable , et la manière dont on l'a reconnu, en Russie notamment, fournil un nouvel et mémorable exemple de l'ingratitude politique. Si le dévouement du pontife romain aux intérêts des rois n'a pas eu tout l'effet désirable pour ceux-ci , ce dévouement aussi sincère , aussi complet qu'il pouvait l'être, a cependant porté son fruit. L'in-
justice on ravenglenent povrratal aerisle nkr. Nombre d'hommes étoméa, troublés par h panb du pape, ont senti naître an fond de leur eonackm une secrète crahite qnlles a détoomét de heta. Je ne sais quel souille alMblisaant m àêHmâm tan muscles. Pleins de M et pkhw d'eqiëmee, li s'étaient levés pour conoomir à raBhmcMsicawt du monde ; i la voix du chef q«*ib i iigariMial comme l'inAullible organe de Dlea nène, ils «il baissé la tête et se sont rassb avec vue muetteiàignation jaux volontés impénétrdilcs de la Vn^ dence. De rdigieuse qu'elle aurait pn être, la htti est devenue purement politique , cb an aon di moins.
Ce sont là des résultats présenta , positilii.OnK saurait mettre en doute que Falliaiiee de Robmi afce les souverainetés n'ait produit une partie des anstages qu'en la contractant on avait en tw de part et d'autre. Il est également vrai qu'elle a en dtt conséquences d'une nature différente et. dool «a doit aussi tenir compte. Parmi ces soureraiiMléii I en est non-seulemoat d'étrangères, nuis de dM» ment hostiles, au catholicisme.]! a doncétééviioit que la base de Tassociation commune n'avait et soi rien de religieux ; d'où plusieurs ont été indrili i conclure que, la religion y-intervenant godubsi pie moyen et non comme fin, il était tont et nécessaire et très^dUBcile de distingocr actes de Rome ce qui émanait de Fantoriléjpm»* ment pastorale , de ce qui , relatif à des inlérCIi humains, pouvait être destiné à les servir .. Or, uoe fois reconnue indispensable, cette distinction serait visiblement fatale à la papauté, qui, dans rabscnce d*un pouvoir chargé de résoudre cette sorte de doutes et de terminer les incertitudes , aurait for cément pour juge la raison et la conscience de chacun.
Et ne voit-on pas que de fait il en est ainsi déjà ? Un certain nombre de catholiques , selon nous les plus conséquents , ont fait taire leur esprit , comprimé les battements de leur cœur, et , les yeux h fermés, se sont silencieusement acheminés, statues vivantes , dans la route que leur indiquait le guide suprême. D'autres ont commenté sa parole, y ont cherché, pour la concilier avec leurs pensées propres , des interprétations étranges , opposées entre elles et au sens net et clair qui se présentait de soimême. Ils ont nié que ce sens pût être celui que le pape avait voulu exprimer : et sur quel fondement? parce qu'il leur semblait contraire à des doctrines expressément autorisées, et qu'il choquait leurs codviclions les plus profondes , leurs instincts les plus invincibles. Ils ne disaient pas : Le pape se trompe en enseignant cela ; mais : Le pape ne saurait enseigner cela, |>arce qu'il se tromperait. Or, n'est-ce
AFFAIRES DE ROME
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pas là juger réellement ce qui n'existe plus, dès qu'on s'attribue , à un degré quelconque , le droit d'en être le juge ? En matière de foi catholique , de Finterprétation à la décision il n'y a qu'un pas et bien glissant.
Plusieurs oi^t cru sortir d'embarras d'une manière plus simple. Nous sommes , ont-ils dit , soumis à l'autorité de Rome , mais dans les choses spririluelles seulement ; nous ne la reconnaissons point dans le reste. Fort bien ; mais qui déterminera ce qui est spirituel et ce qui ne Test pas? Si c'est Rome elle-même , éyidemment vous obéirez en tout et toujours ; si c'est tous , tous n'obéirez qu'autant qu'il TOUS plaira. Dans le premier cas, que devient votre distinction , fondée d'ailleurs sur une des maximes les plus solennelles de la doctrine catholique ? Dans le second , que dcTient l'autorité de Rome?
Quand de pareilles questions sont posées, il est clair qu'il existe une lutte sourde dans la conscience même de Thomme , porté , d'une part , à sMncliner devant une autorité qu'il respecte ; d'une autre pirt, impuissant à vaincre une pensée qui le domine et des sentiments qui le maîtrisent.
Au f6nd , l'influence de Rome dans la guerre de la vieille société contre la nouvelle a eu pour effet plutôt d'empêcher qu'elle ne prit un certain caractère, que de changer les forces respectives. Otez l'obstacle physique à la rénovation sociale, c'est-àdire, le million de baifonnettes destinées à défendre Tordre, ou le désordre ancien , demain il n'en restera qu'un souvenir détesté. Les idées que le temps, la réflexion, l'expérience, ont fait éclore, continuent de se propager et de se développer, malgré les efforts réunis des deux puissances pour les étouffer. Les violences de l'une, les malédictions de l'autre, n'ont pas un seul instant suspendu leur croissance. Le souverain pontife n'a donc pas atteint le but qu'il se proposait sous ce rapport. Sa voix, à laquelle jadis le monde entier prêtait Toreille, a été, il faut bien l'avouer, quant aux nations en corps , la voix qui crie dans le désert. Considérez seulement les pays les plus catholiques. L'Irlande , at-elle ralenti sa marche dans la voie où depuis si longtemps elle était entrée? Est-elle moins attachée à ce qu'elle appelle ses droits, moins ardente a combattre ses antiques oppresseurs? A-t-elle abdiqué un seul de ses vœux , abandonne une seule de ses demandes, désavoué, modifié une seule des maximes de liberté auparavant proclamées par elle? K'est-elle pas , au contraire , toute proie à en tirer de nouvelles et plus larges et plus profondes conséquences ? La parole émanée du Vatican a paseé sur celte terre comme le soufPle léger qui ne courbe pas même un brin d'herbe.
Qu'a-t-on vu en Espagne et en Portugal? Qu'y voit-on encore? S'y est-on, dans aucun parti, occupé de Rome et de ses prescriptions dogmatiques? Quelqu'un a-t-il songé à recevoir d'elle une direction? La moindre note diplomati(|ue n'obtient-elle pas plus il'attention , n'exerce-t-elle pas plus d'influence qu'aucun de ses rescrils? Quel compte les gouvernements tiennent-ils d'elle? En quoi est-elle présente à la pensée du peuple? Poursuivant son but politique avec une constance opiniâtre, il a rencontré sur sa route les congrégations monastiques : qu'en a-t-il fait? Personnes , biens , juridiction, qu^a-t-il respecté, qu'a-t-il épargne dans l'ordre ecclésiastique? J'observe les faits, et, sans les juger, j'en cherche seulement la cause immédiate. Pourquoi ces attaques contre le clergé , ces violences , cette haine? Ne vient-elle pas de son opposition réelle ou présumée à l'affranchissement que veut la portion la plus nombreuse et la plus forte de la population , c'est-à-dire , de son attachement au système daift lequel Rome s'est précipitée , et , par conséquent , aux maximes dont elle rend la croyance obligatoire pour les chrétiens? Le peu de poids qu'ont eu, sous ce rapport , ses récentes décisions : je ne dirai pas les contradictions , des contradictions seraient moins alarmantes ; mais la froide et distraite indifférence que presque partout elles ont rencontrée, n'est-elle pas un symptôme frappant, et ne doit-elle pas lui suggérer des réflexions sérieuses?
Qu'est devenue en France, en Allemagne, en Pologne même, surtout depuis quatre ans , la puissance qu'autrefois elle exerçait sur les esprits? Y a-t-elle modifié l'opinion en quoi que ce soit, ému la conscience publique? Hors quelques rares fidèles, hommes d'un autre temps , presque étrangers au milieu de la foule, qui s'informe seulement de ce qu'elle dit? Oubliez les coteries et leur misère, regardez les masses ; où sont celles que la (lapauté dirige et remue ? Si , dans les contrées dont nous parlons , les souverains n'avaient d'autre appui que ses dogmn(i(|ues enseignements , dormiraient-ils tran(|uilles sur leurs trônes étayés de bulles et d'encycliques? Or, tout a sa raison ; quelle est celle de cette décadence profonde , universelle, de l'autorité pontificale?
Rome le sait, cette autorité n'a depuis longtemps nulle part moins de racines qu'en linVw, Ce n'est pas que le peuple ne la respecte par habitude en tout ce qui ne contrarie trop ni ses idées, ni ses penchants , ni ses intérêts : mais, au-dessus du peuple , elle ne trouve guère que d'Apres censeurs cl des ennemis passionnés. Non-seulement on ne croit pas en elle, mais on la repousse avec une vive animosité , on la hait d'une haine implacable , comme la cause principale des maux de la patrie. L'Autriche
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même est moins abhorrée. Cela est triste à dire ; cependant, en Fétat des choses, on ne doit taire aucune vérité. A quoi servirait ce silence menteur? Que ritalie donc fût pendant un jour, un seul jour, livrée à elle-même, que Tordre existant n'y eût d*autre soutien que les admonestations du chef de rÉglise , ses défenses et ses commandements , le lendemain la révolution s'étendrait de Turin à l'extrémité des Calabres.
Telle est , en Europe , la position de la papauté à l'égard de ceux qui, professant le catholicisme, appartiennent encore extérieurement à la communion romaine. Considérés collectivement , ils ne se laissent plus diriger par elle; sa langue n'est plus leur langue, ses pensées leurs pensées, ses ordonnances leur règle. Or, était-il de l'intérêt de Rome de constater , aux yeux de tous, un fait de cette nature? Était-il prudent de révéler avec tant d'éclat au monde entier cette sorte d'impuissance et de nullité d'un pouvoir qui n'a de force, humainement parlant, que celle que lui prête l'opinion? N'était-ce pas là pousser les esprits dans une tentation dangereuse ? N'y a-t-il pas des défaillances qu'on doit soigneusement voiler? Je pose une question, je ne la décide point.
Jusqu'ici nous n'avons parlé que des populations plus ou moins croyantes. L'impression produite sur les autres par les acles de Rome , à dater du bref aux évêques polonais , mérite également une attention sérieuse. Ils ont sans doute augmenté leur éloignement pour elle , en les confirmant dans la persuasion qu'il existe une inconciliable opposition entre le catholicisme romain et toute liberté politique; mais ils n'ont excité ni surprise , ni crainte, ni colère. Knsevelisavec insouciance dans les colonnes des journaux , à peine les a-t-on remarqués , à jieine en a-t-on parlé. On sentait tout d'abord qu'ils n'apportaient pas plus (le secours véritable à l'un des partis, qu'ils ne créaient d'obstacles à l'autre. Ils ont passé moins aperçus qu'un simple jugement de police correctionnelle. Ce serait, ce nous semble, une excessive confiance que celle qui engagerait à mépriser de pareils indices.
Quoi qu'il en soit , voilà le présent. Rome a prononcé ses décisions , promulgue ses maximes , impérieusement dicté ses ordres. Quelques individus, dociles à sa voix , se sont retirés du mouvement social. Les peuples, sans même détourner la tète, ont poursuivi leur route. Le monde a continué d'aller comme il allait. Aucun changement dans les esprits, aucune émotion dans les âmes ; le large flot de l'opinion , montant et grossissant , s'est déroulé avec une force toujours croissante sur le rivage. On peut remarquer même que l'action du principe qu'on appelle révolutionnaire , ne s'est montrée nulle part aussi générale, aussipuissante, que dans
les contrées catholiques. Tels sont les feits; chacun en tirera les conséquences qui lui sembleront les plus naturelles et les plus justes.
Que si maintenant nous examinons la positioB de Rome dans ses rapports avec l'aTenir, elle nous parait devoir être pour elle un sujet de grave préoccupation. Un volume entier suflfirait à peine pour traiter une question qui en renferme tant d'autres. Nous nous bornerons à présenter quelques réflexions que le lecteur pourra rectifier ou étendre selon ses lumières propres et son point de vue pe^ sonnel. Nous ne prononçons pas, nous n'enseignons pas , nous exposons simplement avec franchise nos pensées et nos conjectures.
Quoi qu'il arrive ensuite, il est du moins certaio que, pendant une durée quelconque, le mouvenieiit social, comme un fleuve dont le lit est tracé, continuera de suivre la même direction. Les rois ne vaincront pas demain ; demain les peuples ne seront pas soumis, soumis matériellement, soumis surtout de conviction. En ce qui tient au droit, au droit plus pratiquement lié à de grands intérêts, l'opinion ne varie pas en un jour. Aussi longtemps que la lutte subsistera , il y aura entre les peuples et Rome opposition de volonté, de sentiments, de vœux , de maximes , de conscience enfin et de raison. Cela seul constitue un fait d'une importance suprême : car ce fait, au mot près, qu'est-ce? sinon un schisme réel , une complète rupture e£Fiectuée dans la racine même des choses entre la société et la papauté, qui s'avancent en des voies diverses; et, si de cette rupture ne résultent pas des commotions violentes , la cause en est que la société , pénétrée presque tout entière des idées qu'elle s'efforce de réaliser, à l'abri dès-lors de la guerre interne qu'amènerait la présence de deux principes contraires également puissants, ne sent pas même comme une résistance ce qui jadis eût été pour elle une barrière insurmontable.
H n'est pas moins clair que plus une pareille séparation se prolonge, plus elle devient irrémédiable. Le léger sillon qui la marquait à l'origine, creusé par le temps , se transforme en abirae.
Or, comment conçoit-on qu'elle puisse avoir un terme? Par quels moyens, par quel' concours de circonstances futures, l'union, maintenant détruite, de la société et de la papauté, s'opérerait-elle de nouveau? Le problème de l'avenir, dans sa liaison avec celui que nous venons de poser , n'offre que trois solutions. Examinons-les successivement, sans préjugé, sans prévention d'aucune espèce, avec un esprit libre de tout autre désir que celui de découvrir le vrai.
Les peuples , renonçant à la 'notion qu'ils se sont faite du droit essentiel et primitif, aux espérances
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qu'ils ont fèndëes sur Tapplication effective de ce droit à l'inslilution sociale , reviendront-ils d'euxmêmes aux principes opposés, dogmatiquement établis par Rome et soutenus par les princes à main armée?
Cette question , résolue affirmativement , résoudrait elle-même la difficulté proposée. Rome reprendrait son ancien empire sur les peuples, d'autant plus soumis qu'ils auraient reconnu, par une expérience récente, la supériorité de sa raison sur leur raison , de sa sagesse sur leur sagesse. Son autorité renaîtrait plus grande que jamais. On se presserait derechef autour d'elle comme autour du centre organisateur de l'humanité. Mais est-il dans Thistoire un exemple, un seul, d'un pareil retour? Vit-on la société, à aucune époque, rétrograder vers son passé? sa vie n'est-elle pas progressive? et cette vie, qu'est-elle autre chose que la force intime et toute spirituelle qui la contraint de se modifier incessamment, selon le type progressif lui-même d'im ordre plus parfait dont elle attend la guérison de ses maux devenus intolérables , le développement des biens auxquels elle aspire invinciblement? On contestera peut-être la liaison entre ces biens dont elle veut jouir, ces maux dont elle veut se délivrer, et les principes spéculatifs qui la guident dans le choix des moyens pour parvenir à ce but. On dira qu'égarée par de fausses idées , au lieu d'améliorer son état , elle l'empire. A cela elle oppose une réponse de fait. Sans doute elle a souffert de ses propres efforts : sans doute la guerre qu'elle a dû soutenir contre le passé qui résistait, a produit des malheurs qu'on ne nie pas; mais s'est-elle, comme on le dit, abusée sur le résultat? Que Ton compare, sans remonter plus haut , l'état des masses , l'état du peuple , avec ce qu'il était il y a cinquante ans , et que l'on ose soutenir après, ou qu'il n'a rien conquis, ou que ses conquêtes, en définitive, lui ont été onéreuses. Il a conquis une portion quelconque d'égalité, de liberté, une facilité plus grande de se mouvoir dans un plus large cercle ouvert n son activité industrielle, commerciale et de tout genre. La propriété, les lumières descendues jusqu'à lui, l'ont élevé dans l'échelle humaine. N'est-ce rien que cela? Ce n'est pas tout, je le sais; mais ce qui est au delà, ce qui par là même est l'objet d*un désir (|u'on ne réussira point à éteindre, en quelle direction faut-il le chercher? Se figure-t-on que jamais on persuade aux peuples que, pour le trouver, ils doivent revenir à leur point de départ? La servitude ancienne imposée par la fSorce, cela se comprend encore; mais acceptée volontairement, quelle espérance plus insensée! Montrez à l'aigle planant dans les airs le bout de la chaîne qu'il a rompue , et vous verrez si à cet appel il abaissera son aile puissante.