SUR LA FOI
Dieu a bien fait toutes choses. Que les impies Masfrfièittent tant qu'Us voudront , leurs blasphèmes n'ont aucun fondement. La création tout entière flère la toîx pour rendre témoignage à son auteur.
Dieu a bien fait toutes choses dans l'ordre de la nature. Tout y est plein de sa majesté et de sa grandeur; il s'y révèle à nous par des merveilles sans nombre ; et certes , à la vuç d'un si ravissant spectacle, nous nous sentirions élevés au-dessus de nous-mêmes , si nous n'étions pas appesantis par une insensibilité léthargique.
Dieu a bien fait , a divinement fait toutes choses dans l'ordre de la religion. Le Yeriie incréé , engendré de toute éternité dans la splendeur de sa gloire, est descendu de son trône , et s'est fait chair pour sauver sa créature.
Qui pourrait méconnaître en lui l'envoyé du Tout- Puissant ? Approchez , enfants des hommes : voyez le Pasteur dont il fout écouter la voix , le Maître dont il faut recevoir les leçons , le Grand-Prêtre par excellence dont il faut accomplir les préceptes ; en un mot, contemplez le Rédempteur promis, qui nous a , dans sa démence , apporté le plus grand des biens , je veux dire la religion chrétienne , reli-
* Ct norceao est eo partie induit de ralleoiaod.
gion venue du ciel et digne de régnet* sur la terre ; religion où l'on découvre évidemment le signe de l'autorité suprême, devant laquelle toute raison doit s'humilier ; signe d'unité , qui doit rémiir tons les cœurs ; signe de vérité , qui doit sub)i^er tous les esprits ; signe de sainteté , qui doit extirper tous les vices ; religion manifestement divine , soit qu'on la considère sous le rapport de sa propagation ou de son institution primitive.
Pensons-y sérieusement, car jamais question plus importante ne s'offrit à notre examen. De sa solution dépendent et nos devoirs , et nos espérances , et la conduite entière de notre vie , et notre sort éternel : ce sont là , ce me semble , d'assez hauts intérêts , et des objets dont la raison la plus dédaigneuse peut , sans rougir, s'occuper quelques instants. Qui que nous soyons , il nous faudra comparaître un jour devant Dieu ; vîtes à son tribunal redoutable pour y rendre compte de notre foi , voulons-nous n'avoir pour toute réponse à articuler que ces paroles : Cela m'élnit indifférent ; je n'y ai point songé? Ah ! loin de nous cette indifiërence coupable, ce mortel assoupissement bientôt suivi d'un si terrible réveil ! Sachons ce que nous devons croire , pour savoir ce que nous devons faire , ce que nous devons espérer, ce que nous devons crain-
are. Toflâ [a véritable science de l'homme ; les autres ne sont qne des curiosités futiles , îles jeux d'enfants dont on berce son ennui , ou dont on amuse ses loisirs.
Était-il nécessHire que Dieu réTélilI une relifrion? J'abandonne aux philosophes celle discussion où rien ne me force d'enirer. Je m'en liens unii|ueDienl au fait, et je dis : 11 existe une religion qui porte en elle-même des caractère* visibles de divinité ; donc cette religion est divine, donc elle est révélée, donc elle est vraie, et , par consé(iuent, la seule â laquelle on doive s'attacher. Si le chriglianismc a réellemenl les caractères que je lui attribue, ces conséquences sont rigoureuses.
Et d'ahord , est-il rien de si grand , de si sublime que ce que la religion nous enseigne par rapport â Dieu , c'est-à-dire, louchant notre dernière tin et les moyens d'y parvenir? Celte parole : Je crois en Dieu, celle parole que tout chrétien , que le pauvre paysan répèle tous les jours, il n'a pas été donné aux philosophes païens, aux plus vastes génies, éclairés des seules lumières de la raison , de la pouvoir prononcer. Aucun n'a dépassé le doute , aucun n'a dit avec celte stmplicilé et celle force : Je croix en Dieu. C'est que Dieu seul pouvait élever jusqu'à lui l'esprit de l'homme ; c'est que lui seul pou- TBit mettre dans son cœur la foi , don surnaturel , don infini dans sa nalure comme dans ses efl^ts, et qui , nous conduisant ^ la certitude par des routes inconnues à l'inlelligence , nous fait entrer en participation de ce sentiment intérieur par lequel Dieu prononce qu'd existe. Je suis, dit-il, celui gui suis; et ,1e petit enfent , qu'il a instruit dans le secret dïkctEUr, répète : Il est celui gui est!
Or, une religion qui repose sur une vérilé si féconde et si haute ; une religion qui m'offre pour modèle un Dieu-homme , et l'éternilé pour récompense ou pour punition de mes œuvres; une religion qui me montre un Être loui-puissant, dont les yeux sont toujours ouverts pour observer ma conduite, qui me laisse dans l'altenle d'un jugement formidable où mes pensées les plus secrètes seront examinées ; qui me repiéseale celte vie comme un jtèlerinage, et ce monde comme un lieu d'exil, ufln qu'étant créé pour le ciel je ne m'attache point à la terre ; qui , m'arrachanl à l'empire des sens , m'apprend à regarder la mort comme le passage à une vie meilleure , où je dois continuellement m'el^ forcer d'arriver; une religion qui me dit : Sois parfait comme Dieu même est jiarfait ; qui me relève avec tendresse, dans mes chutes, parce qu'elle oe connaît point de crimes inexpiables , et qu'elle peut appliquer des mérites infinis; qui ordonne au juste rie trembler, et fait de l'espérance la première venu du pécheur; qui arrèle la présomption par la crainte,
sourit au repentir, déclare heureux ceux qui j^eureni, maudit (es joies dissolues du siècle, délrâne l'orgueil humain , et proclame le règne de l'amour : cette religion, sans aucun doute, mérite tous les hommages de ma raison ei de mon cœur.
Je sais qu'elle contrarie les penchants de la Lure corrompue , qu'elle déclare aux passions une guerre inexorable. La vanilé , la mollesse, la vengeance , la haine îiont autant de viclimes qu'il lui faut immoler ; mais il n'y a rien là qui m'étonne , rien qui n'ajoute à la confiance qu'elle m'inspirait déjà. J'y vois un nouveau caractère de vérité trè»éclatanl; car, plus la religion est pure e( rigoureuse dans ses préceptes, moins je puis reconnaître en elle l'ouvrage de l'homme. Les passions troublent l'ordre moral; la religion, quia pourbut de le rét»bhr, doit donc combattre les passions. IiCs lois mêmes n'ont pas d'autre objet ; et la religion n'est plus sévère, elle ne commande des vertus plus difficiles , elle n'interdit des fautes plus légères , elle ne prescrit, en un mot, une plus haute perfection, que parce qu'elle est la plus parfaite des lois,
11 est vrai qu'elle me propose à croire des dogmes incompréhensiides , des mystères impénétrables qui consternent la raison; mais cela même, loin de m'ébranler, m'aRermit de plus en plus. Tout, et l'homme même , est mystère pour l'homme. Que croirais-je, si je ne croyais que ce que ma raisoa conçoit? Le ciel , la terre , la vie, la mort, le grain de sable que je foule aux pieds, la paille que le vent emporte, me sont éternellement incompréhensibles, et je prétendrais comprendre Dieu, sa nature , ses attributs , son essence ! Insensé ! conleniple ton néant , la bassesse profonde , et cesse de demander compte à l'Eternel de son être et â« ses perfections. U l'en a révélé ce qu'il t'était pos* sible,ce qu'il t'élail utile d'en savoir : crois et adore, car l'inaccessible hauteur de la doctrine qui f^it le désespoir de Ion esprit est la plus invincible preuve de son origine céleste. Une religion sans mystère* serait une religion fausse , puisqu'elle ne nous donnerait ni l'idée ni le sentiment de l'infini; une religion sans obscurité serait une religion absurde , ou plutôt ce ne serait rien , puisque cette religion doui laisserait dans une ignorance complète de la Divinité, qui est évidemment au-dessus de notre intelligence , et par conséquent n'établirait entre elle et nous aucuns rapports.
Le christianisme n'est donc obscur en quelques* uns de ses dogmes que parce qu'il est divin . que parce qu'M nous transporte dans les régions de l'infini , et déploie à nos regards une perspective immense , où l'œil cherche en vain des bornes qui fuient toujours. Si la religion se vantail de dissiper entièrement les ténèbres de notre esprit, il serait
dtM* hefle de h convaincre de mensmij^e ; au contraire, elle nous dit : » Vous n'aperce-
Trei jamais clairement ici-bas les sublimes ïérilês L« que je rous révèle; vous n'en pourriez soutenir « l'éclat , et voilà pourquoi je vous les présente en- !■ vcloppées d'un voile que la mort seule déchirera.
Crojti sans essayer de comprendre : couibel tm rotre raison altière sous l'humble joug de la foi ;
STcc le sacHHce du cœur, j'exige encore celui de ■ rintelligeuce. »
Tel est le tangage de la religion , et la raison rlle-méme découvre aisément les motifs du sacrilice qu'on lui demande. L'homme est lombé par l'orgueil. Dans l'insensé désir de s'égaler à Dieu, il voulut TBTir la science et ne conquit que l'erreur. Au lieu de sVIever. comme il s'en flattait, jusqu'au niveau Être, toutes ses facultés se dégradènot, et il descendit au-dessous de la brute. Si tu de ce fruit, tu mourras, lui avait dit le iteur : il osa douter de sa parole' et braver ses ucnaces ; le châtiment suivit de près. La rébellion de ses sens devient le premier Fruit de sa rébellion contre Dieu : «on entendement se couvre de ténèbres; de honteux mouvements jusqu'alors inconnus l'agilcRt ei le fatiguent presque sans relUcbe. Devenu le roi de ses pensées en même temps que l'esclave de la concupiscence, il règne dans les Irncbres el gémit sous le poids du icmords, ^u\vei-ie dans ses prodigieux égarements , cet être déchu : il ne sait ni ce qu'il est , ni d'où il vient , ni où il va ; ses devoirs ne lui sont pas moins inconnus que ses destinées : il ignore tout, il s'ignore luimême, il ignore jusqu'au crime pour lequel il est tourmenté. Comment donc l'expier, ce crime toorme? comment guérir cette profonde plaie? L'un el l'autreest l'œuvre de la foi. fclle guérit notre ignorance en nous remettant eu possession de la vôïté que nous avions )>erdue ; elle change notre trrti de mort en la promesse d'une vie immortelle ; eOe nt|He enfin la révolte de l'orgueil par une soumission absolue : de sorte que, proscrits pour avoir Kfbsé de croire, nous rentrons en grâce en croyant; «t b foi, dans sa consolante obscurité comme dans Il cerlilude et la paix qui l'accompagnent, est tout ensemble notre sacrilice, notre lumière, notre mérite el notre récompense.
0 foi, appui de ma faiblesse et charme de ma bisért:, viens dans mon cœur , viens l'éclairer , le hrtilter, le remplir de l'espérance et de l'amour des biens inelfables que tu nous annonces ! Viens me dévoiler le secret de mon £tre, m'inslruire des royslérieux rapports qui unissent l'homme â son auteur, et le ciel il la terre. A la lueur de ton flambeau, mes you s'ouvrent : quel spectacle vient les frapper ! Dans le ciel, la majesté du Très-Haut sur ,
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un trAne resplendissant de gtnire : sur la terre, des hommes qui gémissent dans une vallée de larmes. Ces deux objets si différents, si infiniment éloignés l'un de l'autre, il faut les rapprocher ; il faut établir entre le Créateur et la créature une communication divine. Que fait la religion? Elle place entre Dieu et l'homme un homme-Dieu : comme homme, il satisfait pour l'humanité coupable; comme Dieu, il donne un prix infini h sn satisfaction. Prêtre et victime, il s'immole lui-même ; il s'interpose entre nos crimes et la justice éternelle : l'instrument de SUD supplice et de notre rédemption i la main , il se présente à son Père; d lui offre son sang, ses douleurs, son agonie, sa mort : les entrailles de la miséricorde divine s'émeuvent, et le genre humain est sauvé.
Dès-lors de nouvelles relations s'établissent entre la terre el le ciel ; le médiateur en est le lien : hostie perpétuelle, pontife toujours vivant pour intercéder en notre faveur, c'est en son nom que nous demandons, en son nom que nous obtenons ; dos prières sont ses prières ; il les puriBe, les sanctifie, les rend dignes d'être écoutées de celui à qui elles s'adressent. Par l'union que nous avons avec lui, par l'application qu'il nous a faite de son sacrilice et de ses mérites, notre repentir, nos vertus, notre amour, tous nos sentiments s'agrandissent, s'élèvent, se divinisent pour ainsi parler. Le Toul-l'uissant voit en nous ses (ils, comme son Fils voit en nous ses frères. Tout dans la religion de l'homme-Uieu prend le caractère de l'infini , tout s'embellit et s'épure. La terre n'esl plus seulement le séjour de douleur où un Être criminel et misérable attend dans l'elTroi l'exécution de sa sentence : elle est encore le lieu oii la vertu se perfectionne pour le ciel, le temple auguste où commence l'adoration en esprit et en vérité , qui , se prolongeant à jamais dans la Jérusalem céleste, et s'y confondant avec la possession de l'objet mëine de ce culte ineffable, fera éternellement l'occupation des élus et leur indicible fcitcilé.
<,iiie sont les slénlesspécula tiens de la philosophie, ses absurdes systèmes, ses doctrines désolantes, prt^s de ce magnifique ensemble de vérités si sublimes et si simples, si étroitement liées entre elles, si conformes à ma raison, si appropriées à mes besoins, si douces et si consolantes pour mon cœur ? Avouez-lc ingénument , n'ètes-vous pas emu en méditant ces touchants mystères de l'bomme-Dieu descendu du sein de sa gloire pour s'humilier, pour souffrû-, pour mourir d'une mort cruelle , afin de nous donner la vie? N'y a-t-îl )>as en vous quelque chose qui vous dit que cela csl divin ? Ne senlcz-vous pas vos yeux se mouiller de larmes à ta vue de Jésus en croix? Ah 1 malheur, malheur aux âmes dures