ICI SUR
ijue n'atlendrirsil point une bonté ij ravissante, un si prodigieux excès d'amour! Oui, pour renier Jésus expirant sur un bois infâme en pardonnant à ses bourreaux, pour refuser de croire en lui, il faudrait n'être pas homme , il Faudrait f Ire un je ne sais ijuoi monstrueux, un démon , plus iju'un démon ; car, si les démons ne sauraient aimer, ils croieot du moins et ils irembleal -.credual et conlremi'acunt.
Voyez combien déjà une uttenliTe considération (lu christ ianisme nous y fait découTrir de oaraclères de vérité; et {wurfiani nous sommes loin d'avoir épuisé ce sujet immense: à peine, au contraire, l'avons-nous effleuré. Ce ne serait pas tropde plusieurs volumes pour développer complètement les preuves que notre plan nous contraint de resserrer en quelques lignes. Nous avons, par exemple, envisage Jésus-Christ eonime médiateur et comme rédempteur : mais quel nouveau jour cette doctrine n'eraprunte-I-elle pas de sa liaison intime avec le dogme de notre chute originelle; dogme attesté lui-mfme par la tradition de tous les peuples, et consacré pour ainsi dire par la conscience du genre humain ! Que l'orgueil se révolte, qu'une raison hautsJne et débile plie sous le poids de celle formidable vérité, une naluretle et invincible conviction nous force à la reconnaître-devant ce tribunal intérieur qu'on ne peut ni décliner ni séduire. Je ne sais quelle voix douloureuse se prolonge à travers le gfètle et nous crie que nous sommes tombés; la souFFrance, le péché, la mort, nous en avertissent à chaque instant. Éternellement inexplicables à nous-mêmes dés que nous perdons de vue notre dégradation piimilive. elle seule répand quelque lumière sur notre être et nos destinées : noire crnne explique notre punition ; et l'homme, dit Pascal . est plus inconcevable sans ce mystère, que ce mystère n'est inconcevable à l'homme.
O homme , abaisse-toi donc : mortel coupable . hnmilie-toi, prosterne-loi, mets ton front dans la poudre; et remplis de les inconsolables gémissements <etle terre, royaume de désolation que Dieu t'a donné dans sa vengeance pour exil eipour tombeau : comme on assigne un vil domaine à un roi dépossédé! Hais, quedis-je? réjouis-toi plutôt, et chante avec la nouvelle Sion : Heureuse faute, qui a mérité d'avoir un si grand rédempteur! La religion te rend, et bien au-delà , ce que tu avais perdu : elle l'élève à une perfection qui te place autant au-desflus de» anges que les triomphes de la vertu sont au-dessus d'une innocence paisible et sans combats. Soutenu par la grâce divine, il n'est point de vicieux penchant que lu ne puisses surmonter. Qu'on cesse de me parler de nature corrompue : je ne vois plus, je ne veux plus voir que la nature réparée et resplendissante de gloire. La foi m'ouvre le ciel, éclaire
mon ignorance , flie mes inceriiludes, dissipe les sombres nuages qui environnaient ma raison , et la remplit d'nn torrent de lumières. A sa suite marche l'espérance, charme éternel de la vie, et l'aimable com|>agne de l'amour. Croire, espérer, aimer, voilà toute la religion. Aucun sacrifice ne coûte lors<)u'on est assuré du prix ; tous les devoirs sont doux à celui qui aime. Aimez, et Faites ce que vous voudrez, disait un des Pères de l'Église : c'est qu'on n'a de volonté, quand on aime, que celle de l'objet aimé. 0 loi d'amour, loi sublime, toi adoralile., que n'obtieus-lu pas des vrais chrétiens ! A l'exemple de leur maître , ils passent dans le monde en faisant le bien. Une charité immense comme Dieu même, qui la leur inspire, anime toutes leurs actions , remplit toute leur pensée , Féconde tous leurs sentiments. Est-ce pour eux-mêmes qu'ils vivent, ou n'est-ce pas uniquement pour les autres ({u'ils existent? Voyez-les voler au secours de toute* les misères humaines ; voyez-les verser , comme le Samaritain , l'huile et le baume sur les plaies de leurs frères : rien ne les lasse , rien ne les rebute ; plus veus êtes inForlunés, plus vous leur êtes cbers. Leurs trésors sont le patrimoine de l'indigence ; leur temps, leurs soins, leur compassion , leurs larmes, appartiennent â tous ceux qui souffrent. Ltes-vous pauvre, malade, inflrme ; venez, ils vous soulageront. Votre cœur saigne-l-il de l'une de cm blessures secrètes que l'on s'efltirce de dérober à 11 dure pitié d'une philanthropie égoïste ; accourez , ils vous prodigueront des consolations inelTables qui adouoiront vos maux et vous les feront oublier. Pour eux il n'y a point d'ennemis . point d'étrangers; il n'y a que des hommes. Ave2-voug commis quelque faute; approchez, ne craignez point : leur bouche ne connaît pas le reproche insultant ; ils vous plaindront , ils pleureront avec vous , ils s'avoueront faibles comme vous, et vous montreront , avec le souris de l'espérance sur le.s lèvres, le commun libérateur. Bons pères , bons fils . bons époux , amis sûrs , sujets fidèles , quelle vertu n'est pas la leur? El pourtant, loin d'être épris de leur propre excellence , ils gémissent incessamment sur leur indignité, se regardent comme des serviteurs inutiles . et n'attendent leur récompense que de la gratuite miséricorde de l'Être inHniment bon qui la leur a promise. Détachés des biens terrestres, ils n'aspirent qu'à la céleste patrie où le Sauveur les a précédés. Honneurs, plaisirs, richesses, rien de ce qui est du monde ne les touche; ils n'en aiment, ils n'en désirent qucles tribulations et les croix. Les larmes sont leur joie , les butnilialions leur gloire , les souffrances leur lit de repos. Frappez-les sur la joue droite, ils vous présenteront aussitôt la gauche; eulerei leur habit, ils vous abandonneront encore
SUR LA PRIÈRE
leur manteau. Persécutez-les , emprisonnez-les, arrachez-leur la Yle dans d'effroyables tortures , ils prieront pour tous le Dieu qui pardonne , et leurs douces paroles seront des paroles de bénédic-
tion.
Je m^arrète i sont-ce des^ hommes que j'ai peints?
non, ce sont des disciples de Jésus-Christ. {)ue celui qui n'aperçoit dans la religion qu'une hivention humaine se lève maintenant et dise : J'aurais créé cette doctrine, j'aurais changé la nature de l'homme, j'aurais inventé la foi, l'espérance et l'amour.
SUR LA PRIERE
Feiiiez ei priez afin que vous n'entriez point en tentation (1). La vigilance, qui tient nos yeux ouverts sur les pièges que nous tendent les ennemis de notre salut , nous empêche d'y tomber aveuglément ; et la prière prévient la tentation elle-même , ou nous donne la force de la vaincre , en armant Dieu pour nous. Prier , c'est s'humilier ; prier , c'est aimer : les deux actes les plus excellents de la vie chrétienne. Aussi , qui ne se sent meilleur après avoir prié; qui ne trouve en sol plus de courage, plu» de foi , plus d'espérance , plus de vigueur , ]4as de paix? La prière renouvelle tout l'homme , el Tunit au Dieu qu'il prie ; elle attire l'abondance de ses grâces dans l'âme qui se dilate en quelque sorte pour les recevoir. Et c'est pourquoi les apôtres disaient à Jésus-(lhrist : Enseignez-nous à prier (ï) . Enseignezr-nous : eh quoi ! est-ce donc une chose qui s'enseigne? Oui , et , de plus , c'est une chose que Dieu seul peut enseigner. Comment le prier , si on ne le connaît ? et comment le connaître , s'il ne le révèle lui-même à nous ? Gomment encore conaaltre nos besoins, nos misères, nos plaies secrètes. Il corruption de notre nature, et la nécessité d'un réparateur ; conmient nous connaître nous-mêmes, et ce qu'il nous est utile de demander, si Dieu o'édaire nos ténèbres , et s'il ne forme en nous des désirs dignes de lui et salutaires à notre âme? Redisons-le donc avec les apôtres : Enseignez-nous à prier. Enseignez-nous , ô mon Dieu ! à nous abaisser en votre présence , afin de nous élever jusqu'à vous. Enseignez-nous à vous exposer notre indigence, afin que vous la soulagiez ; nos maladies, nos langueurs, afin que vous les guérissiez. Enseignez-nous à gémir de nos fautes journalières, afin que vous les pardonniez. Enseignez-nous à vous
* Cemorcean et let troU tulvanU sont extraits de l^BtMiothéçtêf det Damês chrétiennes, où Ils serTent de préface au Paroisfêen complet, à la Doctrine chrétienne tirée des Pères,
offrir nos peines et nos douleurs , afin que vous les consoliez. Enseignez-nous à désirer les véritables biens , votre grâce , le salut , le ciel , vous-même , afin qu'éternellement nous vous possédions.
Ne nous abusons point sur ce que nous sommes. Créatures tombées , notre impuissance est extrême comme notre dénuement. De nous-mêmes nous ne pouvons rien , pas même prier. Et qui nous l'apprend ? L'apôtre même qui nous dit : Priez sans cesse (5).
0 grand Paul ! que ferai-je donc pour accomplir ce précepte ? Développez-moi ce profond mystère. Je crois , car je sais que vous ne parlez point de vous-même , et que c'est Jésus-Christ , la. sagesse de Dieu, qui vous inspire. Je crois, mais mon esprit s'abîme dans ces apparentes contradictions. N'en trouverai-je point quelque part le dénouement dans vos écrits? Lisons, cherchons, ne nous lassons point. L'Esprit aide notre infirmité : car nous ne aavons point demander comme H faut; mais l'Esprit lui-même demande pour nous avec des gémissements ineffables. Et celui qui scrute les cœurs sait ce que désire l'Esprit y parce qu'il demande selon Dieu pour les saints (4). 11 suffit , tout est éclairci. Je comprends que , comme le Verbe est notre lumière , l'Esprit est notre amour et le principe de tous les mouvements qui nous portent vers le Père. Je comprends qu'aucune prière ne pénètre jusqu'à Dieu , n'est écoulée de Dieu , si Dieu lui-même n'en est le fonds, c'est-à-dire si elle n'est animée de sa vérité et de son amour : et dès-lors je comprends qu'il faut que cet amour infini , ou l'Esprit même de Dieu , la forme en nous , et qu'il nous suggère (i>) ce que nous devons demander par Jésus-Christ , par le Verbe , par la soii-
aux Confessions de saint Juguslin, et à la Journée du chrétien. (1) Matth, XXVI, 40— (2} Luc., XI, 1 —{Z)Iad Thessai., V, 17 . (4; Epist. ad Rom., Vlll, 26, 27.— ;5) Joan., XIV» 2fi.
SUR LA PRIÈRE
veraine vérité : car nui ne va au Père que par ie FUS (1). Et de là l'efficacité de la prière : efficacité si grande y que nous n'en pouvons avoir d'idée. Quand nous prions , c'est Jésus-Christ qui prie avec nous ; c'est l'Esprit saint qui prie en nous. Or, que peut le Père céleste refuser à son Fils , et à l'Esprit qui l'unit à lui? Notre prière, lorsqu'elle est pure et détachée de tout désir des choses périssables , c'est le désir de Dieu même ; elle se confond en quelque sorte avec sa volonté toute-puissante : et, si quelquefois il arrive qu'elle ne soit pas exaucée , ou qu'elle paraisse ne point l'être , ce n'est pas que Dieu l'ait repoussée; c'est que nous avons nous-mêmes repoussé la grâce , et que notre volonté criminelle a , pour ainsi dire , fait violence à la volonté divine.
Mais ce n'est pas assez de considérer la prière comme un moyen d'obtenir de Dieu ce que lui seul peut nous donner; il faut encore concevoir qu'elle forme une partie essentielle du culte qu'il exige de nous. Elle est un témoignage de notre dépendance, et par conséquent une déclaration solennelle de sa suprême souveraineté. Nous lui devons l'hommage entier de notre être; notre intelligence , notre cœur, doivent sans cesse remonter vers lui , et ne s'arrêter qu'en lui. Or, la foi est l'hommage de l'intelligence, et l'amour est l'hommage du cœur; et l'amour et la foi sont toute la prière , puisqu'on ne désire que ce qu'on aime , et qu'on ne demande , qu'on n'espère que ce qu'on croit.
Et ici nous sommes ramenés à la doctrine de saint Paul. Car par qui croyons-nous, si ce n'est par Jésus-Christ , auteur et consommateur de notre foi (2) ; par le Verbe , qui éclaire tout homme venant en ce monde (5) ; et par qui aimons-nous si ce n'est par Tamour même de Dieu, répandu dans nos cœurs par l'Esprit saint qui nous a été donné (4)? Ainsi notre adoration , qui a son principe dans la Trinité elle-même , devient infinie comme Dieu , et le culte du Seigneur reçoit sa propre consommation (ÎS).
Ne nous étonnons donc pas que l'Église attache tant d'importance à la prière ; qu'à des jours fixés elle convoque tous les fidèles pour prier. Cette épouse immortelle du Roi des rois se sent perpétuellement comme pressée d'élever la voix vers son céleste époux; elle appelle ses enfants pour le louer,
(I) Joan., XIV, 6.— (2) EpM. ad Hebr., XII, 2— (3) Joaii-, I, a (4J EptiLadRom., V, 6.— (5) Il PartUip. , XXIX, 35.
le bénir, pour chanter ses grandeurs et tes miséricordes. Tantôt elle gémit comme la colombe, parce qu'elle voyage en une terre d'exil , privée pour un temps de la présence de bien-aimé qui a blessé son cœur (6) ; tantôt elle tressaille de joie , parce qu'elle découvre sur la montagne les pieds de celui qui annonce la paix (7) ; tantôt elle pousse des cris de douleur à l'aspect de ses souffrances , tantôt elle éclate d'allégresse à la vue de sa gloire qu'elle doit partager. Et puis elle s'inquiète de ses enfants : elle les compte , si on l'ose dire , avec anxiété, dans la crainte que quelques-uns ne se soient égarés ; elle pleure sur ceux qui manquent, elle intercède pour tous , et sa tendresse ne cesse de solliciter, en foveur même des plus coupables, la pitié et l'amour de leur Père.
Mais voici quelque chose de plus merveilleux encore : ces louanges , ces plaintes , ces désirs , ces joies, tous les sentiments qui animent l'épouse « c'est l'époux qui les lui inspire , et leur expression même est de lui. Admirable condescendance de notre Dieu! il nous a tout donné, tout, jusqu'aux prières mêmes que nous devons lui adresser. II a daigné parler notre langage pour le rendre digne de lui ; ou plutôt il a mis le sien à la portée de ses créatures, pour rétablir entre elles et lui , par cette parole divine , une éternelle société. Et nous , misérables mortels , nous dédaignerons cette parole puissante , cette parole féconde , cette parole qui crée les saints comme elle a créé l'univers; nous nous lasserons de parler à Dieu la langue de Dieu !
Chrétiens qui lisez ceci, nous attendons de vous de meilleures choses, et plus voisines du salut j encore que nous parlions ainsi (8) En vous offrant le livre qui coutient cette parole divine , le livre de l'Église , le recueil précieux des prières qu'elle adresse pour vous au Seigneur, nous avons cette confiance en Jésus-Christ, que vous le recevrez avec respect , car ce n'est pas un don de l'homme ; et le méditerez avec amour , car l'amour seul vous le rendra profitable. Prenez et goûtez combien le Seigneur est doux (9). Mangez, ô mes amis ! butez, enivrez-vous, mes bien-aimés (10); enivrezvous d'amour, de cet amour pur qui ravit le cœur du chrétien, et commence dès ici-bas son immor^ telle béatitude !
(6) Canl., IV, 9.— (7) Nahum., 1, 15.-i8) EpM.adH«br.,lV,^ (9) Pi. XXXUI,9.-<I0) Cant, V, 1.