‹ Œuvres complètes de F. de La Mennais (volume 2)Chapitre 22 sur 226 · SUR LES PERES DE L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

SUR LES PERES DE L'ÉGLISE

li n'est personne qui n'ait entendu parler des Pères de l'Eglise : la chaire retentit de leurs noms ; k$ chrétiens sont, dès l'enfonce, habitués à les référer. D'où Tient donc qu'on les lit si peu ? Est-ce qu'ils manquent des qualités qui rendent l'instruction tout ensemble et solide et attachante? Non; sous ces deux rapports, ils n'ont point été surpassés : mais la plupart de leurs ouvrages , ou ne sont pas traduits, ou le sont mal ; quelques-uns traitent de questioos importantes à l'époque où elles étaient agitées, mais aigourd'huide très-peu d'intérêt pour in simples fidèles , que rien n'oblige à faire une étude particulière de la théologie. D'ailleurs , les grands écri?ains religieux qui ont paru dans les derniers siècles, nourris de la lecture des Pères, ont reproduit sous de nouvelles formes les beautés de tout genre qu'on admire dans leurs écrits. On a dè«-lors négligé de recourir à la source même, et c'est un malheur ; car cette source, aussi pure que féconde, est loin d'élre épuisée.

On a donc cru faire une chose utile en choisissant dans les Pères une suite de morceaux qui formassent comme un cours abrégé de doctrine et de morale chrétienne. Ces morceaux, traduits avec soin, donneront une légère idée du mérite propre aux ouvrages d'où ils sont tirés; et peut-être qu'en les comparant aux passages de Bossuet même et de Fénélon qu'on y a joints, on reconnaîtra que nonseulement ils ne sont pas effacés par ce redoutable Toisinage, mais que , pour la justesse et la force du raisonnement, l'élévation des pensées, la chaleur des mouvements, l'heureuse abondance des images, les Pères n'ont rien à envier à leurs successeurs , et qu'on pourrait quelquefois, en lisant ceux-ci, regretter une certaine simplicité mâle et naïve, une vi- ^ goeur entraînante , un naturel exquis , en un mot je ne sais quelle fleur virginale de christianisme qui semble n'appartenir qu'aux premiers siècles de la religion.

Les Pères vivaient à l'époque de la décadence des leUres; et cette décadence, qu'ils retardèrent seuls, est à peine sensible dans les ouvrages de plusieurs d'entre eux. Un goût délicat peut sans doute y découvrir quelques taches, ce qui n'empêche pas qu'ils

ne soutiennent avantageusement le parallèle avec les chefîs-d'œuvre de l'antiquité profane ; et, si l'on veut juger delà puissance de la parole par ses effets, c'était certes une belle éloquence que celle qui a sauvé le monde.

Deux caractères surtout la distinguent : une tendresse pénétrante qu'on a nommée onction, et une foi vive qui se communique, et triomphe de toutes les résistances de l'esprit. On est persuadé, entraîné par la conviction de l'écrivain et par le désir de convaincre que l'on sent dans tous ses discours. Ce n'est pas un rhéteur qui disserte pour éblouir; c'est un ami qui vous entretient avec une émotion profonde de vos plus grands intérêts, et dont le bonheur serait d'assurer le vôtre. Ce qu'il dit remue le cœur, parce qu'il part du cœur. Sa voix a des accents qui étonnent l'âme et qui la ravissent , une grâce attirante, une douceur dont le charme céleste peut à peine se comprendre, et ne saurait être peint. Que voyez-vous presque toujours dans les orateurs que l'antiquité nous vante? l'orgueil s'efforcent de vaincre et de se soumettre les esprits. Ici c'est un homme qui s'abaisse , qui s'humilie , qui prie , qui conjure; et pour qui? pour ceux mêmes à qui s'adressent ces pressantes supplications, content d'être oublié pourvu qu'il les sauve. On ne connaissait, avant le christianisme, rien de semblable. Considérez ces sublimes docteurs d'une religion sublime : Dieu est le fond de toutes leurs pensées et de tous leurs sentiments. Plongés dans son immense lumière et dans son amour immense, leur parole ardente, et néanmoins calme, éclaire à la fois et féconde comme celle du Créateur. Tous les secrets du temps et de l'éternité leur sont connus. Ils dévoilent l'homme à l'homme, en l'élevant jusque dans le scinde l'Être de qui émanent tous les êtres. Ils développent à ses yeux les lois de sa nature, ses devoirs, ses des* tinées ; ils lui expliquent ce que jamais il ne comprendrait de lui-même , sa grandeur, sa bassesse, les contradictions mystérieuses de son esprit et de son cœur , la cause de ses maux et leur remède. Que les philosophes, près d'eux, sont petits ! que leur sagesse est vaine ! Qu'il y a loin des disciples de Socrate et de Zenon aux disciples de Jésus-Christ !

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