TOME II
vous assiègent tellement qu'à peine pouvez -vous avoir une autre pensée; et trop de gens croient de leur intérêt que vous restiez , vous et les vôtres , privés de la lumière à l'aide de laquelle vous parviendriez à vous affranchir de leur dépendance, pour ne pas vous en rendre, autant qu'il est en eux, la source inaccessible.
Cependant votre devoir subsiste dans les limites où il vous est possible de l'accomplir ; et , avec une volonté ferme, peu d'obstacles sont insurmontables. Il y a une grande puissance dans la conscience du devoir.
Pères , mères , tels sont ceux que Dieu vous impose envers vos enfants. Enfants, apprenez aussi quels sont les vôtres envers vos parents; car vous ne serez heureux et bénis qu'en y restant fidèles.
Honorez , aimez le père qui vous a transmis sa vie , la mère qui vous a nourris dans son sein et allaité de ses mamelles. Y a-t-il un être plus maudit que celui qui brise le lien d'amour et de respect établi par Dieu même entre lui et ceux desquels il tient le jour?
Vous êtes à vos parents un grand sujet de soucis. N'ont-ils pas sans cesse devant les yeux vos besoins de toute sorte, et ne faut-il pas qu'ils fatiguent sans cesse afin d'y subvenir ? Le jour, ils travaillent pour vous ; et la nuit encore , pendant que vous reposez, souvent ils veillent pour n'avoir pas le lendemain à vous répondre, quand vous leur demanderez du pain : <( Attendez, il n'y en a pas. »
Si vous ne pouvez maintenant partager leur tâche, efforcez -vous au moins de la leur rendre moins rude par le soin que vous prendrez de leur complaire, et de les aider, selon votre âge, avec une tendresse toute filiale.
Vous manquez d'expérience et de raison : il est donc nécessaire que vous soyez guidés par leur raison et leur expérience ; et ainsi , selon l'ordre naturel et la volonté de Dieu, vous devez leur obéir, prêter à leurs conseils , à leurs enseignements, une oreille docile. Les petits même des animaux n'écoulent - ils pas leur père et Idir mère , et ne leur obéissent-ils pas à Tinstant lorsqu'ils les appellent, ou les reprennent , ou les avertissent de ce qui leur nuirait? Faites par devoir ce qu'ils font par instinct.
Dieu vous a-t-il donné des frères, des sœurs : que rien n'altère jamais la paix entre vous ni l'affection que vous vous devez mutuellement. Vous êtes sortis des mêmes entrailles, et le même lait vous a nourris : est-il un lien plus fort et plus sacré que celui-là ? Faites en sorte que les années le resserrent toujours davantage. Notre sentier sur la terre est difficile et rude : pour y marcher avec assurance , pour n'y point trébucher à chaque pas , appuyezvous les uns sur les autres.
ÇiM
LE l,l\H£ nu PEUPLE.
Plusieurs se penicnt par un choix léger de leurs amis et dv leurs compagnons : ne vous liez qu'arec ceux qui marcfaent lians la roule du Lien , dont la conduite est irréprochable, Les autres hicntôl tous pervertira ienl par leurs discours et par leurs exem pies; ils flélriraient eu tous cette délicate fleur d'innocence qui répand sur le jeune âge comme un doux parfum.
On se laisse aisément aller à ce qui flallc, aux pencfaanls que l'on doit sans cesse comtiadrc cl réprimer; mais après la Faute Tient l'amer regret, et le remords et la prine. Çluand tou« aTcz fait le mal, ne senlGZ-Tous pas un secret malaise et une grande tristesse en Tous-mÈraes' Le désordre engendre la souffrance , et il ; a toujours une douleur cachée au fond de chaque joie mauvaise. Le calme, an contraire, la sérénité, l'inaltérable contentement, sont le partage de la ccmseience pure. Elle ressemble au passereau, qui repose doucement sur son nid lorsqu'au dehors la tempête secoue et brise les eimes de la Fora.
II Tient un temps où la Tie décline , où le corps s'affaiblit, les forces s'éteignent : cnfents, tous dcTcf alors à ros tIcux parents les soins que tous rcçdles d'eux dans vos premières années, ^i délaisse son père et sa mère en leurs nécessités, qui démettre sec et froid à la Tiie de leurs soufFrances fit de leur dénAmenl , je vous le dis en ïérité , son Som est écrit au Livre du souverain Juge parmi ceux des parricides.
Et retenez bien cette dernière parole, vous tous, pères , mères, frères, sœurs ; s'il est sur la terre de vraies joies, un bonheur réel, ce bonheur, ces joies se trouvent au sein d'une famille bien ordonnée , dont le devoir unit étroitement les membres; carie [Mtnhcur ici-bas ne consiste point dans la jouissance ininterrompue de ce que les hommes appellent des biens, mais dans le mutuel amour, qui adoucit les maux inséparables de notre existence présente, et les mélange de je ne sais quelle lointaine émanation d'une félicité future mystérieuse.
L'état social , naturel i l'homme, établit entre les familles des relations d'oii naît un nouvel ordre de devoirs, les devoirs envers la patrie.
La patrie, c'est la commune mère, l'unilé dans laquelle se pénètrent et se confondent les individus isolés ; c'est le nom sacré qui exprime la fusion volontaire de tous les intérêts en un seul intérêt , de toutes les vies en une seule vie perpétuellement durable.
Et cette fusion, source féconde d'inépuisables
biens , principe d^n progrès contimi impoeftle sans elle ; cette fusion , dont l'effet est d'accroître indéfiniment la force de conservation et la puissante de développement, l'énergie producti»e, la sécurité, la prospérité , comment s'opère-t-<lle ? Par le dé- Touement de chacun à tous, le sacrifice de s<ri, par l'amour enfin, qui, étouffant l'abject égoisme, accomplit la parfaite union des membres du corps social.
Or, TOUS le saveï déjà, la vraie sociélé, fondée sur l'égalité naturelle, n'est, par son essence, d ne doit être de fait , que l'organisation de la fralemilé. Toute autre institution politique, quelle qu'en toit la forme, renferme quelque chose de Funeste et d'illégitime ; d'illégilime, car nécessairement HIe viole des droits imprescriptibles ; de funeste, psrce qu'en les violant elle attaque la base même de Por^ dre , et provoque ainsi des luttes intestines, dn Ijuerrcs terribles , que rien n'empêchera d'éctittr lAi ou lard.
Votre premier devoir envers la patrie est donc île travailler, avec un zèle qui jamais ne se laue, i établir dans son entière intégrité le graud et salulwK principe de l'égalité absolue des droits , d'où énincnt toutes les Iit>erié8 publiques et privén; de combattre sans relâche le pritilége , jusqu'à ce tfU TOUS l'ayez complètement vaincu.
SoulÂ-ir qu'on porte atteinte à la seule légitime souTcraineté , celle du peuple, que l'on en suspende l'exercice, que la domination se substitue » l'asso- (■ialion libre ; se courber devant un mailre, c'est trahir la sainte cause du droit et de l'humanité, c'cit renier le nom même de patrie. L'étable oit mangoil et dormenl les bêtes de service n'est pas une pairie.
Si, à quelque titre que ce soit, tuns perineUei qu'entre les membres essentiellement égaux de 11 communauté on crée des catégorie-s, des cla»n mTcslies de certaines prérogalives à l'exclusion du reste dti peuple , vous sanctionnez la crimindle usurpation de pouToir en vertu de Ia<|uelle on s'arroge le droit d'établir de semblables catégories, vous sacrifiez lâchement votre propre droit et celui <te vos frères , vous renoncez pour eux et pour vous i ta qualité d'homme, vous vous agenouillez , sur lei ruines de la vraie société , aux pieds de la ifranoie-
Quelest le but de l'association entre les f^millct primitivement indépendantes? une plus forte garantie de l'égalilé et de la liberté, le règne mieni assuré de la justice, un accroissement de bien-être par l'organisation du trsTail commun , par k développement de ta puissance indéfinie de connaître et d'agir dont Phumanité contient le germe. Or, qae faut-il pour cela? de bonnes lois. Voulez-vous donc saToir ce que sont les lois , regardez qui tes fïil. Si elles sont faites par quelques-uns, elles le seront uni-
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quement ou presque uniquement pour leur avantage; si par tous, elles seront iailes pour le bien de tous, selon les principes éternels, les sympathies élevées et fécondes , les sacrés intérêts d*oii émane rinslitulion sociale. N'ayez donc point de repos que tous ne coopèrent à la confection des lois par le choix de ceux qui font les lois.
Alors vous cesserez d*ètre exclus de la gestion des affaires communes, d*ètre livrés san^ aucune défense à ceux qui maintenant vous exploitent ; on ne vous chassera plus des assemblées où Ton traite de vous, où Ton délibère sur les choses d'où dépend voire existence même , comme on chasse d'une réunion d'hommes un vil animal qui s'y est introduit fur(i- TemenC ; vous ne formerez plus une caste politiquement proscrite ; alors vous aurez vraiment une l>atrie.
Et la patrie , au sein de laquelle se fondent les familles diverses, doit être, dans votre amour, audessus de chacune d'elles ; sans quoi vous rompez le lien qui les unit toutes, vous subordonnez le corps entier à l'un de ses membres, vous détruisez, autant qu'il est en vous, la société, en la ramenant sous l'influence de l'égoisme , qui en ébranle la base.
A la patrie donc tout ce que vous êtes et tout ce que vous avez , votre cœur , vos bras , vos veilles , et vos biens et voire vie. Qui hésite à mourir pour elle, celui-là est infâme à jamais.
Toutefois, souvenez-vous bien qu'à la patrie ellemême vous devez préférer Thumanité ; car les peuples ont entre eux les mêmes relations que les familles entre elles , et sont soumis aux mêmes de- Tolrs. Le genre humain est un par essence, et l'ordre parfait n'existera , et les maux qui désolent la terre ne disparaîtront entièrement , que lorsque les nations, renversant les funestes barrières qui les séparent, ne formeront plus qu'une grande et unique société.
Le patriotisme exclusif, qui n'est que l'égoYsme des peuples, n'a pas de moins fatales conséquences que l'égoisme individuel : il isole , il divise les habitants des pays divers , les excite à se nuire au lieu de s'aider ; il est le père de ce monstre horrible et sanglant qu'on appelle la guerre.
Quoi de plus opposé à la nature et à ses lois que le nom d'étranger ? Ne sommes-nous pas tous frères? et comment le frère serait-il étranger au frère?
Chaque peuple doit aux autres peuples justice et charité ; il doit , et respecter leurs droits , et au besoin leur prêter secours , soit pour les défendre si on les attaque , soit pour les reconquérir s'ils en ont été dépouillés. Leurs destinées sont solidaires. Le peuple qui souffre près de soi Toppression d'un autre peuple, creuse la fosse où s'ensevelira sa propre liberté.
Employez donc tous vos efforts pour unir toujours
plus les nations entre elles, pour détruire peu à peu les préjugés qui maintiennent leur séparation. Chacune d'elles, suivant son génie, le lieu, le climat qu'elle habite , a sa fonction particulière , que la Providence lui assigne pour le perfectionnement progressif de l'humanité. Loin de lui créer des eur traves , toutes la doivent seconder , car elle travaille pour toutes en travaUlant pour soi. Aucune ne saurait se suffire ; elles subsistent et se développent par l'assistance qu'elles se prêtent mutuellement. Il n'est pas vrai, comme le répètent ceux qui les trompent pour les asservir , qu'elles aient des intérêts opposés : ils ne le sont qu'accidentellement , par une suite du désordre apporté dans leurs relations naturelles. Rétablissez ces relations ; le bien de l'une est le bien de l'autre , comme , en une famille ordonnée ainsi qu'elle doit l'être , le bien d'un de ses membres est le bien' de tous , sa prospérité leur prospérité.
Lorsque les pluies viennent à tomber dans le pays où le Nil prend sa source , le fleuve grossit et monte , et couvre de proche en proche la vallée qu'il féconde. Pour que ses fertiles eaux arrivent aux terres les plus éloignées , ne faut-il pas qu'il arrose d'abord celles qui touchent ses rives?
L'égoYsme subsistera toujours sous une forme ou une autre forme ; le progrès, arrêté dans toutes ses voies , ne pourra pas même être conçu , faute d'un but final , tant qu'au-dessus de tous les intérêts et de personnes et de nations on n*aura point placé les sacrés intérêts de l'humanité entière. Notre amour, comme notre dévouement , aveugle , caduc, imparfait, s'égare et défaille à chaque instant si le genre humain n'en estle terme. Indivi<jus, familles, peuples, qu'est-ce sinon des parties d'un tout , hors duquel elles n*ont aucune raison d'être? Unité dernière et complète , en laquelle se coordonnent tous les. rapports, se concentrent tous les droits, s^barmonisent tons les devoirs, il est l'homme même daus la plénitiâde de son être impé-* rissable.
L'ensemble des devoirs d'où découle la vie , et des ^vérité*» qui sont le fondement éternel de ces devoirs , forme ce qu'on appelle la religion , lien non-seulement des hommes entre eux, mais de toutes les créatures entre elles.
Ainsi, nier la religion c'est nier le devoir; et , puisqu*il existe de vrais devoirs , il existe une vraie religion ; et , puisque les devoirs sont par leur essence invariables et universels , la religion aussi est par son essence invariable et universelle.
Pour remplir les devoirs, il faut y croire, et par
Si»
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conséquent croire aux vérilés sur leiquelles ils reposent. La religion impli<iue tlonc la foi comme »a hase première , comme l'indispensable condition de la vie morale , condition elle-mfnie de l'cxiglcncc ie la société el du genre humain.
Aussi le genre humain croil-il , en vertu de la nature mi^me , primitivement , nécessairement,
II croit en une Cause suprême, créatrice , infinie; et le nom de Dieu , te nom trois fois saint du Père de l'univers, se retrouve en toute langue humaine. H croit A une Providence bienfaisante qui dirige loutcti choses, selon les loi» de l'éternelle sagesse el de l'amour Ëlernel, à une fin digne du Créditeur. Il croit que cette Providence veille spécialement •ur l'homme, l'êclaire, l'instruil , et le guide dans la voie qu'il doit suivre pour accomplir ses grandes et «ubliines destinées.
Il croit à l'essentielle dislincUon du bien et du mnl, à la liberté dont jouit'riiumme de chui»ir l'un et l'autre, cl, suivant le choix qu'il aura fait, à la récompense oti au cbdtiment inévitable de ses œuvres.
11 croit cnSn que , par delè cette courte et laborieuse existence terrestre , une autre existence plui pnrrajle s'ouvre devant l'homme , el se prolonge il l'infini dans les profondeurs de l'éteroelle durée.
Croyez ce que croit le genre humain.
Sans ces croyances, que serait le devoir? eommcnl te coneevrait-on? Le devoir, n'est-ce pas ce qui unil'.' et qu'esl-ceque l'union, si ce n'est la commune tendance vers un centre commun ? et ce centre commun de tous les êtres, qu'est-ce sinon l'Etre intlni rigoureusement un , de qui tout sort , à qui tout revient , qui produit , conserve el vivifie tout? qu'est-ce sinon Dieu?
Uollieur donc , malheur à l'athée ! Dans sa faim , dans sa soif, il appelle l'aliment, le lait qui nourrit toutes les eréatui»8 , « , au milieu du vide ténébreux où il s'est plongé , U ne saisit et ne presse que la sèche mamelle de la mort.
Tendre vers Dieu, c'est aspirer à s'unir à lui , et en lui à tous les êtres qui tendent également vers lui; c'est aspirer au souverain bien, à la souveraine perfection, el travailler dès-lors à se perfectionner sans cesse.
Tel est aussi le fondement de la doctrine du Christ : « Soyez parfaite comme votre Père céleste •I est parfait. j>
Qu'est-ce à dire? L'homme peut-il donc atteindre à l'infime perfection de Dieu ? Pion ; mais il doit s'en rapprocher toujours et toujours plus, autant qu'il est en sa puissance. Et ainsi ses efforts ont un but, et il connaît ce but; et sa vie , comme la >jc dji genre humain , n'est , selon la loi qui doit
en régler l'emploi, ea diriger le développentH, i qu'une perpétuelle ascension vers le principe permanent de toute vie , une croissance perpétuelle en Dieu.
Mulle union possible sans l'amour , car l'amoar est l'éuergie même qui accompht l'union. Vous aimerez donc le Seigneur votre Dieu de tout voirt esprit , de tonte votre âme et de toutes vos fori». VttiU le (xemier et le plus grand commandement.
Le second en dérive et lui est semblable : Vogi aimerez votre prochain comme vous-même.
Qui n'aime pas Dieu par-dessus toutes çhotn n'aime (]ue soi , car il n'a plus , ne peut plus aïoir d'autre liul , d'autre terme , que soi.
Qui n'aime pas le prochain comme sm-mbDC n'aime pas Dieu cl ne saurait l'aimer, car en Dieu tout se fond par l'amour dans la parfaite unité d( son être. i
Ur, aimer Dieu c'est le désirer; et la prière ot le désir de l'âme , le mouvemenl qui la porle m l'objet qu'elle aime, qu'elle aspire à posséder, qn'dl appelle â soi. Ainsi la prière , expressioa de l'uMM^ en est ioséfiarable.
Aimer Dieu, c'est encore se donner i loi, Il plonger ta lui, s'oublier, en un rcrtain *eiu, te détacher de soi-même , pour n'être plus qu'un int lui ; c'est vouloir ce qu'd veut et uniquement ce qu'il veut , par l'entier sacrifiée de sa propre volonté ea ce qui ne serait pas conforme à ta sienne ; et ce sacrifice de nous-mêmes , cet acte par lequel, reconnaissant el SB sag^esse, et sa justice, et sa boule suprême, nous protestons intérieurement que now ne sommes rien el qu'il est tout, forme l'estenct da culte que lui doivent ses créatures intelligenlts, l'adoration en esprit et en vérité.
Et l'amour du prochain, n'est-ce pas aussi le dévouement, le sacrifice? sacrifice Tolonlaire plein d'ineffables joies; car on vit par l'amour en cdui qu'on aime, et celte transfusion de vie, qui rend loules les soulfrances communes et tous les bient communs , dilate incessamment notre être , et teu! ainsi à faire de lous les hommes comme un stul homme, divinisé, en quelque manière, par son union toujours croissante , toujours plus inlime, avec Dieu.
El, pour que celte union s'accomplisse. Dieu luimême aide l'homme et se prodigue à lui . par une continuelle efi'usion de sa puissance, de sa lumière el de son amour, qui deviennent l'amour, la lumière , la puissance de l'homme ; car il ue peut rien sans Dieu.
Ne confondez point la religion, essentielleineot une el invariable, avec les diverses formes eilél'ieures i]u'elle revêt. Celles-ci, imparfaites, infirmes, vieillissent et paweat; œuvre de l'homme, dles
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meurent comme lui. I^e temps use Tenveloppe du principe divin, mais il n'use point le principe divin. Quand le corps dans lequel il s'était incarné se dissout et tombe en poussière , il s*en forme luimême un nouveau plus parfait , dont le précédent contenait le germe.
Vous êtes nés chrétiens , bénissez-en Dieu. Ou il n'est point de vraie religion , de lien qui unisse les hommes entre eux et avec FAuteur éternel des choses, ou le christianisme , religion de l'amour, de la fraternité, de Tégalité, d'où dérive le devoir comme le droit, est la vraie religion. Comparez aui autres nations les nations chrétiennes, et voyez ce que lui doit l'humanité : la progressive abolition de l'esclavage et du servage , le développement du sens moral et l'influence de ce développement sur les mœurs et les lois de plus en plus empreintes d'un esprit de douceur et d'équité inconnu auparavant; les merveilleuses conquêtes de l'homme sur la nature, fruit de la science et des applications de la science ; l'accroissement du bien-être public et individuel ; en un mot , l'ensemble des biens qui élèvent notre civilisation si fort au-dessus de la civilisation antique et de celle des peuples que l'Évangile n'a point encore éclairés.
A ces biens innombrables se sont sans doute mêlés beaucoup de maux ; mais les biens viennent du christianisme , ils en découlent directement ; et les maux viennent de ceux qui ont faussé la doctrine du Maître ou violé ses préceptes saints ; ils viennent de l'inévitable imperfection des formes externes, soumises à l'action des hommes et aux nécessités des temps ; de ce que les premiers , rattachant leurs intérêts terrestres à ces formes variables dépendantes d'eux à divers égards , ils les ont peu à peu identifiées au fonds même du christianisme, subordonnant au corps, qui change et périt, l'âme immuable et impérissable.
Je vous le dis , ce désordre ne saurait désormais durer , il touche à sa fin ; et le christianisme , enseveli sous l'enveloppe matérielle qui le recouvre comme un suaire , reparaîtra dans la splendeur de sa vie perpétuellement jeune.
Séparé de l'œuvre mortelle avec laquelle on l'a confondu , il est la loi première et dernière de l'humanité ; car au delà de Dieu il n'est rien qu'on puisse proposer pour terme à l'homme; car nulle autre voie pour aller a Dieu, nul autre moyen de s'unir à lui que l'amour ; car ce grand commandement de l'amour ne sera jamais épuisé, ni sur la terre , où il doit former de tous les individus , de toutes les familles, de tous les peuples, une seule unité, celle du genre humain ; ni au ciel, où doit s*accomplir par lui l'union de plus en plus parfaite des créatures et du Créateur.
Et ainsi ce que disait le Christ est vrai encore , le sera toujours : « Venez à moi, vous tous qui portez (( avec douleur le poids du travail , et je vous rani- (( merai. »
Et un jour tous viendront à lui , et ce jour n'est pas loin ; déjà il tressaille dans le sein de l'avenir. Maintenant nous marchons comme à la lueur d'un faible crépuscule ; au radieux lever de l'astre, le monde , inondé de sa lumière et sentant renaître en soi , avec l'espérance , et la foi et l'amour, le saluera de ses chants d'allégresse.
Ne l'oubliez jamais , nulle société, nulle vie sans le devoir ; et la religion n'est dans ses préceptes que le devoir même, et dans ses doctrines que l'ensemble des vérités qui forment la base immuable, éternelle, du devoir.
Celui qui se déclare sans religion se déclare donc en dehors du devoir, en dehors des sentiments, des croyances unanimes, de l'universel instinct; il nie Tintelligence et la conscience humaine, sa nature et les lois de sa nature : il nie la société , il se nie luimême; car sans la société comment subsisterait-il? que serait-il?
Si chaque homme ne devait rien aux autres hommes, les autres non plus ne lui devraient rien. Perpétuellement, radicalement en guerre avec eux, comme avec tous les êtres , il ofl^rirait , au sein de l'univers, l'effrayant assemblage d'une convoitise illimitée et d'une impuissance infinie.
Y a-t-il une misère égale à cette misère?
Le premier fruit du devoir , de l'exactitude à le remplir , est, au contraire, l'actuelle jouissance d'un bien au-i1essus de tous les biens , le calme intérieur, et la paix, et le doux contentement, et cette joie pure qui console l'âme des traverses de la vie , et la transporte et la dilate comme en un monde meilleur.
La vertu est d'abord sa propre récompense , et le vice engendre la punition qui le suit infailliblement. De combien de soucis, d*inquiéludes, de maux de toutes sortes , n'est-il pas la source ! Vites-vous jamais le méchant heureux? La richesse, le pouvoir, peuvent être son partage ; mais ni le pouvoir, ni la richesse , ne sont le bonheur ; et, si vous saviez ({uel- Irs plaies hideuses recouvrent d'ordinaire les vêtements d'or et de soie, si elles vous étaient soudain dévoilées, vous reculeriez d'épouvante.
Gardez- vous de juger sur les dehors. Certaines plantes vénéneuses croissent dans la pourriture; souvent elles brillent des plus vives couleurs : ou< vrez-Ies , qu'y a-t-il au dedans? une poudre infecte et noire.
LE LIVRE DU PEUI'Lg.
Dans la soctélé maUTaise et antichrélieane où vouit vivez, U ne sufBl pas toujours de régler ses actions sur la loi morale pour prospérer. L'obéistance à celte divine loi ne laisse pas aéanmoiDS de porter son fruit immédiat. Jetez les yeux prés de vous: regardezccdefamilledonl tous les membres, fidèles au devoir, ne s'en écartent en aucune chose; où le produit du travail commun, consacré à pourvoir flUK communs besoins , n'est jamais dissipé en honteux plaisirs ; où le père ne donne que de bons exemples; où la femme, occupée des soins doi liqufB , dévouée avec tendresse â son mari , à ses eufauls, est pour eux l'objet d'une tendresse cl d'un dévouement semblables: cette famille , sans doute , n'est point à l'abri de la pauvreté. Qui cependant ne préférerait son sort à celui d'une famille plus fovorisée de la fortune , mais en proie au désordre et à rinconduite; où les querelles intestines, la jalousie, la haine, naissent chaque jour, à chaque heure, de In violatioB des devoirs mutuels? I)n respecte cellelà, on se sent attiré vers elle [lar un sentiment affectueux et doux ; on méprise celle-ci , et on la fuit comme un Fuirait un reptile Immonde.
Oh < qui serait une seule fois descendu au fond du caur de l'homme de bien, de l'homme qu'anime l'uinour de Dieu et l'amour de ses frères, il y découvrirail de secrètes joies si vives, si pures, qu'il prendrait à dégoût toutes les autres joies.
Ainsi le premier eifet du devoir est de diminuer les maux de la vie, d'en adoucir l'amerhime, et d'y mt'lfrlout un ordi-eirielfalile de jouissances inconnues à ceux que les passions mauvaises dominent, ou ijue l'égolsme concentre en eux-mêmes. N'y eiltil que ce prix attaché à son accomplissement, ne serait-il pasasscï grand déjà?
Mais le devoir, rempli fidèlement, produit encore un autre elFet par le merveilleux enchaînement des lois qui constituent l'ordre : il réalise le droit. Peuple, c'est jiar lui, uniquement par lui, que tu parviendras à recouvrer ceux dont l'injustice t'a dépouillé. Qui de vous pourrait lutter seul contre la puissance des oppresseurs? lis le briseraient comme un vase d'argile. Pour les vaincre , il est nécessaire que vous soyez unis; et quelle union possible si l'amour n'en est le lien, si, pleinement soumis à la loi du devoir, chacun de vous, respirant ft vivant en ses frères , n'est prêt à se dévouer , A
Vous avez d'al>ord à reconquérir votre dignité d'homme, le libre exercice de votre inaliénable souveraineté. Or, pour cela que faut-il ?Une volonté commune et nn effort commun , c'est-i-dirc la conscience du droit d'autrui comme de son droit propre , la fusion parfaite des intérêts en un seul intérêt. Autrement ce ne serait pas le droit , ce se-
rait un privilège qu'on r^Iameratt , et l'on amit dès-lors contre soi , et ceux qui repoussent le privilège, et ceux qui déjà jouissent du privilège. '
Si donc vous n'aimex vos frères comme vousmêmes , nulle espérance d'altranchissemcnt ; rèagnez-vous à servir toifjours : vons n'avez à alteiulrt que cela.
Que ai chacun de vous , au contraire , aime son ' frère comme soi-même , il ne aouHrira point qu'oa l'opprime, il lui prêtera en toute circonstance aide et secours contre la force inique , et de runi- I verselle charité sortira une résistance universelle t ^ l'oppression.
Lorsqu'on n'attaque que l'injustice , on Iriomptie tdl ou lard. AUn de triompher certainement , nt veuillez donc rreo que de juste. Resitectei te dnil de ceux même qui ont foulé le vdtre aux pied). Que la sûreté , la liberté , la propriété de len sans exception , vous soient sacrées ; car ledevair s'étend à tous également. Si une Fois vous vioiiei k devoir, où s'arrêterait celle violation? Ce n'esl poiat avec le désordre qu'on remédie au tiesordre. De quoi vous accusent vos ennemis ? de vouloir iniquement substituer votre domination à leur domination , pour en abuser comme ils en abusent; de nourrir des pensées de vengeance , des projets de tyrannie; et de là , dans les esprits, une aùalt vague dont ils profilent avec adresse pour prolMiger votre Bsserviasemenl .
Dissipez ces fanlAmes sinistres évoqués par de déleslaliles imposicurs atin d'inlimiiler les hommes simples et bons, et de les délournerdes voies de l'avenir. Proclamez le devoir en même temps que \t droit; ne les séparez point en vous-mêmes; qu'ils soient i jamais unis da/is votre conscience et dani vos œuvres. Alors s'évanouira le plus grand oUtade à ce que vous désirez et devez désirer.
Vous avez aussi à vous créer dans l'ordre matériel une existence moins précaire , moins dure; i combattre la faim , â faire en sorte d'assurer à voi femmes elà vos enfants le nécessaire , <]tii nemanqut. parmi toutes les créatures, qu'à l'homme seul. Or, pourquoi vous manque-l-il ? Parce que d'autre» absorbent le fruit de votre labeur et s'en engraissent. Et d'où vient ce mal ? De ce que chacun de vous, privé dans sou isolement des moyens d'établir et de soutenir une concurrence réelle entre le capital et le travail , est livré sans défense à l'avidité de ceux qui vous exploitent tous. Comment sorlirez-vous de cette funeste dépendance? En vous unissant , en vous associant. Ce qu'un ne peut pas . dix le peuvent, et mille encore mieux.
Le castor solitaire vit à grand'peine dans le premier trou qu'il rencontre sur la rive du fleuve: associé i d'autres castors, il^Mtit, fn Iravtndu
LE LIVRE DO PEUPLE
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courant , de vastes et commodes demeures où ils ▼ivent tous dans Fabondance.
Hais aucune association n'est possible, aucune ne saurait prospérer, si elle n'a pour base la confiance mutuelle , la probité , la conduite morale de ses membres , ainsi qu'une sage économie. L'injustice f t la mauvaise foi , la paresse et Fintempérance , la dissoudraient immédiatement. Au lieu de produire l'unité d'action , elle deviendrait une cause permanente de discordes et d'inimitiés. La pratique rigoureuse du devoir est donc une condition indispensable de l'association. Bien plus : le devoir en est le principe générateur, elle naît de lui spontanément ; car, en réalité, qu'est-elle sinon la fraternité même organisée pour atteindre plus sûrement et plus pleinement son but ? Celui qui , n'aimant que soi , De songe non plus qu'à soi, avec qui s'associerait-il? Et comment concevoir que ce qui sépare paisse unir jamais? Les mots mêmes sont contradictoires.
Vous direz : Il est vrai, l'association serait un puissant remède à nos maux ; mais ceux qui profitent de nos maux en souffriront-ils le remède? Ils jetteront leurs lois entre chacun de nous et ses lirères , et tous nos efforts pour nous rapprocher seront vains, et les violences qu'ils provoqueront infailliblement contre nous aggraveront encore Botre misère.
Et moi je vous dis : Veuillez seulement , et les lois iniques disparaîtront soudain , et la violence des oppresseurs se brisera contre votre fermeté inflexible et juste. Rien ne résiste à l'union du droit et du devoir.
Souvenez-vous des castors. Vous êtes dispersés sur les bords du fleuve : assemblez-vous , entendez- TOUS, et vous aurez bientôt opposé une digue iné- Ibranlable à ses eaux rapides et profondes.
Vous connaissez maintenant les vraies lois de l'humanité , les lois d'où dépend son progrès , et par conséquent l'amélioration présente et future de votre sort , du sort du peuple ; car, encore une féis , le peuple , que ses maîtres , dans leur orgueil , comptent pour si peu , qu'ils regardent avec tant de dédain , qui n'est à leurs yeux qu'un instrument de leurs convoitises insatiables , un champ qu'on exploite , un animal qu'on selle et qu'on bride pour monter dessus , le peuple c'est le genre humain.
Si vous savez défendre vos droits , si vous accomplissez vos devoirs, cet effrayant désordre cessera. Le genre humain, relevé de sa longue déchéance, ne sera plus la propriété de quelques durs dominateurs, ni la terre leur héritage exclusif.
Tous auront part aux biens destinés à tous par la Providence. Les sueurs, la fatigue, la faim, les larmes et les souffrances et les angoisses des uns, ne nourriront plus l'opulence des autres, et leur luxe effréné, et leurs passions, et leurs jouissances monstrueuses.
Toutefois , ne vous abusez ni sur le temps ni sur les choses. Gardez-vous de rêver l'impossible, ce qui ne peut être , ce qui ne sera jamais. Loin de remédier aux maux qui surabondent en ce monde, vous ne feriez que les rendre et plus nombreux et plus pesants.
L'égalité parfaite , absolue , non des droits (celle-ci constitue l'ordre même ) , mais des positions et des avantages annexés à chaque position , n'est point dans les lois de la nature , qui a distribué inégalement ses dons entre les hommes, les forces du corps et celles de l'esprit. Sans cela , que serait la société ? Comment subsisterait-elle , comment se dcvelopperait-elle , si la diversité des génies et des aptitudes ne produisait comme une série de destinations correspondantes aux fonctions qu'elle implique , depuis les plus humbles jusqu'aux plus élevés ? Ceux-ci labourent les champs , ceux-là cultivent la science, et tous contribuent, à leur manière, au bien commun.
Le mouvement même de la vie sociale oppose un obstacle invincible à l'égalité des fortunes : établie le matin , le soir elle n'existerait plus ; l'industrie plus ou moins intelligente , plus ou moins active , la bonne ou mauvaise économie, l'auraient déjà détruite. Et l'on ne doit pas s'en plaindre ; car ce continuel effort de chacun , cet instinctif emploi de ses facultés pour augmenter son propre bien-être , est une des conditions du bien-être général.
Ne pensez pas non plus que votre état si misérable puisse complètement changer tout d'un coup. Ce changement total et subit est , quoi que vous fassiez, impossible. Il impliquerait une violence telle , qu'au lieu de réformer la société, il briserait les ressorts de la société.
Lorsque vous aurez réussi à donner pour fondement à l'organisation politique l'égalité chrétienne des droits , la régénération voulue de vous , et que Dieu vous commande de vouloir , 8'accom])lira de soi-même dans ses trois branches inséparables : l'ordre matériel, l'ordre intellectuel et l'ordre moral.
D'où vient le mal dans l'ordre matériel ? Est-ce de l'aisance des uns? Non, mais du dénûmentdes autres ; de ce que , en vertu des lois faites par le riche pour l'exclusif intérêt du riche , il profite presque seul du travail du pauvre , de plus en plus stérile pour lui. De quoi donc s'agit-il ? D'assurer au travail ce qui lui appartient équitablement dans les produits du travail même : il s'agit , non de dé-
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poujller celui qui possède déjà , mais de créer une propriété à celui qui maintenant est privé de toute propriété.
Or, comment y parviendra-l-on ? Par deux moyens : l'abolilion des lois de privilège et de monopole ; la diffusion des capitaux que le crédit multiplie , ou des instruments de travail rendus accessibles à tous.
L'effet de ces deux moyens , combinés avec la puissance incalculable de Tassociation , serait de rétablir peu à peu le cours naturel de la richesse, artificiellement concentrée en quelques mains ; d*en procurer une distribution plus égale , plus juste, et de Taccroitre indéfiniment.
Rien de ce qui doit durer ne se fait qu*à Taide du temps , par la lente, mais sûre, influence de l'énergie organisatrice. Lorsqu'une prairie jaunit et se dessèche parce qu'on a détourné le ruisseau qui Tarrosait , il faut, pour qu'elle reverdisse, y conduire de nouvelles eaux , qui , répandues sur sa surface, pénétreront au pied de chaque brin d'herbe et ranimeront sa vie languissante.
Le travail afPranclii , mailre de soi , serait maître du monde ; car le travail , c'est l'action môme de rhumanilé accomplissant l'œuvre dont l'a chargée le Créaleur.
Hommes de travail , prenez donc courage ; ne vous manquez point à vous-mêmes, et Dieu ne vous manquera point. Chacun de vos efforts produira son fruit, amènera dans votre sort une amélioralion d'où succcsbivemeiil en sortironl d'aulres plus fîraiulcs, et de ecHes-ci d'autres encore, jus- (ju'au jour où la terre, i>leinement renouvelée, sera coiunje uu ehanip dont une ni^me famille recueille et partajT^e eu paix la moisson.
A mesure (jue , voire aisauee aujjmenlant , vous serez moins al)MorI»és dans les besoins du corps, des besoins d'une autre nature s'éveilleront en vous, et rérlanieront à leur tour l'aliinent propre à les satisfaire. Vous vou'Irez savoir, et vous le pourrez, pareecpKMii less<*eours ni le loisir uéeessiires pour eidlivir resj>ril , aeipierir la seienee, ne \ous manqueront plus. Tous puisrront , à la source ouverte à tous, ruislruelion , (pii rentlra leur travail plus fécond , et proj]ressivenient les introduira dans une S]»lièrc supcricurc d'existence.
Les occupations relatives aux pures nécessités pliysiques rabaissent riioiunie au rang de l'animal, exclusivement concentré en elles. Or , dans votre situation présente, sur sejjt jours il en est six uniquement consacrés au corps ; à peine le sei)lièni<' vous est-il laissé pour vivre de la vie spirituelle , de la véritable viedel'bomme. Peu à peu, au lieu d'un seul jour vous en aurez deux, vous en aurez trois, et toujours davanlafv** ; ^ar la tendance directe du
progrès est de spiritualiser déplus ea plusllumune, et de substituer à sa force , dans tous les kbeun matériels , les forces brutes de la nature , soumise à l'empire de son intelligente volonté.
Alors de secrètes puissances , actuellement endormies en vous , y développeront comme un nouvel être sans cesse agrandi par la connaissance qui se dilatera sans cesse , et avec elle le sentiment de l'art et ses délicates jouissances , et les joies intimei, inépuisables, que produit la contemplation du vrai et du beau.
A ces deux ordres de perfectionnement matérid et intellectuel s'enjoindra un troisième, sansleqad les premiers ne s'effectueraient jamais ; car nul pe^ fectionnement qui n'ait sa racine dans le perfectionnement moral ; et tous ils s'enchaînent l'un à l'autre et se secondent mutuellement.
Le devoir , devenu plus facile par la diminutioo des souffrances qui excitent à l'enfreindre, sera chaque jour plus rarement violé. Presque tous les crimes que la loi punit naissent de la faim : ils disparaîtront lorsque les bonunes qu'elle obsède maintenant seront à l'abri de sçs suggestions fotales.
Des saintes maximes d'égalité , de liberté , de firtternité , immuablement établies , émanera Torganisation sociale Les intérêts privés i>eu à peu se fondront en un seul intérêt , celui de tous , parce que, soustraits à l'influence du froid et stérile égotsme , tous comprendront , tous sentiront qu'il n'y a de vie que dans l'amour, d'apaisement de TAme que dans le dévouement qu'il inspire. Semblable ù la colombe qui repose sur son nid , il pénétrera de sa douce chaleur le germe divin caché au fond de la nature humaine, et Ton verra éclore comme im monde nouveau.
Dans ce monde , illuminé de la splendeur du souverain Être , le lien sacre qui opère l'union des cn^'itures et de leur Auteur apparaîtra aux hommes tel ipi'il est ; et la Religion , dépouillée des vêlements vieillis tpii la recouvrent , du corps infirme, usé par les ans, où elle ^it comme en un tombeau , se remon- Irera dans sa pun^téetsa sainteté éternelle. L'Evan- };ile du Christ, scellé pour un temps, sera ouvert (levant les nations, et toutes elles viendront j Un la Loi , y puiser la vie.
A présent, abaissées vers la terre , perdues dao* les ténèbres et le vide de ce (pii passe , les àmr"s aspirent à la lumière, au bien immuable, infini; elles ont soif de Dieu. Sitôt qu'elles auront retrou\e leur voie, elles s'élanceront vers lui d'un impétueux mouvement . ainsi qu'en un désert brillé par ^s feux (lu midi , des voyajjeurs se hâtent vers la fontaine lonî^ temps désii*ée qui les abreuvera de se» eaux limpides.
La société, conçue selon sa vraie nature, resscn
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d*ètre une lutte organisée entre les intérêts divers. | L'inflexible Justice y protégera également tous les droits. A quel titre le fort dépouillerait-il le faible des siens, lui en interdirait-il rexercice?Qu*est-ce que Dieu a donné à l'un qu'il n'ait aussi donné à l'autre? Le commun Père a-t-il réprouvé quelquesuns de ses enfants ? Vous qui réclamez la jouissance exclusive de ses dons , montrez le testament qui déshérite vos frères.
L'œil constamment ouvert sur les maux pour les soulager, la charité modifiera profondément les lois. Elles tendront de plus en phis à compenser, par une sollicitude, une assistance spéciale, les désavantages qui résultent inévitablement pour plusieurs , soit des inégalités naturelles , soit de certaines circonstances fortuites de naissance ou de position.
Le Fils de l'homme disait : « Les renards ont « leur tanière , les oiseaux du ciel ont leur nid ; u mais le Fils de l'homme n'a pas une pierre pour «( y reposer sa tète. »
On ne punira plus les infortunés qui portent le poids des mêmes destinées que le Fils de l'homme ; on ne leur imputera plus le crime de ceux qui les délaissent.
La législation même, instituée pour la répression des vrais délits, changera de caractère. Un esprit de miséricorde et de douce compassion y remplacera l'esprit de vengeance, Tidée fausse et sanglante d'expiation. On verra dans le criminel un frère égaré qu'on doit plaindre , éclairer , ramener ; un malade que l'on doit s'efforcer de guérir s'il est guérissable, empêcher de nuire aux autres et à soimême s'il ne l'est pas. L'amélioration du coupable sera le but de la punition. Comment sa souffrance pourrait-elle être une réparation pour la société ?
La vie n'appartient qu'à Dieu , et c'est pourquoi il est écrit : » Vous ne tuerez point. » Quand la loi lue , elle n'inflige pas un châtiment , elle commet UD meurtre.
Appelez-vous justice l'acte qui rend infâme celui qui l'accomplit, l'acte qui ravit à un être humain tous ses droits enseml)le, et non-seulement ses droits, mais la faculté même de posséder jamais aucun droit ? Lorsque de cet être animé vous avez fait une poignée de cendre , cette cendre , emportée par les vents , sera-t-cUe, sur la terre où elle tombe , une semence de bien, un germe de vertu?
Qu'importe, au reste? L'amour domine la justice même , et le propre de l'amour est de se dévouer à celui qu'on aime , de se sacrifier à lui volontairement. Le frère ne dit point à son frère : Donne-moi ta vie ; il lui donne la sienne. La peine de mort fut abrogée, il y a dix-huit siècles, sur la croix du Christ.
Le devoir, qui unit les individus et les familles ,