FRAGMENTS
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DE L'ABSOLUTISME
ET
DE LA LIBERTÉ
DIALOGHEirr.
Deux doclrioes , deux systèmes se disputent aujourd'hui Tempire du monde : la doctrine de la liberté et la doctrine de Tabsolutisme ; le système qui donne à la société le droit pour fondement , et celui qui la livre à la force brutale. Les destinées futures de l'humanité dépendront du triomphe de l'un ou de l'autre. Si la victoire reste à la force brutale ; courbés vers la terre comme les animaux , mornes, muets, haletants , les hommes , hâtés par le fouet du maître , s'en iront mouillant de leur sueur et de leurs larmes les rudes sillons qu'il leur faudra creuser, sans autre espérance que d'enfouir sous la dernière glèbe le sanglant fardeau de leur misère. Si, au contraire, le droit l'emporte, le genre humain marchera dans ses voies, la tète haute , le front serein , l'œil fixé sur l'avenir, sanctuaire radieux , où la Providence a déposé les biens promis à ses efforts persévérants. La lutte engagée entre ces deux systèmes devient chaque jour plus vive. D'un côté , sont les peuples épuisés de souf- Arance et de patience , ardents de désir et d'espoir, émus jusqu'au fond des entrailles par l'instinct, longtemps endormi , de tout ce qui i^it la dignité et la grandeur de l'homme , puissants de leur foi en la justice, de leur amour pour la liberté, qui, bien comprise , est l'ordre véritable , de leur volonté ferme de la conquérir ; de l'autre , sont les pouvoirs absolus avec leurs soldats et leurs agents de toutes sortes, les ressources publiques, l'or, le crédit, et les innombrables avantages d'une organisation dont les éléments se tiennent , s'enchaînent , s'appuient les uns les autres , tandis qu'en dehors d'elle et par
elle tout est isolé , comprimé , n'a de mouvement qu'entre les sabres de deux gendarmes, de parole qu'entre les oreilles de deux espions.
Rien, au premier coup d'œil, ne semble plus inégal que les forces respectives de ces camps opposés. Mais il faut observer, d'une part, que plus les armées sont nombreuses, plus elles sortent immmédiatement du peuple et ont de pensées, de vœux , de sympathies communes avec lui : peuple enfin elles-mêmes, en très grande partie, et, quoi qu'on essaie de leur persuader, n'ayant en définitive d'autres intérêts que les siens , il est impossible qu'elles soient longtemps encore un instrument passif entre les mains de ses oppresseurs ; tandis que, d'une autre part, les excessives dépenses qu'exige l'entretien de ces armées amenant tôt ou tard la banqueroute universelle qui menace chaque jour de plus près tous les Élats européens , le moment viendra où ces énormes masses d'hommes , rassemblées dans le but d'étayer la tyrannie, devront nécessairement être dissoutes , faute de pouvoir les maintenir sur pied. L'expérience, d'ailleurs, prouve que, dans la lutte entre deux forces, l'une matérielle, l'autre morale, celles;!, à la longue, triomphe toujours : or, la force morale est tout entière du côté des peuples. 11 suffit , pour s'en convaincre, de considérer en eux-mêmes le système de liberté que les peuples défendent , et le système d'absolutisme que les souverains ont entrepris de faire prévaloir à leur profit.
Le premier, qui a sa racine dans les plus saintes et les plus imprescriptibles lois de la nature hu-
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DE L*ABSOLUT]SM
maine , représcnlerait Tordre parfait , s'il était possible de le réaliser pleinement sur la terre. lUais, si cette |)erfection est maintenant interdite à Thomme, à cause de la maladie interne qui le travaille , elle n*en demeure pas moins le terme auquel il doit tendre, le but vers lequel il est de son devoir de se diriger incessamment. Car il en est des peuples comme des individus : ni les uns ni les autres ne seront jamais complètement délivrés, durant la vie présente , des infirmités qui en sont inséparables à un certain point ; mais les uns et les autres peuvent et doivent avancer |)erpétuellement dans la guérison, qui commence ici et s'achève ailleurs. D*oii il suit que la société, projjrcssive par sa nature, implique de continuels changements , des révolutions successives. On s*effraie de ce mol de révolution ; et Ton a raison de s'en effrayer , si Ton entend par là les désordres que produisent , au sein d'une nation où fermentent des idées et des espérances nouvelles , les intérêts et les passions vivement exaltés. Mais les révolutions qui marquent un pas fait dans la vraie civilisation , et ouvrent ainsi une ère plus heureuse, les révolutions nées du développement de la notion du droit dans les intelligences, ont certes, en résuhat, un tout autre caractère , et doivent être , quelques souffrances qui les accompagnent, non pas redoutées, mais bénies 'comme des bienfaits de la Providence et des preuves éclatantes de l'action qu'elle exerce sur les destiilées générales de l'humanité. Elles sont, pour ainsi parler, Dieu présent à nos yeux dans le monde: car évidemmenl ces Iraiisformalions qui chan[jenl, en rélevant, iVlal du genre humain ; ces soudaines brises qui le j)()US8ent, quoiijue à travers bien des écueils , vers de i>lus fortunés riva^jes, renferment quelque chose de divin. La plus profonde révolulion que, sous tous les rapports, il ait en effet subie, fut, sans aucune comparaison, rétal>Iissenient du christianisme, et celle (pii depuis cincjuante ans 8*0])èrc en Kin*ope n'en est (pie la continuation. Oui ne voit pas cela est totalement incapable de rien voir . et plus ineapable de rien comprendre aux événements contemporains. Dix-huit siècles de labeur social ont à peine sufli pour les j>réparer. (lar de quoi s'a^^it-il? de moilirter les formes du pouvoir, de reformer quelcpies abus, d'introduire dans les lois «pielcpies améliorations j|énéralemenl jugées nécessaires? Non , certes, ce n'est j)as là ee !|ui agile les peuples et les enieut si puissamment. Il s'agit pour eux de substituer, dans les bases mêmes d<; la sot iété , un priiuipe A un autre principe, ré};alilé de nature à l'iiK^'alilé de raee , la liberté de tous à la domination native et absolue de ijuelipies-uns. Kt e< la i[\\\>\ («• ,iuli; t hosc «jii.- !;• (hi i.-^lianisme s'epaiidnH a»i iUIhms ,]• l.i o- i/ir
purement religieuse, et aimant de sa rie puissante le monde politique , après avoir perfectionDé , au delà de toute mesure jadis espérable , le monde intellectuel et moral?
11 posa pour principe fondamental de sa doctrine, sous le point de vue où nous la considérons en ce moment , l'égalité des hommes devant Dieu , ou l'égalité de droit de tous les membres de la famille humaine. Et à ce sujet nous remarquerons que cette importante doctrine n'a de valeur historique et philosophique qu'en admettant l'unité de race; sans quoi évidemment une race pourrait être naturellement sui)érieure aux autres , ainsi qu*Aristote l'a soutenu parmi les anciens. La doctrine chrétienne, selon laquelle, conformément aux antiques traditions, le genre humain provient d'une seule tige, est donc, sans contestation, la plus favorable à l'humanité , et doit être gardée soigneusement comme la base même de toute justice réciproquement égale et de toute société équitable. A cet égard la science, qui s'est quelquefois trop livrée à la hardiesse de ses conjectures physiologiques , a de grands devoirs à remplir.
Le principe de l'égalité des honunes derant Dieu devait nécessairement en enfanter un autre qui n'en est que le développement ou plutôt Tapplicition, savoir : l'égalité des hommes entre eux, ou l'égalité sociale; car s'il existait, sous ce rapport, uoe inégalité essentielle et radicale relative au droit, cette inégalité les rendrait primitivement inégaux devant Dieu. L'égalité religieuse tend donc à produire, comme sa conséquence et son complément, l'égalité politicpic et civile. Or, l'égalité politique et civile a pour forme la liberté ; car elle exclut originairement tout j»ouvoir de l'homme sur l'homme, et oblige dès- lors à concevoir la société temporelle, la cité, sous l'idée d'association libre, dont le but est de p,arantir les droits de chacun de ses membres, c'est-à-dire, encore sa liberté, son indépendance native.
Ces droits garantis par l'association sont de deux ordres : 1" les droits spirituels de la conscience et de la pensée, lesquels ne relèvent que de l)ieu,con sidéré, soit comme auteur de la loi morale qui unit entre eux tous les êtres intelligents, et à laquelle tous sont obligés d'obéir librement , soit comme source primitive de loule vertu, de toute raison, ii" les «Iroils secondaires de l'ordre, pour ainsi i».»*ler, matériel, relatifs au corps ou à l'organisme, cl tpii se réduisent, dans leur essence, au droit de conservation de la vie, c'est-à-dire de l'organisni; même rt des choses extérieures nécessaires à la conservation de l'organisme. Ces choses c\térieiirc> «onslilucnl c* «pi'on ippelle propriété.
Il suit dr 11 i\\i'' robjrl direct de la ^ocic^e un-
ET DE LÀ LIBERTÉ
labié y étant la garantie du droit , est par là même de garantir à tous et a chacun de ses membres, dans Tordre extérieur, la liberté de conscience et de pensée, et, secondairement, la liberté de vivre et d*agir, ou la liberté de la personne et des propriétés.
La liberté de conscience et de pensée , simultanément unie à la reconnaissance d'une loi spirituelle morale , qui seule rend Thomme sociable , précède l'association libre ou rinstitutiOQ de la cité, et en est rindispensable condition. Cette loi dès-lors, non plus que la liberté qui y correspond, la liberté civile de conscience et de pensée, ne peut en aucune manière dépendre du pacte social , ni devenir Tobjet des délibérations préalables, explicites ou implicites, qu'il suppose; et par conséquent la loi politique et civile, ne pouvant statuer sur ce droitprimitif qu'elle ne saurait ni créer ni détruire, et qu'elle défend seulement contre les attaques qui tendraient de fait à l'altérer, le respecte comme au-dessus d'elle , interdit et punit comme antisociaux certains actes qui y sont contraires, mais ne l'établit point par ses prescriptions.
La liberté personnelle , ou le droit de vivre et d'agir librement, implique l'absence de toute volonté, de tout pouvoir qui imposerait des bornes arbitraires à cette liberté même , c'est-à-dire , implique la coopération de chaque membre de la société à la loi qui régit la société.
L'élément naturel de la société relative à l'organisme humain ou de la cité n'est pas rindi?idu, mais la fomille, parce que l'élément de la société doit se perpétuer comme la société , parce que l'individu meurt et que la famille est immortelle.
La famille se compose du père qui en est le principe générateur , de la femme qui est le moyen de la génération, et de l'enfant qui en est le terme. Ces trois ensembles constituent l'homme organique complet, l'homme reproduit, perpétué, l'homme qui ne meurt point.
D'où il suit que le mariage, sans lequel nulle famille, est en ce sens la base première de la société.
La propriété en est la seconde base, car sans elle nulle vie possible. Or, la vie ne s'arrètant point dans sa transmission, la propriété non plus ne s'arrête point dans sa transmission : elle est héréditaire comme elle, parce qu'elle est inséparable d'elle. Et , puisque l'homme ne peut vivre sans une propriété quelconque , permanente ou transitoire , il ne peut non plus être libre, indépendant de sa personne, si sa propriété est dépendante, s'il n'est pas souverainement maître de son champ, de sa maison, de son industrie, de son travail.
La liberté de la propriété et la propriété même peuvent être attaquées de trois façons : la première en attribuant , soit à l'État, soit au chef de TÉtat, un
droit prûnitif de haut domaine, qui ne serait au fond qu'un pouvoir indirect et arbitraire de vie et de mort sur tous ses membres ; la seconde en attribuant, soit à l'État , soit à son chef, le droit de prélever, à titre d'impôt, une partie quelconque des revenus de la propriété, sans le consentement des propriétaires : car ce droit, auquel il serait impossible d'assigner aucune limite déterminée, impliquerait celui de s'emparer de la totalité des revenus, ou la confiscation pure et simple; la troisième est d'attribuer, à quelque degré que ce soit, à TÉtat ou à son chef, le droit d'administrer les propriétés de ses membres : car le droit pour chacun d'administrer sa propriété est inhérent au droit de propriété, qui sans cela devient purement fictif.
On doit maintenant comprendre comment le mouvement que partout on remarque chez les nations chrétiennes, n'est que l'action sociale du christianisme même , qui tend incessamment à réaliser , dans l'ordre politique et civil , les libertés que contient en germe la maxime fondamentale de l'égalité des hommes devant Dieu , et par conséquent à affranchir pleinement l'homme spirituel de tout contrôle du pouvoir humain , et la propriété de toute dépendance arbitraire du même pouvoir. Or, ce but ne peut être atteint que par une organisation sociale dont le double caractère soit l'exclusion de toute contrainte dans l'ordre spirituel , et de toute intervention du gouvernement dans l'administration des propriétés ou des intérêts particuliers, soit individuels , soit collectifs. A cet égard, le gouvernement , simple exécuteur de la loi faite par tous ou par les délégués de tous, veille seulement à ce que nul , dépassant les bornes de son droit, ne blesse le droit ou la liberté d'autrui.
La liberté spirituelle a pour expression la liberté de religion ou de culte, la liberté d'enseignement, la liberté de la presse et la liberté d association. Lorsque l'une d'elles n'est pas complète , et surtout la dernière , les autres ne sont qu'un vain nom. Ne demandez pas alors sous quelle forme de société vit le peuple ainsi privé de ses droits naturels; demandez sous quelle tyrannie.
La liberté des personnes et des propriétés a pour fondement l'élection, coordonnée à un système d'administrations libres dans les limites qu'on vient de fixer. Point de liberté possible , en effet , sans la responsabilité du pouvoir , et point d'hérédité s'il existe une responsabilité véritable. L'une ne peut être réelle que Tau Ire ne soit fictive, et réciproquement.
Dans l'hypothèse de l'hérédité, on ne saurait proposer pour remède à ses abus «pie la maxime supposée admise de l'amissibilité du pouvoir. Alais le pouvoir peut être amissible de deux façons : l'une
ItE L'ABSOLUTISME
régulière , rautre Tlotctile ; par rïeclion ou par insurrection. Commciit hésiter entre ces deux modes? Et organiser une société , n'est-ce pas précisénienl établir un ordre de moyens qui, autant que le )>eu- Tcul les prévisions bumaine», la dispensent de recourir , pour MUTcr ses droits attaques, au hasard dan^rreux de l'insurrection?
Tris sont les prinrtpes qu'instinctivement les peuples cherchent A réaliser et qu'ils rénliscronl sans aucun doute, dans un temps plus ou moins prochain : car un droit connu est un droit conquis.
Lltomme ne renonce jamais à ce qui lui est une fois apparu comme juste ; il le voudrait , qu'il ne le pourrait pas : sa nature s'y oppose, et c'rst là celle force morale A qui la victoire reste toujours dans ses luttes contre la force mslérieile.
Aux doctrines de la liberté comparons maintenant les doctrines de l'absolutisme. Nous puiserons celles-ci dans les documenls d'une incontestable authenticité. Les deux premiers sont des caléchisnies publiés par l'ordre exprès de l'empereur de Russie et de l'empereur d'Autricbe. Le troisième est un écril semi-officiel qui produisit, il y a Iroinans, une ssseï vive sensation en Italie , où les gourernemrnts prirent soin de le répandre b un g;rand nombre d'csemplaires. Parlons d'abord des catéchismes.
Sa UajMlé Aposloliiguc ensi'iftne dans le ><ien, aux petits enfants , que les personnes ainsi que les biens de $ea sujets lui appartiennent ; qu'elle en est le mallrc absolu et peut en disposer comme il lui semble bon. Cette doctrine, si elle trouve croyance, a au moins l'avantage de simplifier singulièrement l'administration. L'empereur a-t-il besoin d'argent ou de soldats , il dit & l'un ; Donne-mol la bourse; i l'autre: Donne-moi tes fils. Tout esta lui; tout, sans exception ; c'est là son Évangile, la donne nouvelle qu'il veut qu'on annonce à ses peuples au nom de Jésus-Christ, Et , de peur apparemment que, par mégarde ou mauvais vouloir, quelque imprudent n'altère U pureté de ces maximes dans la chaire chrétienne , en certains lieux , à Hilan par exemple, des prêtres seront contraints de soumettre leurs sermons, avant de les prononcer, aux lumières supérieures de la police. Il Faut que les esprits soient bien corrompus et les cœurs aussi , pour que les Ilaliuns particulièrement ne bénissent pas un pareil régime! Lorsque 1rs peuples sont si ingrats envers les souverains, qu'attendre sinon les vengeances du ciel et la fin de ce monde coupable?
On vient de voir que l'empereur d'Autriche a une assez haute idée de lui-mfmc et de ses droits. Ce n'est rien cependant près du ezar Mcolas. Chef d'une relifiion étrangère an catholicisme, il a cru
néanmoins, tant le têle de la vérité le déTore! devoir s'occuper de l'instruction religieuse de m sujets catholiques; et, dans un catéchisme impriurf it Wilnn et enseigné officiellement dans toutes h» églises et toutes les écoles , il leur apprend cobh ment ils doivent adi>rer l'autocrate : il leur apliquc avec onction le culte qu'ils sont , en noscience, obligés de lui rendre. N'esl-il pas.enefFH, pour eux , non-seulement l'image , mais encore uu incarnation réelle de la Divinité? A genoux daac! sa volonté est le souverain ordre, son commiad*ment la loi ! Biens , vie . l'on doit tout prodigutr, tout sacrifier an premier signe du Tartare-ilieii ; on doit le chérir du fond du coeur, lui obéir, quai qu'il ordonne , et jamais ne se permettre uneplaiDie, nifme secrète, à l'exemple de Jêsus-Chrisi, 7M1 n soumit sniu murmurer au JMgement de mon prononcé contre lui par VautorilÉ légitime! \â plume tombe des mains. Il était réservé i ni liomme de reculrr les bornes du blasphème !
Ce qui rend surtout remarquable l'écrit dont 3 nous reste â parler (1), c'est que, sous des foraitS tantât grossièrement burlesques, lanlAt uaivenKOt atroces, il résume, avec une fidélité e( une franchiw que l'on chercherait vainement ailleurs, lesystôn entier de l'absolutisme. Ici, point de réticeoets, point d'hypocrisies; tout csl à nu. On dirait un candide procês-verbal du conseil du t>andemonîtiM. L'auteur, en plus d'un emlroit, parait même s'indtener qu'une polili(|ue timide juge quelquefois i propos de voiler, modiHer, affaiblir, par des eop»tdérations de prudence, les doctrines qui, au fond, foriuenl sa règle invariable. Pour nous, qui aimons par-dessus tout un langage net , exempt de h\aseté, d'ambages et d'équivoques, loin de bljmerlr fougueux défenseur du despotisme de son mêpiii pour ces cauteleux cl pusillanimes ménagement). nous lui savons gré, au contraire, de la sioctnté brutale de ses convictions et de ses paroles. Le mol que d'autres retiennent sur leurs lèvres, il te profère à haute et intelligible voix. Cela vaut mieui.
Nous passerons asseit rapidement sur le* premicn dia/offues pour arriver plus tôt à la conclusion où l'auteur expose l'eusemble des moyens qu'à son avis les princes doivent employer iudispensahlcnient, s'ils veulent raffermir leurs trAnes ébraaià. C'est la partie la plus curieuse et la plus imporUott du livre. Toutefois, pour qu'on ail une idée eiscK des projets, des vœux, des sentiments et d» maximes , de ceux dont il est comtoie le manifeste. il est bon de citer quelques passages d'un dialogw entre VEurope, la Justice, la France et la Retlaïf ration. L'auteur y éublit sa théorie du pouvoiri
ET DE LA LIBERTÉ
elle est courte. Dieu a donné les peuples aux rois , ils leur appartiennent comme votre troupeau vous appartient ; ils sont leur propriété, leur patrimoine : voilà tout. De conditions , de pactes , de chartes, il n*y faut pas songer, cela est par trop clair.
L'Europe. — Qui vous a réduite à un si misérable état ?
Li^RESTAURATioTf. — La Charte.
L'Europe. — Qu'est-ce que cette Charte qui fait tant de bruit?
La Restauratioit. — On prétend que c'est un coutrat entre le peuple et le roi.
L'Europe. — Un contrat entre le peuple et le roi! Par le char du bouvier ! peut-on rien imaginer de pis? La France est peut-être une boutique à louer, ou le roi de France un cocher qu'on prend à 80D service à tant par mois !
La Frauce. — Bonne maman, comment les rois pourraient-ils régner sans pactes?
L'Europe. — Comme ils ont toujours fait avant qu'on songeât à ces sottises de chartes. Ma fille, l'autorité des rois ne vient point des peuples ; elle Tient directement de Dieu, qui, ayant fait les hommes pour vivre en société , a rendu nécessaire un chef qui les gouverne , et , en conséquence, a ordonné que les peuples obéissent aux rois. Le roi doit procurer le bien du peuple; le peuple doit obéir à tous les commandements du roi. El c'est là la grande charte écrite de la main de Dieu et imprimée par la nature.
La Fra]^ce. — Maman trois fois chère , et si le roi voulait le mal du peuple ; comment ferait-on sans une charte?
L'Europe. — Ma fille , les rois ne veulent jamais et ne peuvent vouloir le mal du peuple , parce que le peuple est la famille et le patrimoine du roi, et personne ne veut le dommage de sa propre famille et la ruine de son patrimoine. —
Cependant, bonne ou mauvaise, la France avait une charte, une charte jurée. Oui, mais qui malgré ses serments n'obligeait nullement le prince , et que l'Europe armée aurait dû détruire , en démembrant la France pour plus de sûreté. Écoutez bien. —
L'Europe. — Le roi Louis XVIll l'avait peut-être accordée spontanément.
La Restauration. — Vous pouvez vous figurer si le pauvre brave homme était satisfait de revenir chez lui pieds et mains liés, culottes bas, de sorte que chacun se pût divertir à lui donner des claques. Ils la lui ont fourrée dans le gosier, et il lui a fallu l'avaler de force. La Charte du rien.
L'Europe. — Quel motif a donc induit mes bons fils à commettre cette énorme faute? >i'ont-ils donc point considéré que la cause d'un roi est la cause
de tous les rois ; et que, si on laisse croître les ongles d'un peuple, les ongles de tous les autres croissent aussi ?
La Restauration. — C'est tout juste ce que disaient l'Expérience et la Sagesse , mais la Politique n'a pas permis qu'on les écoutât.
L'Europe. — Et quelles raisons alléguait cette crache-sentences ?
La Restauration. —Qu'il faut adoucir les bêles féroces , ne les point irriter , et qu'on ne peut soumettre la France par la force.
L'Europe. — A merveille, vraiment! Ils ont combattu vingt-cinq ans, et, à présent qu'ils lui tiennent sur le corps un million de baïonnettes allemandes et russes, et que la roule est ouverte pour en amener trois fois autant, ils hésitent â la dompter de force.
La France. — Diable ! maman , la force envers la France ?
L'Europe. — Oui, madame, la force. Rend-on le jugement aux fous et aux mauvais sujets autrement qu'à coups de bâton?
La France. — Dans les quatre parties du monde il n'y aurait pas assez de force pour tenir asservie la grande nation.
L'Europe. — Eh bien ! qu'on en eût fait une petite nation, et tout était fini.
La France. — Quoi ! un démembrement?
L'Europe.— Certainement, un démembrement... un bon coup de ciseau à ses frontières ( una buona tosata ai confini) ; un morceau à TAngleterre, un autre à l'Espagne, un à l'Autriche, à la Prusse, à la Hollande, à la Ravière, au Piémont , avec quelques échanges pour maintenir l'équilibre et pour satisfaire la Suisse et la Russie , tout était accommodé : et vous, ma belle dame, vous seriez demeurée avec l'ours du montagnard en laisse ; et la grande nation, devenue une petite nation, aurait cessé de troubler, pendant deux ou trois siècles, la tranquillité du monde.
La France. — Ah ! maman , vous êtes bien cruelle.
La Restauration. — Pardonnez-moi , madame l'Europe, mais briser le trône de saint Louis, disperser l'héritage des Bourbons...
L'Europe. — Ma chère dame , quand les fils de saint Louis vivent comme les fils des scélérats , il faut les châtier, comme Dieu châtia les anges prévaricateurs ; et , quant à vos bons et dignes Bourbons, ils auraient été satisfaits de régner tranquilles sur une petite France... plutôt que d'être poignardes et décapités dans une France plus grande (1). — Ces aveux sont précieux en ce qu'ils montrent à
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DE L'ABSOLUTISME
ceux qui se feraient encore illusion sur ce point quel serait le sort de la France vaincue par une nouvelle coalition. Il n'y a pas à s*y tromper, on ferait d'elle une seconde Pologne. Que chacun donc se demande si c'est là ce qu'il souhaite à sa patrie. Honte au traître ou au lâche qui , la voyant menacée, aurait dans ses veines une goutte de sang qui ne frtt pas pour elle!
Vient ensuite, à propos de l'insurrection de la Grèce , une solennelle apologie de la légitimité du Grand Turc. En vain la Liberté soutient-elle que t( les Grecs avaient raison de se soulever, au moins à cause de la religion , puisqu'on ne saurait supporter qu'un peuple chrétien soit esclave des musulmans ; » le Jugement lui répond : «< Il vous sied bien de faire la bigote et de parler de religion! Quoi qu'il en soit, le christianisme commande la fidélité et l'obéissance , condamne toujours la révolte , et l'Évangile des chrétiens veut qu'on rende à César ce qui appartient à César. Le césar des Grecs est le Grand Turc, et, en se révoltant contre leur prince, ils ont violé la loi chrétienne (1).»
Le dernier dialogue, composé de neuf scènes, est intitulé le Voyage de Polichinelle, Polichinelle , persuadé par le Docteur , part de Naples avec lui , après la révolution de juillet , pour venir jouir en France des douceurs de la liberté. On se doute bien de ce qu'ils y trouvent , et nous savons encore mieux ce qu'ils y auraient trouvé trois ans plus tard. L'auteur est à l'aise dans ce sujet, et, si l'ironie est anière , elle est juste ici : elle est juste ; cor, lorsqu'un peuple se rési^jne à souffrir certaines indignités , lorsque, ajjrès avoir tout risqué, hravé tout i>our s'affi'anchir, il j>asse le lenilcniain la tèlc dans le jouj; , se décore de ses fers comme d'un emblème de l'ordre, s'agenouille «levant un gouvernement de police, se laisse b;Uer, brider, bétonner, ce peuple mérite d'èlre la risée des autres nations, et il n'est point de moquerie si méprisante , de sarcasmes si aigus , que le dernier des esclaves et le plus lâche n'ait le droit de lui adiesser.
Kniin , dégoillés de ce «[u'ils voient , et l'on serait dégoiUé à moins, le Docteur et Polichinelle concluent (pi'ils n'ont rien de mieux à faire que de retourner au plus vite chez eux. Ils rencontrent «•n route une vieille femme: le Docteur lui demande •jui elle est. «« Je suis, répond-elle, VExp'hictice, et j'ai toujours voulu du bien aux rois absolus et légitimes . parce que j'ai vu qu'on vit mal sans eux , et que ces ordures de chartes constitutionnelles ne servent qu'à mettre le feu à la maison et à la salir. Kl , précisément parce que je leur veux du bien, je
leur écris quatre mots : car, entre Dom, ils sont un peu hors de leur chemin , et , s'ils n'écoutent point les conseils de l'Expérience, ib s'en iront faire compagnie à Charles X. Portez-leur donc cette lettre. »
Le Docteur.— Devons-nous la porter à tous les rois de l'Europe ?
L'Expérience. — Il se peut que deux ou troii n'en aient pas besoin ; mais remettez-la cependaDt à tous , elle ne fera de mal à aucun.
Le Docteur. — Écoutez , bonne vieille , noM vous rendrons volontiers ce service ; mais il ne fnit pas en user trop librement avec les rois. Vous êtes une femme résolue : qui sait ce que vous avez écrit? Vous ne voudriez pas que vos messagers eussent i pâtir de leur message.
L'Expérience. — N'appréhendez aucune inâvcrétion ; mais , pour mieux vous rassurer, lisez ma lettre , j'y consens.
Le Docteur. — Lisons donc , et puis nous férow ce que vous désirez de nous.
L'Expérience aux rois de la terre.
«( Princes, que faites-vous? Le monde se précipite, le feu brûle sous vos trônes, la gangrène corrompt toute la masse sociale, et vous vous battez les flancs , et vous vous contentez d'appliquer quelques insignifiants topiques sur les profondes plaies de la société , et vous n'avez recours à aucun moyen sévère et efficace ! Secouez cette mortelle léthargie; songez que les libéraux ne raillent point, quMs entendent bien vous rayer entièrement de l'almanach , et souvenez-vous qu'à votre cause est liée celle des peuples, (pii , selon les décrets de la JMovidence , doivent être guidés , défendus et sauvés par les rois. Consultez la vérité , suivez les impulsions de votre cœur, et ne vous laissez point séduire par les grimaces perfides de cette prostituée de J'olilique. Enfin, lisez les leçons de Tbistoire; et, pour ramener dans la droite voie une jjénération égarée , employez les remèdes que vous enseigne rEx]>érience. »
roLicui>ELLE. — Jusqu'ici il n'y a rien à dire, et les rois ne sauraient se fAcber.
L'ExpÉiuE>CE. — Comment a-t-il pu jamais vous passer par l'esprit que je voulusse offenser les rois' Je leur parle avec confiance, parce que je suis leur niaitresse, et parce qu'ils agréent, eux aussi, loi-squ'on le leur adresse en secret , un langage cordial et bincère. Du reste, l'Expérience enseigne à respecter ceux que Dieu a placés à la tt^te des nations; parce que , là où finit le respect pour le roi , commence la ruine du i>euple. ('onliiuK'Z dp lire b letlr.'.
ET DE LA LIBERTE
Le Docteur. — u Quand on voit de mauvaises actions , la première chose est d*élever la voix et de crier contre les malfaiteurs. Elevez donc la voix du haut de vos trônes, avertissez, reprenez, menacez, et ne vous contentez point de quelque misérable petit édit donné de temps en temps et tout emmiellé de paroles doucereuses ; mais parlez en roi qui a le droit de commander et de se faire obéir. En outre , encouragez les bons , et faites qu*eux aussi parlent et élèvent la voix contre les méchants. Le monde est rempli de petits livres, de journaux, de feuilles qui répandent la contagion : faites qu'on le remplisse d'écrits salutaires qui soient un antidote contre la corruption des esprits. Employez les armes de vos ennemis : si les rebelles font rire aux dépens de la fidélité , que les bons fassent rire aux dépens de la révolution. Si le poison se vend à bas prix par la propagande , que la souveraineté fournisse gratuitement le contre-poison. Aujourd'hui le genre humain veut lire, et une feuille de papier écrite judicieusement a plus de force qu'un bataillon de grenadiers. Les hommes d'esprit et de cœur, capables de vous aider dans cette guerre , ne manquent point; mais il faut les chercher, les encourager, les récompenser quelquefois. Qui est celui de vous qui ait dépensé, en faveur des écrivains défenseurs des trônes , le quart de ce qu'il paie aux professeurs des uiviversités avec la certitude qu'ils poussent la jeunesse au renversement des trônes? Croyez-moi, princes, parlez et faites parler, et aoyez certains que chaque voix trouvera la route d'un cœur. »
Polichiuelle. — Savez-vous que vous dites fort bien ? Ces messieurs les libéraux arrangei/t nos têtes à leur façon, parce qu'ils parlent qua^i seuls ; mais, si l'on montrait aux pauvres gens la chemise du libéralisme dans toute sa saleté, les cervelles humaines ne seraient plus le jouet des fabricatcurs de glorieuses journées. Si nous avions lu plus tôt le journal de Modène intitulé ia Voix de la Féritéy nous ne nous serions pas ennuyés de notre roi , et nous n'aurions point couru après cette folie de la souveraineté du peuple.
L'Expérience. — Mes enfants , le duc de Modène, quoique ses États tiennent peu de place sur la carte , a fait une œuvre grande en établissant ce journal. 11 a prouvé qu'il possède un cœur vraiment royal , il a bien mérité de la société entière ; et soyez certains qu'à l'heure qu'il est, la feuille modénoise a opéré nombre de conversions : mais re • venez à ma lettre.
Le Docteur. — « Lorsque , pour contenir des méchants , il ne suffît pas d'élever la voix , il faut lever la main et punir ; mais les châtiments doivent être et certains et sévères. Ceux qui méditaient le
bouleversement du monde ont pris leurs mesures de loin ; ils ont préparé l'impunité pour eux et pour les leurs en prêchant V humanité et la modération des peines. Depuis un certain temps , vous vous êtes laissé séduire par ces chansons; et, afin d'être doux et cléments , vous avez cessé d'être justes. Ainsi la voie a été ouverte à toutes les iniquités , la certitude du pardon a rompu le frein de la crainte , et , pour chaque félon absous, cent sujets fidèles sont devenus félons. Retournez sur les traces antiques ; et , si vous voulez que votre justice ait peu à condamner, faites qu'elle condamne inexorablement. L'épreuve de la tolérance a été faite, elle n'a produit que du mal; venez-en a l'épreuve du sangy et vous verrez que se déclarer rebelle ne sera plus la mode du jour. Commencez par les petits délits, lesquels conduisent aux grands, et que les punitions de votre justice soient sévères et terribles. Les âmes féroces des scélérats ne s'effraient point des peines enfantines conseillées par une niaise philosophie. Dieu , qui est le père des miséricordes, a créé un enfer pour punir le péché, et la création de Venfer sert merveilleusement à peupler le ciel. Épargnez le sang innocent , en vous persuadant bien que le meilleur prikce est celui QUI A LE BOURREAU POUR PREMIER MINISTRE. Maintenez ce code en vigueur, et vous verrez que les chemins de votre royaume seront aussi sûrs que les casernes des soldats ; que votre trésor ne devra plus entretenir dans les prisons un peuple de criminels, et que les scélérats ne songeront plus à renverser votre trône. »
Le Docteur. — Il me semble , ma bonne petite vieille, que vous êtes en ceci un peu sévère.
Polichinelle. — Au contraire , il me semble à moi qu'elle parle très-bien, et que sur cela les lazzaroni en savent plus que les docteurs. Quand on usait de la corde et de la potence , on tremblait au nom de la justice ; et on retenait ses mains, de peur de la prison : mais à présent les procès font rire , parce qu'on sait que tout finit par des bagatelles. Pour les grands crimes la grâce est presque sûre ; et pour les délits moindres un peu de prison, un peu de travaux forcés y voilà tout. Personne ne craint ces peines , «parce que, nous autres pauvres «c gens, nous sommes mieuxen prison que chez nous, t( et qu'un condamné aux travaux gagne le double n d'un ouvrier et fatigue moitié moins. »
L'Expérience. — Mes enfants, croyez aux paroles de l'Expérience , et assurez-vous que le monde est devenu plus mauvais, depuis qu'on ne punit plus sévèrement les méchants. Si les rois refusent de le croire, qu'ils compulsent les registres de leurs greffes criminels : en comparant ceux des temps appelés barbares avec ceux des temps présents, ils
DE i;absolutisme
pourront apprendre « lequel vaul le mieux pour la «( morale publique, de Thumanité philosophique, <( ou de la potence et de la corde. » Continuez de lire cependant.
Le Docteur. — « Un bon père doit éloigner de ses enfants les compagnons pervers, afin que ceuxci ne les gâtent point par leurs mauvais discours ; et aussi le prince sage doit empêcher qu'on ne corrompe ses sujets fidèles , et que ceux qui déjà sont corrompus deviennent pires par la lecture des écrits nuisibles et séditieux. Je sais que vous reconnaissez maintenant les désastres produits par la presse , mais on ne voit cependant pas que tous y opposiez une digue solide et suffisante. On veut guérir les empoisonnés, et on laisse au poison un libre cours. Mettez la politique d'accord avec la religion , et que Fune et Tautre veillent jour et nuit et soient inexorables envers la peste imprimée qui se propage sous toutes les formes. Sur toutes choses, gardez-vous de cette peste légère qui passe de main en main ; et, pour un certain temps au moins, « bannissez de «( vos États presque tous les journaux et gazettes « étrangères. » La plupart de ces feuilles sont vendues au parti de la révolte , ou le flattent tout au moins, afin d'obtenir plus de débit; et il n'est pas une seule de ces gazettes qui n'introduise quelque once de poison. « En fait de révolution, même les sim- « pies récits offrent du danger , lorsqu'ils ne sont « pas modifiés par la prudence. » Les esprits sont, comme les corps, sujets à la contagion, et l'histoire (les scnntlales est toujours vénéneuse. Détournez les rcîjiirds de vos sujets de certaines scènes , et pe?^si(ri<loz-î'()2is hkn ([ue personne n'éprouve re?ivic di/ni/er ce qu'il ignore, î»
PoMcniMiLLE. — Oiic feraient les oisifs, s*ils n'ijvaieiil plus de {gazettes?
L'ExpLKiE>'CE. — Oue fnisai(!nt-ils il y a cent cinquante ans, lorstpril n'existait j)a8 de gazettes?
Le Docteur. — II me semble, ma clière dame, que vous êtes encore trop sévère en cela.
L'ExpÉRiE>CE. — ]Mes amis, quand les enfants sont nialades, il faut les tenir à la diète; il vaut mieux les laisser j)leurer ipie de les faire mourir d'indi^eslion. Tant (jue durera le choléra de la révolte, la diète de la jjresse doit être rigoureuse; et <; l'on ne «! doit absolument i)erniettre d'autres feuilles cpie «t celles (pli s(M"vent ouvertement le parti de la jus- •î tiee. ;> Je voudrais dans chaque Etat une boiuie p,azeltc nationale, un bon journal iiltc'raire, daus les(piels, avec la priaUnce requi.se, on i)ul)lierait les nouvelles des pays étrangers et on rendrait c()uij)te de leur litt(^rature.
Le Docteur. — Ainsi, vous voudriez faire , dvs journaux uK^mcs , un monopole royal?
J/ExpÉRiE>CE. — Si, pour l'avantage des finan-
ces , on a établi le monopole du sel et le monopole du tabac, combien plus devrait-oD établir le moDopôle de la presse , pour Tavantage de la religloo,de la politique et de la bonne morale ! Continuez de lire ma lettre.
Le Docteur. — « En outre, qui veut que ses enfants restent tranquilles, doit leur laisser leurs amusements, qui les retiendront dans leurs chambres et les empêcheront de mettre tout sens dessus dessous dans la maison. Ainsi on doit laisser aux peuples l'occupation et le désennui de leurs attires domestiques et municipales , de peur qu'oisifs chez eux ils n'en sortent pour troubler les affaires de la nation. En cela, princes, vous avez commis uoe erreur très-grande, et pas un de vos hommes d'État ne s'aperçoit encore que le bouleversement du monde provient de cette faute en majeure partie: par iro zt\t malentendu de la souveraineté , vous avez enlevé à vos sujets tous leurs privilèges , tous leors droits, toutes leurs franchises, toutes leurs libertés, et concentré dans le gouvernement tous les fils du pouvoir , tout mouvement , tout souffle de vie. Par la , vous avez rendu les hommes étrangers dans leur propre pays : simples habitants de leurs villes, Os n'en sont plus citoyens ; et de rabolition de l'esprit communal est né l'esprit national, lequel a agrandi dans des proportions gigantesques l'orgueil et les vœux des peuples. Par la destruction des intérêts privés de tous les rounicipes , vous avez fermé de tontes les volontés une seule masse, laquelle doit se mouvoir suivant une seule tendance; et maintenant vous vous trouvez impuissants à arrêter le mouvement de cette masse énorme et terrible. Diride et i/npera. Vous avez mis en oubli celle maxime gravée sur la base des Irc^nes; vous avez prétendu diriger le monde avec une seule rêne, et cette rt^ne s'est rompue dans vos mains. Diridc et impcra. Divisez, les uns des autres , les peuples, les provinces, les villes (1), laissantà chacun ses intérêts, .ses statuts, ses privilèges, ses droits et ses franchises. «î Faites que les citadins se persuadent être quelque «. chose chez eux; permettez (jue le j>euple se <li- «t vertisse aux jeux innocents des manèges, des •t ambitions et des brigues municipales; » ressuscitez l'esprit local ])ar Témancipation des communes, et le fantôme de l'esprit national cessera d'être le démon qui enivre toutes les tètes. Chers j)nnces, éeoutez-moi. «' Si vous voyiez tous les chevaux rc- «: fuser soudain de porter la somme et de trainer b «i charrette; si tous les bœufs ne voulaient j-lus «t souffrir le joug et labourer la terre , vous oNsii- «[ neriez-vous à croire (pie la nature de ces bt'l«5 «i est changée, -> et ne chercheriez-vous pas plutôt
(i; Dividclc popolo da popolo, proviucla da pioxincia. cllliiJ* citIJ.
ET DE LA LIBERTÉ
la cause de leur indocilité dans le désordre des harnais et rimpéritie des conducteurs? Et, aujourd'hui que tous les peuples se révoltent contre le frein des rois, pourquoi tous obstineriez-Tous à supposer que la nature des hommes a changé, au lieu de reconnaître quelques défauts dans la manière de gouTemer? Pesez bien ces paroles , tournez ?os regards sur le passé ; et, si vous voulez que les* générations présentes soient dociles comme les anciennes, gouvernez-les comme vos pères gouvernaient les anciennes. »
Pquchinelle. — Tout cela peut être fort beau , mais je n'y comprends rien.
L'ExFiBiEKCE. — Je sais bien que certains discours ne sont pas entendus du vulgaire, et toutes les classes ont leur vulgaire. Ma lettre n*est pas adressée à la populace , mais aux rois. Poursuivez et ne perdez pas le temps.
IjB Docteur. — « Une cause principale du bouleversement du monde est la trop grande diffusion des lettres , et cette démangeaison de la littérature qui a pénétré jusque dans les os des poissonniers et des palefreniers. Il faut sans doute dans le monde des lettres et des savants, mais il faut aussi des cordonniers, des tailleurs, des forgerons, des laboureurs et des artisans de toutes sortes ; il y faut une grande masse de gens bons et tranquilles, qui se contentent de vivre sur la foi d'autrui, et trouvent bon que le monde soit guidé par les lumières des autres, sans prétendre le guider par les leurs propres. «( Pour tous ces gens-ci la lecture est dangereuse , « parce qu'elle stimule des intelligences que la na- <c turea destinées à se remuer dans une sphère «( étroite, fuit naître des doutes que la médiocrité K de leurs connaissances ne leur permet pas de ré- « soudre, accoutume aux plaisirs de Tesprit, les- » quels rendent insupportable le travail monotone «t et ennuyeux du corps ; éveille des désirs dispro- *c portionnés à la bassesse de la condition , et , en u rendant le peuple mécontent de son sort , le dis- « pose à tenter de s'en procurer un autre. » C'est pourquoi , au lieu de favoriser démesurément l'instruction et la civilisation (civilità) ^ vous devez avec prudence y imposer des bornes , « considérant •i que , s'il se trouvait un maître qui pût , en une «: seule leçon, rendre tous les hommes aussi sait vants qu'Aristote et aussi polis que le grand « chambellan du roi de France, il faudrait sur-le- •c champ assommer ce maître, afin que la société » ne fût pas détruite. Réservez les livres et les études M aux classes distinguées et à quelque génie extraor- <( dinaire qui se sera fait jour à travers l'obscurité t( de sa condition , et faites en sorte que le cordon- «< nier se contente de son alêne, le paysan de son « boyau, sans aller se gâter !c cœur et la tête n
« l'école de l'alphabet. Par suite d'une diffusion Il malentendue et disproportionnée de la culture , u une race innombrable de manants et de gagne- « deniers ont porté le trouble dans la société , en « voulant, au mépris de la nature, s'associer aux (c classes élevées; » et vous êtes contraints d'enlever la peau à la moitié de votre peuple pour en faire des culottes à l'autre moitié, qui, née pour gagner son pain avec la bêche et la cognée , demande des emplois et des pensions, et prétend tirer de sa plume de quoi vivre et bien vivre. Tous ces petits sages sans aucune base solide d'étude et de jugement, tous ces petits seigneurs sans patrimoine suffisant pour faire bouillir la marmite , portent naturellement dans le cœur le mécontentement et l'envie , et sont des matières toujours prêtes à s'enflammer au souffle delà révolution. L'imprévoyante propagation des lettres a rassemblé cette masse dangereuse de combustibles; et, par une adroite et discrète diminution delà culture, vous devez abaisser les flammes de la soinlisant philosophie et écarter la mine de vos trônes. »
PoucHiNELLE. — Je ne suis qu'un pauvre lazzarone, mais je comprends que vous dites bien. Si M™** Polichinelle , ma mère , n'avait pas fait la polichinellerie de m'envoyer à l'école , je serais , un peu plus , un peu moins, un âne comme je le suis maintenant ; mais j'aurais appris un métier , je me trouverais heureux d'être Polichinelle, et je pourrais me tirer d'affiaire honorablement. Justement parce qu'ils m'ont appris à écrire , je me suis rempli la tête d'un monde de sottises , Je ne sais plus me contenter d'une paillasse et de la polenta y et je suis venu chercher fortune dans le pays de la constipation (constitution).
L'Expérience. —Mes amis, tout n'est pas fait pour tous. Si tous les animaux étaient des éléphants, on ne trouverait plus ni ânes ni poules. Les armes dans les mains des soldats servent a la défense et à la sûreté de l'État; mettez-les dans les mains du peuple, qu'en advient-il? des insultes, des rixes, des meurtres. Terminez la lecture.
Le Docteur. — <: Surtout si vous voulez assurer le repos de vos peuples, raffermir vos trônes, et remédier aux désordres du monde , ramenez le respect pour la religion, qui, méprisée et repoussée de tous, ne trouve aujourd'hui aucun asile sûr, pas même dans les temples. Les ministres des autels sont devenus la balayure du peuple, et leur nom même sert vulgairement à designer toutes les folies et toutes les turpitudes (1)... Celte haine et ce mépris de la religion sont l'œuvre de la révolution alliée à rimpiété, et vous savez que les coups portés
(I ) a; te azzionipazzc e tiegue dt scherno si chiamano votgarmentc fratale
DE L'ABSOLUTISME
à la relîgioD ont ébranlé vos trônes et les menacent de ruine. (^)u'aYez-?ous fait cependant pour rétablir dans le cœur des peuples cette protectrice des trônes? et où est le roi dont le zèle se soit enflammé pour la cause de Dieu? Vous êtes , princes, religieux et bons; mais est-ce la religion et la bonté 'des rois qui gouvernent toujours les États? n'arrive-t-il jamais que la religion commande dans le cœur des rois , et serve les intérêts et la politique dans les cabinets? Posez la main sur la poitrine, jetez les yeux sur les annales de vos empires, et répondez-moi sincèrement. Quel est celui de vos royaumes où Ton ne puisse recueillir un volume d*édits et d'ordonnances royales opposés aux canons de rÉglise? quel est celui de vos palais où il ne se trouve point quelque salle ornée des dépouilles du sanctuaire? quel est celui de vos gouvernements qui n*ait point fait verser quelque larme au pasteur du Vatican ? Tandis que la religion, frappée par les rois , tremblera devant leur trône, comment pourra-t-elle recouvrer son autorité sur le cœur des peuples? et, tandis que les peuples ne respecteront point le frein de la religion , comment pourront-ils se soumettre à Tempire des rois? Princes , comprenez , pesez, espérez , alliez-vous de bonne foi avec le sacerdoce ; et , sans vous placer sous ses pieds , cédez-lui la main : parce que , si vous êtes les pre* miers-nés dans TÉglise , vous êtes aussi les enfants de rÉglise. D'accord avec cette mère sage, discrète et pieuse, employez la voix, l'exemple, l'adresse, la clémence et la rigueur, pour remédier aux j)Iaies de la n'lij»i(»n. Relevez les pierres tie l'autel, et la solidité (le l'autel sera raffermissement de vos trùnes. »
l'()Licin>ELLE. — La lettre est un i)en Ion(;uette , mais il n'y a pas de mal à cela.
Li: DocTti K. — Elle est écrite avec beaucoup de liberté.
1/P^x PÉRILS CE. — Mes amis , toute la vérité ou rien ; si l'on veut que les peujjles écoutent la réprimande, il Faut leur j)ersua(ler (pie la vérité ne fajt exception (le personne, et (|u'elle i)arle franchement UKMneaux rois. Autrement ils croiront que la plume (|ui écrit est vendue , et les paroles de la véiité ne feront aucune impression.
Le Docteur. - Comment ferons-nous pour {)résenter cette lettre à tous les rois de rLuro])e?
L'K\PÉRn:>CE. — Si vous voulez éj)ar|)ner le voyage, faites-la iin|Mimer.
Le Docteur. — Diable ! qui donnera la permission de la publier?
l'OEiciiiNELLE. — Et pourquoi non? il se trouve de \ileset sales presses i>our publier toutes sortes d'ini(iuités, et il ne se trouverait pas uni; jiresse uoble et pjénéreuse pour publier les paroles de l'Expérience et de la Vérité, écrites dans le seul but de
soutenir la cause des rois et d*aider à réUblîr Tordre dans le monde !
L'ExpÉEiENCB. — Si vous ne parvenez pas i Hmprimer ouvertement, faites-la imprimer en secret.
Le Docteur. — Serait-ce bien de publier un écrit sans la permission des supérieurs?
L'Expérience.— Vous avez raison , ce ne serait pas agir en honnête homme. « Mais montrez-la en u particulier (aquattr' occhi) à un supérieur éclairé » et sage ; vous verrez que par des considéraUcni t( de prudence on n*y mettra pas rimprimator, <( mais on sera bien aise que vous la fassiez impri- «( mer secrètement.»
Le Docteur. — Eh bien! nous irons ci ferons comme vous dites.
Ce qu'on vient de lire n'est donc que l'expositioD exacte et franche de la pensée secrète de ceux qui gouvernent aujourd'hui le monde : et que font-ils ai efFet , partout , qui n'y soit entièrement conforme? Ainsi, Ton sait quel est leur but et comment ils espèrent l'atteindre. Ce qui nous frappe surtout dans cette théorie de despotisme, c'est ce qu'elle a de profondément vrai. Essayez de la modifier en quelque point, et tout le système s'écroule. I>es conseils en apparence les plus exagérés, les plus atroces maximes , sont des consé<iuences rigoureuses du principe dont on veut assurer le triomphe. Nol moyen de les atténuer. La logique inflexible des choses, l'invincible nécessité, mènent jusque-là ; et, lorsque je vois les princes ou leurs agents mettre partout en pratique ces exécrables iniquités , j'accuse moins encore les hommes que les doctrines (pii dominent les hommes. Esclaves de leur propre tyrannie, elle les contraint à abjurer tout sentiment de justice, de piété, d'amour fraternel; à se dépouiller de la forme humaine pour revêtir celle de je ne sais quel fantùme infernal. Marqués au front d'un sijjne effroyable , Dieu a voulu <|ue leur seul aspect épouvnntiU la terre , afin que l'horreur qu'ils inspirent fiU dès ici-bas le conmicncement de leur supplice.
Et considérez un peu le système qu'on vous présente connue le [)lus parfait modèle trorganisalion sociale. Au sommet , le prince dont la volonté ab^olue peut tout; à côté de lui, le bourreau. Tout ce<iui vient aj)rès, liommes et biens, est son patn'moifw. Mais y aura-t-il au moins é[]alité de servituile, civilité il(î misère? Non. Au-dessous du prince, deux races distinctes, éternellement séparées. A Tune bs propriétés , l'instruction , les lumières ; à l'autre le travail et l'ij^norance, la paillasse et la palcuta j lai>rivation entière et perpétuelle \\v^ plaisirs da fige reu.r de r esprit, une misère sans tin , un irrévocable abrutissement. Celle-ci. on la compare, et
ET DE LA LIBERTÉ
justement, aux bètes de somme : lanalure Va faite cela y qu'elle reste cela. Mais les bètes de somme ont la nourriture en abondance, de la paille fraîche pour reposer dessus. La plèbe n*en mérite pas tant. Dans la société que l'on confie à la g[arde du bourreau, le forçat est plus heureux que l'ouvrier , la prison est plus douce que le foyer domestique. C'est , il est vrai , une anomalie : mais que doit-on faire pour qu'elle disparaisse? améliorer le sort de l'ouvrier? laisser pénétrer quelques jouissances sous le toit du chaume du pauvre? Que dites-vous donc? ce sont là des niaiseries philosophiques. Ce qu'on doit faire: consultez V Expérience; elle vous dira que, pour remettre toutes choses en ordre, pour ramener la félicité monarchique des anciens temps , il faut augmenter l'horreur des prisons et les tortures du forçat : il faut créer un enfer sur la terre.
Nous ne pensons pas qu'un pareil système soit destiné désormais à prévaloir dans le monde , et qu'il étouffe au fond des cœurs les doctrines de la liberté. Vous aurez beau abuser de la force, emprisonner , tourmenter , tuer ; ni les gourdins de vos assommeurs, ni les fers de vos geôles , ni le plomb de vos mousquets , n'atteindront les lois éternelles d^ieu et de l'humanité. Vous direz et ferez dire qu'en luttant contre votre despotisme, en réclamant Taffrandiissement politique et civil du peuple , en s'occupant d'adoucir ses maux, de soulager ses inexprimables souffrances , d'élever sa condition sociale, on ébranle la base de toute société, on provoque au désordre , on viole les préceptes chrétiens: il est trop tard , ces moyens sont usés maintenant. On vous demandera ce que c'est donc pour vous que la société, Tordre, le christianisme. On vous demandera de montrer l'acte de cession (|ue Dieu et le Christ vous ont fait du genre humain. On vous de-
mandera enfin d'expliquer vos propres paroles : car votre langage , nous nous en souvenons , n'a pas été toujours le même ; il a varié avec vos intérêts.
Au commencement de la guerre de Russie , en 1 81 S , il y eut, des deux côtés , des proclamations. Alexandre terminait la sienne par ces mots : «( Guer- « riers ! vous défendez la religion , la patrie et la «t liberté I » Dans une proclamation postérieure , appelant aux armes la nation entière, il disait : » Partout où dans cet empire il portera ses pas , il i( sera assuré de trouver nos sujets natifs riant de it sa fourberie , dédaignant sa flatterie et ses mente songes, foulant aux pieds son or avec l'indigna- « tionde la vertu offensée, et paralysant, par le u sentiment du véritable honneur, ses légions u d'esclaves. i* Un peu plus tard Jes princes d'Allemagne adressaient à leurs sujets des paroles semblables. Faisant de la liberté leur cri de guerre , promettant des institutions qui seraient une garantie contre le despotisme, ils exaltèrent au plus haut degré le sentiment patriotique et l'énergie nationale. Dans ce temps-là , les souverains, ayant besoin des peuples , parlaient le langage des peuples. Maîtres aujourd'hui, et plus absolus que jamais, après avoir trahi leurs promesses ils maudissent, ils exècrent cette liberté au nom de laquelle ils soulevèrent d'immenses populations confiantes en leur sincérité ; et nul crime plus grand , plus irrémissible à leurs yeux , que de répéter ce qu'ils disaient alors. Cependant le vrai et le faux , le lûen et le mal , ne changent pas ainsi de nature , selon l'intérêt et la position de ceux qui gouvernent les hommes. Ou donc , à Tépoque dont nous parlons , les souverains firent près de leurs peuples l'office de tentateurs , de révolutionnaires impies, ou ils font aujourd'hui le métier de tyrans.