TOMB II
lourde et vide érudition du Père Petau. Rien aujourd'hui ne peut, parmi nous, donner une idée des gigantesques travaux des Ducange , des Baluze, des Jjecointre , des Duchesne , des Tillemont , de TAcadémie .des inscriptions , dont les mémoires forment un recueil , jusqu'à présent unique , de recherches aussi variées que profondes , et surtout des Bénédictins de la congrégation de Saint-Maur. Ces pieux enfants de la solitude, après avoir déposé la bêche et le boyau qui fertilisèrent une partie de notre sol, élevèrent , dans le silence du cloître , ces merveilleux monuments qu'on pourrait appeler les pyramides de la science , et qui , en ce siècle où l'on ne sait plus tout ce que peut opérer la force d'association constamment dirigée vers un même but , nous apparaissent comme des vestiges laissés, par une race d'hommes plus puissante, de son passage sur la terre. L'Espagne, en s'occupant de sa propre histoire si brillante , si poétique , a contribué à éclaircir une partie de celle des Arabes, ses derniers conquérants. Elle est loin cependant d'avoir épuisé la tâche particulière que sa position lui assigne dans cet ordre de recherches. De nombreux documents restent encore ensevelis dans ses bibliothèques et ses archives, et probablement continueront d'y dormir inconnus, jusqu'à ce que cette belle et glorieuse nation , sou. tant de l'atmosphère ténébreuse qu'on a épaissie autour d'elle , se réchauffe au soleil de la civilisation, qui , de nos jours , ranime et féconde des contrées plus heureuses. I^s trésors littéraires du Vatican , ouverts à tous , fourniraient de précieux matériaux pour l'histoire du moyen âge et des temps posterieurs. D'autres bibliothèques, à Florence, à Venise, à Milan, demanderaient encore à être soigneusement fouillées paf des hommes patients et habiles. Les immenses travaux de Muratori auraient dû , ce
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semble , en provoquer de semblables ; mais ce nom illustre représente presque seul la gloire de l'Italie dans cette branche importante des connaissances humaines. L'édition , si considérablement augmentée, du Monasticon de Dugdale, qu'on vient d*achever en Angleterre, est son plus beau monument de ce genre, moins remarquable toutefois par la critique et la science véritable, que par la somptueuse magnificence qui a présidé à son exécution matérielle. Une riche aristocratie a voulu un ouvrage de luxe, un livre démesurément cher: elle l'a eu.
La collection , vraiment nationale , commencée en Allemagne d'après les vues patriotiques du comte de Stein , aura , si jamais elle se termine , un autre caractère , nous le croyons. Mais , puisque nous avons nommé l'Allemagne, c'est ici le lieu de lui rendre la justice qui lui est due , et de reconnaître hautement l'incontestable supériorité qu'elle a acquise , depuis un demi-siècle , dans la culture des sciences historiques. Au moment où la France, absorbée tout entière par sa révolution politique, détournait ses regards du passé pour les arrêter uniquement sur l'avenir qu'elle préparait au monde ; lorsque, ouvrant la carrière où l'Europe la suit, elle s'abandonna, comme Colomb , aux vents et aux tempêtes pour découvrir de nouveaux rivages et un ciel nouveau ; lorsqu'elle dit aux peuples étonnés, aux peuples assoupis dans leur vieille misère : C'est assez de ce qui fut; je vous créerai d'autres destins : alors la laborieuse et pensive Allemagne , occupant la place que la France quittait, laissa celle-ci remuer le présent et tourna son activité vers un but exclusivement intellectuel. Elle entreprit, en quelque sorte, de reconstruire , à l'aide des faits et de la théorie philosophique , Torganisme vivant de Thunianité dans les siècles antérieurs. Agrandissant ainsi le domaine de l'histoire, elle y ramena la philologie, rarchéologie, et en général toutes les sciences qu'elle fit converger à ce foyer commun. Recueillant tout, rapprochant tout, religion, lois, mœurs, coutumes, traditions, langues , littérature déveloj>pée ou informe, et spécialement ces chants spontanés qui furent ixirlout les premières annales des peui)les , et l'expression la moins é<piivoque de leur caractère individuel, de leur vie morale et intime, elle s'efforça de débrouiller leurs origines si obscures et leur filiation si incertaine. Une pareille méthode, on le sent bien , provo(|uait des hardiesses de tout genre, laissait aux conjectures les plus hasardées un vaste champ, et, en exigeant qu'on s'isohU des impressions que l'homme reçoit de tout ce qui l'environne, pour se pénétrer de l'esprit, des sentiments, des passions d'une autre société et d'une autre époque, mettait en jeu une sorte de faculté de divination. A défaut do (lorumrnls i)liis directs et plus étendus, l'histo-
rien, cherchant à saisir dans les traditions héroiquet et mythiques d'un peuple son génie propre, et, pour ainsi dire , sa forme particulière , se flattait de le recomposer sans autre secours , à peu près comiDe Cuvier recomposait des animaux entiers de genre inconnu à l'aide d'un seul fragment de leur structure osseuse , avec cette difFérence toutefois que le célèbre anatomiste prenait pour point de départ ud débris d'organisation, et l'historien la force organisatrice elle-même. On ne peut nier que plusieurs écrivains dont l'Allemagne s'honore à juste titre, n'aient fait preuve , dans ce travail singuUer, je dirais presque dans cette espèce de féerie scientifique, d'une étonnante sagacité. Il suffit de nonuner Niebuhr pour rappeler tout ce qu'a d'ingénieux, de brillant, mais aussi de conjectural, la méthode qu'il a illustrée en l'appliquant , souvent avec un rare bonheur , à l'histoire des premiers temps de Rome. Espérons que sa mort prématurée ne privera pas l'Europe de la suite d'un ouvrage qui a jeté un si grand éclat, en ramenant les faits matériels de l'humanité sous la puissance de l'esprit qui les engendre, les anime et les vivifie.
Ce n'est pas qu'on ne puisse abuser de ces procédés à priori y surtout lorsqu'on les sépare d'une profonde connaissance des monuments ; et que leur emploi n'ofFre fréquemment quelque chose d'arbitraire, ou tout au moins d'indémontrable, qui semble peu compatible avec le caractère propre de l'histoire, tel qu'auparavant on se le représentait. Cet inconvénient très-réel, et dont les imitateurs de Niebuhr ne sauraient se garder avec trop de soin, ne détruit cependant pas les nombreux avantages qu'ofl^re le mode d'investigation philosophique ilonl il est une conséquence inévitable. On conçoit néanmoins que plusieurs, moins frappés de ceux-ci (ju'elfrayés de celui-là , aient cru plus sage de s'abstenir d'entrer dans cette route nouvelle. De là deux écoles historiques , l'une que l'on peut appeler instinctive , et l'autre positive , ou ne s'appuyanl «pie sur des témoignages écrits. L'auteur de l'ouvrage que nous annonçons appartient à cette dernière. Aspirant à des résultats rigoureusement incontestables, il écarte inexorablement ce qui ne serait que devine, sans être susceptible de preuve directe; non qu'il réprouve, tout au contraire, un usage franc de la pensée, un examen sévère et imlépendant des opinions les plus accréditées, iiiai> restreint toutefois dans les bornes de la critique purement historique , suivant l'ancienne acception du mot. Ce cercle ne laisse pas d'être encore assez vaste. On se ra])pelle, en effet, qu'il y a vingt-deux ans M. 31icali, dans son livre intitulé l'Italie avant les Romains y ai)pela le premier Taltention des savants sur l'histoire de cette époque antique, et,
HISTOIRE DES ANCIENS PEUPLES ITALIENS
par la hardiesse de ses vues autant que par la profondeur de ses recherches , donna l'impulsion aux travaux postérieurs et à ceux de Niebuhr lui-même. Il est bon de constater les faits de ce genre , afin que, dans le progrès de la science, chacun jouisse de la part de gloire et de reconnaissance qui lui est due.
Comme tous les hommes supérieurs, M. Micali fut loin d*ètre pleinement satisfait des essais de sa jeunesse. Au lieu de se reposer dans le succès flatteur quMl avait obtenu , il recommença ses études , devenues plus faciles à quelques égards, et plus intéressantes par la découverte d*un grand nombre de monuments propre à répandre une vive lumière sur le sujet qui Toccupait. Il relut tout ce qui s'y rapporte dans les^crits des anciens et des modernes, compara tout, discuta tout; et, non content des connaissances qui se puisent dans les livres, il paiv courut ritalie entière, pour recueillir sur les lieux mêmes , par Tinspectlon immédiate du sol , ces no* lions précises que rien ne supplée lorsqu'on veut arriver à des conclusions solides , et ne pas apprécier certains faits comme au hasard. Le résultat de tant de travaux est consigné dans VHistoire des anciens peuples d'Italie qu'il vient de publier à Florence. Nous lâcherons d'en donner une idée sommaire , en nous permettant, d'après son invitation même, de soumettre à l'illustre auteur quelques doutes sur différents points susceptibles , ce nous semble, d'êtr« contestés, et sur plusieurs applications de son hypothèse fondamentale , développée avec autant d'art que de clarté, mais conçue en un sens trop exclusif peut-être.
M. Micali se place d'abord au centre de cette magnifique chaîne de montagnes qui parcourt l'Italie dans toute sa longueur. Il suppose qu'à une époque où déjà le pays était habité , la Skile , auparavant jointe à la Calabre , en fut séparée par quelque violente commotion du sol (1) ; et que, dans le même temps, la mer, recouvrant les plaines aujourd'hui si fertiles qui s'étendent des deux c6lés des Apennins, s'élevait jusqu'au pied de ceux-ci et en baignait les croupes (2). Ces deux suppositions paraissent difficiles à admettre. On est généralement d'accord que la Sicile , comme l'Angleterre , et quelques autres Iles autrefois unies aux continents voisins, n'en ont point été séparées postérieurement au grand cataclysme qui opéra, il y a environ cinq mille ans, des bouleversements si profonds sur la surface de notre globe. Et, quant à là submersion primitive des plaines de la péninsule italique , elle impliquerait un changement de niveau dans les mers adjacentes, qui successivement se seraient abaissées, et considérablement abaissées : fait contraire aux observations
(I) Tome I, page 4.
et aux documents historiques , d'où il résulte que le niveau de la Méditerranée n'a pas varié sensiblement depuis près de trente siècles. 11 est très-vrai cependant que ces plaines, inondées par les débordements des fleuves qui les traversent, étaient pour la plupart originairement inhabitables, ainsi que le dit M. Micali; qu'elles n'ont pu devenir propres à rhabitatton de l'homme qu'à l'aide d'immenses tra* vaux de dessèchement , de digues construites pour contenir et diriger les cours d'eau , et qu'encore aujourd'hui une négligence de moins d'un demisiècle dans l'entretien de ces digues suffirait pour transformer de nouveau la Lombardie presque en-^ tière en un vaste et stérile marais. Il est donc certain que la population dut être d'abord confinée dans les montagnes, et qu'elle ne put même étendre ses conquêtes sur un sol tel que celui que nous venons de décrire, avant d'avoir atteint, avec la connaissance et la pratique des arts , un degré de civilisation assez avancé»
Mais quelle était cette population? D'où tiraitelle son origine? A quelle race plus ancienne appartenait-elle ? Loin de prétendre résoudre ces questions, M. Micali les juge insolubles, au moins dans l'état actuel de la science , et conséquemment déclare qu'il ne s'en occupera point. Le premier fait pour lui est l'existence de peuplades indigènes , en ce sens que leur séjour en Italie est de beaucoup antérieur aux monuments de l'histoire; qu'on ignore entièrement d'où elles y étaient venues , par quelle route , et de quelles nations elles s'étaient détachées. Ces aborigènes^ comme les appelaient les Romains , possédaient le pays qui s'étend du pied des Alpes jusqu'à l'extrémité de la péninsule. Issus d'une souche commune, ils parlaient tous, suivant M. Micali , une langue radicalement la même , avaient la même religion , les mêmes mœurs , les mêmes lois, les mêmes institutions fondamentales, bien que portant des noms divers , et séparés en un grand nombre de sociétés particulières. Dans la suite des temps , il s'établit , sans parler des Iles adjacentes successivement envahies par divers peuples navigateurs , il s'établit , disons-nous , sur les eûtes de ritalie inférieure, des colonies Cretoises, cbalcidiennes , acbéennes et doriques , dont l'ensemble formait ce qu'on nomma depuis la grande Grèce. Mais, quelle qu'ait pu être d'ailleurs leur action civilisatrice sur les populations voisines indigènes, les deux races demeurèrent profondément distinctes et ne se mêlèrent jamais.
D'autres invasions troublèrent, à difl^érentes époques , le repos des habitants de l'Italie supérieure. Les Liburniens de race illyrique , les Liguriens , les
(1) IMd., page P.
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Énéles ou Vénileg , et cl'aitires nations parties des borJs upposéB de l'Adriatique, refoulèrent, â plutieur» reprises, les |>optilalions priDiiiives vers l'Italie centrale , comme des ondes ijul se pouasenl aHilucllemeut. Les Pelages ou rélagues y pénétrérent avec les tribus fii(;ili«es, mais leur séjour n'y fut pas très-long , et il influa peu sur les [leuplea au milieu desquels ils vécurent momentauement , à cause de la civilisatioa supérieure de ceux-ci. Repousses de proche en proche jusqu'aux dernières limites méridionales de l'ilalic, ils la quittèrent, enfin , sans y laisser aucune trace duralile de leur jwssage; car, suivant l'opinion, au moins trèsprobable , de U . Micali , les monuments qu'on appelle cjciopéens leur ont été faussement attribués. Ce genre de construction , indii)ué par la nature même dans les pays montagneux où la pierre
I abonde, fut de tout temps pratiqué par les indi- ([ènes, et H. Uicali prouve fort bien que l'usage s'en continua jusque sous les premiers empereurs. Toutefois, avant de porter un jugement délinitif •ur l'iufluence pélagique en Italie, il faudrait, ce sous semble , mieux connaître ce peuple mystérieux , qu'on dirait poursuivi , dans ses comiouelles migrations, par une fatalité inexorabte, et qu'on TOit , tel qu'une ombre vague et silencieuse , se glis- ■cr à travers les origines de toutes les nations les plus célèbres de l'Occident.
Les Osqnes , ou Opiques , ou Aurunces , formaient le tronc principal de la race primitive italienne, comme les Ka-Sènes, appelés par les Grecs Tirsèniens ou Tirrliéniens , par les Uomains Tusqucs ou Etrusques , en formaient la branche la plus illustre et la plus mitisée. Nous avouerons que , sur ce point , il nous reste quelques doutes : celte identité d'origine ne uous parait pas suftisamment constatée ; elle manque de preuves directes , et , lorsqu'on vient à considérer combien , par leurs institutions religieuses et politiques, par leurs sciences, leurs arts, leurs mœurs , et , autant qu'on en peut ^ juger, par leur langue même, les Étrusques ditteraient ries peuples circonvoisins, on se persuade I difficilement qu'ils aient pu sortir d'une source
commune, quoique l'on reconnaisse clairement une certaine influence réciproque qui dut être l'effet de leur raiiprocliement sur le même sol , et des communications fréquentes qui en étaient une suite W nécessaire. Nous ne petnons pas que , pour rendre raison de ces différences radicales , il suffise d'établir que les Étrusques , peuple commerçant et navigateur , eurent de nombreuses relations avec l'Afrique et l'Asie, ni même de conjecturer qu'à l'époque de l'invasion des pasteurs en Egypte quelques familles sacerdotales se réfugièrent chez les Ila-Sèncs, et, les iniliant au culte l'QypIien, à la
PEUPLES ITALIENS, philosophie, aux sciences, anx arts de cMle antique contrée, fondèrent parmi eux un ordre loctal tout nouveau ; car il n'existe aucun autre exemple d'une nation ainsi changée fondamentalement par des étrangers fugitif, néccswirnnenl suspects du moment où ils auraient laissé seulement apercevoir la pensée d'opérer une révolutioD> la(|uelle bouleversait , avec le droit reçu , les rel>lions antérieures entre les divers membres de II communauté. Et , d'ailleurs , s'il existe des rapports qu'on ne peut méconnaître entre les idées religieuses des Étrusques et les croyances égyptiem»», il n'en existe presque aucun entre leur organisation sociale et celle de l'Egypte, fondée sur le système des castes. De plus : ia mythologie étru»iue , d'après ce que les monuments nous en apprennent, avait des relations non moins marquées avec îles croyances assyriennes et phéniciennes ; et leur religion, leurs institutions, leurs lois, leur ordre social entier, formaient un tout tellement compacte,» étroitement lié dans toutes ses parties, que l'esprit m refuse â le concevoir sous une autre notion que celle d'une production vivante et spontanée du génie et des traditions nationales , modiliés ensuite superficiellement par des causes accidentelles , <]ui jamaii n'en altérèrent le fond principal.
Que s'd nous reste des doutes sur l'identité originaire des Ila-Sènes et des Osques , nous ne pensmw pas qu'on puisse en conserver sur l'origine ceoimunc des peuplades qui successivement occupèrent la péninsule depuis les rives du Tibre jus<[u'à l'e\tremité de la Calabre. On peut en voir le dénombrement dans M. Hicali, qui suit leur filiation avec une science, une sagacité et une clarté admirables.
Pour comprendre les mouvements de toutes ces populations , il faut les rapporter à trois causes générales :
Premièrement, l'invasion étrangère. Ainsi, dès ki plus anciens temps, les nations connues sous le nom d'Illyriens, de Thessaliens, de Pelages, l^ate^ sani l'Adriatique, s'emparèrent des cAles voisiou des bouches du P6, et, s'avançant ensuite dans l'intérieur du pays, en chassèrent les Ombriens, qui, rencontrant dans leur fuite les Sicules, établisentre l'Arno et le Tibre , les forcèrent de leur céder (x territoire, et de chercher eux-mêmes une autre patrie qu'ils ne trouvèrent que dans la Sicile, à laquelle ils donnèrent leur nom, après l'avoir en partie conquise sur les Sicaniens , ses jiremrers luliilanls. Mais , bienlAt après , les Ombriens furent i kiir tour dépossédés par les fia-Sènes, qui jetèrent au centre de l'Italie les bases d'une domiDatioo du- ■■able.
Secondement , les guerres intérieures. Tant de prtites peuplades voisines, resserrées chacune danf
HISTOIRE DES ANCIENS PEUPLES ITALIENS
un étroit espace, ne pouYaient guère Yîvre longtemps en paix ; et la force , qui presque toujours interYcnait pour terminer entre elles les contestations sur les limites, devait les changer souvent. Les Étrusques étendirent progressivement les leurs de Pembouchure de la Magra à celle du Tibre ; et , portant leurs conquêtes dans la haute Italie jusqu'aux rives du Tésin , et dans Tltalie inférieure au delà même de celles du Yulturne , ils y fondèrent deux nouveaux États, deux Étruries nouvelles, composées chacune, comme Tancienne , de douze villes confédérées : car le nombre douze était , chez les Ra-Sènes, symbolique et sacré. Et encore ici nous voyons les Étrusques constamment séparés de tous les autres peuples italiques par une forme de société qui, dans son ensemble et dans ses détails, leur était exclusivement propre.
Troisièmement , les colonies appelées printemps sacrés. Lorsque l'agriculture , à peine naissante , n'ajoutait que peu de ressources à celles de la vie purement pastorale , la subsistance des tribus errantes dans les vallées des Apennins était généralement très-précaire. S'il arrivait que leurs faibles moissons manquassent , ou qu'une épidémie ravageât leurs troupeaux , ou qu'elles eussent éprouvé les calamités de la guerre, alors, pour détourner par une solennelle expiation la colère céleste , elles consacraient au dieu à qui appartenait le souverain empire tout ce qui naissait dans le cours du printemps, enfants et animaux, et c'était là le printemps sacré : ver sacrum. Il est possible qu'originairement ce qu'on dévouait ainsi fût réellement offert en sacrifice à la divinité qu'on voulait fléchir, comme le pense M. Micali. Cependant j'inclinerais à ne voir dans cette institution singulière qu'un moyen tout à fait conforme au génie religieux de l'antiquité , de remédier au trop grand accroissement de la population par l'établissement de colonies qui trouvaient dans le caractère sacré qu'on leur avait imprimé une sauvegarde plus sûre que la force. Et , en efiet , sitôt que la génération dévouée avait atteint l'âge de l'adolescence , elle s'en allait , conduite par l'un des principaux membres de l'ordre sacerdotal, chercher ailleurs d'autres foyers. La religion les protégeait mieux que les armes. «< Parie tout, dit M. Micali , où l'on bâtissait un temple u avec de nouveaux autels et des rites divins , les <c peuples se rassemblaient autour : là s'élevaient u des habitations rustiques , s'ouvrait un nouveau M marché ; là , sur une terre nouvelle , croissait un «( peuple nouveau. Ainsi, selon le génie de ces M temps où dominait universellement le sacerdoce, u tous tenaient pour sacré le commencement de « ces colonies qui propageaient de côté et d'autre (( les formes , les ordonnances et la tutelle d'une
« même institution théocratique ; tous , mieux con- «( tenus ou plus justement régis par elle, s'esti- « maient heureux d'être associés au sort d'un peuu pie favorisé par les augures et cher aux dieux. Ce « qui fait clairement comprendre comment un u petit nombre d'hommes choisis , revêtus des ar- « mes invincibles de leur dieu, purent s'incorporer « avec d'autres peuples indépendants, leur commu- «t niquer leurs lois , leurs règles , et fonder avec le u temps des sociétés puissantes. Initiés aux mysu tères religieux et civils , les conducteurs de ces «c colonies sacrées ne pouvaient certainement donu ner au nouveau peuple d'autres institutions que • u celles dont ils étaient les gardiens, les régulateurs (( et les maîtres. Nous apprenons de Pline que les u Picéniens descendaient des Sabins par le vœu «( d'un printemps sacré; les Samnites en prove- <( naient de la même manière, comme les Lucaniens u des Samnites : toutes nations nombreuses et M fortes , constituées sous une seule loi , ayant la « même religion , et gouvernées également , dès «( l'origine , par des commandements et des décrets «I sacerdotaux (1). »
Les diverses peuplades de race certainement osque , séparées par la nature même du sol coupé en vallées profondes et difficilement accessibles, avaient habituellement peu de relations entre elles , ce qui contribua sans doute à conserver et à fortifier Tesprit d'indépendance qui formait , comme le remarque Salluste {i) , le trait le plus marqué de leur caractère commun. Jamais elles ne parvinrent à se constituer en un même corps politique, ni même à former une confédération qui eût quelque force d'unité. Ce fut toujours le sort de ce beau pays d'être divisé intérieurement , avec celle différence qu'autrefois ses habitants étaient séparés par la liberté , et qu'ils le sont aujourd'hui par la servitude. La religion seule put opérer un commencement d'union, suffisante peut-être pour garantir l'existence de l'ordre social établi , mais trop faible pour résister aux envahissements de la puissance plus concentrée de Rome. Laissons parler M. Micali. V Dès le moment où , des Alpes à la mer de Sicile , u les tribus indigènes eurent formé de nombreuses <( sociétés civiles distinctes , le principe religieux , (c base de la cité , prévalut partout dans la jurispru- « dence publique des nations italiennes, quelle •( qu'en fût la force , la police et le nom. De sorte <c que , de f jit , le principal ou même ruuiijue lien X de leur concorde nécessaire, mais faible, se trouu vait dans le culte religieux , inséparable appui t( du droit des gens. Les fériés solennelles instituées,
(1) Tome I, page 24.
(2) Gcnus homiDum agreste , sine legibiis , sine Impcrio , liberum atque solulum. CatU.O.
HISTOIllE DES ANCIENS PEUPLES ITALIENS.
>i (lès l'origine , chez chaque peuple conFëiléré, cl " auxquelles , par le devoir de leur office , assis- " taicnt les magisiraU des villes ou territoires a 1- « liés, Bvaientcerlainemeiil pour but, sous le voile •I de la religion , d'alFermir l'amitié el l'union des •I confédéréit , en les înv ilanl à se regarder mutuel-
I lemcotcommefrères.et à sacrifler ensemble aux <> dieux de la patrie , ainsi qu'en usaient les gabins " el les Latins aui fêles de la déesse Féronia , les <i anciens Latins entre eux, les Élrusques et les •1 UmbrJens, comme aussi les Lucuotens. Ce lien " sacré et fraternel tendait encore manifestement » à fortifier le pacte de la loi par la stabilité " de l'engagement religieux. Selon le même prin- " cipc de gouvernement, tous les autres peuples <i qui formaient des États féilérati^ convoquaient <> solennellement et avec des rites religieux leurs
II assemblées publtijucs , soit dans les cas urgents , ■• suitaux époques fixées. C'est ainsi que les Etrus- " ques avaient coutume de s'assembler dans le » temple de Voltumna , les Latins dans le bois sacré " d'Aricia ou dans celui de Ferenltno , et les Sabins ■I ù Cure, comme aussi i'bistob-e fait de fréquentes ■< uientionsd'assembléessemblablescbeilesEcqueg. « les llerniques , les Voisque» , les Samniles , les " Lucaniens el les Liguriens. L'objet prineipal de " ces réunions nationales , légalement composées « des chefs du gouvernement , était la grande •1 aRatre de la guerre ou de la paix , la réception " des ambassadeurs , les traités d'alliance , et tout •: ce qui eoncernait la sûrclc de l'union. Mais, si 'L les droits de la souveraineté, dans leurs rapports <> arec la défense commune, appartenaient nalu- •I rellemenl au conseil commun de la confédéra- » tion, ce n'était pas une faible cause de troubles •■ que ces mêmes droits fussent ensuite exercés I' sans aucune limite, séparément par chaque peu- « pie, en tout ce qui concernait ses affaires pri~ ■: vées. C'est ainsi que quelques peuples sabins , les •1 Ccninesiens , les Crus luoié nie ns et les Anten- •r nates , se mirent , dit-on, en devoir de repous- •I ser, sans attendre le secours de leurs alliés , les '< premières injures des Romains. Plusieurs villes >i d'Étrurie soutinrent, durant des siècles, des Il guerres particulières, comme ceuxd'Anagni parmi 0 les llerniques , malgré le vœu de la ligue. Tuscu- 0 lum se sépara de la même manière de l'union " latine, et Sutri de celle des Toscans, sans qu'on « pût rcmpôclier par une autre voie que celle des 't armes. Et voilà comment , dès l'origine , chaque H confédération des tribus italiques portait en soi •' un germe de faiblesse, parce que , le lien qui en •< Ltnissait les divers membres étant impuissant à
- les constituer en un seul et même corps , cbaqut 1 « cité , lente à se mouvoir, et facilement sousirsila " 3 l'autorité commune, tombait sous l'influenec "des ambitions individuelles, qui produisainit n souvent des ruptures et des discordes (Ij. i
Ce mode de gouvernement ressemblait fort, m fond , i celui des Étals-Unis américains ; seulemfnl, dans celui-ci , le pouvoir central possède plus dt force : bien qu'on puisse douter qu'il c pour maintenir longtemps l'union dont il est le lien. Avec de nombreux avantages , les Etals féAératifs manquent d'unité de pensée et d'unité de vie; et c'est pourquoi ils se dissolvent aisément et fitni rarement de grandes choses. Toutefois ce genre de gouvernement est quelquefois inévitable , qu'entre des populations qui ne peu* ent subsiiltc qu'unies, ilexisle trop dedissimilitude pour qu'ellei puissent 6 ire soumises sans oppression à des lois de tout point uniformes.
L'Étrurie , organisée selon des idées mystique*, et assujettie à une impuissante aristocratie sacodotale , était divisée en douze cités ou curporalioot civiles. Le suprême magistrat de chacun de cti douze peuples , dont se composait la nation entière, portait le nom de Lucumon , et il était élu chaque année. Investi d'une pleine puissance, il rendait néanmoins , tous les neuf joui's , compte de ses acte* à ceux qui l'avaient élevé à cette haute dignité qot les Romains appelaient royale. L'un d'eus était et ■ généralissime et chef de l'union par les doute peuples confédérés , dont chacun fournissait un licteur à son cortège , pour montrer qu'ils avaient tous une pari égale dans la souveraineté commune {à).
Celte organisation sociale , qui excluait le peupk de toute participation aux alTaires publiques, devait nécessairement périr silôt que le prestige religieux qui environnait l'aristocratie gouvernante et faisait sa force, aurait commencé â se dissiper; aussi prit-on pour le conserver des précautions sans nombre. Tous les actes de la vie humaine, uniii des rites mystérieux dont Ui seule classe sacerdotale possédait le secret et qu'elle pouvait seule accomplir, étaient par là sous sa dépendance. Elle avait enveloppé el serré dans les mêmes ch^on l'homme intellectuel et l'homme civil. Ua 1 tresse al>solue des croyances , de la science el des lois , dit n'avait pas laissé une seule issue à la liberté humaine. Il suit de là que, sous cette police pesante et compacte, l'Élrurie devait former une sociéié forte, mais sans élan; un corps, si l'on peut ainsi parler, d'une densité extraordinaire , mais sans principe d'expansion. Le défaut d'unité politique la renilil plus facile à entamer par les nomains , qui VaV*-
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HISTOIRE DES ANCIENS PEUPLES ITALIENS
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quaientavec toutes leurs forces, tandis que presque toujours elle ne se défendait qu'avec une partie des siennes. Inévitablement elle devait succomber dans cette lutte inégale , et elle succomba y en effet , vers la fin du cinquième siècle après la fondation de Rome. Ses derniers efforts , glorieux mais stériles , ne servirent qu*à jeter quelque éclat sur sa mort. Et ce qu*il y eut de remarquable à cette fatale époque et dans les temps qui la suivirent , c'est la promptitude avec laquelle Taristocralie , qui perdait tout , s'oublia elle-même , poussée par sa corruption interne à s'identifier au peuple conquérant , tandis que le plébéien , qu'elle avait tenu perpétuellement courbé sous sa domination , puisant dans ses croyances religieuses une plus grande énergie de résistance , conserva seul , avec le souvenir et le regret de la patrie , l'esprit national qui ne s'éteignit complètement qu'après l'introduction du christianisme, dans le sixième siècle de notre ère. La dissolution progressive de cette antique nation est admirablement peinte par M. Micali,
«( Juridiquement assujettis , sous le nom d'alliés «( {sociï italici) , à l'empire romain , privés du droit « de faire la guerre , les noms ne pouvaient donner « une garantie qui n'existait plus dans les choses. « Cependant le régime municipal , à l'ombre duquel « les cités , après la rupture du lien fédéral , conu tinuèrent de s'administrer, était une compensa- «c tion au poids de leur sujétion et à la nécessité «( de maintenir de leur sang la grandeur d'un peuple u oppresseur. L'aristocratie, jadis dominante, se «( rapprocha désormais toujours plus de ses nou- «( veaux maîtres; elle se sépara, de sentiment et •c d'intérêt , des masses populaires , et elle en fut , « en temps et lieu, récompensée par des faveurs u et une protection spéciale... Les aruspices même, «( interprètes du pouvoir souverain , firent leur « paix et devinrent aussi des instruments de la do- M mination romaine , parce que la révérence pour « le sacerdoce étant affaiblie , mais non éteinte, « leur ordre surtout continuait de mettre â profit •t le monopole secret de l'art formidable de la « divination. Par son action lente et progressive u sur les âmes abattues, l'obéissance générale, « quoique forcée , tendait naturellement à étouffer M le désir, autrefois si vif, de se signaler par des « œuvres utiles à la cité. De cette sorte, l'Élrurie w eut désormais du calme et non du repos, des « peuples sans gloire , la servitude sous des noms K honorables. L'amour de l'art et des études, aux- « quels on attachait le plus de prix, ne laissa « pourtant pas de se conserver. Les nobles, les « riches , tt en général tous ceux que favorisait la « fortune , employaient leur opulence , dans l'oisi- « veté de la paix , à embellir la vie par le charme
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des arts agréables. Quelle était l'affection qu'inspiraient ces arts , ainsi que la somptueuse ostentation des grands, c'est ce que montre clairement l'innombrable multitude de monuments qu'aujourd'hui surtout on découvre dans toute l'Étrurie, et avec une abondance plus merveilleuse encore dans la vaste nécropole des Volsques , d'où l'on tire à la fois des milliers de vases , de bronzes et d'objets de toute sorte , qui , pour honorer les tombeaux , y furent déposés dans le cours des siècles : toutes choses plus ou moins précieuses , ou par la matière ou par le travail , et qui prouvent combien étaient multipliées les commodités delà vie , et combien étaient grandes les richesses privées, même après la perte de la liberté ; car il est manifeste , pour quiconque veut en faire la comparaison , qu'un nombre considérable de ces monuments , comme beaucoup de sculptures de Vollerre , furent exécutés par des artistes étrusques dans le style et selon la manière usitée aux siècles de la domination romaine. Il subsistait aussi alors , dans les cités maritimes , quelque commerce d'outre-mer, qui peu à peu alla diminuant, tandis que les travaux de l'agriculteur tenaient partout ouvertes d'inépuisables sources de richesses. Mais le sort du citoyen changea bientôt et pour toujours , lorsque , la propriété territoriale ayant passé en d'autres mains, l'habitant des campagnes fut contraint de cultiver comme fermier la terre qui jadis était sienne , et que, les hommes libres expulsés ou soumis à une dure oppression , la culture de nos champs fut confiée par les nouveaux maîtres à des esclaves, et à des esclaves étrangers. Cette misère extrême de la Toscane fut , au rapport de Catus Gracchus, le motif le plus fort qui porta son frère Tibérius à proposer la loi agraire. Ni le courage cependant, ni le désir de la liberté, n'étaient tout à fait éteints dans le peuple. Plusieurs villes d'Étrurie se soulevèrent dans la guerre d'Annibal ; l'esprit public se ranima dans la guerre sociale, et , dans celle de Sylla, l'Étrurie opposa de nouveau une résistance opiniâtre â la vindicative tyrannie du dictateur de Rome. A cette époque sanglante , un grand nombre de villes principales furent ou ruinées ou données en garde à des colonies de soldats rapaces, qui dissipaient scandaleusement les richesses acquises par d'iniques voies. Les familles illustres s'éteignirent , ou se réfugièrent en d'autres pays. De si grands fléaux détruisaient non -seulement les restes de l'ancienne vie civile , mais encore peu à peu les monuments publics , les écrits , la littérature , les beaux-arts , en un mot l'héritage entier de la vertu des ancêtres. La science des
lIISTOIflE DES ANCIENS l'ELiPLES ITALIENS.
■1 ariis|itceB conserva seule sa formidalilu aiilorilé II jusqu'au sixième siècle de l'ère vulgaire, tant le « eréiiule étrusque, enTcloppé dans le laCH de ces « Tieilles fourberies , s'en allait cherchant opînidCrd- « ment quelque espérance et quelque eonsolalion i< i ses misères dans les «ains leurres de la diTinti- ■I lion palernellc (1)! «
Nous n'avons pu donner qu'une idée fort iniromplète de l'hisloire primilirc des peuples de l'Italie, t«llc qu'avec une rare sagacité et une science profonde H. Slicalî > su la reconstruire i l'aide des fragments épars qu'en ont conservés les anciens auteurs. Dans son deuxième volume il traite des inslilittîons politiques, du gouvernement, des lois civiles, des croyances et du culte de ces mAmes peuples; âc la philosophie, des mœurs et de la vie domestique des Étrusques, des développements que [ffit rbez eux l'art du dessin, de leurs principaux monuments , de l'agriculture , <Ie l'art de la guerre, de In navigation, du commerce et de la monnaie, et enfin de la lan{;ue étrusque et osque , et de ses dialectes. I^on hypothèse sur l'identité originaire de ces deux nations a â(t le conduire à ne voir, dans l'étrusque et l'osque , que deux dialectes d'une même langue primortUalc. Ceci , selon nous , est la partie systématique de son livre. On ne saurnit douter que l'osqiic et l'étrusque u'aknt dû se tiiire des emprunts muluelset se modifier réciproquement .-mais i|iie f,m deux langues fussent radicalement les mêmes, c'est ce qui ne nous parait rien moins qu'établi ; et l'impossitiilité , jusqu'ici insurniDntaIjie, d'arriver a l'intelligence de l'étrusque , dans lequel it n'existe encore qu'un «eu/ mot dont le sens soit fixé avec quelque probabilité , favorise peu la supposition de son identité primitive avec l'osque , moins rebelle i l'interprélalion , à cause de son affinité plus grande avec l'ancien latin. En définitive, nous croyons que tout ce qui tient aux commencements de l'Étrurie et à l'origine de ses habitanU est encore pour nous couvert de ténèbres impcnétrablca. Il existe des rapports ft'appanls entre quelques-unes de leurs idées théologiques et le système religieux de l'Egypte, et, comme le comte deCaylus et d'autres l'avaient déjà remar<]ué dans le siècle dernier, entre l'art, tel qu'il apparaît dans leurs monuments les plus antiques , et l'art égyptien. Mais à ces rapports incontestables se joignent des dilTérences si tranchées, si profondes, qu'on n'en peut, à vrai dire, rien conclure de certain sur l'origine de la race étrusque , qui continue de rester l'un des plus obscurs mystères de la science.
Dans un troisième volume, M. Micali donne
l'explication des planches extrêmement curieuses el d'une grande beauté d'exécution qu'il a jointes i son ouvrage. Elles contiennent un grand nombre ée moDumenta inédits, également utiles à l'histoire dn croyances religieuses des Étrusques, et à celle de l'art parmi eux. Ce magnifique recudl, qui a exigé d'immenses travaux et des dépenses énormes, ferait honneur i un souverain. Aucun sacrifice a'a coûté i M. Kicsii pour ajouter une palme de plus i U gloire lie son pays. Il a élevé un monument véritil)lemenl national. Comme savant et comme écr^vain, il s'est placé , dans l'Histoire des ancien» peitptet tfllalie, au niveau des premières renommées modernes. En plusieurs endroits de son livre, on croirait entendre Tacite parlant la langue de Machiavel. Comme citoyen, et ce but justifie ce qu'il y a peut-être de hasardé dans quelques-unes de us hypothèses , il montre â ses compatriotes , dés les plus anciens jges , la cause de leurs mallieurs dain leurs peq>éluelles divisions, en m£me temps qu'a leur présente un touchant motif d'union dans une origine commune. Chacune de ses liages manif^lt l'homme de bien dans le savant illustre ; et , après ce dernier travail qui couronne si dignement sa bdk carrière, il peut dire avec confiance : Sat patria Primnoque datum. Cette patrie elle-même, que SCS talents honorent, confirmera unanimement ee témoignage de sa conscience.
[I nous a été doux de rendre ce fiaible bomaiigt à l'un des enfants de celte terre que nous chéritsons, de celte terre féconde en tout genre de gria (leur , où rien ne saurait étouffer ni la science , ni les arts, ni le génie. Parce qu'on l'a eoTeloppee comme de bandelettes funèbres, on entend dire: L'Italie ne vit plus, elle est morte. Non; une nalioD qui a produit simultanément Micali , Uanxoni. Mlico , n'est pas une nation morte. La pubsante tk qu'on refoule en son sein y fermente en secret : et, quand viendra l'heure marquée par la Providente; quand le géant qui sommeille dansle tombeau qu'on lui a t^it se réveillera , le monde poussera un cri d'élonncmenl â la vue des merveilles qui frapperont SCS regards. A présent, il est vrai, en voyant « peuple languissant au milieu d'une nature si énergique et si brillante, on est étnu d'une profouile pitié; on se demande comment il se fait qu'un si beau soleil éclaire tant d'infortunes : mais , quand on a {fénétré au fond de certaines âmes qui semblent receler, comme un sanctuaire, les sacres destinsde la patrie, alors on respire plus à l'aise, alors on sent renaître en soi une inébranlable espérance; et je m sais quel souffle de l'avenir se mêlant aux brists odorantes qui caressent celle lerre enchantée, oo rêve pour etlc un nouveau prinlemps.