‹ Œuvres complètes de F. de La Mennais (volume 2)Chapitre 217 sur 226 · LES MORTS · texte numérisé non relu

LES MORTS

Ils ont aussi passé sur cette terre , ils ont descendu le fleuve du temps; on entendit leur Toix sur ses bords, et puis l'on n'entendit plus rien. Où sont-ils? qui nous le dira? Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur !

Pendant qu'ils passaient, mille ombres vaines se présentèrent à leurs regards : le monde, que le Christ a maudit, leur montra ses grandeurs, ses richesses, ses voluptés ; ils les virent , et soudain ils ne virent phjs que l'éternité. Où sont-ils? qui nous le dira? Heureux les morts gui meurent dans le Seigneur!

Semblable à un rayon d'en haut, une croix, dans, le lointain , apparaissait pour guider leur course : mais tous ne la regardaient pas. Où sont-ils? qui nous le dira ? Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur!

H y en avait qui disaient : Qu'est-ce que ces flots qui nous emportent? y a-t-il quelque chose après ce voyage rapide? Nous ne le savons pas , nul ne le sait. Et , comme ils disaient cela , les rives s'évanouissaient. Où sont-ils? qui nous le dira? Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur!

II y en avait aussi qui semblaient, dans un recueillement profond , écouler une parole secrète , et puis, Tœil fixé sur le couchant, tout à coup ils chantaient une aurore invisible et un jour qui ne finit jamais. Où sont-ils? qui nous le dira ? Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur!

(0 D£ proruQ<lli.

Entraînés pèle-mèle , jeunes et vieux , tous dispa•^ raissaient tels que le vaisseau que chasse la tempête. On compterait plus tôt les sables de la mer que le nombre de ceux qui se hâtaient de passer. Où sontils? qui nous le dira? Heureux les morts quimeurent dans le Seigneur!

Ceux qui les virent ont raconté qu'une grande tristesse était dans leur cœur : l'angoisse soulevait leur poitrine, et, comme fatigués du travail de vivre, levant les yeux au ciel, ils pleuraient. Où sont-ils? qui nous le àira? Heureux les morts qui. meurent dans le Seigneur!

Des lieux inconnus où le fleuve se perd, deux voix s'élèvent incessamment :

L'une dit : Du fond de rabime , j'ai crié vers vous y Seigneur : Seigneur y écoutez mes gémissements ^ prêtez roreille à ma prière. Si vous scrutez nos iniquités y qui soutiendra votre regard? Mais près de vous est la miséricorde et une rédemption immense (1).

Et l'autre : Nous vous louons, à Dieu ! nous vous bénissons : saint , saint, saint est le Seigneur Dieu des armées! La terre et les deux sont remplis de votre gloire (2).

Et nous aussi, nous irons là d'où partent ces plaintes ou ces chants de triomphe. Où serons-nous? qui nous le dira? Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur!

(2) Te Deum laudaniui.

PRÉFACE

pu PETIT TRAITÉ

DE LA SERVITUDE VOLONTAIRE DE LA BOËTIE (1548

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