‹ Œuvres complètes de F. de La Mennais (volume 2)Chapitre 219 sur 226 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

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«citera unp Ici Ir bain p, que te finiiToir.pmirKadctttiK, x^ra forcé île se précipiter ilaoi les derniers neès. HicDtAI Après. )e sol tremblera; ou cnteudro un bruil «lurd. confus, puis im uulrc iiniil comme d'une pierre tjui lomlte : ce sera la pierrt qui scelle l« xépitlcre tlii tjran.

CheK les anciens, oii l'esclavage éuît le sort ordîpaire du pauvre , c'eit-à-ilirc des quatre cinquièmes 4e la population , le despotisme pouvait essayer d'amollir et d'elTéminer, par les plaisirs . les jeux , les «pcctacles, les bommes deconitilion libre, pour les rendre plus dociles au joug. Ce fut aussi , durant une partie dit mofen âge, ta politique de quelques États : et, aujourd'bui mÊmcqui ne sait combien, par uo motif semblable, l'Autriche favorise, dans nliisicurB de ses possessions, le dérèglement des ma'iirs? Toutefois, grdces au cbristianisme et aux mille dian|;ements survenus dans la société , il ne ssurait exister désormais rien de comparable A ers (énormes corruptions antiques qu*s peine mf me eonccvvns'nous un peu sur les recils épars qui nous en sont restés. Nul pouvoir ne saurait maintenant entretenir un peuple entier dans l'oisiveté. tmuserses loixirs, tali&fiire ses vices. (.tuVil-iie que des radis de cocagne et quelque» cervelas roulant une fois l'année dans la bouc, pr^s des fËtcs de la Grèce et des spectacles en quelque sorte permanents des Ilomains? De nos jours , les gouvernements ne peuvent s'occuper que des plaisirs des classes aisées, et encore seulement dans les capitales, cl principalement pour empêcher que les théâtres surtout ne deviennent un moyen de ranimer l'esprit public , ou une occasion de mauircster les secrets sentiiuenls des cœurs. Le despotisme ne trouve donc là que des ressources bien faibles , s'il f en trouve aucunes.

Lo religion lui en offre de plus réellrs en apparence. Qu'il parvint, en effet, à tromper la conscience des peuples, à leur persuader qu'il représente Dieu, et qu'en conséquence ils lui doivent une soumission pareille à celle duc à Dieu même , il n'est pas douteux que cette croyance ue servit merveilleusement, et plus que tout le reste , à l'affermir. L'antiquité présente nombre d'exemples de dominations établies sur cette base. Cependant on les voit toutes lînirpar l'abus de la puissance qui, en se corrompant, cesse d'élre reconnue divine en celui qui l'exerce. On ne réussit jamais bien longtemps à rendre Dieu complice de la tyrannie.

Il pourrait arriver qu'elle recourdl au même moyen chez les nations chrétiennes. 11 y aurait peu à s'en inquiéter pour la liberté, mais beaucoup jiourla religion , que prostituerairnl des bommes

séduilsou aveuglés. t)u t» peuples se ilétacheratent d'elle, s'ils la croyaient incompatible avec Irsdniilu fondamentaux de l'humanité; ou si, plus bcureasèment pour eux et avec plus de ruison . ils ut voyaient, dans le criminel usage qu'on s'efforcerait d'en faire, qu'un abus sacrilège , ils prendraient eo dêlcstation les profanateurs de sa sainteté cl de u vérité; et, sire iientiment devenait général, on toucherait A l'une de CCS grandes époquesou tout se renouvelle à la fois dans le monde. Le christ ianiime est essentiellement une religion affranchissante . hvorable;! tous les progrès. Se servir de lui pourlci arrêter, ce seraitdonc l'opposer à lui-même: conlradiclion funeste dans ses ctTels immédiats, mais dont la Providence tirerait, comme toujours, uo immense bien , par la séparation qui dégagerait le principe pur chrétieu de ce qui l'altérait momeutanémeni.

Il n'est aucune puissance supérieure ou égale i celle du clergé , lorsque , péDétré du génie d'un peuple, il le guide fldèlemenl, selon les lois qui |>résident au développement général , dans ses voie* naturelles. Hais si, soit erreur, soit intérêt, il vient à contrarier ces lois impérissables ; s'il essaie de Rtenir le peuple dans un état que le peuple a recontiU mauvais , de lui fermer le chemin de l'avenir : alon il perd toute sa puissance; on se mélie de sa parole, on l'enveloppe dans la haine qu'inspire le mal qu'il veut perpétuer, on le traite enfin en ennemi. 11 lirait de l'amour qu'on lui rendait en échange ilu sien , de la foi qu'on avait en lui ; la foi et l'amour éteints, il meurt , et des voix de dérision et de mjlédiction sont les seuls chants qui aecompagncal son convoi déshonoré.

L'Irlande et la Pologne ont jusqu'ici offert l'exemple d'un clergé fort par son union avec le peuple, dont il a constamment défendu les droits. Mais . li où le prêtre s'allie avec le despotisme contre le peuple, qu'cst-il?que peul-il? Le clergé anglican sauvera-t-il l'aristocratie usée que la nation repousse? Les moines espagnols replaeeront-ils dea Carlos le légitime sur le trdne de Philippe 11? rétabliront-ils le système sous lequel l'F^pagne a tHi souffert , est tant déchue? Et, cependant , en quel pays l'influence propre de leur institution fîit-elle jamais plus étendue? Hier encore on disait ,!'£«pagne monacale, et demain peut-être on chercherait vainement , d'un bout à l'autre de ta Péninsule, un de ces hommes naguère si puissants.

A cette époque donc, nulle crainte que le ressort religieux puisse devenir, au sein de l'Europe civilisée, un instrument de servitude. Il se briserait plutôt dans la main qui remploierail à cet infenul

PREFACE

usage. Aussi verrait-ou la tyrannie recourir avec plus de confiance à la force matérielle. Gênée par les lois protectrices de la sécurité individuelle , elle les abolirait successivement jusqu'à la dernière, et confierait ensuite sa propre sécurité à des juges vendus et à des baïonnettes stipendiées. Mais ces juges, dépourvus d*autorité morale , pourraient exercer des vengeances, infliger des peines, ordonner des supplices ; ils ne rendraient pas la justice , et la justice, en se retirant, laisserait un gouffre où le pouvoir qui Taurait bannie de la société 8*ablmerait bientôt. Ses armées ne le garderaient pas mieux, maintenant qu'on ne peut plus , comme à l'origine des sociétés européennes, leur livrer des pays entiers pour en faire leur proie. Il est vrai , néanmoins , que chez les nations mêmes, sous tous les autres rapports sorties de la barbarie, il subsiste on reste de préjugé qui range le soldat sous la dépendance presque aveugle du chef politique, quel qu'il soit. 11 n'a pas encore parfaitement appris à distinguer l'obéissance passive de la brute, de la discipline militaire, dont le plus simple bon sens reconnaît l'indispensable nécessité. Toutefois, les armées nombreuses d'aujourd'hui, recrutées parmi le peuple, et, quelque soin qu'on prenne pour les isoler de lui , en communication habituelle avec le peuple, ont cessé d'être étrangères à l'esprit public. Si , dans l'idée qu'elles se f6nt d'elles-mêmes, elles n'appartiennent pas assez exclusivement à la patrie, qu'elles doivent défendre à l'intérieur et à l'extérieur , du moins ne sont-elles plus tellement inféodées à un ou plusieurs , qu'en toutes circonstances ils puissent en disposer selon leur caprice et leur intérêt. 11 y a dans l'oppression , outre son poids écrasant , une honte qu'elles sentent, et dont elles ne veulent, pas plus que le reste des citoyens, supporter l'humiliation. Cela s'est bien vu partout où a éclaté un mouvement vraiment national , et cela se voit encore par l'attention des gouvernements absolus soit à éloigner, le plus possible,,chaque soldat de son pays natal , soit à fomenter, entre l'armée entière et les citoyens, de déplorables divisions sur lesquelles ils fondent leur sûreté. Aucun d'eux , néanmoins , ne parviendra désormais à former un corps , tel qu'ils en auraient besoin, d'hommes totalement en dehors de la civilisation , sans liens de famille ni de patrie, sans pensées, sans volonté, indifférents au bien, au mal , à la liberté comme à l'esclavage du peuple ; d'hommesmachines ayant, au lieu d'âme, une sorte d'instinct animal, et destinés seulement à garder le troupeau du maître. Plus, au contraire, l'esprit qui préside à la société moderne se développera, et rien

n'en saurait arrêter le développement voulu de Dieu, plus le soldat deviendra citoyen. Laissez donc les despotes compter leurs baïonnettes : ce n'est pas, croyez-moi, leur force qu'ils supputent, c'est la nôtre. Toujours en soupçon de l'armée, qui pourrait lui faillir à l'instant critique, la tyrannie chercherait un plus sûr appui dans la corruption. Aidée et poussée par ces cinq ou six dont parle La Boetie, elle créerait certaines classes privilégiées qui , seules investies des droits politiques, partageraient avec elle les avantages attachés au pouvoir : pouvoir absolu, puisqu'il serait, sous quelque forme qu'il s'exerçât, dépourvu de contrôle efficace et réel. Deux ou trois cent mille individus , ainsi choisis , constitueraient dans la nation une autre nation, une aristocratie dominatrice, organisée pour contenir le peuple et pour l'exploiter. De concert avec le despote , ils feraient seuls les lois , et les feraient à son profit et au leur. Pour eux tous les emplois, toutes les charges, toutes les commissions lucratives, le gouvernement des provinces , le maniement des deniers. Disposant du crédit et de la fortune publique , maîtres de l'administration civile et judiciaire, tout leur serait matière à spéculation et moyen de richesse. Aussi, quel dévouement à la tyrannie qui les aurait rendus communs au bien de ses paieries! ils ne la croiraient jamais, ni eux avec elle, assez à l'abri de ce qui subsisterait d'esprit de liberté dans la nation. Leur pensée du jour et de la nuit serait de l'étouffer dans la boue de leur législation infôlme, infôlme par son but, infâme par la bassesse de ses ruses hypocrites. Mais ces perdus , ces abandonnez de Dieu et des hommes, réussiraient-ils à fonder solidement leur despotisme et celui de leur maître? Assurément non. La masse du peuple , insouciante en apparence et comme assoupie de lassitude après les combats précédents, se réveillerait irritée et terrible. Elle ne supporterait pas longtemps Topprobre du joug qu'on lui aurait imposé en la trompant. Des millions d'hommes , privés des^ franchises consacrées désormais par le droit public de toutes les nations libres, ne consentiraient certes point à y renoncer pour toujours , à les abdiquer au profit d'une caste supérieure, dont ils seraient, eux et leurs enfants, le patrimoine incommutable. A aucun prix ils n'accepteraient , sur le sol de la patrie , au milieu de la lumière qui a éclairé l'homme sur sa dignité, la condition de parias. Ledespotisme le sentirait, et, dans son effroi, il se livrerart au mauvais démon qui inspire, vers le temps de leur chute , les pouvoirs iniques que le ciel a condamnés. Il dirait à ceux qu'il opprime : Je

l'UÉFACE.

■ail qite ite l'amour , je ne |>ui» vout en ilcmsniler; mais j'ai pour moi une aulrc piiissaace : cette <Ie l'iBlimidalion, Je la peitr. Trcmblei Junc; car c'est là mon Dieu , rt , je l'ai résolu en moi-même , rous TOUR proslernercjt devant lui.

Hais lesexécrablcB insensés que «édu iraient ces vivons Ue liourrcau, ces rËvcs de ligre à Face humaine, dormiraient mal sui' les ossements île letiri pieutes victimes. Le fanlAme iju'iU auraient, dans leurs Mcrêlcs angoisses, évo<iué île l'enfer, leur ap{>3ra)trail peudani le sommeil, et. de son doigt glacé, il leur Dontrerailloutprèsd'i'uxrineiorablc]iiSTiCE,qu'oi) n'intimide point, et à qui aucun crime n'écliap))c.

La terreur a régné en Eurojic il y a quarante SDS. Il serait curicui de voir aujourd'hui sur une couronne le bonnet rouge de Maral.

Ce qui perd toutes tes tyrannies, ce qui tes perdrait en ce temps plus nie qu'en aucun autre, c'est l'inipossil>ilité oi!i elles sont de s'ariËter dans leurs foies. (Quelque chose de fatal tes entraîne , une nécessité en engendre une autre ; de sorte que. Forcées d'appesantir toujours plus l'oppression, de a'eufoQcer toujours plus dans le mal, elles rcncon- Irenl, enRn, une autre nécessité supérieure â celle qui les pousse, l'invincible nécessité des lois qui régisseul la nature humaine. Arrivées là , nul moyen d'avancer ni de retourner en arrière; et le passé les écrase contre l'avenir.

Si l'bumanilé tournait dans nn cercle , tes hommes méchants pourraient espérer de reproduire à leur bénéfice ce qui fut déjà. Leur crime serait toujours crime, mais il ne serait plus sottise. Il leur sérail possible de recueillir quelque fruit de leur perversité, d'affermir leur puissance, de prolonger indcfiniment la servitude et la misère des peuples. Dieu n'a pas permis qu'il en fût ainsi. Il a soumis l'humanité à une loi de progression, qui n'est que la loi m^me du développement de la litierté essentielle à tous les êtres intelligents. A mesure qu'ils savent davantage et qu'ils conçoivent mieux, la notion du droit, fondamentalement invariable, ■e modifie en eux , non parce qu'elle change, mais parce qu'elle s'éclaircit et s'étend. Or, la force ne saurait jamais prévaloir contre un droit connu : dte le combat vainement, le droit la dompte toujours: car le droit c'est la force suprême, l'irrésistible fatalité des êtres Ulires et doués de raison.

Cependant la connaissance et le sentiment d"im droit, auparavant obscur ou ignoré, ne deviennent pas universels instantanément : tous ne participent pas à la fois aui progrès successifs de l'humanité. Ce que les uns voient maintenant avec clarté, d'au-

tres ne le voient pas encore, ou ne le voient que confusément; et, lorsque la roodificalion qui s'opère ilans la notion du droit est |trofbnde , il en résulte une de ces époques indécises qu'on appelle de IraiH» tion . où , la vieille idée luttant contre la nouvelle, ce qui était ne peut plus subsister , et ce qui sen ne peut ëlre encore. Hais peu â peu les ténèbres reculent, la lumière devient plus intense e( runité se rétablit , unité de raison et unité sociale, car la société n'est que l'eipressioa de l'état général des iDielligenccs dans un pays et dans un tempi donné. Tout effort pour constituer une société opposée , dans ses bases , à ce que le peuple conçeil comme droit, est donc la plus Toile des entreprises et la plus criminelle : la plus folle , puis<|u'il faudrait , pour qu'elle réussit, que Us lois immuaUei de l'humanité fussent renversées; la plus criininclle, puisqu'elle implique l'engagement de les renverser , et dès-lors produit nécessairement d'horribles maux , des désastres dont nul ne saurait prévoir l'étendue ni le terme.

Lorsque ceci arrive , il y s un moment où certains hommes , honnêtes au Fond et animés d'iotcnlioB» droites , se font , de bonne Foi , les atixiliaircs de la tyrannie. Leur esprit , trop Faible pour comprendre ce qui se pusse autour d'eux, s'émeut de je ne taii quelle crainte vague. Parce-que le monde se déplace, ils se figurent qu'il va crouler. Vous m ks entendrez pas juslifier le mal , mab accuser le bien. L'établissement d'un ordre social quelconque impliquant la destruction d'un ordre précédent, ils ne voient que celle dernière dans les changements à o|>érer, et ils appellent desordre toute tentative d'organiser te seul ordre actuellement possible. Ceux-ci ne sont pas la hache qui frappe , mais le manche sans lequel la hache ne frapperait pas. Impuissants à consolider ce que rien ne saurait maintenir, ils entravent tout ce qui aurait des conditions de durée : espèce de juste-milieu entre la lie et la mort, où se complaisent ces conservateurs qui, à leur insu , ne conservent que l'anarchie.

Pour vous qui avez foi aux destinées du genre humain , prenez courage ; l'avenir ne vous faillira point. Vous serez persécutés, tourmentés, mais j»mais vaincus. Toute grande cause, pour triompher, exige de grands sacrilices. Il est nécessaire que la liberté ait ses confesseurs , ses martyrs ; que pour elle quelques-uns descendent dans les cachots , et que d'autres s'en aillent, pauvres exilés, redire son saint nom aux échos des contrées lointaines :

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