‹ Œuvres complètes de F. de La Mennais (volume 2)Chapitre 23 sur 226 · SUR LES CONFESSIONS DE SAINT AUGUSTIN · texte numérisé non relu

SUR LES CONFESSIONS DE SAINT AUGUSTIN

Les premiers, se séparant de la tradition générale , et s*appuyant sur leur raison seule, nièrent successivement toutes les vérités. Flottant à tout vent de doctrine, se combattant les uns les autres au milieu des ténèbres; toujours doutant, toujours détruisant; après avoir ébranlé le monde moral par leurs désolantes opinions, ils en auraient consommé la ruine si Dieu lui-même n'était venu le replacer sur sa base.

Les seconds, au contraire , unis par la même foi , enseignent de siècle en siècle une doctrine immuable. Elle n'est point à eux , mais à tous les hommes ; ils ne l'ont point inventée, ils l'ont reçue pour la transmettre fidèlement comme un dépôt sacré (1) : et , traitant des plus hautes questions , de Dieu et de sa nature , de l'homme et de ses devoirs, des lois universelles, de Tordre, du monde présent et du monde à venir , ils semblent n'avoir qu'une seule pensée , tant l'accord qui règne entre eux est partit ! et c'est que tous étaient instruits par cet esprit un, cet esprit divin, qui devait, aux moments fixés, remplir et renouveler la terre (â).

On sera , je crois , frappé de cette observation en lisant les morceaux qui composent ce recueil. Et qu'y a-t-il , en effet , de plus merveilleux que celte unité d'enseignement et de foi conservée , pendant près de vingt siècles , dans l'immense société catholique? Quoi ! les philosophes n'ont jamais pu s'accorder sur aucun point ; chacun d'eux a eu son sys-

tème , ses opinions , ses croyances : et voilà qu'au sein même de cette effroyable confusion s'établit une doctrine uniforme, invariable, que rien n'altère, que rien ne modifie , ni les âges en s'écoulant , ni la science, ni l'ignorance, ni la diversité des langues, des lois et des mœurs. Depuis le Chili jusqu'au Groenland, et depuis le Kamtschatka jusqu'à Naples, le catholique aujourd'hui récite le même symbole que récitaient ses frères à Jérusalem et à Memphis, à Nisibe et à Rome au temps de Néron. Certes , il y a ici quelque chose de divin ; et nous plaignons profondément la raison aveugle qui se croirait ellemême de préférence à ce grand et constant témoignage que dix-huit siècles ont entendu , et qui a été cru pendant dix-huit siècles.

Chrétiens que l'impiété de cet âge étonne et déconcerte , venez donc , venez rafIFermir votre foi , contemplant celle de vos pères. Venez écouter leurs enseignements et recevoir de leur bouche celte sa* crée tradition de lumière et de vie , hors laquelle il n'existe que des ténèbres éternelles. Venez , mais avec un esprit docile, un cœur humble, une volonté droite ; car il est écrit : Paix aux hommcM de bonne volonté (5). Et que vous servirait-il d'entendre, si vous ne croyiez pas , ou de croire, si tcmu ne pratiquiez pas? Ne l'oubliez jamais : la religion eil une loi qui oblige , une loi inflexible autant qu'elle est sainte , et qui aggrave la condamnation de tous ceux qu'elle ne sauve point.

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