‹ Œuvres complètes de F. de La Mennais (volume 2)Chapitre 28 sur 226 · DES DIFFÉRENTES COMMUNIONS CHRÉTIENNES · texte numérisé non relu

DES DIFFÉRENTES COMMUNIONS CHRÉTIENNES

isoD profit les besoins des autres, et même leur malheur ; la |>remière condition de toute sociélé est <|ue chacun soit prêt à sacrifier aux autres ses intérêts et sa Tîe même. Je ? oudrais bien qu'on m'eipiiquâl comment l'industrie suf^éera ce devoir. Le commerce , dit-on , rapprocha les peuples ; oui, comme l'impôt rapproche le percepteur du contribuable. Outre ces sourdes inimitiés dont l'effet, à la longue, est si terrible , le commerce enfonte à lui seul plus de guerres que toutes les autres causes de division.

Je ne eonnais^ dans l'ordre moral, de lumière que la Térité. De nos jours on a donné ce nom aux nuages qui la recouvrent ; alors on a pu vanter le progrès des lumières. Mais, à mesure qu'elles s'accroissaient, la société s'en allait. Ce n'est pas, je pense, à leur aide qu'on parviendra à la rétablir.

£o religion, en morale, en politique, on a tout nié , el c'est en niant tout qu'on a tout détruit. L'Europe succombe sous le poids des doctrines philosophiques, et on les lui présente pour appui. On veut que les maximes qui ont conduit les rois à réchaftnid a£Fermissent les trênes , et que les doctrines qui ont soulevé les peuples les uns contre les autres soient le lien qui doit les unir. Que si l'on entend par lumières les premiers éléments de l'instmction, il n'est pas aisé de comprendre comment les hommes deviendront meilleurs , quand ils sauront lire, écrire et chiffrer, et comment de la grammaire et de l'arithmétique naîtront des droits et des deroirs, l'obéissance à l'autorité , des mœurs pures et ianes , l'esprit de sacrifice , la paix et l'union teftnpies.

Mêêê c'est trop nous arrêter aux rêyeries d'une pUosoiphie imbécile; laissons -la s'admirer ellemême, et cherchons dans les vérités qu'elle a méconnues, dans les lois qu'elle a violées , la cause de nos maux et leur remède.

Unv les hommes, c'est en fermer une société. 11 n'y a de vraie société qu'entre les êtres Intelligents, c'est leur mode essentiel d'existence; le principe de la société est donc tout spirituel. Mais , dans les rapports mêmes des esprits , ce qui rapproche n'unit pas toujours ou ne constitue pas une société ; car la société consiste proprement dans robéissance au pouvoir légitime. Ainsi, des opinions semblables, laissant chacun dans son indépendance primitive, rapprochent quelquefois, mais n'unissent jamais ; des croyances communes unissent, au contraire, quoiqu'elles ne rapprochent pas toujours : perce que croire , c'est obéir.

La religion , considérée dans sa notion la plus géoérale , est donc la première et même la seule société, puisqu'on ne trouve qu'en elle la raison de l'obéissance de l'esprit. Elle nous montre Dieu

comme le principe de tout pouvoir, et contraint l'homme de se soumettre à Thomme dans la société politique, par obéissance aux lois d'une société plus haute , celle de toutes les intelligences avec leur auteur. Détruises la religion , il n'y a donc plus de société possible ; qu'elle s'affaiblisse, la société s'affaiblira également : en un mot , l'ordre politique , toujours dépendant de l'ordre religieux , en suit les développements ; et, soit qu'il se perfectionne, soit qu'il s'altère , il partage constamment ses destinées.

Et, quand je dis que la religion est proprement la société , je n'avance rien que les faits ne prouvent. Qu'une religion nouvelle s'établisse en un pays, comme autrefois le calvinisme en France; qu'elle y fasse de nombreux prosélytes, aussitôt l'ordre politique est troublé. C'est une société nouvelle qui se fonde; et, comme deux sociétés ne peuvent sulraister au milieu l'une de l'autre, sur le même territoire, l'État ne cessera d'être agité , jusqu'à ce que l'ime des deux ait été vaincue : et c'est pour cela qu'en toute sociélé pleinement formée il y a eu et il y aura toujours une religion dominante.

Ainsi , il ne suffit pas d'obéir aux mêmes lois politiques et civiles pour être membres d'une même société; et les Juifs en sont un exemple frappant. Répandus dans le monde entier , chez cent peuples divers , soumis partout aux lois du pays , et partout étrangers, ils ne sont en société qu'avec euxmêmes.

En vain donc on chercherait dans la politique le moyen de lier entre elles les nations de l'Europe : sous le même chef, les mêmes institutions, les mêmes codes , elles resteraient encore séparées , et plus peut-être qu'en leur état présent. Pour être réellement unis , il faut que les peuples , comme les hommes, deviennent membres d'une même société : société purement spirituelle , fondée sur des rapports immuables, et qui, dès-lors, peut et doit embrasser tous les êtres in telliscnts. Comme chaque famille est indépendante des autres familles dans l'ordre civil , chaque peuple demeure indépendant des autres peuples dans l'ordre politique ; el tous » sujets du même pouvoir dans la société Spirituello ou religieuse , frères de croyance , possèdent les mêmes vérilcs, obéissent aux mêmes lois, sont liés parles mêmes devoirs. Telle était jadis la chrétienté, magnifique création du christianisme. Mais l'édifice que la religion avait élevé , la raison humaine l'a renversé ; et les peuples se fatiguent à chercher un abri dans ses ruines.

Nous avons défini la société religieuse , Yunwn des esprits par robéissance au même pouvoir : les communions protestantes, qui ne reconnaissent point de pouvoir spirituel, d'autorité vivante, ayant droit de commander la f6i , de porter des lois

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