DE LA RÉUNION DES DIFFÉRENTES COMMUNIONS CHRÉTIENNES
obligatoires, mais qui laissent chacun Juge de ce qu'il doit croire et de ce qu'il doit fiiire , ne aont dOBC pas une société. Elles constituent i'rspnt dans une indépendance absolue; et l'Écriture, livrée à l'interprétai ion de la raison particulière, Taiiable en chaque liommc, ne lie pas plus que la raison elle-mf me. C'est en religion l'état de nature , c'està-dire l'absence de tout gouvernement, de toute loi, detout tribunal, de toute police, et, par conséquent, la destruction de toute société.
L'église grecque admet un pouvoir, mais un pouvoir particulier; et mf me elle confond, à certains égards , le pouvoir politique et le pouvoir spiritnel. Elle n'est donc , sous le premier rapport , qu'une société particulière ou imparFaile ; et, sous le second, elle n'est pas nifme une société spirituelle : ce qui est si vrai, que la religion des Russes ne pourrait devenir celle d'un autre peuf)le que dans le cas où ce peuple passerait sous la domination du mf me souverain.
Nous ne parlerons point ici des effets du protestantisme : ils sont connus. Que les gouvernements regardent le passé , il leur apprendra ce qu'ils doivent attendre de l'avenir. Ce serait se faire une grande illusion décompter sur lu paix, parce qu'on a dit à chacun : Sois ton maître. Partout où ciisLent des Mres semblables, une société tend à se former; et, jusqu'à ce qu'elle se forme, il j a trouble, désordre, haine mutuelle. Chaque raison est un souverain qui cherche des sujets. De là des sectes sans nombre , une multitude de petits tyrans presque toujours renversés par des conspirations domestiques : poiut de secte qui n'ait péri par une secte sortie de son sein. Mais celles qui naîtront désormais, auront , qu'on n'en doute pas, un caractère nouveau, et plus redoutable qu'il n'est possible de le prévoir peut-être. L'erreur aussi a ses mystères : on a commencé à soulever le voile ; mais il reste encore aux nations de grands et terribles secrets à découvrir.
'fandis que l'Autriche catholique jouit du calme intérieur le plus parfait, les États protestants d'Allemagne sont , ainsi que l'Angleterre, agités par: des doctrines turbulentes. Un bruit sourd de rëvolutioa gronde dans leur sein ; on prêche l'abolition des rangs, de la propriété, de toutes les institutions sociales; et le peuple écoute. Des bandes de niveleurs s'organisent dans les universités du Nord. Impatients d'accomplir leur œuvre, déjà ils ont tiré le poignard contre la société, lin jeune adorateur de l'anarchie s'est dévoué pour otfrir â l'idole les premières libations dé sang humain, et, comme autrefois l'honneur eut ses chevaliers, le crime a ses preux.
La Russie , jusqu'à ce jour , a été garantie de ces excès ; mais qu'elle ne s'endorme pas dans une sé-
curité tromi)euse. Elle loucbeâuncépoqtiecriUque, celle où Rnit le premier âge des nations. Ses peupla nombreux ont eu trop de rapports avec les autret peuples de l'Europe , pour qu'ils puissent conliniier de vivre dans le repos de l'ignorance. De nouvellM idées, de nouveaux désirs les poussent ver» destinées nouvelles. Il faut qu'ils obéissent à cettt grande loi qui ordonne A la société , comme i l'homme , de croître et de se développer. Hais W société religieuse , faible et imparfaite, contrsriaill les progrès de la société politique emportée par !• mouvement des esprits , l'État, au lieu de se perfectionner , se corrompra , et il arrivera infailliblement , après de longues commotions , â la pire dci barbaries, la barbarie policée, sans avoir même passé par la civilisation. Des hommes grossiers dfrviendront facilement des enthousiastes , sous l'empire d'une religion où le principe d'autorité, incertain et presque nul , n'opposera qu'une impuissante digue aux erreurs qu'enfanteront des imagioalioa» exallées ; et les effets que doit produire ce défaut d'autorité se manifestent déjà dans quelques apologies de l'Église grecque, où l'on remarque une teinte très-sensible de celte mysticité voisine du fanatisme qui caiactérise la doctrine des diverto sectes d'illuminés.
Toutes les communions chrétiennes , grecques et protestantes , portent donc en elles-mêmes un principe de division , de désordre et de ruine. La religion catholique forme seule une société , puisqu'on ne trouve qu'en elle un véritable pouvoir, la droit de conimander, le devoir d'obéir; société parce que ce jiouvoir est un ; société géaénlû parce que ce pouvoir, purement spirituel, s'étenA à tous les temps , à tous les lieux , partout indié* pendant du pouvoir politique , indépendant lutméme dans les limites qui le circonscrivent ; société immuable, parce qu'elle n'est soumise ni à U volonté ni aux pensées de l'homme, et que, danc ses dogmes et dans ses préceptes , elle est l'éternelle lui des intelligences ; et, tandis que hors d'elle tout varie , tout s'altère , tout passe , immobile etla demeure , et, rassemblant les peuples les plut éloignés, les plus dillerenU de langage, de gotiT vci'nement , de coutumes et de mœurs, elle Ici unit par la même foi, le même culte , les mêmes devoirs , et les perfectionne sans cesse , parcQ qu'elle possède en elle-même un principe infini d» perfection.
Pourquoi donc, après avoir péniblement vieilli dans leur solitude, les communions séparées de cette Ëglise-mèrc ne viendraient-elles pas s'y reii< uir, et oublier le passé dans son sein? La vie n'eat, que là, car là seulement est la vérité. Partout ailleurs on ne trouve que le doute, un besoio dr