DES OUVRAGES ASCÉTIQUES
qui, égaraDtles hommes dans de yaines spéculations, les dispose à tous les genres de fanatisme, et une impuissance d'arriver à rien de certain , qui désespère la raison et Fassoupit dans FindifFérence. Entre ces deux maladies également mortelles , que deviendra l'Europe? que deviendront les peuples livrés à la plus profonde anarchie spirituelle , et , dans leur indépendance , ne connaissant de loi , de droit, d'ordre et de vérité que la force? Il est temps que les rois y pensent ; il est temps qu'ils s'occupent de mettre un terme à la démagogie des opinions, en rentrant dans la seule société dont le pouvoir commande tout ensemble à la volonté et à la raison. Et qu'ont-ils à redouter de ce pouvoir, fondement de leur propre autorité? Si jadis quelques pontifes en abusèrent contre quelques princes , on doit en accuser l'homme, et non pas la religion , et moins l'homme encore que des circonstances qui ne sauraient renaître désormais. Lorsque les doctrines populaires, sous nos yeux, minent les trônes, il serait étrange qu'on allât chercher des sujets de crainte dans le douzième siècle.
La résistance que pourrait éprouver la réunion , serait presque nulle en beaucoup de lieux, et céderait partout aisément à des moyens de douceur, de persuasion et de charité , soutenus de l'exemple des grands et du souverain. Il n'y a plus de croyances dans la réforme, et les peuples ont besoin de croyances. Ils n'ont pas moins besoin d'ordre ; et la sévé-
rité même de la religion véritable , les œuvres de miséricorde et toutes les vertus qu'elle inspire, la majesté de son culte , la pompe de ses cérémonies, ne tarderaient pas à triompher des préjugés et des habitudes. On sait d'ailleurs , et les lettres de Bossuet à Leibnitz le prouvent , jusqu'à quel point l'Église catholique porterait la condescendance , en ce qui tient uniquement à la discipline , pour obtenir un aussi grand bien que le rétablissement de l'unité. Que les chrétiens se réconcilient enfin. N'est-ce pas assez de trois siècles de division ? Quel en a été le fruit ? des guerres atroces , des calamités inouïes, la destruction de la société. Que tant de souffrances ne soient pas perdues; qu'elles apprennent à l'homme à se défier de ses pensées. Nous devons le savoir aujourd'hui, l'union vaut mieux que l'orgueil de l'indépendance. Nous nous sommes combattus dans la nuit des doctrines enfantées par la raison humaine ; embrassons-nous à la lumière de la religion d'amour. Possédons en commun les mêmes vérités , et cessons de vouloir en créer de nouvelles. La vérité , c'est Dieu qui ne change point ; comment la vérité changerait-elle ? Elle réside dans l'Église antique , sous la garde de l'autorité, et la foi seule en approche. La raison hautaine erre au dehors , se fatigue à poursuivre des ombres qui lui échappent; et, comme Thomme déchu, exilée du lieu de son repos, elle s'enfonce avec douleur dans des déserts inconnus.