‹ Œuvres complètes de F. de La Mennais (volume 2)Chapitre 32 sur 226 · QUE LE CHRISTIANISME RAPPROCHE, ETC · texte numérisé non relu

QUE LE CHRISTIANISME RAPPROCHE, ETC

principe dévie, ils meurent et se dessèchent, comme le rameau séparé de l'arbre qui le nourrissait.

Ainsi notre théorie se vérifie également, soit qu'on rapplique à l'ordre religieux, à l'ordre politique, ou à l'ordre physique, qui se tiennent et s'unissent par des liens aussi réels qu'ils nous sont quelquefois cachés.

La tradition avait conservé chez les païens le sentiment de la vérité ou de l'intelligence infinie , mais ils méconnaissaient son unité ; ils supposaient Dieu multiple, divisible, et cette erreur fut la source de beaucoup d'autres erreurs. Par une conséquence naturelle ils nièrent éffalement l'unité de l'intelligence sociale et de l'intelligence individuelle, et furent conduits, d'une part, au matérialisme , et, de Fautre, à la multiplicité des pouvoirs. Cependant, comme ils reconnaissaient une vérité ou un Être suprême, et qu'ils se trompaient seulement sur sa nature, la vérité, l'être, l'intelligence ou la vie, car toutes ces expressions sont synonymes, ne fut totalement éteinte ni dans la société ni dans les individus ; il y eut faiblesse, trouble, désordre , en un mot diminution de l'être, mais non pas destruction. Et même on observera que la vertu, ou la vérité dans les actions de l'homme considéré individuelle-

ment, ftit pendant longtemps chez les Romains, el même chez les Grecs, un principe de vie pour la société. Mais, lorsque l'erreur eut tout envahi, lorsqu'elle se fut emparée des mœurs mêmes , alors, la société ne pouvant communiquer la vie qu'elle ne possédait point, tout périt, et la société et l'homme même ; et le genre humain eût disparu de la terre, si le christianisme n'était venu y rapporter la vérité.

Tous les hommes ne peuvent pas posséder la vérité par une vue claire de l'intelligence; mais tous les hommes peuvent la posséder par la M. La foi est donc dans la nature de l'homme ; eUe est une condition nécessaire de son être : Justus es fide vivit (1) ; et l'époque de la destruction du genre humain concourra avec la destruction de la foi dans son coeur, et, par conséquent, de la vérité dans son intelligence : Croyez-vous , quand je viendrai, que je trouve encore de la foi sur la terre (2) ?

La philosophie elle-même avait l'instinct de cette vérité , lorsque, par l'organe de Condorcet (3), en annonçant aux générations futures des lumières, des vertus, une félicité dont on ne peut pas se former une idée , elle promettait à l'homme la prolongation indéfime de son existence physique.

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