‹ Œuvres complètes de F. de La Mennais (volume 2)Chapitre 36 sur 226 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

en proie , si les lois qui le régissent étaient tout à coup anéanties ou suspendues. La force, en effet , par elle-même , n'a aucune tendance déterminée ; il faut qu'elle la reçoive d'une volonté quelconque. Dans l'univers matériel elle la reçoit de la volonté suprême du Créateur, qui la fait concourir, selon des lois aussi sages que constantes , au maintien de l'ordre général; dans les sociétés humaines, naturellement constituées, elle la reçoit de la volonté du pouvoir, réglée par les lois propres aux êtres intelligents. Ces lois ôtées, la force, sans autre règle que des volontés particulières , et recevant autant de directions contraires qu'il y a d'intérêts opposés ou d'individus , sépare au lieu d'unir, au lieu de conserver détruit; car la première condition de la grandeur de l'un est l'abaissement de l'autre , des richesses de l'un la pauvreté de l'autre, de la gloire de l'un l'humiliation de l'autre. Là où deux forces se combattent de front, il faut que l'une détruise l'autre ou que toutes deux soient détruites. La loi de la force, transportée dans la société des êtres intelligents , et y remplaçant les lois propres à ces êtres , produit donc nécessairement une confusion effroyable, confusion d'autant plus grande.

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