‹ Œuvres complètes de F. de La Mennais (volume 2)Chapitre 45 sur 226 · I.— Çul cliiei WBfll Cl · texte numérisé non relu

I.— Çul cliiei WBfll Cl

(t) Ouiian,, di Iitcam. Deminl, l, I

ISJ Euek.lav/gU.S.PeM.

(ù) Epta.CtrtU.SalonUelftranlaa

lApe Srmmaiiac.

dept-omple, quc)U M, »

(I3UP>" KLIV,nil«r(

lugdUQ-.ii.SI,

I e/ilieap. Galllat mmOM

-, Dtrtbia tecItjloH; c. XNM-

SUR UN OUTRAGE INTITULÉ DU PAPE

• ment et dans un seos équivoque qu'oD peut at-

• tribuer ce pouvoir à rÉgli»e universelle et au

• concile quila représente (I). « Saint François île Slies exprime en <iuel(iite8 mots les même» iilées : U Pape et rÉglUe c'est tout un (S) ; et saint Ambraùe arait dit avant lui : Où est Pierre , là est rtffiùe <3|.

Oo n'accusera pas Gerson d'avoir corrompu , en brcur des papes , la tradition île l'Église gallicane. Or, il enseigne que n la plénitude de la puissance

• ecclésiastique réside formellement et subjecli-

■ Tcmcnt dans le seul pontife romain , et qu'elle ' n'est autre cbose que le pouvoir d'ordre et de ju- ' ridiction qui a été donné sur naturellement par 1 Jésus-Christ i Pierre , comme à son vicaire et au

- touverain monarque, pour lui et ses successeurs

- légitimes jusqu'à la fin des siècles (4). <i II o'bésite paintadéclai-er hérétique et schismatifjue quiconque nierait >• que le|iapeaété institué de Dieu surna-

• turellement et immédiatement, et qu'il possède

■ noe autorité r/tonarc/iique et royale dans la

■ hiérarchie ecclésiastique [S). » Ailleurs, après avoir (Aterté i combien de changements sont cx{>osés les gouTememcnls civils ,' il ajoute ;

• Il D>a est pas ainsi de l'Église qui a été Fomtée

• par Jésus-Christ sur un seul monarque su-

• pnfme... C'est la seule police immuablement ■■ monarchique , et en quelque sorte royale , ({ue le

• Christ ail établie (6). >.

La faculté de théologie de Paris proclama solennrllemenl les marnes maximes, en condamnant cette (iroposition d'Antoine de Domînis : h La forme

• munarcbi<|ue n'a pas été instituée dans l'Église ' immêiliatement par Jésus-Christ (7) ; i. et les évè- (]iies mêmes qui venaient de signer les quatre arlirlrs de Iti8â accordaient cependant au pape , dans une lettre circulaire adressée à tous leurs collègues, la toamraine puissance ecclésiastique (8).

(Quelque envie que nous ayons d'abréger , nous ne poutons passer sous silence un passage du saint concile de Trente, qui nous parait décisif dans cette question. Le concile déclare que la raison et la nature du jugement exigent que la sentence soit portée seulement contre des inférieurs, après quoi il ajoute que les soureraim pontifes ont reçu une puissance suprême dans toute l'É-

(SI DffCat Eceict., \Mi.,iM. UB.

(S| iwax/ïMAU. Pefa ootuld. s. Iblil., i m CoUtH.JiuiicU ll.iurl. Il, p.luse (S) Ireuv. Oftut, ttFluay, f.t; corrti, "r^KMlti.v.ilvm.—VuPaft. t. I,p,64

^//«e(9);cequi exclut tout supérieur : donc, suivant le concile de Trente, le pape ne peut être jugé, Nous avons vu que cette émine^e principauté, comme parlait saint Irénée â la Rn du second siècle (10) ; ce droit de juger en dernier ressort , sans jamais être jugé soi-même , constitue proprement , quant à l'ordre extérieur, ce qu'on appelle infaillibilité. On ne s'étonnera donc pas que le clergé de France, assemblé en lGSi5, ait reconnu hautement dans le poniife romain cette divine prérogative." Les « évéques, dlsail-il , seront exhortés à honorer le Il Siège apostolique de l'Église romaine. Fondée sur >i la promesse in Faillible de Dieu, sur le sang des « ap6lres et des martyrs, la mère des Églises, et " laquelle , pour parler avec saint Anastase , est Il comme la tète sacrée par laquelle les autres Égli- • ses, qui ne sont que ses membres, se relèvent , se K maintiennent et se conservent. Ils respecteront u aussi notre saint père le pape, chef visible de « l'Église universelle , vicaire de Dieu en terre , u évËque des évoques et patriarches ; en un mol , Il successeur de saint Pierre, auquel l'apostolat et u l'épi se opat ont eu un commencement, et sur lequel u Jésus-Christ a fondé son Éghse, en lui baillant Il les clefs du ciel atec l'infaillibilité de la foi, " que l'on a vue miraculeusement demeurer ■I immuable dans ses successeurs Jusqu'aujouru d'/iui. Et qu'ayant obligé tous les fidèles ortho- « doxes a leur rendre toutes sortes d'obéissances, " et de vitre en déférence à leurs saints décrets et K ordonnances , les évèques soient exhortés à faùre Il la même chose, et à réprimer, autant qu'il leur <i sera possible, les esprits libertins qui veulent ré- II voquer en doute et mettre en compromis cette Il sainte eliacrée autorité, confirmée partantdelois K divines et positives; et, pour montrer le chemin « aux autres, ilsydéFereront les premiers (II). n

Oa sait que le cardinal de Itichelieu dicta lui-même à llicber la rétractation des erreurs contenues dans son livre De la puissance ecclésiastique et politique; il l'obligea de déclarer n qu'il se soumettait au Il jugement de l'Église catholique romaine et du u saint-siêge apostolique, qu'il reconnaissait pour 11 la mère et la maltresse de toutes les Églises, et pour Il juge infaillible de la réritéiM).- Nouvelle preuve que telle éiaitalorsla doctrine de l'Égltsede France,

(IJj Hic praLeiUreldcGlaro me tcmpcri

pioïKiiULoDu , eiruuque InleriireliUantiin audrlDin, Kccle^c MUiglIccrBiuancieti llcKiudiida Hibilccrc quam miirem st nii

llbtUiiiMrçeltiUil.clpollt-polest.,<!iM.,i

et des fidèle* commedespasleurs, ainsi que le moti- Ire un pasisage de Balzac , lequel a d'aulunt plus de Force que l'auleur , n'élant pas Ibéologien , n'énonce point un scnlimeul particulier , mais rend témoignage de la croyance uoiTcrsellemcnl reçue de son temps. Il L'infaillibililc , dil-il , apparlirnl à celte « seule personne , qui doit veiller sur loul l'empire a du Fils de Dieu , el pour la foi de laquelle le Fils u de Dieu lui-mi^me a piié , lorsqu'il a prié pour « la foi de saint Pierre (!}. "

Si des circonslances (juc nous ne roulons point rappeler ont peadanl quelque temps ob^urei parmi nous cette antique et sainte docliinc , d'auires circonstances lui oat rendu toute son autorilê; et ce serait élre injuste envers l'épiscopHl actuel que de ne pas reconnaître quii l'a proclamée de nouveau arec la plus im(ios.itilc unanimité. Lor^qu'en 180t le pontife romain déploya dans lowte son étendue sa puissance suprême , quelques pn'lats , il est vrai, réclamèrent contre un acte de souveraineté dont il n'exisiail encore aucun cxemjile; miiis cet acte est demeuré ferme, mais ces cvëtiues riiX'. marnes en ont avoué soleunellcment lavaliililé, et en écrivant au pape une lettre de soumission (9) , et en acceptant des sièges qu'ils occupent au raCmc titre que les cvèques qu'ils avaient d'aliord eoiisidérés comme de simples vicaires apostoliques, Ils ont ainsi reconnu que si , selon le Iroisii^me article delà déclaration de 168S,/'ucR^e'/e /a />uis«a»câ aptuloliquedoit être r^glé Htuvnnt lescannna faits par l'esprit de Dieu , el consctcn'spar le resptct généra/, eetle puissance />eu/ tout dans te cas de nécetsité ou d'utilité évidente (3) , et que le pape seul est juge de cette nécessilé ; que « rien , comme u s'exprime le père Tbomassin, n'est plus con- II forme aux canons que le violcment des canons , " qui se Fait pour un plus grand bien que l'obseru vance mtme des canons (1) , » et qu'enfin l'autorité que saint Pierre el ses successeurs ont reçue de Jésus-Christ , indépendante de toute autre autorité dans son exercice , a des règles sans doute i|ui doivent la diriger , mais n'a de bornes que la loi divine.

(3) VulCl lluelqUEt |»H1||

■rcHcveque de Belnit, l»

(ur-Sailne,<]E La aocbells, c

• ItSIIx roEMlae. KDUt avani louji

• la mert. la nourrice el la ataiirtia

• laijuilulmitri let Bgiiiet el loiuu

• (t muH Ile in principale tl excelle • «DU! wppIlDai donc Voire Balu

• Nfamlceçalttlmarrurt, etMi]«uati

SUR UN OUVRAGE INTITULÉ DU PAPE

Cependant, disent quelques hommes d'un eaprlt aussi Faible que leur foi est pusillanime . qui noua garantira que le pontife romain n'abusera |>as d'une si haute puissance? Qui? l'auteur même de cetla puissance , Dieu qui a fondé son Église sur Pierr«< Quel autre garant ilemanderez-vous, sicelui-i TOUS suffit pas? Écoutez un prolestant: «Il n'y ■ ■. pasud seul exemple dans l'histoire entiire qu'ut •I souverain pontife uitpeiséeuie ceux qui, attacM» » à leui'S droits légiiimes, n'en IrcprenaieDt point " de les oulrepdsser (-i), »

Hais enfii), eonlinue-t-on , si le pape devenait hérétique, furieux, dcslrueleur des droits de l'église, etc., quel serait le remède?

•i Jr réponds en premier lieu , dit H. de ]faislr«, <i que les hommes qui s'amusent à faire, de nn » jouis, ces sortes de suppositions, quoique peiH II dant dix-huit cents ans elles ne se soient jaraaii » réalisées, sont bien ridicules ou bien eoupableSi

u En second lieu , et dans toutes les supposition u imaginables , je demande à mon tour : Que ferait u on si le roi d'Angleterre élait incommodé al « point de ne pouvoir plus remplir ses FonclioniT Il On ferait ce qu'on a fait, ou peui-ftreantremenlj 'I mais s'cnsuivrait-il par hasard que le parlement' " fût au-dessus du roi , ou qu'il puisse déposer It u roi, ou qu'il puisse être convoqué par d'aulreit « que par le roi , etc., cte., etc. (6)? «

Ces supposilions, sur lesquelles on tâche d'établir, dans l'ordre religieux, la souveraineté du concile ressemblent à celles sur lesquelles Jurieu essayait d'établir, dans l'ordre politique, la souveraineit du peuple, u 11 croit , c'est Bossuel qui parle , : « fermer la bouche en nous demandant ce qu'if II faudrait faire à unprince qui commaJtdendt^ Il à ta moitié d'une rille de maasacrer l'autrt^. « sous prétexte de refus d'obéitsance sur « rommundemenlinjuste.Qu'ua homme se mettt Il dans l'esprit de fonder des règles de droit et dtt, Il maximes de gouvernement sur des cas bizarroi It el inouïs parmi les hommes ! IHais écoutoat » néanmoins, el voyons où l'on veut aller : Cei " moitié de la ville, poursuit-il , n'est pas obligA

(t) Dltclpl. ie l-ÉgUit , part. IV, I. Il, c. lxtiii. i: p.iaa.prem.MIt.

(b) «4iu\ avili. Steklnbtrg, lUelho-l. JuTlipr. add. llbtTt SecUegm»; Slll.— («J BtiFaf*,\.%-v.n.

SUK CN OUrnAGE INTITULÉ DU PAPE.

« de massacrer i'aulre ; on en demeure d'ac- ' cord, car on donne des bornes à l'obéissance " active. Mais, ai ce soueerain, après cela, a le > droit de massacrer toute cette ville sans

• qu'elle ail le droit de se défendre, il est clair

■ que k prince aura le droit de ruiner la »ot ciétéettlière.VaK{\u"\\ roulait ronrlure à la luinc

■ de loïKe ta socirlé, en ce cas que n'ajoutail-il

• tacart (|ue celte ville fût la seule où ce piiiice < Fat soiiveratQ, ou qu'il en voulût faire autant à

• loulcs les autres qui composeraient son État,

■ en sorte qu'il y resLU seul pour D'avoir plus

• de cotttradicleiirs , et |>oiir pouvoir tout sur . des corps morts qui seraient ilorennvant tous ' ses sujets? Le mioisli'C n'a osé ainsi con.siruire ' son bvfiollièse, parce qu'il a bien senti qu'on

liiidirait qu'elle est insensée , et que c'est encore ' [|iielqiie cliosc tic plus insensé <le fonilei* ilcs lois ' ou (le donner un empire au peuple sous prétexte <■ de rcRiéilior à des maux qui ne sont que dans la

■ ttte d'iio spéculatif, el que le genre humain ne 1 TÏljamais.

t Comme donc . à parler de lionne foi , ce prince

• d« U. Jurieu qui voudrait tuer tout l'univers ne

• ht jamais, et que Is fureur et la Frénésie n'ont I pH même encore été jusque-là ; demander re qu'il I hndrsit faire à un prince qui aurait conçu un

• lemhlabte dessein , c'est, en d'autres termes ,

• demander ce qu'il faudrait faire à un (trince qui > deviendrait furieux ou frénétique au-delà de tous ' les exemples que le genre humain connaît. En ce

• eis . la réponse serait trop aîsee. Tout le monde ' dirait au mini»lre qu'on a donné des tuteurs à

■ (kl princes moins insensés que celui qu'il nous

• fropose. Son prétendu empire du peuple n'est

■ ici d'aucun usage : le successeur naturel d'un «jriDCe dont le ccrTcau serait si malade, ou les itnnsportB si violents, ferait naturellement la

• charge de régent (I). ■

RoDs ne parlerons point des erreurs sur la foi où Xaa B prétNidu que quelques souverains pontifes Ment tombés. Avec la plus médiocre instruction ilD'eMnurintenanlpermlsà personne de répéter ces ridliei abjections réfutées tant de fois. » L'Église

• romaine n'ajamais erré (2),.. L'Eglise romaine ne

■ eoniMit point d'bérésie ; l'Église romaine est ton-

■ joiin nicrge Pierre demeure ; dans ses suc-

< eeMCUrs , le fondement des fidèles (3). n

Après avoir répandu de nouvelles lumifres sur niiatoire de Libère et d'IIonorius. M. de Maislre termine l'examen de la conduite de ces deux papes pircei rcScxions. aniquetles on ne peut trop appinidir , et qu'on ue saurait trop méditer :

« Si les papes avalent souvent donné prise sur Il eux par des décisions seulement hasardées , je ne Il serais point étonné d'entendre traiter le pour et Il le contre de la question ; et même j'approuverais » beaucoup que dans le doute nous prissions parti Il pour la négative, car les arguments douteux ne >i sont pas faits pour nous. Hais les papes , au con- •I traire, n'ayant cessé pendant dix-huit siècles de « prononcer sur toutes sortes de questions avec Il une prudence et une justesse vraiment miracu- <i leuses , en ce que leurs décisions se sont invoria- " blement montrées indépendantes du caractère Il moral et des passions de l'oracle, qui est un Il homme , un petit nombre de Faits é(|Uivoques ne « sauraient plus èlie admis contre les papes sans Il violer toutes les lois de la probabilité , qui sont « cependant les reines du monde.

" Lorsqu'une certaine puissimce, de quelque Il ordre qu'elle soit, a toujours agi d'une manière <i donnée : s'il se présente un Irès-pelit nombre de Il cas oi!i elle ait paru déroger à sa loi , on ne doit \ point admettre d'anomalies avant d'avoir essayé de Il pKer ces phénomènes à la réglegcnérale; et, quand <[ il n'y aurait pas moyen d'éclaircir parfaitement <i le problème, il n'en faudrait jamais conclure que II notre ignorance.

■I C'est donc un rôle bien indigned'un catholique. Il hommedu momie même, que celui d'écrirecontrc « ce magnifique et divin privilège de la chaire de " saint Pierre. (Juant au prÈtre qui se permet un tel ■ abus de l'esprit et de l'érudition , il est aveugle , 'I el mOme, sijeneraetrompc infiniment, il déroge .1 à son caractère. Celui-là même, sans distinction ■I d'élat, qui balancerait sur la théorie, devrait tou- " jours reconnaître la vérité du fait, et convenir que •I le souverain pontife ne s'est jamais trompé ; il n devrait , au moins , pencher de cœur vers cette u croyance, au lieu de s'abaisser jusqu'aux crgon teries de collège pour l'ébranler. On dirait , en .1 lisant certains écrivains de ce genre , qu'ils .[ défendent un droit personnel contre un usur- 11 pateur étranger, tandis qu'il s'agit d'un privilège u également plausible et favorable, inestimable don Il fait à la famille universelle autant qu'au père H commun (1). •

tju'onjugedeladéelarationde 1682 par ses fruits, tju'a-l-elle produit, quedu mal ? Jansénistes, constitutionnels, tous les sectaires qui ont paru dans ces derniers temps s'en sont prévaluspour autoriser leur rébelUon. C'est en son nom que Souaparte opprima l'Église et son chef. Qu'on se rappelle, d'ailleurs, en quelles circonstances elle futpubliée : dressée par ordre du roi, ailoptée par des évéques qui disaient :

SUR UN OUVRAGE INTITULÉ DU PAPE

Le pape nous a poussés ^ il s^en repentira (1); flétrie aiosi , dès sa naissance, du double caractère de la passion et de la servilité, quel catholique instruit par Fexpérience oserait la dé^ndre aujourd'hui? On sait combien Bossuet fit d*eflt)rts pour arrêter des esprits prêts à s'emporter au delà de toutes les bornes ; il voulait tratner en longueur pour donner le temps à Tanimosité de se refroidir : on ne le permit pas. Afin de prévenir des excès qu'il était trop naturel d'appréhender, il consentit enfin à rédiger la Déclaration ; et peut-être ce grand homme manqua-t-il en cela de prévoyance. Il est possible qu'il ait épargné à l'Église de France un scandale énorme, une scission ouverte avec le saint-siége, mais qui n'aurait eu qu'une courte durée, car le prince et le royaume étaient alors profondément catholiques. La crainte de ce scandale l'eugagea malheureusement à soutenir une opinion mitoyenne entre des erreurs condamnées et la doctrine vraiment catholique. Il ne blessa pas la foi , parce que l'Église n'avait rien défini sur les points en question ; mais il fut forcé d'être inconséquent , et de recourir, pour subsister dans une positio(p équivoque, à des subtilités peu dignes de son caractère et de son génie. Ses intentions étaient droites, qui en doute? et , frappé du mal présent, ih oublia trop l'avenir ; et il ne vit pas que le schisme était au fond des principes dont il arrêtait arbitrairement les conséquences , seul moyen de l'empêcher d'en sortir : tant Dieu se platt à nous faire sentir la faiblesse des plus forts esprits, et à humilier la sagesse humaine toujours courte par quelque endroit.

Nous regrettons extrêmement de ne pouvoir donner qu'une idée fort imparfaite des trois dernières parties de l'ouvrage de M. de Maistre ; mais un ouvrage si riche de pensées et de faits se refuse absolument à l'analyse , et doit être lu tout entier. Le second livre traite du pape dans son rapport avec tes souverainetés temporelles , sujet d'une grande importance , et sur lequel on a , depuis un siècle , étrangement déraisonné. Il semble qu'on ait pris à tâche de dénaturer la question , que Leibnitz et liobbes lui-même ont mieux comprise que beaucoup de catholiques d'ailleurs habiles. En la discutant de nouveau , l'on ne doit jamais perdre de vue :

1<> Que le pape n'a aucun droit de s'approprier ni de donner à un tiers le territoire d'un prince , ni d'imposer aux peuples des lois politiques ou civiles, et que ce n'est pas de cela qu'il s'agit ;

2<» Que le pouvoir dont les souverains pontifes usèrent dans le moyen âge était un pouvoir purement spirituel, reconnu de ceux même contre lesquels ils l'exerçaient , pouvoir qui a sauvé les rois

(I) rieury, K'ouv- Opute-, p. U2, 14.1.

comme les peuples , et qui faisait partie du droit public universellement reçu alors ;

S** Que personne ne dit qu'on doive maintenant rétablir l'usage de ce droit , et qu'il ne pourrait, en aucun cas, être exercé sans l'appui de l'opinion publique et du consentement général.

Cela posé, voici ce que soutient M. de Maistre. Personne ne pouvant mieux que lui résumer sa doctrine , nous emprunterons ses propres expressions. « Nulle souveraineté n*est illimitée dans toute la i( force du terme , et même nulle souveraineté ne « peut l'être; toujours et partout elle a été restreinte « de quelque manière. La plus naturelle et la moins <( dangereuse chez des nations surtout neuTes et « féroces, c'était sans doute une intervention quelle conque de la puissance spirituelle. L'hypothèse « de toutes les souverametés chrétiennes réunief u par la fraternité religieuse en une sorte de ré- « publique universelle, sous la suprématie mesura « du pouvoir spirituel suprême; cette hypothèse, «c dis-je , n'avait rien de choquant, et pouvait même « se présenter à la raison comme supérieure à <( l'institution des amphictyons. Je ne toîs pas que <t les temps modernes aient imaginé rien de meiltt leur ni même d'aussi bon. Qui sait ce qui serait « arrivé si la théocratie , la politique et la scieDce « avaient pu se mettre tranquillement en équilibre, u comme il arrive toujours lorsque les ëtéments tt sont abandonnés à eux-mêmes et qu'on laisse « faire le temps? Les plus affreuses calamités, les « guerres de religion , la révolution française, etc., (c n'eussent pas été possibles dans cet ordre de M choses ; et telle encore que la puissance pontifif( cale a pu se déployer, et malgré l'épouvantable « alliage des erreurs , des vices et des passions qui (C ont désolé l'humanité à des époques déplorables, « elle n'en a pas moins rendu les services les plus <( signalés à l'humanité. Les écrivains sans nombre u qui n'ont pas aperçu ces vérités dans l'histoire « savaient écrire sans doute , ils ne l'ont que trop « prouvé ; mais certainement aussi jamais ils n'ont <( su lire (S). »

Avant que les constitutions européennes se fassent formées sous l'influence du saint-siége ; avant que la religion eût adouci les gouvernements et les mœurs, les peuples n'avaient d'autre protection contre les excès du pouvoir que l'autorité des pontifes romains. Est-ce de la leur avoir accordée que la philosophie blâme les papes ? En garantissant le faible , autant qu'il était possible, de l'oppression, ils affermissaient la souveraineté; et l'obéissance devenait plus profonde et plus sacrée à mesure que le pouvoir devenait plus juste. On reconnut pleine-

(2) Du Pape, t. I,p. 341—34).

SUR UN. OUVRAGE INTITULÉ DU PAPE

mf nt ses droits quand il eut appris à remplir des deToirs ; et , saos lluflexible fermeté des souverains pontifes, Téritables fondateurs de la civilisation , TEurope aurait péri par le despotisme ou par IV narchie.

« La barbarie et les guerres interminables ayant « effacé tous les principes , réduit la souveraineté « d'Europe à un certain état de fluctuation qu'on « n'a jamais vu, et créé des déserts de toutes parts, il était avantageux qu'une puissance supérieure eAt une certaine influence sur cette souveraineté ; or, comme les papes étaient supérieurs par la sagesse et par la science, et qu'ils commandaient, d'ailleurs, à toute la science qui existait dans ce temps-là , la force des choses les investit , d'ellemême et sans contradiction , de cette supériorité dont on ne pouvait se passer alors. I^e principe très-vrai que la souveraineté vient de Dieu , renforçait , d'ailleurs, ces idées antiques ; et il se forma enfin une opinion à peu près universelle , qui attribuait aux papes une certaine compétence sur les questions de souveraineté. Cette idée était très-sage et valait mieux que tous nos sopbismes. Les papes ne se mêlaient jamais de gêner les princes sages dans l'exercice de leurs fonctions souveraines , encore moins de troubler l'ordre des successions , tant que les choses allaient suivant les règles ordinaires et connues ; c'est lorsqu'il y avait grand abus, grand crime ou grand doute 9 que le souverain pontife interposait son autorité. Or, comment nous tirons-nous d^afl^aire ai cas semblables , nous qui regardons nos pères fXk pitié? par la révolte, les guerres civiles , tous (es maux qui en résultent. En vérité , il n'y a pas de quoi se vanter (1). »

Voltaire lui-même, qu'aucunes préventions ne pouvaient égarer sur ce point , avait compris les avantages d'une juste et sage intervention de la puissance spirituelle entre les peuples et les rois. Llntérêt du genre humain , dit-il , demande un fran qui retienne les souverains , et qui mette à couvert la vie des peuples. Ce frein de la religion aurait pu être , par une convention universelle , dans la main des papes, comme nous l'avons déjà remarqué. Les prenûers pontifes , en ne se mêlant des querelles tempoi'elles que pour les apaiser, en avertissant les rois et les peuples de leurs devoirs , en reprenant leurs crimes , en réservant tes excommunications pour les grands attentats , auraient toujours été regardés comme des images de Dieu sur la terre : mais les hommes sont réduits à n'avoir pour défense que les lois et les mœurs de leur pays ; lois souvent méprisées et

(Ij Dm Pape, p. 331 el 832.

Page 1