SUR LA CENSURE ET SUR L'UNIVERSITE
(issa)
Lorsque le ministère a demandé la censure des Journaux, lorsque les royalistes la lui ont accordée, c'était sans doute pour réprimer la licence des écrivains impies, des opinions anarchiques, et non pour empêcher de justes réclamations en foveur de la religion de l'État. L'intention du gouTemement n'a pu être d'étouif^r la vérité , mais d'enchaîner le crime. Quand le poignard atteignait le cœur d'un Bourbon, il fallait, certes, briser le poignard. J'ignore si c'est là ce que fiait la censure ; J'ignore si, en essayant d'émousser les armes des révolutionnaires , il n'entre point dans ses vues que chaque journal conserve , comme elle le dit, sa couleur; j'ignore si , depuis qu'on a mis l'opinion publique sous sa tutelle , il ne s'imprime plus rien dont la royauté, les mœurs et la religion aient à gémir : mais je sais parfaitement que les plaintes de celte religion tant persécutée sont importunes à quelques censeurs. II y a des gens qui n'aiment pas qu'on trouble la sécurité des institutions dont ils sont membres ; c'est un genre de fidélité. Quelque funestes que soient ces institutions , ils ne souffriront pas qu'on les attaque, de peurdese montrer ingrats. Défendez la religion , vous disent-ils froidement , mais respectez l'Université , qui détruit en France la religion , en desséchant la racine du sacerdoce. Nous avons rencontré quelques-uns de ces hommes invariables dans leur attachement aux places qu'ils ont une fois occupées; tendrement dévoués à euxmêmes d'abord, et puis à tout ce qu'on veut, même à la religion, pourvu qu'elle n'exige pas des choses impossibles : par exemple, qu'on lui laisse les moyens de se perpétuer; de ces hommes qui, dans leur tranquille bienveillance pour l'Église , ne peuvent pas comprendre qu'elle se plaigne quand ils sont contents : et qu'un de ces hommes soit prêtre! nous ne l'assurons pas ; ce n'est qu'un on dit.
Nous avons essayé, dans le Défenseur , d'appeler rattenlion du gouvernement sur le déplorable état
de la religion. La censure a écarté nos observations. Nous les reproduisons sans aucun changement, afin que le public puisse juger de ce qu'on permet et de ce qu'on défend de dire sur ce siijet. Nous en userons de la sorte, à l'avenir, pour ceux de nos articles qui pourraient être également supprimés , et notre intention est d'y joindre, comme à celui-ci, quelques nouvelles réflexions pour justifier sôit les foits, soît les principes dont les censeurs se seraient crus obligés de prendre ombrage. La vérité ne peut que gagner à ces discussions ; et peut-être apprendrontelles à ceux qui l'ignorent que le sentiment du devoir est aussi une force, et qu'on n'étouffe pas aisément la voix de l'honnête homme qui ne craint rien et ne désire rien.
Sur la nécessité j pour le gouvernement ^ de s'occuper de la religion.
Dans un moment où les destinées de la France se décident peut-être , et où l'on parait chercher quelques appuis pour soutenir l'édifice social ébranlé ; dans un moment où un nouveau ministère , montrant avec ménagement des espérances timides encore , des désirs modestes , semble essayer d'agir et s'encourager lui-même à vouloir , il nous sera sans doute permis d'appeler son attention sur ce qui feit seul la véritable force des États et des gouvernements, la religion.
Qu'on observe la conduite des révolutionnaires: n'est-ce pas contre le christianisme, contre le culte catholique et ses ministres que se dirigent leurs plus grands efforts ? D'où vient leur haine pour les missions , si ce n'est de la crainte qu'elles leur inspirent? Ils savent que prêcher les devoirs , le pardon des torts, le repentir, c'est porter la désertion dans leurs rangs cl leur ôlcr l'espoir de vaincre, en des-