‹ Œuvres complètes de F. de La Mennais (volume 2)Chapitre 57 sur 226 · RÉFLEXIONS SUR LA CENSURE ET SUR L'LMVERSITE · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS SUR LA CENSURE ET SUR L'LMVERSITE

^tmuiit [e crime. Aussi Toyez que île soins ils prfDiicnt pour excjler les passions du peuple et afec quelle fureur ils allaijueRt quiconque a l'audace (le troubler le sommeil ionoeenl ilu remords. Réchauffant sous leurs ailes toutes les erreurs et lous les désordres, ils se flattent d'en faire éclore une nouvelle rérolulion.

On doit le dire, les souverains ont trop espéré jusqu'à présent séparer leur cause de celle de Dieu. Kd renonçant à celle grande alliance , ils ont cru qu'ils résisteraient plus aisément à leurs ennemis. Au lieu d'élever en haut leurs regards , ils ont rétolu de baisser les yeux sur la terre (1) , sur cette terre cbancelante qui ne peut plus porter un Irûtie. Dès-lors il leur a fallu discuter leurs devoirs devenus incerlaius. On leur a demandé de qui ils tenaient le pouvoir et à quel litres. Qu'a-l-on répondu ? l'Europe le sait. Jouets de l'homme aussiliVt qu'ils ont cessé de relever du ciel , contraints lie négocier, de transiger avec le peuple , ils onl mis leur autorité et leur vie même en arbitrage , heureux d'être tolérés comme ils toléraient Dieu.

Qu'ils l'apprennent enfin : Point de cbrislianUme, point de rois. Le sceptre, c'est la Croix: qu'elle règne sur les peuples , et ils régneront eux-mêmes. Il y a dans ce signe sacré une vertu qui les sauvera. Sais, s'ils le livrenl à la ilérîsîon, s'ils souPFrent que de» factieux ébranlent , en l'insullanl, les croyances sur lesqu<-lles repose la société , il sortira de cette iToii, arrosée du sang qui demande grâce, des malédictions terribles et de prophétiques menaces.

Un ne saurait le dissimuler, depuis quatre ans la religion de l'État est opprimée en France. <Ju'a fait pour elle l'ancien ministère, ou pluldt que n'a-l-il pas fait contre elle ! Salariant les factieux des débris de l'Église , chaque jour il démolissait ce que Bonapurle même avait conservé. N'avons-nous pas vu l'épiacopat près de s'éteindre? La piété du roi a proliioircmeot arrêté les progrès de la destruction ; mais, le nombre des sièges, qu'il était indispensable irangmcntcr. est demeuré le même, malgré le traité le pins solennel; mais les écoles ecclésiastiques, iteitinées à repeupler le sanctuaire , n'ont pas cessé il'ètre en bulle aux persécutions de l'Université; mais, en même temps que l'on consacrait l'athéisme politique par les lois et par des arrêts des tribu- Max, une administration jalouse envahissait de Imites parts la juridiction spirituelle , commandait l'enseignement, réglait la discipline, et se faisait m jeu cruel de tourmenter la conscience des prêirr». Chose sans exemple, l'autorité, établie pour tuïinlenir l'ordre public, semblait regarder comme an devoir de proléger contre ta religion l'impiété

des mourants, le duel et le suicide. Au nom de l'humanité, elle demandait k des ministres de paix de tolérer TeffUsion du sang , et . au nom d'une loi athée , elle li'ur ordonnait de bénir le crime.

On doit espérer que de pareils scandales ne se renouvelleront pas. Mais suffit-il de mettre un terme à l'oppression de l'Eglise? La France n'allcnd-elle rien de plus de son gouvernement ? Ne pas opprimer, ce n'est que de l'indifférence; et, quand il s'agit de religion , il n'y a pas loin de celui qui dit : (lus m'importe ? a celui qui dit : Dieu n'est qu'un mot.

Voilà ce qu'on défend de dire sous un ministère qui, â la vérité, n'a pas, que je sache, la prétenlioa d'être religieux , mais qui ne désavoue pas encore celle d'être royaliste. Les censeurs forment , à l'entendre, une espèce de jury dont il doit respecter l'indépendance. Mais , d'abonl , qui uomme les censeurs? et, en secoud heu, est-ce â huit ou dix hommes amovibles et non responsables , ou au ministère , que les pouvoirs de l'Etat ont confié la censure? Pourquoi les ministres la demandaienl-ils, s'ils ne voulaient pas l'exercer? Qui les autorise à faire présent d'un pareil privilège â qui que ce soit? l'ensenl-ils sérieusement pouvoir se cacher derrière les agenls qu'ils emploient? Espèrent-ils qu'on se méprendra sur la main qui donne l'hnpulsion ? Et voudraient -ils , d'ailleurs , en condamnant à l'indépendance des hommes qui n'ont pas àd s'y croire exposés en cette occasion , jiaraitre dédaigner leurs services , et affliger leur docilité? cela est impossible. Les censeurs sont leurs délégués , ne peuvent être que leurs délégués. Tout ce qu'ils font, le ministère le fait ; et c'est par la censure qu'en ce moment on peut ie mieux juger du ses priucipes et de l'espiit qui l'anime. Or, jusqu'ici , l'on ne voit de sa part que de tristes efforts pour garder un certain milieu entre le bien et le mal , entre la vérité et Terreur, et une conlinuelle hésitation qui laisse subsister toutes les espérances et toutes les craintes.

El , pour ne parler que de l'objet qui nous intéresse spécialement , que penser des dispositions du ministère à l'égard de la religion, lorsque la censure ne soulfre pas qu'on en expose l'état réel? Reprenons le seul paiagraplte qui l'ait blessée dans notre article, et voyous s'il renferme rien d'exagéré.

Depuis quatre ans ta religion lie l'Ëtut est opprimée en France. Four nier ceci, il faudrait soutenir, entre autres choses , que mettre une religion dans l'impuissance presque absolue de perjiéluer son sacerdoce, ce n'est pas opprimer celle religion ; ou , en d'autres termes, que la détruire ce n'esl pas l'opprimer, \oiis ne serions pas étonne

Page 1