VINGT-UN JANVIER
dans le$ fiunilles , le libertioage , rexpositton des enfonts, la corrupiton précoce de ceux que leurs parents élèvent ; le jeu , les querelles , les vols : telles sont les suites du perfectionnement introduit dans nos lois et nos institutions. Et qui ne gémirait sur le sort de tant de jeunes gens honnêtes que le besoin d'apprendre un métier amène chaque année à Paris , poor y être témoins de cette licence malheureusement trop contagieuse? Privés d'appui, de surveillance , de conseils ; environnés de séductions , perdus , pour ainsi parler, dans cette foule de vices qui les pressent et les sollicitent de toutes parts, comment pourraient-ils ne pas succomber? comment conserveraient-ils et les sentiments de religion , et les bonnes mœurs , et les habitudes simples et régulières que la plupart d'entre eux apportent de leur province ? Il est presque impossible; rexpérience ne le prouve que trop.
Émus de pitié à la vue de cette infortunée jeunesse, les missionnaires ont conçu le désir et l'espérance'de la sauver de la corruption de Paris. Secondés par le zèle de deux cents chefs d'atelier, ils ont établi une maison où tout apprenti qui arrive muni d'une lettre de son curé est logé gratuitement pendant plusieurs jours. On le place ensuite , selon l'état qu'il veut embrasser, chez des personnes sûres , où il n'entend que de bons discours , où il ne reçoit que de bons exemples et d'utiles conseils , où le repos du jour saint est observé ioviolablement. Ce n'est pas assez, il faut encore qu'après les heures du travail les jeunes apprentis soient préservés des dangers qu'ils rencontreraient dans les lieux où ils logent et où ils prennent leurs
repas. On y parvient en leur désignant , dans les diflPérents quartiers de Paris , des auberges tenues par des gens religieux , et d'où l'exactitude même avec laquelle on y garde les lois de l'Église, et spécialement celle de l'abstinence , écarte les ouvriers dont la fréquentation serait à craindre. Enfin M. le préfet de Paris , empressé de concourir à une œuvre si importante , a mis à la disposition des missionnaires un vaste local , dans lequel les jeunes gens qui sont l'objet de leur sollicitude se réunissent les dimanches et les fêtes , et assistent à l'office divin , que suit toujours une instruction appropriée à leurs besoins. Ces pieux exercices terminés , ils sortent dans les cours où divers amusements leur ont été préparés. Comme autrefois au Paraguay, le missionnaire préside aux jeux qu'une gaieté innocente anime. C'est ainsi qu'on rend les hommes bons , heureux , et heureux par leur bonté même , parce qu'ils connaissent et remplissent des devoirs. C'est ailisi qu'on sert tout ensemble la religion , l'État , les familles.
Il n'est pas un homme de bien , pas un chrétien , qui ne doive prendre un vif intérêt à V Association de Saint-Joseph , et désirer qu'elle s'affermisse et s'accroisse de plus en plus. Mais on comprend qu'une pareille œuvre ne saurait se soutenir sans des frais considérables. Ceux qui l'ont fondée en attendent une récompense qui n'est pas de ce monde; ceux qui contribueront à la perpétuer auront part à cette récompense , et aux touchantes bénédictions d'une jeunesse jusqu'ici abandonnée et qui leur devra le plus grand bienfait que l'homme puisse devoir à l'homme, la conservation de sa foi et de ses mœurs.