SUR L'OBSERVATION DU DIMANCHE
eux-mêmes Texemple , et jusque dans les églises, peDdaDt le saint sacrifice, aux jours les plus solennels : cela s'est yu, tout Paris le sait. Cependant il existe des règlements relatif!» â robser?ation du dimanche : quel en est donc le but? Pourquoi défendre ce qu'on parait résolu k ne point empêcher? Mieux vaudrait déclarer f^nchement que chacun peut , à son gré, Tiolerla loi divine; il semble inutile d'habituer le peuple à violer de plus les lois humaines, s'il j a encore des lois humaines pour ceux qui ne reconnaissent point de loi de Dieu.
Certes, il se passe sous nos yeux des choses éCnnges, et qui doivent d'autant plus alarmer qu'on les remarque moins. Quand le mal cesse de surprendre, quand il devient l'ordre ordinaire dont personne n'est frappé, c'est alors qu'il est grand. Nous en sommes là sur beaucoup de points. Il n'y a guère maintenant que le bien qui étonne et que la vmtë.qui effiraie. S'il existait un plan formé pour corrompre la classe des artisans, pour détruire en eux toute idée de religion et de morale , quel plus sûr moyen pourrait-on employer , pour y réussir , que d'éloigner le pauvre des exercices du culte, et de le placer, sous ce rapport, entre ses devoirs et ses intérêts matériels ? On fait plus : non-seulement on souffre qu'on travaille le dimanche , mais , dans beaucoup d'ateliers, on l'exige impérieusement. Le zèle de l'impiété s'aide de tout, et même de la faim, pour pervertir le peuple , sans que l'autorité s'y oppose ; et c'est là ce qu'on appelle protéger la liberté de conscience et la liberté des opinions : car Dieu lui-même et sa loi, sur laquelle reposent toutes les lois, ne sont aujourd'hui que des opinions pour quelques gouvernements; et, parce qu'on ne veut plus reconnaître de conscience universelle, de conscience chrétienne, fondée sur des préceptes immuables , on respecte également toutes les consciences, c'est-à-dire, tous les caprices que l'erreur peut enfanter , et la conscience du juif déicide, et celle du musulman , et celle du matérialiste , et la conscience même de Talhée.
Point de religion sans pratique , et point de morale assurée sans religion : cela est vrai pour tous les hommes ; mais combien cela n'est-il pas évident surtout pour le peuple? Toutes ses pensées habituelles se rapportent aux besoins physicpies et à quelques plaisirs grossiers, qu'il regarde comme le dédommagement des durs travaux qui remplissent sa vie. Voilà ce qui occupe entièrement son esprit dénué de culture, incapable de réflexions suivies, et totalement étranger aux idées intellectuelles. Cesl â l'église, et uniquement là, que sa raison s'écbire, qu'elle se nourrit des vérités les plus hautes, que son cœur s'ouvre à des sentiments qu'il ne connaissait point. L'instruction religieuse forme et
développe seule l'intelligence de la plupart des hommes, en même temps qu'elle fortifie les affections légitimes ; seule elle les élève au-dessus de la brute, en leur apprenant à connaître des devoirs. Je m'étonne que l'on se plaigne de la corruption des mœurs et de l'accroissement progressif des crimes, lorsqu'on ne laisse à la multitude d'autre enseignement que celui des passions. On l'abandonne à elle-même sans lumière , sans règle, sans frein ; on entoure de barrières presque insurmontables la maison de Dieu, où se trouve pour elle la véritable science du bien ei du mal; on ne veut pas qu'on l'entretienne des devoirs et des espérances de l'homme, du Créateur et de sa loi, des récompenses promises à la vertu dans une autre vie, des punitions réservées aux méchants : et puis l'on s'inquiète de l'ignorance et de la dépravation de ce malheureux peuple que la révolution a déclaré souverain, et qu'elle a réduit parle fait aune servitude telle qu'on n'en conçoit pas de plus dégradante, puisqu'elle atteint particulièrement les plus nobles facultés de l'homme, celles qui constituent sa nature et le rapprochent de son auteur.
Ce profond avilissement, celte odieuse oppression de la classe indigente, est un effet naturel, inévitable, du matérialisme qui règne dans la société. La religion seule protège le pauvre, seule elle apprend au riche à le respecter ; et, quand ce serait là son unique bienfait, elle mériterait encore d'être bénie du genre humain. La politique moderne, au contraire, tout enfoncée dans les intérêts matériels , qu'elle appelle exclusivement po^t/i/*^, comme si, pour les nations, la morale n'était pas d'un intérêt aussi réel que les douanes, et que le Décalogue ne fût pas aussi positifque le budget ;la politique moderne, disons-nous, ne voit dans le pauvre qu'une machine à travail, dont il faut tirer le plus grand parti possible dans un temps donné ; elle mesure son utilité sur ce qu'il produit, comme elle mesure l'utilité du riche sur ce qu'il consomme, parce que l'opulence de l'État, c'est-à-dire Timpôt, augmente proportionnellement à la quantité des productions et des consommations. Laissez ces idées se répandre, laissez-les se combiner avec les plus viles passions que recèle le cœur humain, l'avarice, la cupidité, et vous verrez bientôt jusqu'à quel excès l'homme peut porter le mépris de l'homme. Vous aurez des ilotes de lïndustrie, qu'on forcera, peur un morceau de pain, à s'enfermer dans des ateliers , et qui vivront et mourront sans avoir peut-être une seule fois entendu parler de Dieu, sans connaître aucuns devoirs, ni souvent mêtne aucuns liens de famille, sans autres désirs que ceux de la brute , sans autre crainte que celle du bourreau.
Je sais ce qu'on répondra : Au moins ^ ils soat
DE LA TOLÉRANCE
libres. 11 fout, en Térité, qu'on le ferme d'étranges notions de la liberté , et qu'on attache un bien grand prix à cette liberté fantastique, puisqu'on la juge suffisante pour compenser la perte de tout ce qui fait la dignité et le bonheur de l'homme. Mais qu'on se désabuse : non, ces infortunés ne sont pas libres; la terrible domination que tous exerces sur eux le prouve assez. Leurs besoins les placent sous votre dépendance, la nécessité en fait vos esclaves ; et , si vous dites qu'après tout ils ne sont pas votre propriété , nous en conviendrons avec douleur : car, s'ils étaient votre propriété , vous auriez intérêt é les ménager davantage ; vous ne leur envieriez pas un jour de repos ; vous voudriez , pour votre sûreté , qu'ils eussent des principes de morale, et que la religion , les consolant par ses immortelles espérances, leur apprit è porter patiemment votre joug. Mais, maintenant que la débauche ou le glaive de la justice abrège leur vie, que vous importe? D'autres les remplacent : vous n'avez rien perdu. Il serait difficile de prévoir quels destins se prépare une nation chez laquelle il existe , pour les classes élevées , des écoles d'athéisme dogmatique , tandis qu'on tolère, qu'on encourage même , dans le peuple , l'athéisme pratique , en permettant qu'il
fasse publiquement profession de ne reconnaître aucun culte. Le monde avait vu, et toujours avec autant d'effroi que d'horreur, des homsies sans Dieu : l'athéisme, que Yoltaû^ a^^Wt une aàomi^ noble et révoltante doctrine (1), avait séduit quelques esprits faibles (2) , car c'est ainsi que le patriarche de la philosophie anticbrëtienne parle de ces hommes de ténèbres ; mais jamais , avant nos jours , on n'avait vu de lois athées , de sociétés athées ; jamais on n'avait dit à aucune nation : « U « vous est libre d'abjurer la foi de toutes ks as» u tions, d'oublier et de renier FAuteur de Funi- « vers, de vous déclarer indépendante de son «( autorité souveraine , de vous isoler de tous les « âges , et de vous créer, hors du genre humain , V. une nouvelle existence , «ne nouvelle raison , K de nouvelles lois et des mœurs nouvdles. » Jns> qu'ici , tout ce qui fait les peuples , tout ce qui les conserve, descendait du ciel ; mais on est las de ce passé, et l'on cherche l'avenir sur la terre. L'homme s'est chargé de son sort. £h bien donc ! on saura ce que l'homme peut pour Thomme ; et la politique encore indécise de notre siècle trouvera peut-être dans cette expérience assez de lumières pour résoudre enfin la grande question de Vutilité de Dieu.
DE LA tolérance;
Depuis que la révolution d'Espagne penche vers son déclin , les feuilles libérales sont remplies de vagues déclamations sur la tolérance ; elles réclament vivement en faveur des émigrés révolutionnaires une protection qu'elles s'indignaient qu'on accordât aux émigrés royalistes. <t Ne nous est-il «c pas permis . disent-elles , de gémir en voyant que M les lois de notre Europe , si fière de sa civilisa- « lion , ne protègent pas suffisamment ceux qui « l'habitent ; qu'elle n'oflFre pas un abri aux victimes u des tempêtes qui l'agitent , et que les partisans « de la réforme politique ne trouvent pas même «( dans les montagnes de la Suisse et dans les ma-
te rais de la Hollande l'asile qu'on n'y refusait pas « aux partisans de la réforme religieuse (3)? » Ainsi, la justice divine se manifeste tôt ou tard , et le monde reconnaît la main qui le gouverne. Lorsque les hommes de désordre ont bouleversé la société , renversé les trônes , aboli les lois , exilé , proscrit tout ce qui s'opposait à leur fureur, il arrive un moment où , eux aussi, ils ont besoin de pitié. Dieu ne la refuse jamais au repentir; mais rhomme , faible et misérable , la doit même au simple malheur; l'infortune , quelle qu'en soit la cause, est sacrée pour lui. Autres sont, néanmoins, en plusieurs circonstances , les devoirs de Tautorité
(1) D/ct.phil.f art. JiMCf AlMUmc, fcct. I.— ;2;/d/</.,te€l. 2 ' C3: ConsUtuUonnct du lejuilkt.
DE LA TOLÉRANC]
ntïr l'ordre géoêral ; elle srrail cou[>able si elle permellnil de l'alUxiuer im- )iua^n«nl : elle délruirait la cirilination dans son firinrijie ; nal Elal ne pourrait subsister : livré sans ilffense n\VL partitans de la réforme politique , le pouToir deviendrait le jouet de toutes les ambilions ; les droits, les propriëléa, la ïie des sujets fidèles, seraient perpétuellement à la discrclion des réformateurs : el c'est aussi pousser trop loin Taudjce de l'ubsurdilé , que de se plaindre des /ois de notre Europe qui ne protègent pas suffisamment ceux qui s'etforeent de les renverser.
1) y a, dans tout ce que les révolutionnaires disent au\ peuples, un mépris iae\primable pour la raison de l'homme. On est quelquefois surpris de la hardiesse avec laquelle ils présentent comme d'inconlestables térilés les plus ridicules extravagances. Hais ils savent que ce sontlcs passionsqui les écoutent , et qu'on [wul tout faire croire aux passions.
Le même journal, dont nous venons de citer quelques phrases , s'èerie à propos d'une lettre publiée â lAindres par l'ambassadeur persan : « ^uel
• contraste nous offre aujourd'hui le monde politi-
• que! les proscriptions dans l'Europe civilisée, la.
• tolérance dans l'Asie encore barbare... A Uadrid,
■ on ose écrire que la religion de Jésus-Christ
• est intolérante ; des voix fanatiques invoquent le
■ rétablissement de l'Inquisition ; à Ispaiian , un ' prince de la secte d'Ali proclame qu'il respectera
• lalibertédelous les cultes et de toutes les croyati- > ces. Au centre des connaissances , de l'instruction, " on invoque l'ignorance , on met un embargo sur " tous les livres , et dans le fond de l'Asie un gou- ■ vemcmenl reconnaît que la propagation des lu-
1 bienfait pour les peuples ; enfin ,
1 notre Euroiie libre , au nom d'une religion
ti protège l'opprimé , el qui ne reconnaît entre
■ricbe et le pauvre , entre le puissant et le fai-
, (l'autre distinction que celle des vertus , on
Himiit comme criminel jusqu'au nom de ces
~ » libérales dont le germe se trouve dans tous
li litres saints."
r la t^TOluliou soit le développement d'un
« qui»e trouve dans tous tes livres saints ,
' 0 persuadera difficilement à
'Wn Europe; il faudra que les lumières fassent *'icore beaucoup de progrés avant qu'elle comprenne •comment les lois de la Convenlion, du Directoire "^ de l'Krapire, voire mi'me les lois des Corics, ne *"nt nu'un commentaire de l'Évangile. Tous les ■lomnies, riche» et pauvres, faibles et puissants, ■ontégaUK devant Dieu; qui en doute? S'ensuit-il 'lu'il a'cxistc entre eux d'autre distinction sociale vue ccZ/p des tertus? Jean de Leyde et ses discil'I'-) cdlendairat , il est vrai , l'Évangile de la même
manière qne lea ODcranx m sein n est vrai aussi que cette manière garante de l'entendre produisit des maux sans nombre, et couvrit l'Allemagne de ruines et de sang.
L'écrivain qui prêche ces étranges maximes reproche aux Espagnols leur Inquisition. Nous n'i«roquons pas son rétablissement en Ës|iaeDe, car nous tignorons s'il serait utile ; mais nous osons dire que c'eût été un grand bonheur pour la Westphalie qu'elle y eût existé à l'époque où les anabaptistes interprétaient l'Éeiiture sainte comme riolerprétent aujourd'hui les propagateurs des idées libérale! et les partisans de la réforme politique. Les mots ne changent point la nature des choses , et la société a le droit de se défendre contre tout ce qui l'attaque. Lorsqu'on trouble la paix publique et qu'on soulève les peuples avec des doctrines, ces doctrines ne sont plus de simples opinions, mais des crimes : et il serait singulier qu'il y eût des crimes que le souverain ne pût justement réprimer et punir.
Au foDd , ce que demandent les libéraux , c'est qu'on reconnaisse à lenr prolit, sous le nom de liberté , un droit universel de révolte; ce qui les oblige â renverser toutes les notions reçues, el les place dès-lors enopposition perpiituelle avec le sens commun. Arrive-t-il qu'à Madrid l'on écrive ce qu'on n'a cessé de dire et de redire dans le monde entier depuis dix-huit siècles, ce qui se trouve textuellement dans vingt endroits de l'ilvangtle (1), en uu mot, que la religion de Jésus-Chrtil est intolérante, aussitôt ils poussent des cris d'étonnement et d'indignation, commesironavailavancé une proposition nouvelle, extravagante , ou proféré quelque blasphème. Est-ce que ta religion n'est pas une loi? Est-ce que toute loi n'est pas essentiellement intolérante? Conçoit-on qu'elle tolère la violation de ses défenses ou de ses commandements? Est-il possible d'imaginerune contradiction plus absurde? A moins d'être dans l'ctnt ou les TableUes universelles avouent que les protestants sont tombés en France, c'est-il-dirc, dans une indifférence presque égale à celle des incrédules, il faut bien admettre que la religion chrétienne a Dieu pour auteur, qu'elle est fondée sur une révélation qui oblige è croire certaines vérités, à se soumettre à certains préceptes; et , si le christianisme tolérait l'infraction de ces pi-éceples, la négation de ces véritée, le christianisme évidemment n'imposerait aucima devoirs , l'homme serait libre de se faire sa religion ou s dogmes, sa morale , son culte , selon ses pensées efr'! selon ses désirs; en d'autres termes, tous lescultei, . toutes les morales, tous les dogmes, toutes les vé-
DE LA TOLÉRANCE
rites et toutes les erreurs, tous les crimes et toutes les vertus , seraient indifférents à Dieu : proposition qui n*est , dans la réalité , qu*une énonciation rigoureuse de Fathéisme.
La tolérance dogmatique, ou , si l'on aime mieux rappeler ainsi , la tolérance philosophique , en détruisant la notion de la loi, détruit encore la raison même, puisqu'elle anéantit la distinction entre le vrai et le faux , ou qu'elle suppose au moins l'impossibilité de les discerner l'un de l'autre. Aussi, en ce sens, la tolérance n'existe-t-elle nulle part; ce n'est, sous un autre nom, que le scepticisme absolu, ou la mort de l'intelligence. Partout où il jr a vie, il y a croyance, et toute croyance exclut les croyances opposées. Cela est vrai universellement , et dans les sciences comme dans la religion. La géométrie n'est pas moins intolérante que le christianisme. Osez écrire que les lois de Kepler et le système de Copernic ne sont que des rêveries, vous verrez comment Facadémie des sciences tolérera vos opinions astronomiques. En toutes choses le doute seul est tolérant, parce quil ignore ; et quiconque établit en matière de religion la tolérance dogmatique , déclare la religion douteuse : il déclare qu'on ne sait ce qui est vrai ou faux dans les croyances , ni par conséquent ce qui est bien ou mal dans les actions ; il pose un principe qui ne tend à rien moins qu'à l'entière destruction de toute société parmi les hommes.
Considérez, en effet, dans ses applications, la doctrine de la tolérance telle que nous Ta léguée la philosophie du dernier siècle. A quoi a-t-elle servi, qu'à autoriser toutes les erreurs et à justifier tous les crimes? A la place des droits qui supposent un ordre immuable de vérités certaines , on a eu des institutions changeantes , fondées sur des opinions mobiles, des religions et même un Dieu de fait, qui n'était que l'homme présenté par l'athéisme à l'adoration de l'homme ; des gouvernements défait, c'est-à-dire, le despotisme et l'anarchie ; une justice de fait, c'est-à-dire, l'intérêt du plus fort garanti par les prisons, la déportation et les échafauds; on a eu enfin une morale défait promulguée dans les décrets qui accordent aux/î//e*-7;ièr^^ des pensions, à titre de récompense et d'encouragement.
La tolérance dogmaticiue une fois admise, nous défions que l'on condamne, que Ton blâme même, sans se contredire, aucun de ces épouvantables excès. La tolérance des opinions entraîne celle des conséquences des opinions. Si chacun peut légitimement croire ce qu'il veut, il peut légitimement agir d'après ce qu'il croit, et c'estdc ce principe que partent, au moins implicitement, les libéraux, pour justifier les artisans de révolution lorstju'ils réussissent, ou pour réclamer en leur faveur l'impunilé, lorsqu'ils échouent dans leurs entreprises.
C*est grand'piUé quand de pareilles maxime* viennent à se répandre chez un peuple; quand, le lien des esprits étant rompu, la pensée de chaque homme est sa seule vérité, et sa volonté sa seule loi. D'une tolérance absolue, qui n'existe jamais qu'en tliéorie, sortbientôt une tyrannie absolue, soitqu'elle s'exerce au nom d'un seul ou au nom delà multitude. Alors il se fait un silence profond, et l'on n'entend plus, dans ce silence, que les sons terribles de la voix qoi annonce aux nations leur fin : Finis super te!
Nous connaissons trop bien nos adversaires pov n'être pas assuré d'avance que , dénaturant nos paroles et nos intentions, et confondant, à desMia peut-être , les choses les plus diverses, ils nous accuseront d'exciter le pouvoir aux persécutions. Cependant , depuis dix-huit siècles que le christianime subsiste, on connaît mieux, ce me semble, les persécutions qu'il a souffertes que celles qu'il a exercées. L'esprit de la religion catholique et ses lois sont ce qu'il y a au monde de plus opposé à la violence, précisément parce que la religion catholique est, comme religion , essentiellement intolérante. Mais, pour qu'on ne se trompe pas sur notre pensée, etoe fuyant, d'ailleurs , aucune discussion franche, nom traiterons, dans un second article, de la tolérance civile, très-difTérente de celle que nous avons appelée dogmatique ou philosophique.
Nous avons fait voir que la tolérance dognuUiqui en matière de religion , et même en tout ce qui peut être l'objet des croyances des hommes , supposait nécessairement qu'il n'existe rien de vrai ni de faux, rien d'essentiellement juste ou injuste , ou qu'il est impossible de discerner l'un de l'autre ; d'où il soit que tolérer dogmatiquement toutes les opinions , c'est se déclarer sceptique , c'est abjurer toutes les vérités et tous les devoirs. Aussi la doctrine de la tolérance , prêchée avec tant de chaleur dans le dixhuitième siècle , ne fut-elle soutenue que pour favoriser les progrès d'une philosophie dont le doute est l'essence , et qui tendait à renverser les bases de l'ordre social. Avant d'effectuer la révolution que l'on méditait dès-lors , on essayait de la légitimer ; les novateurs préparaient la liberté d'agir par la liberté de penser.
Celle expression , devenue une espèce de cri de guerre philosophique , offre un double sens, comme la plupart des mots avec lesquels on abuse le peuple, et le peuple des gens instruits aussi bien que le peuple ignorant. Prise à la lettre , elle n'est qu'une sottise. La pensée, par sa nature, est pleinemeot libre. Nulle puissance humaine ne peut empêcher qui que ce soit de penser ce qu'il veut ; nos actes intérieurs ne sont soumis à aucune contrainte , et réclamer la liberté de penser est, ainsi que l'obserte M. de Ronald , un peu plus ridicule que si on ré-
DE LA TOI-ÉRAXa
IttoD du »ang. N'iml>orle : il nVsl pat nécessaire <jue les hommes s'en- Irtideal lorequ'on les met en mouvement pour détruire . et ce n'esl pas avec le Uoci seos qu'on trouble le monde.
Mabceuxqui, W premiers, demandèrent qu 'il fût permis de penser librement, saiaienl que , par une intrr]>rétalion moins absurde à certains égards , et pJus dangereuse sous d'autres rapports, la liberté ik penser se confondrait bienlAt. dans l'esprit de leur» disciples, avec la liberté ât parler, d'enseigner ou de propager les opinions qu'ils avaient à eourde répandre; el c'est à ce genre de liberté qu'ils iqiiraienl en réclamant la tolérance cifi/e.
Roiiueau lui-même avoue qu'elle doit aroir des borne» : il ne veut pas qu'on tolère ceux qui rrjet- U'Tii le* dogmes, qu'il regarde comme le fondement lie la Hicieté (1); et il est clair, en effet , que la sotiélc nr peut tolérer les doctrines qui rendraientson Hislence impossible , ou qui seraient incompatibles avec Tordre public. El . pour l'observer en passant, ii résulte de là qu'il faut un jupe des doctrines, un juge légal , indépendant . infaillible même , afin de De pas loniberdans un arbitraire insupportable, dans les persécutions du despotisme ou de l'anarchie.
Qu'il y ail des délits spirituels, on ne peut le nier ;
e'rst un fait universellement reconnu , et parlout
on punit cette sorte de délits. Si quelqu'un prêchait
des maximes subversives de la morale, par exemple
U légitimité du vol, du meurtre, etc., pense-t-on
in'il cjisle au monde un gouvernement qui le lolé-
I il ' Corrompre le» croyances, c'est corrompre les
iiirs; et l'esprit qui s'égare est sur la roule du
:111e. Quand la raison ne nous l'apprendrait pas,
'^'■1:1 serait encore prouvé par l'expérience de tous
kl temp».
Lasoeiélé spiriruelle, juge naturel des délits qui
I KeMDmetlenidanssonseinoudelaviolalioDdcses
Irii, n'infligequedespeiQCSSpiriluetles; là se borne
M juridiction propre, et jamais l'Église n'en exerça
fWre. 5i rinqtiisilioR , dont on Fait tant de bruit,
prononçai! <I« peines corporelles , et quelquefois la
peine rapitale , c'est que l'Inquisition, dans laquelle
If" Hergé n'intertrnait que pour constater le délit
*pinmcl , était essentiellement un tribunal politique
ptinissail , en cette qualité, selon les lois de la
' SMUaiHNtlUc d'élre bon elloien al «ojetOdUe. Sini pouvoir
société poire
(tre juste, observer que l'intervention de l'Église était toute en faveur du coupable , puisqu'il suffisait d'avouer sa faute pour éviter le châtiment , ce qui n'existe ni ne peut exister dans aucun tribunal purement civil.
Assez d'autres ont fuit remarquer ce qu'on veut néanmoins oublier toujours : que l'Espagne est redevable au tribunal de l'Inquisition d'avoir échappé aux calamités horribles des guerres de religion , qui désolèrent le reste de l'Europe pendant près de deux siècles. Elle lui dut la paix intérieure , et c'est bien quelque chose. Au surplus, nous ne prétendons pas que l'Inquisition soit eutièreineot exempte de reproche , que sa sévérité n'ait pas été quelquefois excessive , quoiqu'il soit peut-être difficile de determincr exactement ta juste mesure de rigueur et de clémenccque pouvaient exiger ou permettre l'intérêt du pays , sa législation , les mœurs et le caractère national. Et après tout , il ne sera pas fort étonnant qu'on retrouve dans une institution humaine les erreurs et les faiblesses de l'humanité (â).
Au lieu de se laisser imposer par unnom, ce qui est le propre des espritsétroils, il serait plus raisoiinable de reconnaître qu'il y a dans toute société un ordre religieui, un ordre moral, un ordre politique, et que, par conséquent , les délits contre la religion, la morale et le gouvernement, ne sauraient être tolérés dans aucuue société, sans quoi la société consentirait à sa propre destniction. Aussi tous les peuples ont-ils puni les propagateurs des opinions u|ipDSéesaux croyances publiques, et qu'ils jugeaient funestes» la tranquillité del'Étal.On connaît, à cet égard, la sévérité des républiques mêmes. Combien de fois le sénat romain ne se forma-t-il pas en tribunal d'inquisition contre les philosophes et contre les scGlaleursdes cultes étrangers! La question n'est lias de savoir si les tribunaux chargés de réprimer les déLts spirituels ne se trompèrent jamais dans l'application du principe auquel ils devaient leur existence, s'ils ne proscrivirent jamais que les doctrines réellement condamnables,- mais s'il a existé partout de semblables tribunaux, quelle qu'en ffit la forme. Or, qu'on nomme un pays où l'impiété, le blasphème , le sacrilège, ne soient pas regardes comme des crimes, où l'on permette d'attaquer le
[I)Toïei..urnnm.lilli
DE LÀ TOLÉRANCE
pouToir et d'exciter à la révolte contre les lois ? L'Église, en condamnant les opinions de Calvin, déclara que c'étaient des erreurs contraires à la religion catholique, qui était en France la religion de l'État : Yoilà l'intolérance dogmatique j et la borne de l'autorité spirituelle. Le pouvoir séculier, jugeant ensuite ces mêmes erreurs politiquement dangereuses, interdit sous des peines très-graves l'exercice de la religion prétendue réformée : voilà l'intolérance c/f//^; et, quand on connaît l'esprit démocratique du calvinisme ; quand on se rappelle que ses sectateurs avaient formé le projet de diviser le royaume en cercles et d'y établir le gouvernement républicain; lorsqu'on lit dans les mémoires du temps les plus authentiques que les principaux che^ calvinistes disaient hautement dans la chambre du jeune roi François II : Nous donnerons le fouet à cet enfanty et nous l'enverrons apprendre un métier pour gagner sa vie^ on est peu surpris que les souverains de la plus ancienne monarchie de l'Europe n'aient pas voulu consentir à se laisser donner le fouet par quelques sectaires, et se soient opposés à ce qu'on changeât leur royaume en république.
D'un autre côté, partout où la réforme triompha elle fit supporter à Tancienne Église , et même aux sectes protestantes séparées de celle qui avait prévalu dans chaque pays, tout le poids de l'intolérance civile. Qui ne connaît les lois pénales de la Suède, du Danemarck, de l'Angleterre , de Genève et des Provinces-Unies, contre les catholiques? Si la vingtième partie des persécutions ordonnées par ces lois l'avaient été par les lois d'un État catholique, trouverait-on des termes assez forts pour exprimer l'horreur qu*elles inspireraient?
Fille du protestantisme, la philosophie hérita du sombre génie de son père. Au nom de la tolérance , elle proscrivit la royauté et ses défenseurs, la religion et ses ministres ; elle proscrivit Dieu même. Alors, sur les murailles de nos cités muettes de terreur, et sur le frontispice des temples profanés, on lut en caractères sanglants : Liberté, égalité, fraternité , OU LA MORT !
Mais , sans aller chercher des exemples hors du libéralisme actuel, quelle est donc sa tolérance pour les doctrines opposées aux siennes? Lisez les journaux qui sont ses organes , et voyez comme on y traite les partisans de l'ordre légitime dans tous les États , d'un ordre religieux et politique qui , après tout, a pour lui une possession de tant de siècles. Et, quand les révolutionnaires espagnols, sans procès, sans forme légale , ou plutôt en violant toutes les formes et toutes les lois, emprisonnent, dépouil-
lent de leurs biens et matêacrem ks Espagnols fidèles; quand, pour raninier la rébellion et sauver l'anarchie, ils annoncent, dans leurs atroces proclamations (1) , que tt toute personne agissant di- « rectement ou indirectement contre le système « constitutionnel , ou propageant des idées sub- «( versives de ce système, et tendante le changer, u sera punie de la peine capitale : » que disent nos mielleux prédicateurs de tolérance, ces hommes si doux qui frémissent au seul nom d'inquisition ? Ils justifient , ils approuvent hautement ces mesures énergiques, comme ils les appellent. Tout ce qu'ib croient utile au succès de leur cause, est sacré pour eux ; l'unique crime , c'est de la combattre.
Or, nous le demandons à quiconque n'est pis aveuglé par la prévention, si les royalistes et ks chrétiens d'Espagne, c'est-àndire, l'immense majorité du peuple espagnol, réclamaient à leur tour, non pis le droit d'user de représailles, mais l'érection d'un tribunal chargé de proléger légalement leur foi, leurs propriétés , leur vie , qu'y aurait-il donc en cela de si extraordinaire ? En vertu de quel prifri» lége les ennemis de Dieu et des rois pourraient-Ils renverser les institutions établies, incendier, [»lkr, égorger, sans qu'il fût permis de se défendre contre eux? Suffit-il d'attaquer l'État et la religion pour devenir inviolable? Est-ce là ce qu'on prétend? Il y a eu certes assez et trop de déclamations ; qu'oa s'explique enfin nettement, qu'on nous dise depuis quand la société est privée du droit ou dispensée du devoir de veiller à sa conservation et à celle de ses membres ; depuis quand l'ordre n'est que les intérêts des révolutionnaires , et la justice que leurs passions.
11 est temps de repousser, avec le mépris et l'indignation qu'elles doivent inspirer aux âmes honnêtes, ces funestes théories du crime, qui sont elles-mêmes des crimes. Nous ne provoquons point les rigueurs de l'autorité , nulle pensée n'est plus loin de nous. Qui le sait mieux que le chrétien ? tout homme a besoin de clémence, et notre joie serait que le pardon fût partout près du repentir. Mais , lorsqu'au lieu d'accepter ce pardon, on le repoussera comme un outrage ; lorsqu'avec l'insolente opiniâtreté de l'erreur qui se croit assez forte pour établir sa domination sur les ruines des éternelles maximes qui régissent et conservent la société, on voudra légitimer la révolte et créer un droit des forfoits , nous ne cesserons d'opposer à ce droit monstrueux les droits immuables de la justice , et l'invincible puissance de la vérité.
(0 Voyez U Proclamation de Quiroga, tlantle Drapeau bUme
du 24 J'iillet 1823.
ÉDUCATION PUBLIQUE
ÉDUCATION PUBLIQUE
A répo<iue où le système dont nous voyons cha- ^e jour les tristes développements commençait à menacer la France, quelques hommes d'un zèle éprouyé s'unirent pour défendre toutes les doctrines sur lesquelles repose Tordre social. Pressé par eux de concourir à un but si noble et si saint , nous rentrâmes de nouveau dans l'arène des discussions publiques ; après la grande question de l'Espagne BOUS ne vîmes rien de plus important que de faire connaître le funeste esprit et tous les abus que les pmonnes les mieux instruites de l'état des choses observaient avec douleur dans un grand nombre d'établissements de l'Université.
« Parmi les objets , disions-nous , dont nous aurons à nous occuper, l'éducation publique devra tenir un des premiers rangs. Il sera nécessaire d'en s%naler les vices, et d'appeler l'attention de M. le grand maître sur les désordres trop peu connus , et è peine croyables, qui régnent dans beaucoup d'écoles, éclairer les pères de famille sur les dangers que présentent certains établissements, c'est un devoir sacré; et nous le remplirons avec d'autant plus de zèle que toutes nos espérances pour l'avenir reposent sur la jeunesse qui s'élève.
« Qu'elle reçoive une instruction forte , étendue, rien de mieux , et nous applaudirons sincèrement à toute amélioration de ce genre, pourvu qu'un esprit refigieux préside à l'enseignement, et que, sous le prétexte de faire des savants , on ne prépare pas une génération effrayante d'hommes sans principes et sans moeurs , incapables de supporter l'ordre , et qoi, après avoir bouleversé l'État pour satisfaire leors tfdentes passions , ou pour réaliser des théories imaginaires , finiraient par s'entre-dévorer sur ses débris. Il serait temps que les dépositaires de Tautorité comprissent leurs obligations à cet égard , et s'efforçassent de prévenir les justes reproches que Favenir aura peut-être le droit de leur adresser.
« La règle de leur conduite, par rapport à Téducation des jeunes gens confiés à leur sollicitude , se trouve dans cette parole du roi : Faites-en de bons chrétiens f et vous en ferez de bons Français, Mais point de christianisme , point de religion sans pratique ; et la foi a besoin d'être soutenue non-
TOMS II.
seulement par l'exercice des devoirs rigoureux du culte , mais encore par une certaine solennité dans le culte même. On ne peut donc que s'afiiiger en voyant peu à peu abolir dans plusieurs écoles les pompes touchantes du culte catholique, qu'aujourd'hui les protestants mêmes nous envient.
<( L'école polytechnique fournit un exemple de ces tristes réformes qui ôtent à la religion une partie de son influence sur l'homme, en lui ôtant, pour ainsi parler, son charme extérieur. L'école elle-même ayant sollicité avec de vives instances la permission de placer dans la chapelle un orgue , qu'elle offrait de payer, M. le ministre de Tintérieur, par des motifs que nous ignorons , a cru devoû* refuser son consentement. On est fâché qu'il ait ajouté que c'était assez d'une messe basse. Nous ne voulons |pas douter des sentiments religieux de M. de Corbière, mais ne serait-il pas possible qu'il les manifestât , comme ministre, d'une manière plus conforme à l'esprit de la religion catholique, qui, après tout, est la religion de l'État (1) ? »
De tous côtés nous recevions les détails les plus affligeants sur la situation religieuse et morale des écoles. Nous savions qu'en particulier M. le grand maître gémissait sur l'état du collège de Louis-le- Grand, qui ne lui laissait pas j disait-il dans l'intimité, un moment de sommeil tranquille. Quelle fut donc notre surprise d'apprendre par les journaux que monseigneur d'dermopolis, visitant ce collège , où l'on a établi un prêche calviniste, n'avait pas trouvé de termes assez forts pour exprimer sa satisfaction aux maîtres et aux élèves , parmi lesquels on sait qu'une révolte ne tarda pas à éclater! Nous crûmes devoir essayer de prévenir l'effet que ces louanges imprudentes pouvaient produire sur des parents crédules. Ce fut l'objet de la noie suivante , qui fut insérée dans le Drapeau blanc :
u Le Drapeau blanc rendit compte avant-hier , dans un article communiqué , d'une cérémonie religieuse qui a eu lieu le 13 juin au collège de Louis-le- Grand, et sur laquelle la Quotidienne a donné des détails plus étendus.
(1) Drapeau blanc du 22 a?ril 1823.