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aux chefs de ces établissements, principalement pour ce qui tient i la pratique de la religion. Cela seul justifierait, s'il en était besoin, tout ce que nous avons avancé d'après les renseignements les plus exacts, et prouverait combien il est pressant de réformer l'éducation de la Jeunesse si l'un veut sauver l'avenir. Nous reviendrons , ainsi que nous l'avons promis, sur ce sujet important; aucune clameur ne nous empêchera de publier la vérité : c'est notre devoir , et nous le remplirons , quoi que puissent dire les hommes pour qui In morale est une science qui n'est pas faite encore. Dans ce siècle de lâcheté, ce qu'il y a de plus funeste et de plus effrayant ce ne sont pas des désordres qui cesseront dès qu'on en aura la volonté ferme, mais la faiblesse qui n'ose en avouer l'existence , de peur d'être obligée de les réformer. Elle étend un voile épais sur l'impiété , sur la corruption ; et puis , déguisant ses secrètes angoisses, elle atteste, avec une apparente tranquillité, que ce qui est là-dessous, c'est le bien (fi). ..
Cependant les informations les plus déplorables continuaient de nous arriver et de Paris et des provinces. Alors, après de mûres réflexions, et des conseils que jamais nous ne regretterons d'avoir suivis , n'écoutant que la vuix impérieuse du devoir, nous adressâmes au grand maître la lettre suivante, qui excita de si violents orages ;
i< MaiSEIGKEUR,
'i Un des plus profonds observateurs de la société, et le génie le plus vaste, peut-être, qui ait illustré le grand siècle , Leibnitz disait : « J'ai tou- " jours pensé qu'on réformait le genre humain , si « on réfoimaitreducation de la jeunesse.^' L'homme est tel qu'on le fait ; et si , à certaines époques , il y a dans les dispositions des peuples quelque chose de plus fort que les gouvernements, l'avenir dépend d'eux , et ils en répondent , parce que l'avenir est tout entier dans les doctrines dont on nourrit l'enfance, dans les sentiments qu'on lui inspire, dans les habitudes qu'on prend soin de lui faire contracter.
u Les ennemis de l'ordre , les enfants du siècle, plus habiles, nous dit l'Évangile , que les enfants de lumière, ne s'y méprennent point ; ils savent que, pour préparer ou affermir le règue du mal , on ne saurait trop lût en déposer le germe dans les cœurs : aussi, dès qu'un pays entre en révolution, s'oceupent-ils d'abord de changer l'éducation publique. C'est ce qu'on a pu remai-quer récemment â Naplea et en Espagne. En annonçant le dessein de s'emparer de la génération naissante , à l'aide d'un ensei-
^a) Drai>tautlaKei<iVi\a\nWa
ne ÉDUCATION
gnemeDtdîrigégelon leurs Tuefl, les cortésTOulureDt assurer le triomphe de leur cause , et décourËger dans les gens de bien l'espérance même.
11 A cet égard, comme en tout le reste, les révo lulionnaires espagnols ne tirent qu'imiter l'exemple que la France leur avait donné ; la France qui , après avoir offert à l'Europe le plus parfait modèle de cinlisalion , semble ensuite avoir été destinée à la guider dans le désordre et à l'inslruirc dans la science du mal.
« Je ne ferai point ici l'iiistoire des hideuses institutions qui portèrent surcessivemrnt le nom de prytanéea et de lycées. Personne n'ignore ce que fut l'éducation publique sous la Convention, le Directoire et l'Empire. Le nouveau peu|>le qu'elle derait former naquit dans le sang , près de l'ccbafaud de Louis XVI et des autels de la déesse Raison. En détruisant le christianisme, l'anarchie s'était flattée de créer des /lommes libres : un despote vint , et ne trouva que des esclaves. I.e Christ seul affranchit les peuples (1), et tous les siècles d'incré- «lulilé ont été des siècles de servitude.
" Au retour des Hls de saint Louis , l'on crut qu'on rendrait aux pères de famille les droits que Bonaparte leur avait enlevés en étabUssant le monopole de l'inslruclion; que les écoles ecclésiastiques cesseraient d'être soumises à un régime prohibitif BDiichrélien , et qu'on s'occuperait de corriger les vices de l'enseignement universitaire. Ces espérances ne tardèrent pas à s'évanouir ainsi que tant d'autres. Les énormes abus dont la France se plaignait subsistèrent. On continua d'exécuter les règlements tyranniques du Corse ; on suivit avec trop de succès le même système de corruption , et nous avons été , Monseigneur, plus d'une fois témoin de l'horreur que vous inspiraient la profonde impiété et les mœurs dissolues des collèges. L'esprit de révolte y pénétrant avec les doctrines révolutionnaires , un se vit contraint , à Paris même , d'employer la force armée pour détruire cette jeunesse indisciplinée , et il y eut dans le monde un pays où les gendarmes devinrent les instituteurs nécessaires de l'enfance.
« Lorsque le mal fut ainsi parvenu à son comble, on parut commencer à s'en effrayer. Une troupe de séditieux imberbes, jugeant et chassant leurs maîtres , en vertu de la souveraineté du nombre et de l'autorité de leur raison , offrait un spectacle nouveau et propre à faire naître des réflexions graves. On sentit qu'il était convenable de tempérer ce sentiment précoce des droits de l'homme, et tous le» Français attachés au trône, à la religion , à la patrie, applaudirent au choix qu'on fit de vous pour assurer, en réformant l'éducation publique, le bon-
;il ChrUluinoillieraoltiata,\ni,3Z.
l'UBLIQUE.
heur, la paix et l'existence mène de U lodélé.
Il Par (juel triste enchaînement de circonslancn B-t-on si peu fait encore pour atteindre ce but important ? quels obstacles arrêtent votre lèle ? De qui dépendent donc les changements qu'a est si preisant d'opérer ? quelle force inconnue vous lie 1« mains ? N"a-l-on voulu que placer le désordre soui la protection d'un nom respecté? Lorsqu'on attendait de vous de si grands biens , lorsque vous jkhsicï pouvoir réaliser toutes les espérances, commrnt se fait-il que vous ayez à gémir en secret de l'inefficacité de vos désirs, et de l'état déplorable des écoirs?
II Car il faut bien , Honseigneur , apprendre aui familles ce que votre position ne vous permet patdï leur dire, et ce que , sans doute, plus que persoDDf, vous souhaitez qu'elles sachent. Le salut des imn vous est cher ; les travaux qui vous ont acquis une si haute considération n'eurent jamais d'autre objet; délivrer la jeunesse de la double servitude de l'erreur et du vice , étendre le règne de Jésus-CfarisI , voilà ce que vous vous proposiez dans vos célèbres conférences, ce que vous vous proposez encore aujourd'hui ; et c'est pourquoi nous croyons concourir à vos vues en donnant à celte lettre la publicité qui seule peut la rendre utile.
" Ici cependant nous confesserons l'embami extrême oîj nous jette la nature des maux que nous avons à révéler. Comment peindre, comment indiquer même ce qu'on voudrait elfiDcer de sa pensée? mais aussi comment se taire lorsque le crime, devançant l'âge des passions , ne laisse plus de pUrc â ritinocencedans la vie humaine; lorsque souvent, le remords lui-même s'éleignant avec U foi, on cherche en vain , dans ce qui reste , quelque choM de l'homme ? Nous aimons à le déclarer , plusieun membres du corps enseignant s'acquittent de leurs fonctions avec un zèle qui porte son fruit ; et le bien qu'ils opèrent accuse les autres de tout le bien qui ne se fait pas. En beaucoup d'établissements, et nous en avons les preuves, non-seulement on ferme les yeux sur les plus énormes excès , mais on les excuse, on les justifie, ou au moins on les tolère comme inévitables. L'autorité civile est plus d'une fois intervenue pour les réprimer, tant le scandale était public. Tout récemment encore , eo un cheflieu de département , le maire , dont la fermeté de- I l'ait servir de modèle en de semblables circonstances , força le iirovîseur et les professeurs du collège de signer la promesse de se retirer , en les çant, sur leur refus, de les traduire criminellemenlj devant les tribunaux.
<i Exagérons-nous, Honseigneur, quand noul disons qu'il existe en France des maisons d'une manière plus ou moins directe à l'Universii et où les enfants sont élevés dans l'alhéisnie pr
ÉDUCATION PIBLIOUE.
Itque et dam la luine du christianisme? Dans un de ces horribles repaires du vice et de l'irréligion , on » TU trente élèves aller ensemble à la table naintc , garder l'hostie consacrée , et , par un sacrilège <iue les lois auraient autrefois puni , en cacheter les lettres ciu'ils écrivaient i leurs parents.
» Nous pourrions citer beaucoup d'autres faits qui montreraient , comme celui-ci , à quels dangers l'éducation publique , corrompue dans presijue toutes ses sources , expose l'areair. Une race impie, dépraTée, ré?olutionnairr, se forme sous l'influence de rUnÎTcrsité. Déj'i, dans ses pensées aveugles et ses espérances sinistres , celte jeunesse turbulente médite des bouleversements; elle sait que le monde lui appartiendra : et le monde, dans un temps peu éloigné , apprendra , si rien ne change , ce que c'est i[ue d'être livre â des hommes qui, dès l'enfaDce, ont vécu sans loi, sans religion, sans Dieu.
" Une sorte de régularité extérieure, des actes (le culte exigés par les règlements , trompent encore sur l'étal réel des écoles quelques personnes confiantes, qui ignorent que ces actes dérisoires ne sont, le plus souvent, qu'une profanation de plus. Hais ce qui pourrait paraître incroyable , et n'est cependant que trop certain, c'est que, malgré ces apparences commandées , on parvient quelquefois à Oler au.\ élèves jusqu'à la possibilité de remplir leurs devoirs religieux. Ainsi le chef d'un collège avait réglé le nombre d'enfants que l'aumônier devait confesser dans une heure. Un d'eux ayant dépassé le temps fixé, et roulant achever sa confession, fut enlevé de force du confessionnal par un des maîtres d'étude.
" Monseigneur , je lis dans l'Évangile que, les disciples de Jésus-Christ éloignant de lui des enfants qu'on lui présentait , il fut ému d'indignation , et il leur dit : " Laissez les petits enfants venir à moi , ■ et ne les empêchez pas d'approcher; car c'est à
(ceux-lj qu'est le royaume de Dieu. « m Ne pouvons -nous pas ailresser à l'Université tBrtmes paroles? Ne pouvons-nous pas lui dire : LaisKX les petits enfants qui vous son tcouHés venir I Dieu , à Jésus-Christ , et ne les empêchez pas Rapprocher ; ne leur fermez point la voie du •alut ; ne souRrez pas que l'on corrompe, par des •I leçons d'impiété et des exemples rie libertinage , u lapureté de leur foi et l'iunocencede leurs mœurs, u Un compte terrible vous sera demandé de ces •> Jeunes dmes que Dieu appelle â son royaume : 1 raullieur à qui les dépouille de ce céleste héritage, 1 ou qui permet qu'on le leur ravisse! Trop long- ■• ten){Mi un les a séparés de leur Père; laissez-les ■' reveniràlui:qucvoséeolescesscntent)nd'ètre les - séminaires de l'alhéismect Icveslibule de l'enfer."
ir Monseigneur, la France a les yeux sur vous ; elle vous demande , après tant d'orages , la sécurité de l'avenir. Peut-être vous faudra-t-il , pour réaliser ses vGGux , surmonter des obstacles ; elle le sait , mais elle sait aussi qu'il n'est point de difficultés que ne vainque une conscience courageuse. Voire amour pour le bien , vos vertus , voilà le fondement de ses espérances ; il est impossible qu'elles soient trompées.
Il J'ai l'honneur d'être avec un profond respect, Monseigneur, » etc.
La conscience de monseigneur d'Dcrmopolis avait été émue. 11 nous St demander, par des amis communs , des renseignements que nous nous empressâmes de donner , et dont l'exactitude n'a jias été contestée, que nous sachions. Au bout de huit Jours, une note insérée dans le Moniteur informa le public du résultat des réflexions de M. le grand maître. Cette note courte et substantielle mérite d'être conservée :
u Une espèce de manifeste a été lancé dans le public contre l'Uiiiversilé, dont j'ai l'honneur d'être le chef. Des raisons de convenance m'empêchent de m'expUquer; je le ferai quand le moment en sera venu. Je déclare , en attendant, que je ne changerai rien au système d'administration que j'ai adopté,et que je Ulcherai toujours de marcher avec force et mesure entre les cris de ceux qui trouvent que je fais trop et de ceux qui trouvent que je ne fais pas assez.
Il Le GbiMi MàIikb.
Il 3 septembre IJ
Les cris de ceux qui trouvaient que Monseigneur faisait trop, c'étaient , il faut bien le dire , les cris des révolutionnaires et des impies, les cris du Constitutionnel et de sa faction. Les cris de ceux qui trouvaient que Monseigneur ne faisait pas assez, c'étaient les cri» de ceux qui demandaient que l'enfance eût des mceiirs et de la fol, Honseigneur promit de n'écouter ni les uns ni les autres. U annonçait de plus qu'il martAerail avec force et mesure ; c'était beaucoup assurément pour quelqu'un qui marc/ie entre des cris : peut-être voulait-il dire qu'il marcherait selon la mesure de
Le ministère déploya la sienne en traduisant devant les tribunaux, non pas l'auteur de la lettre qu'il inculpait dans sa passion aveugle, mais l'édileur responsable du journal où die avait été pubUée. Celte lâche accusation est le sujet des deux articles qui suivent.