LES CONGRÉGATIONS RELIGIEUSES DE FEMMES
PEIStNTI
A LA CHAMBRE DES PAIRS PAR KONSEIGNEUR L*éVÊQUE d'hERKOPOLIS LE 4 JARTIER 18S5.
Les ordres religieux, dont l'influence, aussi puls« santé qu'utile, n*a pas été peut-être encore suffisamment appréciée, sont une des créations les plus admirables du christianisme. Il faudrait écrire rhistoire de plus de quinze siècles, et de toutes les nations, pqur rappelei\|es serTices qu'ils ont rendus à la société.^Quelques hommes, pénétrés d'un merveilleux amour pour les hommes , changèrent tout dans le monde en renonçant au monde. Ils communiquèrent à des peuples vieillis, usés, presque éteints, le soufHe de vie qui était en eux ; ils les retrempèrent dans la foi , et , du fond de la corruption la plus excessive , ils les ramenèrent à la vertu , en même temps qu'ils s'en allaient civilisant les peuples barbares, leur enseignant une doctrine sublime, et les formant tout ensemble à des mœurs pures et douces, à des habitudes d'ordre , à la pratique de l'agriculture , des métiers et des arts : rien ne leur était étranger de ce qui pouvait servir au bien. Sans eux, où seraient aujourd'hui les sciences dont nous sommes si fiers? Après la chute de l'empire romain, ils plantèrent la croix sur ses vastes ruines pour les sauver d'une destruction nouvelle, pour arrêter la dévastation et des hommes et du temps. Recueillant avec soin les débris des connaissances antiques , ils les conservèrent au fond de leurs cloîtres pour les transmettre aux âges suivants , et la maison de prière fut aussi l'asile de la science. Qu'il était beau de les voir , ces anges de la solitude , en sortir le front lumineux comme Moïse , et , portant comme lui dans leurs mains les tables de la loi , s'avancer au milieu des peuples, les instruire de leurs devoirs, les leur rendre aimables par l'onction qui coulait de leurs lèvres, enfanter partout des prodiges de péni-
tence et de sacrifice, éclairer les esprits, réfonner les mœurs , replacer peu à peu la société sur tes vrais fondements, purifier la terre et la consoler en y répandant cet amour fécond, inépuisable, «luivieDt du ciel et qui est le ciel même !
Mais on s'est lassé de tant de bienfoits. Pour en rejeter, pour en briser le joug, l'ingratitude et la folie ont f^it alliance contre la sagesse ei la charité ; elles ont imposé silence aux siècles qui racontaient les touchantes merveilles des ordres monastiques. Alors on n'a plus entendu qu'une voix sinistre, sauvage, qui reprochait aux véritables instituteurs des nations d'être à charge aux nations, à ceux qui avaient défriché le sol de vivre des produits du sol; qui accusait avec audace d'ignorance et de barbarie les pères de la civilisation et les conservateurs de la science : on connaît le reste. Le saint et magnifique édifice que la religion avait élevé s'écroula sous le marteau des régénérateurs modernes ; des clubs remplacèrent les couvents, l'asile des vierges devint un lieu de détention ou de prostitution. Quelques temples demeurèrent debout, mais le Dieu qui les habitait était parti ; le crime vint s'asseoir sur Tautel, on l'appela la déesse Raison; à ses pieds on dressa un échafaud, et, la main dans le sang des victimes humaines , les sombres adorateurs de la divinité qui succédait au Christ jurèrent que le monde était sauvé.
Voilà ce que la France a vu. On dit que nous sommes loin de cette époque funèbre : je le désire. Mais pourquoi tant de défiance encore, et contre la religion qui semble toujours effrayer nos lois, et contre les institutions qu'elle avait formées? Pourquoi n'ose-t-on pas même demander le rétablisse-