PRÉFACE. LVII
n'existe qu^une souveraineté relative ^ et c'est pourquoi il est nécessaire de définir celle qu'on suppose lui appartenir. Ainsi / en ce qui touche l'homme , nul n'est souverain en ce sens ]que sa raison et sa volonté soient de droit pleinement indépendantes; car^ de même que son être dépend de Dieu ; sa raison et sa volonté dépendent des lois du vrai et du bien , qui ont leur origine en Dieu : mais il est souverain en ce sens que ni sa raison y ni sa volonté , ni par conséquent ses actes, ne dépendent de droit d'aucun homme ; que , la loi antérieure et supérieure de justice demeurant sa règle , il est primitivement et complètement libre à l'égard des êtres semblables à lui , et ne doit obéis^ sance à aucun d'eux. Les droits de chaque être y en effet y dérivant de sa nature y partout où la nature est la même les droits sont égaux. Or dire que tous les hommes possédant tous la même nature possèdent tous les mêmes droits essentiels et primitifs y c'est dire qu'ils sont tous naturellement indépendans les uns des autres; c'est affirmer , dans les limites fixées précédemment, leur souveraineté native
H kipériffable, Êomenhieié udmdDeile, qui dcnrieiit arflectire par réUbUffiemeiit de la etté, oa èa corpê politique.
Or la liberté existait eotière ma moment ott se fonne le corps politique , son inslitatioQ ne peut être qa'on acte libre de la part de ceux qui y eooeoiireiit : él cooune elle ne sauroit arotr d'autre objet légitime en droit que la con-
, serration da droit même ; loin de pr^odicier
f à la libertéqoi renferme toos les Trais droitsde
rbomme , eDe en doit être une garantie. Une cité ou une société politique et civile conforme au droit n*est donc qu'une libre association d'hommes se garantissant mutuellementy sous l'empire de la loi de justice reconnue f la pleine jouissance de leur liberté, mo-
/ difiée seulement dans son usage par des règles
acceptées volontairement; règles nécessaires pour que le but de l'association soit atteint. L* unité collective une fois constituée : conmie
, auparavant chacun de ceui qui en font partie,
individuellement indépendant ou souverain ^ avoitson pouvoir qui n'étoit que sa force indi-
! viduelle à l'aide de laquelle il défendoit son
PRÉFACE. Ll\
indépendance attaquée et réalisoit ses rolon-^ tés libres ; ainsi la cité a son pouvoir ou sa force collective à Taide de laquelle elle défend son indépendance attaquée et réalise ses volontés libres. Mais ^ afin d'obtenir le résultat attendu d'elle, cette force doit être organisée, et par conséquent s'ordonner autour d'un centre : d'où la nécessité d'en confier à un ou plusieurs la]direction. Tel est le pouvoir politique, qui n'est, comme on le voit, qu'une simple fonction , essentiellement déléguée , essentiellement révocable. U ne fait pas la loi , il en procure l'exécution. La loi est, en tout ce qui ressort de la liberté humaine , la volonté de l'individu collectif appelé société, nation, peuple.
U est aisé de comprendre maintenant en quoi le pouvoir diffère de la souveraineté , et comment la souveraineté, qui p'est que l'indépendance mutuelle des hommes à raison de leur égalité essentielle et native , peut appartenir et appartient réellement à chacun d'eux r et c'est ce qui se déduit encore du sentiment commun des catholiques sur l'origine du pour
L\ PEÊrACC.
voir ; dès qa'on a éclairci les idées en définissant les termes. Le pouYoir, selon cette théorie, réside primitivement dans la conmiunauté : la communauté qui crée un pouvoir distinct d'elle, en communiquant celui qu'elle tient immédiatement de Dieu , est donc primitivement indépendante ; et comme son pouvoir ne se perd point par la délégation qu'elle en fait, elle demeure, après cette délégation , radicalement indépendante. Si donc, ainsi que nous l'avons montré, la souveraineté n'est que Tindépendance ; la communauté , radicalement indépendante, est radicalement souveraine. D'une part : l'indépendance étant un droit inhérent à la nature de l'homme , il ne pourroit y renoncer , s'en dépouiller, quand il le voudroit; en obéissant de fait, il resteroit libre de droit. De plus , il est visible qu'on ne peut déléguer son indépendance ; on ne peut donc déléguer la souveraineté : le pouvoir qu'on avoue être délégué n'est donc pas la souveraineté ; et dès-lors qu'est-il , que peut-il être qu'une fonction jugée indispensable par la communauté souveraine à sa conservation