‹ Œuvres complètes de F. de La MennaisChapitre 49 sur 108 · XC PRÉFACE · texte numérisé non relu

XC PRÉFACE

cisme de la vicloire des peuples aigris contre une institution alliée avec ceux qu'ils regardent comme leurs oppresseurs. Que si au contraire ceux-ci triomphent^ toujours est-il que la lutte contre eux est en même temps une lutte contre rÉglise, et que l'habitude de lutter contre elle est très peu propre à affermir sa puissance dans les esprits , surtout lorsque cette persuasion restera ferme et en apparence justifiée par les faits y qu'elle est incompatible avec la liberté politique. Ce triomphe d'ailleurs des souyerainetés , quelle en seroit la suite? L'extinction totale de la religion catholique en Pologne; son asservissement absolu en Italie , où le pape est déjà, conune pape, moins maître et bien moins maître qu'il ne l'est à G)nstantînople; un schisme en Allemagne, et peutêtre pis : car personne n'ignore quels sont dans cette contrée les efforts des gouvernemens pour détacher de Rome les populations conduites par un clergé en grande partie à peine chrétien. Nous ne pousserons pas plus loin rénumération des conséquences qu'auroit plus que probablement la victoire des princes

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sur les peuples. En voilà y ce nous semble, assez pour faire comprendre quelle a dû être la force des motifs qui ont déterminé le chef de l'Église. Essayons de nous les représenter nettement.

On peut considérer sous deux points de vue le christianisme catholique : sous le point de Yue, pour ainsi parler , de sa nature intrinsèque y et sous le point de vue de son organisation extérieure. Par la première il se lie à Dieu y parla seconde il se lie au monde et participe à son mouvement. D est aisé de concevoir la nécessité de Tune et de l'autre et de leur union qui constitue le catholicisme même. Toutefois Ton arrive pratiquement à des conclusions très diverses , selon Timportance respective que Ton attache à chacun de ces deux élémens nécessaires , dans la recherche d'une règle applicable au gouvernement de la société chrétienne.

En effet le christianisme , considéré en soi ^ dans ses dogmes, son culte, sa morale, étant , sur les points qu'il propose à la croyance des hommes y dans les préceptes qu'il promulgue ^ dans les sentimens qu'il inspire, la plus haute

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expression de la vérité et de Tamour, onpourroit se croire autorisé à déduire de là que tout ce qui tend à satisfaire ces deux grands besoins de l'humanité j à développer , dans tous les ordres de connoissances, la vérité qui est une essentiellement , à élever, à améliorer la condition générale des hommes , ce qui est le but et re(Tet de l'amour , tend à dilater le christianisme, et qu'envisagé dans son essence, indépendamment d'une certaine action particulière de Dieu qui doit elle-même être en harmonie avec cette essence immuable, il n'a pas de principe plus puissant , ni même d'autre principe de conservation sur la terre. Nous confessons franchement que cette pensée nous avoil séduit. Nous pensions, quant au dogme , que la vérité divine étant impérissable et se jusli fiant par elle-même , pour user d'un mot de l'Écriture , plus la raison seroit libre dans ses recherches , ses examens, ses discussions, plus s'accompliroit prochainement l'indissoluble union de la science et de la foi , qui ne peuvent correspondre à des termes opposés, puisque, encore une fois.

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la vérité est une , et qui jamais non plus ne s'embrasseront au sein èbs ténèbres. Et d'ailleurs quel moyen de ravir désormais à la raison humaine la liberté dont elle s'est mise depuis trois siècles en possession, de la refouler dans rignorance , de l'enchaîner dans l'inactivité? Et que seroit-ce qu'une religion que menaceroit le progrès de l'intelligence ? Nous pensions enfin que les peuples ayant aujourd'hui le sentiment d'un droit social dont ils attendent le soulagement de leurs souffrances intolérables, par la substitution d'une légitime liberté à la servitude que leur impose le pouvoir oppressif des souverainetés absolues , dévoient trouver dans le christianisme un appui et une règle pour atteindre ce but sans désordres , puisque la loi évangélique, qui, en rappelant aux hommes leur égalité native et le lien de fraternité qui doit les unir, a tant contribué à l'abolition de l'esclavage ancien , n'est pas moins favorable à l'abolition de l'esclavage moderne ou de l'esclavage politique. Et combien ne leur fût pas devenue chère et vénérable la religion céleste

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