‹ Œuvres complètes de F. de La MennaisChapitre 7 sur 108 · VIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

VIII PRÉFACE

nable de Tesprit, puisqu'il n'en pourroit sortir que par une affirmation purement arbitraire , sans motif réel et sans valeur. Que si ^ au contraire y il existoit un moyen de reconnoltre certainement le vrai, une règle sûre pour le discerner, le doute , à l'égard de ce qui auroit ce caractère du vrai , deviendroit logiquement déraisonnable, et la croyance, qui a d'impérissables racines dans la nature , seroit en même temps le seul état conforme à la raison.

Cette question , sous un point de vue , antérieure à toutes les autres, reçut une solution sur laquelle nous reviendrons bientôt, et que rien jusqu'ici n'a ébranlée en nous. Mais il faut le dire aussi , à la place que l'ordre des idées nous forçoit de lui assigner, ce ne pouvoit être qu'une question logique , préalable à toute conception des choses en elles-mêmes et de leurs lois. Or l'esprit humain n'est jamais pleinement satisfait par des formules abstraites, quelque rigoureuses qu'elles soient, parce qu'au-delà de ces formules il y a des réalités qui en sont le fondement, des réalités qu'il veut concevoir ; et jusqu'à ce qu'il les ait conçues à quelque

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degré , il hésite et retient son acquiescement définitif. Or la pure logique ne fait rien concevoir : mathématique de la raison dans ce qui ne dépend pas du nombre , elle détermine les rapports divers que soutiennent entre eux desélémens donnés ; et sans examiner en soi ces élémenSy les prenant tels qu'ils lui sont fournis , elle opère sur eux selon des lois en quelque sorte fatales, qui la conduisent à des conclusions d'une irrévocable nécessité , mais hypothétiques en ce sens qu'elles n'expriment que des relations/ et n'apprennent rien sur l'effective réalité des objets mêmes entre lesquels ces relations idéales subsistent. La question de la certitude résolue logiquement , nous le croyons , attend donc encore une autre solution , qui ne pouvoit venir qu'après la première, et qui devra la justifier; une solution philosophique fondée sur la conception des êtres et de leurs lois. Tant que celle-ci manquera , la première , obscure à certains égards , laissera toujours quelque vague inquiétude en beaucoup d'esprits, d'autant plus qu'à cause de sa rigueur même il est clair que la règle qui s'en déduit ne sauroit jamais être

X phëface.

appliquée au\ réalités existantes, lesquelles n'ont rien d'absolu 9 sansêtre défait modifiée par elles suivant leur essence. Telle est la véritable source de ces multitudes de difficultés de détail dans lesquelles se sont embarrassées un grand nombre d'intelligences foibles, et des controverses, pour la plupart aussi stériles qu'animées ^ auxquelles elles ont donné lieu.

En soi la question de la certitude renferme

deux élémens , le vrai indépendant de la raison , et la raison qui perçoit le vrai. L'infaillible assurance de le percevoir actuellement, de le connottre j de le posséder, constitue la certitude, selon sa notion la plus étendue. Or la raison n'étant essentiellement que la faculté de percevoir le vrai , de le connottre , il s'ensuit que la certitude n'est que la raison même essentielle, et que dès lors cette question, Qu'est-ce que la certitude? se réduit à celle-ci , Qu'est-ce que la raison ? De sorte que là où est la raison la plus parfaite , là aussi nécessairement est la certitude la plus grande. Or on peut distinguer dans l'humanité, non pas deux raisons diverses, mais deux degrés de la même raison une et iden-

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