DES SENTIMENS
BT
SUR DEUX MANDEHENS ÉPISGOP AUX .
Revue ealhoHque, — 15 mars 1831.
Il n'est pas aujourd'hui un seul catholique éclairé qui ne voie éyidemment que le salut de la foi et la conservation du christianisme en Europe sont désormais attachés à la pleine indépendance de l'Église ; qu'étouiTée sous les fers dont les gouvememens l'ont chargée^ elle ne peut ni proclamer le dogme avec la liberté qui lui appartient de droit divin , ni maintenir la pureté et la vigueur de sa discipline sur laquelle l'autorité civile s'arroge un pouvoir usurpé^ ni développer dans son propre sein , par une éducation exempte d'entraves , la science si nécessaire pour rendre au sacerdoce, avec cet éclat qui ne provoque aucune haine jalouse, son ascendant sur les esprits. Mais comment arriver à cette indépendance salutaire? comment briser des liens si arlistement tissus depuis plusieurs siècles, et resserrés chaque jour davantage? En attendant que le souverain pontife, divinement assisté dans le gouvernement de la société chrétienne^
110 EXrOSITIO.X DKS SI3TIM»S
juge que le temps est veou de renoocer aux systèmes des coDCordals doBt le daBger devient , d'année en année, plus visiUe et plus grave, et de soustraire rÉglise à toute influence séculière ; en attendant , dis-je, ce moment , peutrétre moms éloigné qn^on ne pense, deux devoirs sont imposés au clergé et particulièrement aux évèques : séparer entièrement la religion de la politique, et réclamer sans rdiche, pour les catholiques, la liberté dont presque partout les lois consacrent le principe, mais que partout aussi Tadministration s*efibrce de leur ravir. C'est ce qu'on a senti parfaitement en Belgique; et de la ce magnifique mouvement de tout un peuple , se levant comme ua seul homme et marchant , au nom de tout ce qu'il y a de sacré sur la terre, à la conquête de ses droits les plus précieux. Les dissentimens d'opinion , cédant à des intérêts |dus pressans et |dus hauts, ont disparu dans l'unité de la grande cause nationale. Plus de libéraux, plus de royalties : un seul but, un seul cri : Nous voulons ticre et mourir tibres ! Voili comme les peuples se sauvent. Et à la tète de cette noble et sainte entreprise qui voyons-nous? les vieux noms qui jadis firent trembler la tyrannie ; tout ce qui rappelle des souvenirs glorieux et cbers au pays; le clergé tout entier , et le petit nombre d'évèques qu'un despotisme persécuteur n'a pu refuser à quatre millions de catholiques résolus à défendre leur foi jusqu'à la mort. Biais il iaut les entendre eux-mêmes exposer leurs sentimeos :
« Dans la crise très grave où la religion et la liberté
se trouvent dans ce royaume , il nous a paru ulile de contrebalancer y autant qu'il est en nous, par uno exposition franche des sentimens du clergé et des vrais catholiques , les efforts tentés pour noircir aux yeux de l'Europe entière les Belges qui veulent la religion et la liberté , qui veulent leurs droits.
» Depub plusieurs années les journaux officiels et ministériels établis par le gouvernement dans nos viUes principales y ne cessent de les calomnier et de les représenter sous les couleurs les plus fausses et les plus odieuses. Lia plupart des rédacteurs de ces journaux sont des réfugiés français et aussi quelques Allemands; aucun Belge indépendant ne voudroit y prendre part. Personne n'ignore par qui et de quels fonds ils sont soutenus. La phis éhontée de ces feuilles est dirigée par un Italien eondanmé deux fois aux galères en France, el marqué d'un fer rouge par le bourreau. Cet honune a une part plus spéciale aux faveurs du gouvernement et en a reçu des sommes très considérables.
» Mais le but qu on se propose ne sauroit être atteint si Vùa se bomoit à dénigrer uniquement dans le pays le clergé , la noblesse et les citoyens les plus recommandables de toutes les classes, catholiques et libéraux; aussi plusieurs de ces journaux sont envoyés gratuitement à des lieux de réunion publique dans les pays étrangers. Et comme le hollandois nVst lu nulle part , et le français point universellement , on a su se procurer Tappui de feuilles étrangères, soit pour parler dans un sens indiqué , soit pour ne
1 1 2 EXPOSITION DBS SENTIMENS
pas publier nos réclamations, soit pour se taire entièremeot. Enfin des écriTains sont soldés pour écrire avec autant de perfidie dans d'autres journaux étrangers.
» Ces faits , dont toute la Belgique connott la vérité y ne mériteroient-ils point de fixer un instant Tintérèt des étrangers mêmes sur ce que nous allons répondre à tant de calonmies?
» Nous reconnoissons que de bons évèque^ ont été obtenus pour une partie des sièges désignés, que Touvert ure des séminaires a enfin été permise , que de bons catholiques ont enfin été nommés à la direction des affaires du culte catholique, que la suppression du collège philosophique est promise pour la fin de Tannée académique ; mais ces actes mêmes ont été accompagnés et suivis de circonstances qui prouvent clairement que les sentimens et les desseins du gouvernement à l'égard de la religion cathoUque ne sont nullement changés, et qu'il persiste avec la même opiniâtreté dans la résolution de ruiner entièrement la liberté quie$i devenue ici ùidispensable à la religion. Voilà la généalogie des deux projets de loi sur l'instruction et sur la presse, suffisans à eux seuls pour détruire la religion et la liberté chez tout peuple qui auroit assez peu de foi et assez de lâcheté pour ne pas avoir en soi le remède à ces maux. Voilà la généalogie des deux inquisitions du gouvernement, Tune occulte, Taulre publique, et de tout ce qui se passe d'inoui depuis quelque temps.
i( En réclamant avec tonte Ténergie de nos Ames
contre les griefe énoncés dans les pétitions que nous avons signées, et notamment en réclamant la liberté de la presse et la liberté pleine et entière de Tinstruction sans aucune restriction quelconque , nous avons été conduits par le plus vif attachement à la foi de nos pères, par une profonde aversion de Tanarcbie aussi bien que du despotisme, par un amour égal de Tordre et de la liberté.
» Autrefois le pouvoir politique ne s'ingéroit des choses qui ont trait à la religion ou à la morale que sous la sanction et la direction de rÉglise, seule gardienne de la foi, en tant qu'elle est seule interprète de la parole de Dieu. Alors il y avoit sécurité et garantie pour la foi des catholiques; le pouvoir n'agissoit pas en son nom, mais réellement au nom de Dieu. Aujourd'hui dans TEurope presque tout entière et jusque dans TEurope catholique le pouvoir politique a rejeté soit absolument^ soit en grande partie , Tautorité et la direction de TÊglise. En France et en Autriche, par exemple, le gouvernement favorise certaines doctrines et en réprouve d'autres, soit dans les études, soit dans les séminaires, soit dans les écrits; les nominations des professeurs et des évèques y sont influencées dans le même sens : le tout pour autant qu'on parvient à se faire obéir. Et, qu'on le remarque bien, nous rendons justice aux intentions de ces souverains, mais ils s'égarent, parce qu'au lieu de laisser à l'Eglise toute sa liberté, au lieu de ne suivre qu'elle, ils s'attachent à l'opinion particulière qui a prévalu dans leurs conseils et dans l'esprit de quelques