‹ Œuvres complètes de FléchierChapitre 173 sur 181 · LE PONT DU GARD · texte numérisé non relu

LE PONT DU GARD

Ce pont est bâti de Fordce toscan, avec d aussi grosses pierres que celles des arènes. Il porte trois ponts l'un sur Tautre, et au-dessus du plus haut, ce merveilleux aqueduc sous le couvert duquel un homme pçut marcher en baissant la tête , et.se promener au-dessus sans crainte et sans danger, quoique le précipice du rocher et de Teau qui passe au-dessous ait un aspect affreux par ^ profondeur.

Ce p(Ait a pris son nom de la rivière du Gard, ou Gardon qui passe au-dessous ; il est composé de trois rangées d'arcades l'une sur l'autre , entre deux montagnes 5 les distances et les proportions y sont exactement observées, * .

La première rangée est de 6 arcades , la seconde de n , la troisième de 35 , qui porte l'aqtiedùc au-^ dessus^ hù^ des deux côtés de grandes pierres froides, . qui ont une toise en leur carré.

Les eaux qui couloieqt par cet aqueduc étoient prises de la fontaine d'Eure, au-delà de la ville d'Uzès, et conduites parole longs canaux et par des aqueducs souterraîns^.-et lés pentes qui s'y rencon** troient , ce qui fait que leur cours , qui n^iiroit été que de trois lieues en* drftture, est de plus de six par les détours qu'il a fallu prendre.

4o4 DISSERTATICrer

Ces eaux ëtaiei^t destinées à trois usages principaux; elles* servx)ient à la religion, aux diverlissemens, et à Tutilitë de la ville.

A la religion : les anciens croyoient que la fontaine d'Eure avoit quelque choa^ de religieux et de sacré, ce qui paroit par une inscription trouvée dans des masures près de son bassin.

Sex Pompeivs gognominb Pàndvs

QVO IVS ET hoc ABAVIS GONTIÇIT ES^E SOLVM

^DICVLAM HANC NYMPHIS POSVIT QVIA ÇJEPIVS VSSVS

Ho<2 SVM FONTE SENEX TABI BENE QVAM J^EHIS.

On avoit besoin de ces eaux pour le temple de la déesse Isis^ comme il paroît par l'image à demi-relief de la même déesse, qui se trouve élevée dontrece magnifique bâtiment-

Elles seryoient aux divertissemens et aux spectacles /auxquels la fontaine de Nismes dans Tété ne pouvoit fournir assez d'eau pour divers jeux, pour les arrosages fréquens de l'amphi&héâtre , et surtout pour les Hains dont les Romains ne pouvoient se passer. On voit contre ce pont ces trois lettre;^ A. E. A. que quelques-uns expliquent Adrianus ou Antomfius éxtnixit aquceductutn , et quelques-uns Aqua emissa amphithêatro.

Elles.servoient encore àj'utilité publique , soit en fournissant avec abondance à la boisson des hommes et du bétail , soit en fertilisant leis campagnes par des ruisseaux qui se réplindoient en plusieurs endroits, soit en se distribuant- aux bains publics oo

particuliers, et contribuant ainsi à la netteté et à la salubrité de la ville.

'AîTrONIN LE PIEUX-

Antoninus Plus , successeur d'Adrien , étoit oriçinair^ de Nismes ] Jùlius Capitolinus le rapporte ainsi.' Son aïeul Titus Aurelius Fulvius étoit citoyen de Prismes ; et , s'étant élevé par son mérite , qudiqu'il ne fût pas né à Rom$i , il y fut élu préteur et deux fois consul.. Ceux (jui avoient éjté magistrats dans les colonies a voient droit de suQîage dans les éleôtions , et, devenant ensuite citoyens romsûns, pouvoient être élus aux premières charges de Rome. Straboh , parlant de Nismes , dit qu'on y voyoit des habi^ans qui avoient été'édiies ou questeurs à Rome. Quintus Aurelius, fils de Titus Aurelius, fut aussi consul , et son fils Antoninus parvint enfin à l'empire.

On peut croire qu'il conserva quelque aiTection particulière pour cette ville, dont iltirc^t son origine. Il bâtit à Rome tant de superbes monumens, n'en auroit-il point édifié à Nismes? L'auteur de sa "vie nous assure que ce prince prêta des sommes considérables à plusieurs villes, afin qu'elles pussent en rétablir les anciens édifices ou en construire de nouveaux. Pour(||Doi n'auroit-ii p^s fjit bâtir notre amphithéâtre fct le temple même 4e Diane à l'honneur

4o6 DlSSERTATIOir

de Faustine sa femme, qui mourut la troisième aanëe de son empire, et fut mise au rang des divinités par ordi»e du sënat, et à Thonneur de laquelle on fit des jeux publies, et Ton bâtit un temple à Rome que Ton orna de statues d'or? On a lieu de présumer qu'Ant^nin fit la même chose à Nism^s poujr y faire revivre la mémoire de sa naissance, et révérer celle de Faustine.

Les inscriptions fréquentes qui portent le nom de cet etopereur marquent l'intérêt- qu'il a pris à cette ville.

Imp Caesar Divi Hadriani F. t. Aelivs HADRiANfs Antoninvs Avg Pivs Pont ■ . Max Trib Pot V!II Irfp ÏI C05 IIII

• Imp^Caesar Diyi Hadriani F T. Aelivs Hadriarvs Antowiivs . Avg Pivs Pont Max

Trib Pot VIII Imp II Cos IIU P. P. restitvit.

* Tout cela nous fait regarder Antonin comme l'auteur de l'amphithéâtre de Nismes, Yigenère et Catel sont de cet avis. On peut par là juger du temps auquel il fut bâti. II. est évident que ce ne fut pas avant le règne d'Auguste , puisque jusqu'à Tibère qui lui succéda les amphithéâtres , soit dans Rome , soit dans les colonies, étoient de charpente, à la réserve de celui que Pompée fît bâtir à Rom^ L'accident de l'araphithéâtVe deFidènes, qui en tombant écrasa

plus d«i5,ooo personneSyt^ut cause que Tibère et le sénat ordonnèrent qu'à Tavenir les afnphithëâtres seroient bâtis de pierre.

De IS on peut conclure que celui daNismes n^ fui; construit qu'après cet arrêt , et que ce fut , selon les apparences^ par Adrien ou par Antonin. Une partie de cet édifice paroit n'avoir pas été acheté, et^l'on ne voit pas l'agrément ni la perfection du reste. L'usage n'en dura pas long-temps y parce que la religion pacifique'et charitable de *Jësus-Christ , que les empereurs embrassè/ent quelque temps après, afaolit ces spectacles sanglans et profanes.

Les Goths , devenus maîtres* dé la* province itarbonnoise , ou par la cession qu'Honorius en fît a leur roi Alaric, ou par droit de conquête, s'établirent dans Nismes, et se fortifièrent dans les arènes. Ces barbares , jaloux de la gloire des Romains, entreprirent de détruire ce superbe bâtiment. Lassés d'une si pénible entreprise , ils y bâtirent un château à leur mode , dont on voit encore deux tours. Les Sarrasins, s'étant mêlés avec eux , furent chassés de Nismes deux fois par Charles Martel, qui mit cette ville en cendres.

Les arènes seules résistèrent à la violence du feu , et quelques babitans fugitifs , s'y étant cachés, s'y fortifièrent peu à peu , et rebâtirent la ville telle qu'elle est aujourd'hui sur les anciennes ruines.

Le roi saint Louis, allant à la Terre Sainte, et voulant s'assurer d'une place forte voisine de la mer, demanda aux babitans de Nismes qu'ils lui prê-

4o8 DISSE RTATKMf

tassent le château des ayènes , avee promesse de 1^ leur rendre à «n retour. L'acte fut passe dans le château même en présence de l'évêque et du Sénë^ chai, et ce grand roi s'acquitta exAdIement de sa promesse.

Ca/nt Raimond VI, comte de Toulouse, qui per^ miteux citoyens de Nismes de relever leurs'murailles comme on les voit aujourd'hui ; il donna aussi de grands privité]ges à ceux qui habitoient dans les arènes* Ils étoient exempts des charges i^elles, se qu^ifioient nobles , faisoient quatrç consuls oiffërens de cctux de la ville , et ayoient une juridiction distincte de celle dé* la» ville.

Page 1