LETTRE XXXII
A M. LE PELLETIER, MINISTRE d'^ÉTÀT , SUR SA RETRAITE.
jE^n'ai pas été surpris, monsieur, de la résolution que vous aVez prise de vous retirer de ]a cour et des affaires pour vous occuper uniquement de votre salut dans une sainte retraite. Il y a long-temps que nous connoisdons que vous ne teniez au monde que par bienséance , que vous en étiez aussi détaché que
ceax qui en aont tes plos éloignes ; et qu'encore qu'au milieu du bruit et du tumulte vous eussiez su vous, faire un repos intérieur en vous -r même votre piété vous faisoit soupirer après une pleine liberté et une solitude entière. Je n'ai pas laissé^ monsieur, .d.'être topché de cette nouvelle, et de rendre grâces à Dieu de vous avoir donné la force d'exécuter ce.que d'autres qui en ont plus de raison et plus de besoin que vous n'osent presque pas pcQser. Quoique vous ayejp toujours vécu avec beaucoup de sagesse et de religion ^ vous avez connu l'importance qu'il y a d'avoir un temps pour se disposer à bien mourir, et pour mériter de quitter ce monde avec confiance, après s'en être séparé par des considérations purement chrétiennes. L'exemple que vous donnez est d autant plus grand qu'il n'y entre aucun soupçon de motif humain. Vpus ocqupiez avec* honneur une place très-honorable. -Après vous être déchargé du pesant fardeau des finances, il ne vous restoit, pour votre part des emplois publics, que ce qu'il y a de plus agréable et de plus noble dans le ministère. Vous étiez dans l'estime et dans les bonnes grâces du prince, à qui vous avez rendu jusqu'à la conclusion de la paix vos fidèles services. Ainsi, monsieur, vous n'avez eu d'autre dégoût que celui que donne aux véritables chrétiens la bonne fortune, et vous avez quitté par religion la cour, qu'on ne qvitte presque jamais'quand on y est comme vous y étiez, que par des chagrins ou par des disgrâces. Il y aura peu de courtisans capables d'imiter votre retraite , mais du moins ils. en sont
DE FLÉGHIER. 49
très'^ëdifiés. Pour moi qui^ m'intéresse très-sincèrement à tout ce qui vous regarde , je prends plus de part qu'un autre à votre satisfaction et à votre véritable gloire* Je souhaite qUe vous recueilliez tous les fruits spirituels que vous avez espérés de votre éloignement du monde, et je suis avec tout l'attachement et tout le respect possible, monsieur, votre, etc.
A Nismes^ ce 94 octobre 1697.