LETTRE XXXIX
▲ M. L]B MABQDIS DX CHATBÂUNBDF , SUE L^BTÂT DX LÀ EBLIGION BT LBS DISPOSITIOIfS DES ROOVBAUX CONVERTIS DB SON : mOCBfB» A-PE^S I,BS DBOLAEàTIONS DD Eo'lt
Je réponds à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de ra'ëcrire par ordre du roi, aussi bien qu'aux autres évéques de la province, au sujet des nouveaux Gpnvertis de nos diocèses , dont sa majesté désire ardemment 1^ salut et la conversion. 11 est juste que nous lui rçpdions compte de l'étal où la religion se trouve en ce pays-ci , et des mesures que nous prenons pour ramener les esprits égarés à la foi catholique , suivant les règles que l'Église nous prescrit , et l.p orclr^s que sa majesté nous a donnés pour notre conduite,.
, Depuis que nous avons reçu la déclaration du 1 3 décembre , et l'instruction qui nous en fut envoyée eii même temps, j'ai cru, monsieur, quejedevois m'appliquer à faire observer dans mon diocèse tout CQ qui étoit ordonné pour le bien de la religion, en ce qui regarde les fonctions de mon ministère. Quoique, dans l'avis qu'on me fit l'honneur de me démancher^ j'eusse cru qu'un peu de sévérité , ou , pour mieux dire,/d'ai;itorité, étoit nécessaire dans la disposition où je voyois les esprits , j'ai pourtant loué la bonté et la sagesse du roi , et je n'ai pas €u peine à m'accommoder aux voies de douceur auxquelles il s'est déterminé par lui «-même, et que j'ai toujours suivies
à l'égard des nouveaux convertis par devoir et par inclination.
J'ai envoyé d'abord la déclaration du roi qui les regarde dans toutes les paroisses de mon diocèse ; tous mes curés l'ont publiée et l'ont expliquée aux peuples. Je leur ai fait connoitre moi - même en^ diverses occasions qu'il étoit temps de rentrer dans le sein de l'Église -, que les intentions de sa majesté leur étoient assez connues; qu'encore qu'il ne fît que les exhorter d'assister à la messe et aux autres exercices de la religion catholique ses exhortations ne doivent pas être moins efficaces sur de fidèles sujets que ses commandemens , puisquHl ]eur maiquoit par là ses volontés et leurs devoirs ; que , si on ne les forçoit point , c'étoit pour avoir la satisfaction de les attirer par cette bonté paternelle , et pour leur donner occasion à eux -mêmes de se convertir librement ; et qu'enfin ils dévoient profiter de la clémence du l'oi , et ne pas lui faire perdre, par leur opiniâtreté, les sentimens de tendresse et de charité qu'il avoit pour eux.
J'ai fait connoitre aux principaux ce que portaient les instructions aux intendans , afin quils en avertissent les autres , et qu'ils évitassent également les contraventions et les peines qui y sont attachées. J'ai enseigné h mes ecclésiastiques , dans les conférences que je tiens tous les mois , la méthode qu'ils doivent suivre dans les instructions qu'ils font aux nouveaux convertis, afin qu'elles soient utiles , et qu'il n'y ait
rien qui œ soit coniorme anx règles ds la charité et de la prudence évangéliques.
M. de B^sville^ de son QÔié^ nous o0rit tous les secours qui dépendoient de lui , parla , en écrivit aux magistrats et aux juges, des lieux , leur enjoignit de tenir la main à l'exécution dos ordres du roi , et vint lui-même dans nos villes pour y donner le. mouvement aux afiaires de la religion , suivant Fesprit de la déclaration que sa majesté venoit de donner.
Nous vîmes un assez grand relâchement parim le& nouveaux convertis ; ils se plaignirent qu'on les assujettissoit encore à la rigueur des édits passés^ et se flattèrent , sur ce qu'on ne les pressoit plus d'aller à la messe, qu'on les laisseroit enfin dans une entière liberté 5 c'est une espèce de gens ombrageux et fiers , qui ne sont pas long-temps dans une même situation , qui s'effarouchent de tout, et qui tirent avantage de tout. La plupart de ceux qui venoient à l'église n'y vinrent plus , ou par la crainte qu'ils eurent des autres, ou par la complaisance qu'ils eurent pour eux-, il n'est demeuré que quelques personnes sages et solidement convertie§ qui ont eu le courage de se mettre au-dessus des respects humains , et qui font toute notre consolation.
Je ne dois pas oublier ici qu'il est mort depuis quelque temps deux ministres en cette ville , célèbres autrefois dans le parti ; l'un nommé Cheiron , homme d'esprit et de grande érudition 5 l'autre nommé P.... homme de bien et savant , qui ont donné en mourant des marques publiques de repentir de leurs ^rreurs et
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de 1^ sincërité de leur cqnversioa.. La grâce que le roi xi^nt d'accorder à la famille di^ dernier, ea la laissaqt j|o\iir de. la pepsipo eptiëredon^ il jouissoit, a réjoui tous ceux qu'il avoit édifiés par sa vie et par sa mort.
Un de mes premiers soins a ëtë de veiller. à Védp-* ca^ioii de^ enfaq^ que learâg^a r^nd plus d^ci^s et plus susc€^p;tlbles des impifeçsioijis de. religion qu'où v€^t leur donner* ^es'écoles se spot remplies^, n^a^^ ceA*a pas: ëiésans beaucoup de pe^ue. On a vu daos^ les pareiç i^us d'application qnç jan^ai^ à les evnpêr chêjç. d'aller àTëglise et de ^'iostriiire de ]a religion catholique.. Tantôt «ils prëtext^qt ]a uëçfîssUë €|u'ils ont d'avoir leurs enfaps auprès^ 4'«ux , po^r l^es £aire tr?rVajiUei: k la subsistjanice dof[^stj<]iKÇ) tantôt ils all^ gu^t que leMrs eu&n^ ont ^flopj^ a^ , et que ^eknx. la dëclaratifiu ils ne spnt plus sujets à l'instruction ni à la discipline de l'ëcole. Les, amendes le& raTu^^ent quelquefois, mais il faut avoir toujours les yçu;!; ^m. eux.
J'ai recp9ia\Q qu'il n'y.avoijt ps^ de n)Q}[en pJu/^.utile que de mettre d|es, jeunes filles dans* les CQuveos p^r dant quelqujes mois pour y être instruit^. ËU^es. y reçoj^y^t (jLe^ iippressipo& 4e foi et de pieté (ç^e le» mères tâchent; d'effacer,, maj^ qui fruGtiQetit après, en leuf t^emps. En t^ut c^ la^ ir^odestie qu'etle^s y apprenn^i^ IjCs xenà plu^: çapable^^ d^s; ^entimejas 4e religion; nous en avou^fail, passer un grand nom^e par ces in^^uctions. Il n'y a. rien au^si qae ks parew mal convertis craignent davantage, tant par le regreîi
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qu'ils ont de payer la pension pour cela , quelque riches qu'ils soient , que par la connbissance et l'inclination pour la religion catholique qui entre par cette voie-là dans leurs familles. Il seroit à souhaiter qu'il y eût autant de collèges où l'on pût faire élever les garçons.
J'ai vu depuis quelque temps arriver deux cas dans celte ville qui m'ont fait connoître l'attention que les pères et les mères ont à pervertir les enfans. Un jeune garçon de quatorze à quinze ans , et une fille à peu près du même âge , étant fort malades , et les curés étant allés les visiter pour leiiF -proposer de recevoir les sacremens, ils ont répondu hardiment qu'ils vouloient mourir de la religion prétendue réformée, quoiqu'ils eussent été à l'école et qu'ils eussent souvent répondu au catéchisme. Si les parens ne sont rendtis responsables de leurs enfans, et qu*ils ne soient punis en cette occasion , ils deviendront plus hardis à les éloigner de toutes les pratiques de l'Église..
Comme j'ai vu que l'instruction étoit la voie la plus efficace pour les ramener, j'ai établi ici un très-habile missionnaire qui prêche toutes les fêtes et les dimanches après dîner dans la cathédrale. Ils Tout loué et approuvé quand ils l'ont entendu 5 mais tout d\m coup ils ont laiésé l'auditoire Kbre aux anciens catholiques. Us sont venus assez assidûment aux sermons d'un père jésuite que j'àvois fait venir de Paris pour prêcher ici le carême. J'ai envoyé une mission en divers endroits de mon diocèse , elle a fait de grands
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fruits parmi ks catholiques, les autres n'y ont point assisté.
J'ai ordonne à mes cures , selon les ordres de sa majesté, d'être attentifs sur les nouveaux convertis malades; ils en trouvent plusieurs qui refusent de les écouter , et qui déclarent qu'ils veulent mourir dans la religion où ils sont nés. Les juges y sont appelés après qu€ le prêtre a fait tous les çfforts que le zMe et la charité lui inspirent pour les ramener. La plupart disent qu'on n'a pas? plus de raison de les contraindre à la mort que pendant leur vie ; et que , puisqu'on craint qu'ils ne profanent les mystères en y assistant, il est encore plus à craindre qu'ils ne fassent des sacrilèges en recevant des sacremens à l'extrémité, n'y ayant point été accoutumés ni préparés auparavant. Il y a dix on douze affaires de cette nature prêtes à juger, mais les procédures sont longues; il faut avoir recours au parlement, et le mal croît et se multiplie avant qu'on y ait apporté le remède qui sont le châtiment et l'exemple qu'on en veut faire.
Je vous avoue, monsieur, que j'ai un sensible déplaisir de voir qu'avec toutes les bonnes intentions du roi , et, si je l'ose dire , tous nos soins , une si bonne œutre fasse si peu de progrès. Les gentilshcmimes, et surtout leurs femmes, donnent sur la religion de très-mjiuvais exernples. dans les villages , et ne vont presque point à l'égjise , et répondent , quand noysles exhortons, que le. roi ne.rordon^je pas. Les juges qu'ils établissent dans leurs justices
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sont aussi mal disposés qu'eux , et îavorîsfeht secrètement ceux qui contreviennent aux déclarations* Plusieurs qui jouissent des biens des fugitifs font aussi peu de cas de la religion catholique que sHls étoient à Genève ou en Hollande. Le roi dans ses instructions condamne tous ces gens-là, et je tie sais pourquoi ou conlmertt tout cela subsiste sans être puni ou corrigé , quoiqu'il rtie semble que chacun ait envie de* s'acquitter de ses fonctions et du service qui lui est recommandé. *
A Dieu ne plaise que je veuille attirer des peihes sur qui que ce soit ; la douceur et la charité ddivent adoucir -notre zèle. Je ne fais que vorfs représenter l'état où se trouve mon diocèse , et où sont à peu près tous les autres que je.connois'. J'aurai Thonneur de vous en rendre compte tous lés tf ois mois , afin que sa majesté en soit informée j ce sera une nou-^ velle occasion de vous assurer du respectueux attachement avec lequel je suis , etc.
AiVîsmes, ce 4 j^i» 1^99.
DB COKSOLATIOIf ET DE PIÉtÉ ▲ H. DE RICHACHOXT , «CE Là MORT
dVne de ses tilles.
J'apprends avec déplaisir, monsieur, maïs en même t-emps avec beaucoup d^édification , la mort de mademoiselle votre fille la cadette, et je ne sais si je ddis vous consoler de l'avoir perdue , ou vous féliciter de l'avoir rendue au ciel dans un état d'iiïnocence
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et de pënîteneo dont j'ai éié iotki^k^fàit touché. Vous êtes père, et vous avez ressenti ia douleur que cause la nature dans les cœurs tendres comme ie vôtre 5 mais vous êtes chrétien , et vous devez regarder, avec une satisFaciion intérieure , les grâces que Dieu a faites h mademoiselle votre fille , et le bonheur dont elle jouit. Dans ces sortes de pertes , on tire ses consolations non - seulement de sa piété en se sou* mettant aux ordres de Dieu , tnais encore de sa foi et de sa confiance en voyant presque évidemment ses miséricordes accomplies sur une âme prédestinée. Je n'ai pas oublié les bonnes qualités que j'ai remarquées autrefois en cette demoiseUe presque dans son enfance : un esprit vif ^ une gaité modeste , un air plein de discrétion et de prudence au-delà même dé son âge, et je ne doute pas qu'elle ne vous fût trèss-^ntile pour la conduite de votre maison et pour le soulagement de madame sia mère ^ mais j'ai loué Dieu des bonnes disposition» qu'il lui a doiinées à la^ fin de sa vie , qui vous doiveirt rendre sa mort pré* cieuse, sa foi, sa résignation , son courage. Les pères dcnvent donner bon exemple à leurs enfans , mais ils deâyeni aussi profiter desi bons^ exemples que quelquefois Icfs enfans leur donnent. La plu$ grande consolation qui vous reste , ce sont la sagesse , la piété et les bonne» mœurs du frère et de la sœur, qui ont rendu tous les offices qu'ils ont pii à leur sœur moiiraute. Entre les grâces que le Seigneur vous a faites âne des prn^ipaks est sans doute de vous avoir donné une femme et des enfans qui connoissent et
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qui aiment la vertu et la solide religion. Je leur écrid cette lettre aussi bien qu'à vous , et j'espère qu'ils se souviendront de moi dans leurs prières. Je voudroi$ avoir quelque occasion de vous témoigner le sincère et parfait attachement avec lequel je suis, monsieur, votre , etc.
A Ifismes, ce la juin 1699*