‹ Œuvres complètes de FléchierChapitre 44 sur 181 · LETTRE LXV · texte numérisé non relu

LETTRE LXV

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Vous m'apprenez, mon très -révérend père, que quelques personnes ont écrit à Rome, à sa sainteté, que toute Téglise gallicane se soulevoit contre le saint siège sur la lenteur à condamner les missionnaires de la Chine , et que , si le décret du pape Alexandre VII n'étoit promptement cassé , ce seroit un obstacle perpétuel à la conversion des hérétiques de France. Je n'ai point eu de part à ces lettres j je ne sais qui sont les personnes qui les ont écrites; et je veux croire qu'ils ont eu plutôt intention de solliciter un jugement qu'ils regardent comme utile à l'Église , que de décrier votre compagnie , esti-^ mable par tant d'endroits , et qui a toujours protesté

DE FLÉGBIER. g^

qu'elle ëtoit prête à se soumettre dès que le pape anroit parle.

Pour ce qui regarde mes^sedtimens , mon très-ré-^ vërend père, depuis que Tafiaire des cérémonies chinoises a été portée au tribunal du saint office , jVi souhaité , et je ne doute pas que vous ^e Tayez souhaité de même , qu'elle fut proimpteoient terminée par l'autorité dusaint siège. Le roi, qui veille toujours au repos et à Fhonneur de l'Église , voulut bien prendre soin de calmer ces coatestations , où le zèle auroit pu s'échaufTer au-delà mân^e de la science , et d^arréter ces écrits sans fin , où la contrariété des opinions fait douter de tout , où l'on couvre la vérité à force de la vouloir éclaircir^ et où la charité se trouve souvent blessée. On peut dire sur pela que vos écrivains dans leurs réponses ont eu le mérite et l'avantage de la modération.

Le pape, à qui il appartient déjuger la cause de Dieu, et de régler la pureté du culte chrétien , a pris connoissance de cette affaire. Elle a été instruite dans les formes ^ les congrégations ont été tenues ; chacun a produit ses raisons ; les suffrages ont été portés à sa sainteté , et il semble qu'il ne tient plus qu'à la décision. On a sujet de la désirer comme le seul moyen de remettre l'ordre et la paix dans toutes les missions de la Chine ^ d'avancer l'œuvre de Dieu dans cette église naissante; de réunir les ouvrier» évangéliques ; et d'affermir les fidèles de cette na« tion , encore foibles dans la foi , par la parole de la

vériié, par h conduite uniforme et i^acifiqae d^s mU^ sionnaires qui la leur prêchent.

Mais je suis d'avis, mon trèsrrévérend père , d'attendre cette décision avec patienpe. Ces manières, peu respectueuses de splRciter le saint -siëge, ces menaces du sjpuJèMêment du clergd de France , également frivoles et indiscrètes ^ ces conditions qu'on veut imposer à son juge ne seront pas facilement approuvées. J'attribye la suspension de ce jugement à l'exactitude et à la prudence de sa sainteté, qui connoît les difficultés de* ce|;te affaire qui consiste en faits dont les partié,s ne conviennent pas ordinaireipent 5 qui dépend de la conuoissance des mœurs , des usages , des intentions même d'une nation éloignée 5 qui suppose l'iMelligence d'une langue que les Européens n'apprennent qu^imparfaîtement et après long- temps, et qui doit être fondée sur des principes sûrs et des relations incontestables , ce qui ne se peut trouver qu'avec peine.

Le saint père craint que le décret qu'il va faire n'ait le même sort que celui de deux de ses prédécesseurs , qui ont décidé la question qu'on dispute encore devant lui. Il voit des gens de bien accusés et des gens de bien qui accusent, et ne peut croire que les uns ni les autres soient allés aux extrémités da monde pour y rompre la charité ou pour y * favoriser l'idolâtrie, et qu'ils y deviennent les prévaricateurs d'une religion dont ils sont prêts à être les martyrs. Il veut faire rendre à Dieu le culte religieux qu'on na doit qu'à. Dieu , et laisser aux hommes ces

DE rLÉCHlER, ^

iioaneurs d'amilié^ de reconnoissance et d^éstioi^ . cirile , que Dieu permet qu' ils se rendent les uns aux autres. Les soins qu'il a pris de s^instnrirede tout^ les audiences qu'il a données, le lëgat qu il envoie sur les lieux j marquent assez le de^ein qu'il a de prononcer un jugement juste et durable. .

J'ai donc cru ^ mon trës>-rëvérend père , que c'ëtoient les précautions que cherche sa sainteté qui Tavoient retenue , et non pas'^es sollicitations ou les afieclions particulières. Grâces au ciel, nous avons un pontife sage , éclairé , dégagé de toute passion , qui a feit connoitre jusqu'ici par sa conduite que la chair et le sang ne lui révèlent rien, et qu'il. ne prend d'autres impressions que dulles de la "Mérite et de la justice^

Pour le décret du pape Alexandre ¥H i je ne sais pas les raisons qu'on a de le demander -, car on n'en peut avoir d'exiger de son iupérieur .qu'on le casse. -C'est au saint père à examiner, sur ces connoissances présentes , s'il s'y trouve quelque article à réformer, et à tirer ensuite du fort de sa sagesse , ou plutôt de la sagesse ditine cfdi est avec lui et cpi travaille avec lui, les règles et les motifs de^ son jugement. Que ce retardement à décider sur ces différends des* missionnaires soit un obstacle à la conversion^es hérétiques de France , je ne m'en Suis point aperçu dans mon diocèse, quoiqu'il y en ait un très -grand nombre. Ce qui se passe à la Chine n'étant d'aucune conséquence pour le rétablissement de leur religion , ou ils l'ignorent ou ils le regardent comme étranger et

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indifférent. H se peut faire que qaelqiies-uns d'entre eux aieiit raisonne sur les honneurs qu*on rend à Confucius et aux ancêtres de cet empire , et qu'ils aient ajouté cette nouvelle accusation d'idolâtrie à tant d'autres quHls ont faites depuis long-4enips contre l'Église. D'ailleurs /dans les préventions qui leur restent contre le saint siège ^ ils se plaignent de sa lenteur comme ils se plaindroient de sa précipitation , et comme ils blâment même son jugement, quel qu'il puisse être.

Yoilà, mon très-révérend père , ce que je pense ^ en ce que je connois de cette affaire. On ne peut s'empêcher d'en souhaiter ardemment la fin , pour la gloire de Dieu , pour le progrès de la religion , pour l'honneur et le repos de ses ministres , et pour l'édification des peuplés convertis ou à convertir. Le seigneur de ht moisson n'a pas manqué d'envoyer de bons ouvriers à, cette terre , quoique éloignée. 11 faut le prier qu'il répande sur eux ses bénédictions de douceur et de paix , afin qu'ils fassent du fruit , et qqe leur froit soit solide et durable. Quoique mon sentiment ne soit pas de grand poids, je vous l'écris pour répondre à votre lettre , et pour' vous renouveler les assurances de l'attachement respectueux avec lequel je suis , mon très-révérend père , votre, etc.

A Saisines, ce 39 septembre 1702.

DE FLÉCHIER. lOI

LETTRE LXVl.

A MVUItUES BEfSACIBE. BT TIBEBGB , SUB LB mImB BViST»

J*Ai répondu, messieurs, à une lettre du révérend père de La Chaise , du iS de septembre , au sujel des contestations sur le culte de Confucius , et sur ie retardement de la décision que nous attendons du saint siège. Je vois, connne tous Jes autres prélats, les mauvais effets que produit dans l'Église un différend poursuivi avec tant de chaleur par deux partis /qtii font également profession de piété^ et qui vont faire des prosélytes et gagner des âmes à Dieu jusqu'aux extrémités du monde.

U auroit été à souhaiter que ces disputes n'eussent pas fait tant d'éclat , et que la vérité jointe à la charité le» eût étouffées par une bonpe foi et un aveu réciproques , dans le pays où elles sont nées.

Mais enfin l'affaire a éclaté , et le saint père^en est le juge. Je connois comme vous la conséquence qu'il y a qu'elle soit bientôt décidée pour la gloire du Seigneur , pour l'avancement de la religion , pour 1& repos des ouvriers évangéliques et pour l'édification des peuplés qu'ils entreprennent de convertir. Cependant, puisque sa sainteté, qui connoit mieux que nous l'état de l'affaire et l'importance de k décision , diffère son jugement, je la crois plus. sage que moi , et je ne doute pas qu'elle n'ait des raisons pour le dif-^ férer autres que lés sollicitations et les affections.

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particulières , que je ne crois pas capables d*affbiblir son zèle ni sa justice. -

J'ayoue qu'il faut dësirer la fin de ceis diyisions , qu^on doit en gémir deratit Dieu , et supplier humblement le pape de les terminer par un décret décisif, auquel je ne doute pas que tout le mond? ne se soun^ette. Mais comme il y aui^oit de I4 mauvaise foi et de Tinjustiçe. à tâcher, par des délais affectés, de retarder ce jugement^ on pourroit maûquer de respect et de discrétion , en voulaiit le trop presser par des sollicitations qui semblent donner la toi à celui à qai on la demande.

Pour ce qui regarde les Doùveatix convertis , messieurs ^> je ne réponds ique de, ceux de mon diocèse, qui sont pourtant en assez grand nombre. Je n'ai pas remarqué qa ils aient fait attention à cô qui se passe à la Chine ou à Rome sur ce sujet pour s'en préyàleàr et en tirer quelque avantagé' contre Téglise eatholique \ ils ixe^ont guère touchés de ces afiàirôs éloignées, qui ne les flattent d'aucune espérance de rétablir celles de leur secte. En tous cas , lol*squ*on en a parlé devant euxr^ ou qu'ils ont parlé devant moi de ces contestations et delà décision qu'on en attendoit, on s'est bien aperçu qu'ils, étoient plus mal édifiés de la discorde des missionnaires que des lenteurs de la cour de Rome.

Je n'ai pu refuser de rendre simplement ce témoignage à la vérité; et la charité, qui ne pense pas le Qial , m'a fait présumer qu'on ne devoit et qu'on ne poip^voit pas même ea faire un mauvais usage. Je ne

DE FLÉ€niER. lo3

pui$ que faire des vœu* pour la pait et la prôspërifé des mîssîohs, et Vôiis assurer en même temps. qu'on né jJeut être avec plus d'estime et de consid(^ration queje îe suis , mjessieurs , Votre , etc.

A Nisi&eé,'ee 4 octobre 17611.

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