LETTRE LXX
db citilit^ à m. le psllbtiee, sue l^btat dv diocese d'akgers, et sue celui de utismes, pekdakt
LES TttOQBLES DES FÂNATIQCBS.
J'ai lu afvec plaisir, monsieur; de que vous- m'avez fait l'honneur de nî'écrire sur l'état florissant du diocèse d'Angers où vous avez fait nn voyage. Un prélat appliqué à t(fU8 ses devoirs ; des prêtres élevés dans les rè^es el daus lès fonclio^ns dé leur Sftcerdoée ; des peuples sollderoefiit in^fr«Â(s; fordpe établi dmi les paroisses de la ville et de la campagne i; la! religion connue et pratiquée*^ la cathédrale ornée et bien servie ; les maisons épiscopales ou bâties ou réparées, et tout cela par les soini d'un.évê^ue et par les secomrs d'un abbé^ vos fils fous deux sekm la chair et seloii l'esprit 5 c'est pour vous, je Tavoue, une consolation de patriafche.... J'y suis d'autant plus sensible, monsieur, que je connois que vous en êtes touché , et que je vois nos églises dans un état bien différent de celui-là. Une troupe de révoltés, sous le nom de fanatiques, s'est glissée dans nos diocèses depuis quelque temps. Ils se sont appliqués à pervertir
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la jeunesse snr laquelle nous fondions nos espérances pour la religion. Ib ont gagne les ehfans sous prétexte de leur communiquer le Saint-Esprit /et leur ont appris quelque jaFgon tiré de TÉcriture ^ qui leur faisoit attendre la délivrance d'Israël. Us appuyoient cela du passage de Joël> que le temps étoit venu que les garçons et les filles prophétiseroient. Ces enf ans joignoient à leurs discours des convulsions et des tremblemens qg*on regardoit comme des opérations de Tesprit de Dieu. Les pères étoient ravis d'avoir de petits prophètes dans leurs familles. Les voisins s'assembloient pour les ouïr^ le libertinage s'y méloit , et les gens même d'ailleuïs raisonnables croyoient voir quelque chose de miraculeux dans ce qui favorisoit leur religion.... De là venoient les assemblées d'abord la nuit; après, le courage croissant, en plein jour. On tâchoit de les dissiper. On arrêtoit , on punissoit quelques«-uns des [dus coupables. La crainte retenoit un peu les esprits, mais il étoit 'aisé dé s'apercevoir qu'elle n'ôtoit pas la mauvaise volonté.
L'a0aire de M. l'abbé du Cheila arriva en ce tenapslà. Environ quarante ou cinquante de ces mutins s'attroupèrent et vinrent fondre sur sa maison et le massacrèrent, etc.
A Montpellier y ce 39 novembre 1709.
DE FLÉCBIER. I09
LETTRE LXXr.
Bl C0MPI.I1IBKT A H. l\bBB DB BOQUBTTB, SUB SON OBAISOlf VUKBBRB DU BOI JÀCQBB8.
Les premiers embarras de nos États , monsieur ^ m'ont empêché non pas d'admirer ni de louer votre éloge funèbre du feu roi d'Angleterre , mais de vous rendre compte de mon admiration et de mes louanges; ce retardement ue vous a pas été désavantageux. J'ai recueilli les suffrages de plusieurs prélats connoisseurs qui sont ici, et qui veulent bien que je joigne leur sentiment au mien. Vous pe pouviez donner up ordre plus convenable à votre sujet; il ne falloit rien laisser perdre d'une vie illustre dans sc^ prospérité» et plus encore dans ses disgrâces. Vous avez relevé les faits lûstoriques par des expressiorfs nobles, par des peintures vives et par des réflexions chrétiennes* Le portrait du prince est ressemBlant partout, et vous y avez mis les couleurs qu'il faut. On ne peut lire le récit de sa mort sans émotion , tant il est éloquent etepathétique ! On voit un roi, on voit un saint; ses douleurs , ses consolations , ses paroles , ses sentimens,tout passe dans le cœur du lecteur, et y répand unç tristesse môlée de joie que la piété et la dignité du sujet font naître. Enfin, monsieur, vous êtes heureux d'avoir eu une si grande matière à traiter et si, digne du ministère évangélique.Jfe prendrai toujours part à votre gloire, et serai ravi de vous témoigner en toute rencontre la véritable
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estime et la considération particulière avec laquelle je suis, monsieur, v0tre, €tc.
Le a décembre 1703.