‹ Œuvres complètes de FléchierChapitre 57 sur 181 · LETTRE LXXXIII · texte numérisé non relu

LETTRE LXXXIII

. SUR tB8 GACÂUTBS DS8 fARiktl^Bft.

Je me suis réjoiû , monsieur, de Theuveux a<^X)ucliemeut de madame ia comtesse; fille ou garçon, c'est iotyours une^ béraidiction pour votre famîUe« Vous avez assez de temps pour avoir des héritiers^ et, dans les choses qui ne dépendent pas de notre choix, if faut mettre nos inuliles désirs entre les mains'de la Providence , et recevoir d'elle ce qu'elle veut bien nous donner.

Nos affaires sont toujours dans le même état ; ellss se gâtent même de plus en plus , et notre province est ruinée sans ressource, les rebdles sont les maîtres de la campagne. On désole leurs montagnes etils de* soient notre plaine. 11 ne reste presque plus d'églises dans nos diocèses , et nos terres ne pouvant être ni semées ni cultivées ne nous produiront aucun revenu. Ce corps de cathol i^ues qui se forment depuis les guerres du duc de Rohan , dans les villages, est prescpie entièrement détruit, et Dieu elle roi n'y ont plus de serviteurs fidèles. Vôusi^tes, en partant d'ici, que les peuples avoient repris quelque courage , et que les honnêtes se mettoient en état de se soutenir^ mais

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se voyant toas les jours meaaces et même égorgés par ces bandits , et n'ayant pas la protection qu ils espéroient du roi , ils sont retombés dans leurs premières frayeurs; en sorte que les méchans servent ces gens-là par inclination , et que les bons les ménagent par nécessité et n'osent leur nuire. De là vient qu'ils ne sont jamais trouvés, et quils ne trouvent aucun obstacle à tout le mal* qu'ils veulent faire. IL prend quelquefois des pensées de fureur aux catholiques et »ux nouveaux convertis qu'on ruine de sortir et d'aller chercher ces scélérats qui paroissent jusqu'à nos portes et disparoissent presqu'en même temps ; mais la plupart n'ont point d'armes \ on craint le désordre y et l'on ne veut pas donner lieu à une guerre civile de religion. Après cela tout se ralentit , tous les bras tombent sans savoir pourquoi , et l'on nous dit qu'il * faut avoir patience 5 qu'on ne peut se battre contre des fantômes qui se rendent invisibles, et que c'est le sort des pays où est la guerre d'être pillés , brûlés et ruinés. La cour a été trop long-temps se à résoudre sur les remèdes qu'il falloit employer pour arrêter de si grands maux. Ceux qui auroient pu suffire il y a quelques mois ne suffisent plus 5 et il faudra venir à des châtimens plus extrêmes que ceux qu'on a rejetés comme trop cruels. On s'étoit un peu trop alarmé sur la descente ; la saison avancée et la difficulté du golfe ne la permettoient pas en ces plages-là. L'apparition de deux frégates fit rejeter toutes les troupes de ce côlé-là, et nous nous en ressentîmes de celuici. Je ne vois pas que tout ceci puisse finir. Les 10. 9

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natiques volent des chevaux partout^ et ils ont déjà près de deux cents cavaliers. On ne sait quel est leur dessein. Ils dégarnissent les postes , ils démontent les courriers: enfin le désordre ne peut être plus grand.

Vous avez raison de ne pas venir aux États, où Ton n'entendra que plaintes et que misères. Je vondrois bien me pouvoir épargner ce chagrin comme vous. Mille très -humbles complimens de félicitation et d'amitié à madame la comtesse sur son accouchement. Je ne sais si elle veut que je Tappelle heureux ; s il l'est pour sa santé , c'est assez , l'autre bonheur viendra en son temps.

Je suis très -sensible à la bonté que madame la duchesse de Bouillon a de se souvenir encore d'un de ses anciens serviteurs qui . n'a pas eu l'honneur de la voir de long-temps, mais qui l'a toujours honorée. Je vous souhaite à Paris une parfaite tranquillité, et suis, etc."

A Nismes, ce a3 octobre 1708.

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