LETTRE LXXXVII
- V^KXHOaTATION ST Dp MP&OCHKftV À UNB SUPBl^IBUBB» ^9R .0B8; - FRATEU&S E1CBSSIVB8 AU SUJBT PB9 FAHA^IQI^S.
Je ne sais, matdame, si les frayeurs de vos religieuses sont modérées; elles font grand bruit en ce pays-ci, et décrient fort votre maison. Je serois bien malheureux si mes couvens des faubourgs de Nismes, beaucoup plus exposés que le vôtre, avoient les mêmes foiblesses. Ils ont craint quand il y a eu sqjet de craindre, mais toujours sagement, avec une humilité accompagnée de confiance qui a édifié tout le monde. C'est ainsi que la vertu corrige le naturel, et la religion les sentimens de la chair et du sang. Il n'est non plus permis de se laisser aller à la crainte qu'à la tristesse, à la colère et aux autres passions, surtout quand il y a de l'excès, et que c*est sans raison. Quel exemple donnez-vous à de jeunes lîlles dont vous abattez le jcourage , et à qui vous grossissez les dangers au lieudelesleur diminuer? Je vois quç
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tous ceux qui gouvoraent s'intéressent à votre sûreté pins qu^à toute antre ; trouves-vous beau après cela de faire les effrayées ? Croyez-vous que Dieu ne puisse vous défendre ? Jésus-Christ ne vous dit-il pas dans r^vatigile : Gardez-vous de craindre ceux qui tuent le cdrps et qui ne peuvent pas tuer Fâme. Ces appréhensions irrégulières jsont des tentations auxquelles il ne faut pas succomber ; dles dessèchent le cœur, et, Tamour de vous-même le remplissant , je fais fort peu de cas de vos prières et de vos communions même , ppisque vous n'avez ni la foi ni Tespérance que vous devez avoir au Seigneur. Je voudrois pouvoir aller dire moi-même à ces âmes pusillanimes ce que je vous écris ; je ne veux pas même savoir qui elles sont , de peur de perdre la bonne opinion que j'ai eue d'elles. Ces mouvemens ne sont pas tellement involontaires qae la vertu ne puisse les redresser, surtout quand ils durent si long-temps , et qu*ils reviennent si souvent et sans un véritable fondement. Je suis assuré que vous et M. D... ne participez point et ne consentez point à ces lâchetés. Je suis à vous de tout mon cœur, etc.
• Du aS décembre 1703.