LETTRE CXXXIV
DB PIBTB ▲ LA SaBOB ÀNGÉLIQtJB DU SAIM-ESPKIT.
Votre lettre, ma chère soeur, m^a fort consolé. U y avoit long-temps que je n'avois appris de vos nouvelles , et je craignois que quelque indisposition , après les austérités du carême , ne vous eut réduite à rinfirmerie. Cependant je vois par votre lettre que vous vous portez bien , autant que votre complexion et votre genre de vie pénitent le permetten^t , et qtie votre zèle et les soins charitables de votre bonne abbesse vous soutiennent dans toutes vos infirmités. Vous avez si bien pris Tesprit de la règle que vojas avez embrassée que rien ne vous fait de la peine dans les mortifications du corps. U seroit à souhaiter que votre esprit fut aussi en repos sur les réflexions, scrupuleuse^ qui vous agitent; c'est spuveot une tentation que ce chagrin qu'on a contre soi-même et contre ses imperfections. Pdùvons-ûous prétendre de servir Dieu comme nous le devons et comme il le
194 iîETTRES
mérite? Y a-t-il rien de plus fragile que nos cœurs , et nos volontés ? Notre occupation continuelle doit elfe de reconnoitre nos foiblesses , de nous humilier, d'implorer le secours du ciel ^t de se confier en la bonté et» en la miséricorde' divine. Vous aurez vu sans doute M. Begault qui vous aura donné de nos nouvelles. J'apprends qu'on vous a donné pour confesseur le père Justin , qui est fort connu et fort honoré. Personne jiê souhaite plus votre salut et votre repos que moi. Je salue avec beaucoup d'affection votre révérende mère et la mère de Sorges, et suis, ma chère ^ur, à vous de tout mon cœur, etc.
A IVismcs, ce i5 juin 1706.