‹ Œuvres complètes de FléchierChapitre 99 sur 181 · LETTRE CLII · texte numérisé non relu

LETTRE CLII

DE PIETÉ À IIADÂltB DE MARBEVP, SOR tk KBTAAlTt DE SA FILLB AU CAtTAI&B.

J'apprends par votre lettre , madame , la résolution que mademoiselle votre fille a prise d'oublier son peuple et la maison de son pèr0, et de s'éloigner du monde et même de vous, qui êtes sans dcfute ce que le monde a de plus cher et de plus agréable pour elle. Dieu l'a inspirée, les hommes de Dieu l'ont conseillée 5 elle s'est long - temps et sérieusement éprouvée elle-même 5 et vous ne pouvez soupçonner dans sa vocation ni précipitation ni foiblesse. Elle embrasse une règle austère pour cacher sa vie en Jésus-Christ, et non-seuleibent demeurer en lui /mais encore se crucifier avec lui. On ne peut être' plus édifié ni plus touché que je le suis d'un^uissi saint et aussi généreux dessein.... Je ne laisse pas de sentir la peine que vous doit causer cette séparation y quoique je sache bien que votre esprit et votre cœur sont soumis à Dieu, et que la chair et le sàhg ne nous révèlent rien contre sa volonté , qui vous est connue. Il n'e^t pas possible que vous ne soyez attendrie et même attristée de la privation d'ùiie fille à qui vous avez donné la sagesse avec la naissance , que vous avez formée k la piété par vos instructions et par vos exemples , qui vous est unie depuis ce temps autant par les liens de la charité chrétienne que par ceux

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d^ne amitië naturelle -, compagne de vos dévotions , , confidente de vos bonnes œuvres, assidue auprès de: vous, attentive à vous plaire, et d'autant plus aiméç de vous qu'elle^ mérite de l'être. J'entre dans vos sentîmeris, et je ne vous blâme pas de sentie que vous êtes mère. Mais, après tout, madame, je ae puis que louer mademoiselle votre fille. Elle entend la voix du Seigneur, elle la suit. Voudriez-vous la retenir lorsque Dieu l'appelle ?' Dans le temps qu'dlo. songe à se séparer de vous, songez à vous séparer de vous-même! Voyez où elle va ^ et non pas d'où elle sort ; rdflélDhis^ez sur ce qu'elle gagne, noh pas sut ce que vous perdez ^ et ne vous faites point une peine de €6 qui doit faire son bofiheur. Il est vrai quelle pouvoit choisir une profession plqs ;dpuce , et vous l'auriez désiré ainsi ; mais Jésus-Christ nous enseigne que xîe n est pas nous qui le choisissons, mais que c'est lui qui nous éhoisit. Il n'y a pour nous de voie^ de salut que celles qu'il nous a marquées. Mademoiselle votre fille est destinée à plus de perfection que vous n'aviez cru. Elle ne veut que la croix pour partage , le Calvaire pour retraite , Jésus-Christ souffrant pour modèle. Les austérités de la vie ne la rebutent pas 'j elle n'a point pitié d'elle-même. Plaignez-la si vous voulez par tendresse , mais reconnaissez qu'elle est plus heureiise et qu'elle a plus décourage que vous^ ce qui vous doit être d'une .grande consoUtioUf J'avoue que ç'àurôit été un adoucissement considéy rable que de l'avoir toujours auprès de vous , et. peutêtre Dieu vous réserve-t-il cette satisfaction sei^^ibl^^

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Mais elle «e donne k h Providence , pour peti qu'elle ait besoin de sa présence ailleurs. Vous Faimerez tendrement en Dieu , vous la verrez par la foi , yoos apprendrez les grâces qu'elle reçoit de s<m époux , Vous sentirez Tefficace de ses prières ; et , si elle ne fait pas le plaisir , elle fera la bénédiction de votre famille.

C'est à vous en partie , madame , que vous devez attribuer l'embarras où elle vous jette, La bonne ëdcH cation que vous lui avez donnée lui a fait un fond de religion qu'elle a bien cultivé daifô la suite , et les semences dé piété que vous aviez fait croître dans son cœur ont fructifié plus que vous n'espé* riez , et presque plus que vous ne vouliez. Je prie le Seigneur qu'il vous fortifie, et je vous assure cfue personne ne prend plus de part à la satisfaction ^i*rituelle de la mère et de la fille , madame, que votre très-humble, etc.

A Kismes, ce 5 mai 1706.

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