CHAPITRE XI
COULEUR APPARENTE DU CIEL, ASPECT DES OBJETS, DANS LES [ MOMENTS QUI PRÉCéDÈRENT ET DANS CEUX QUI SUIVIRENT LE MOMENT DE L^ÉGLIPSE TOTALE DE i8/i2
A Perpignan, M. Jaubert de Passa, correspondant de f Académie des sciences, nota, pendant Téclipse totale, "Çi'il y avait à l'horizon, sur la mer, une large bande de Couleur rouge orangé.
MM. Pinaud et Boisgiraud remarquèrent, à Narbonne, ^\ mesure que l'éclipsé faisait des progrès, l'obscurité
avait un caractère particulier : « C'était, disent-ils, une teinte livide et blafarde, une nuance d'un gris olivât qui jetait sur la nature comme un voile de deuil. »
A Montpellier, M. le professeur Lordat, de l'École médecine, s'était spécialement chargé, à la prière M. Petit, des observations relatives aux changements Aj coloration. Ces changements commencèrent à se mt fester à partir de 5** 48". Les objets parurent d'al légèrement jaunâtres; le jour devint blafard et livide ;dî certaines positions, les figures humaines avaient un asj cadavéreux.
Je lis dans la relation de M. Lenthéric, professeur mathématiques transcendantes à la Faculté des scienc de Montpellier :
« Un peu avant le commencement de l'éclipsé totale, teinte de la lumière était devenue livide et cendrée, donnait à la figure des personnes un aspect qui proi quait un sentiment pénible. »
M. d'Hombres-Firmaa s'exprime en ces termes :
« Quand les trois quarts du Soleil ont été couverts, fleurs, les étoffes rougeâtres, les figures surtout ont plus pâles et ont même pris une teinte olivâtre. »
A Digne, M. Beau qui, à la demande de M. Eu{ Bouvard, suivit avec beaucoup de soin les changeBûK de coloration de la lumière solaire, de l'atmosphère et( l'air des vallées, a donné une description détaillée de phénomènes. Malheureusement le Soleil, pendant partie de la matinée du 8 juillet, resta couvert de va] assez épaisses qui laissaient passer seulement les ray( rouges. •
^lus tard, les vapeurs s'étant dissipées, la lumière lire reprit sa teinte blanche ordinaire. A 5** 44", elle rna au jaune, puis à Torangé; enfin, peu de minutes nt l'immersion complète, les derniers rayons étaient geâtres.
L'obscurité complète, dit M. Beau, était couleur lie vin. C'est l'expression qui rend le moins imparfaiteit la coloration singulière et uniforme dans laquelle
les objets semblaient enveloppés ; mais en regardant ►rès un groupe de personnes qui entouraient M. Boul, leurs figures me parurent blêmes et comme verdâ- ; on aurait dit quelque chose d'analogue à la couleur iale que prennent les figures éclairées par la flamme esprit-de-vin dans lequel on a mis du sel commun, it à M. Bouvard, que je regardai plus particulière- :, il était, littéralement, vert olive. C'est une impresque j'aurai toujours devant les yeux. » 1 Italie, la plupart des observateurs remarquèrent
dans les moments qui précédèrent la disparition B du Soleil, les objets prirent une teinte verdâtre, et brent ensuite graduellement à la couleur de safran eo) suivant les uns, au violet suivant les autres, /observateur de Crémone, qui a suivi dans CQtte ville iiverses phases de l'éclipsé, rapporte que tout lui blait éclairé par un feu de Bengale.
. Milan, l'immense plaine qui se développait devant observateurs réunis au Lycée de Saint- Alexandre , rut couverte d'une teinte verdâtre.
H. Majocchi rapporte qu'à Novare, pendant l'éclipsé IWe, le ciel, depuis 50 degrés de hauteur, jusqu'à l'ho-
rizon, offrait une teinte rosacée, comme s'il y avait ei dans ce moment une aurore boréale.
A Lodi, au moment de Téciipse totale, M. Piola voyai à l'horizon, vers le nord et vers le midi, une ceinture d 15 à 20 degrés de hauteur, dont la couleur ressemblai à celle du cuivre rouge. Plus haut, et sans dégradatki aucune, le ciel était d'un azur violacé très-sombre. Cdl dernière teinte, reflétée par les eaux du Pô et du lac i Lecco, leur donna une apparence plombée qui inspirai la terreur. i
Ces observations offrent entre elles des différeno^ essentielles ; mais les personnes au courant de Vopûq/^ ne pouvaient guère s'attendre à plus d'accord entre l| résultats. I
Les circonstances atmosphériques n'ont pas dû soi amener de la variété dans les jugements; les propri^ intimes des yeux des observateurs y seront entrées une bonne part.
Rien assurément de plus dissemblable, pour le coini des hommes, que la couleur des roses et celle des feuil du rosier, que la couleur des cerises mûres et celle feuilles du cerisier, etc., etc. Il existe cependant des sonnes qui ne distinguent ces fleurs et ces fruits feuilles environnantes, que par la forme. Entre les ordinaires et les yeux exceptionnels, fort rares, pour quels le rouge et le vert sont tout un , il y a diffé degrés. Des observations de coloration, mînutiei discutées, en fourniraient certainement la preuve ; est un moyen encore plus simple d'arriver au but, le v
Ce moyen consiste, pour un observateur quelcon
k «exercer une certaine pression, de bas en haut, sur le globe d'un des yeux. A Tinstant les objets paraissent iDubles; on voit alors, par exemple, deux images de la lamme d'une chandelle. Eh bien, peu de personnes trouvent ces deux images exactement pareilles. Quand un ||turalLste ou un astronome fait Texpérience, l'image prrespondant à l'œil dont il se sert ordinairement est pDS rougeâtre que l'autre.
^ Du moment où l'on a reconnu que les deux yeux d'un Bême observateur peuvent, avec le temps, arriver à voir les objets lumineux très-diversement, il semble icile de ne pas accorder que des dissemblances anales doivent exister entre les yeux des différentes perpanes.
iCeci une fois convenu, tout le monde comprendra den il serait inutile de se livrer à une discussion lutieuse des résultats variés dont j'ai fait l'énuméra- Ces résultats manquent d'ailleurs de précision , à lins égards. Ainsi, on n'a pas assez nettement distinla couleur de l'atmosphère de la couleur des objets •es que toutes les régions de cette atmosphère liraient ; on n'a pas dit non plus si, lorsque les figures kiaines semblaient d'un vert cadavéreux , cette teinte >re ne provenait pas principalement d'un effet de raste, les figures s'étant alors accidentellement projesur une de ces zones atmosphériques, voisines de m, le long desquelles, suivant l'expression de iola, régnait une teinte de cuivre rouge. L'imporest donc d'établir que l'atmosphère , dans le voisidu zénith, par exemple , a pu changer légèrement
ne NOTICE SUR LES ÉCLIPSES.
de teinte ; qu'elle a pu passer même du bleu d'azi vert foncé sans avoir pour cela besoin de supposer q bord et le centre du Soleil émettent, comme on l'a giné, des rayons dissemblables, du moins sous le ra] de la couleur. J'ai donné dans Y Astronomie popuk une solution complète de la question ainsi posée rapportant en outre les observations faites à Tocc d'autres éclipses sur les changements de coloratioi objets terrestres.