CHAPITRE XIl
SUR LA COURONNE LUMINEUSE DONT LA LUNE PARUT ENTOC PENDANT TOUTE LA DURÉE DE l'ÉCLIPSE TOTALE DE 18/i2
§ 1. — Fonne générale de cette couronne.
La couronne lumineuse dont Halley, Louville, t Ferrer, etc., parlèrent avec tant de détail en 1715 1778, en 1806, se montra en 1842 dans toute sa s| deur. Elle se composait d'une zone circulaire, contigi bord obscur de la Lune, et d'une seconde zone n vive, contigué à la première 2.
La lumière de cette seconde zone ou enveloppe i en s' affaiblissant graduellement de l'intérieur à Vi
2. Suivant M. Piola, la couronne, en Italie, paraissait coin de deux anneaux lumineux concentriques , séparés l'un de I par un anneau obscur très-étroit. L'observation de M. Piola s au point de vue de la théorie, une importance extrême. Je ^ appris que, M. Piola excepté, aucun des nombreux observate réclipse ait vu l'anneau obscur signalé par le savant italien.
ir. Celle de la première était à peu près uniforme; Bndant M. Baily crut remarquer qu'elle avait plus Jat près de la Lune qu'à son autre limite. |uoi qu'il en soit, les lumières des deux zones concenues et contiguês étaient assez différentes pour légitila distinction que nous avons admise, >ans la direction de la ligne qui joignait le point du ue solaire où l'éclipsé commença , et celui où elle ût finir, il y avait deux expansions lumineuses éten- 5, deux vastes aigrettes de la couronne lumineuse. En ice, ces aigrettes ont été vues presque partout, mais ) des formes un peu dissemblables. Perpignan, M. Mauvais estima que chacune des deux
ettes était limitée par les deux branches d'une paraayant son sommet tangent au limbe de la Lune. Elles ient donc en s' évasant à partir du point de tangence. I. Selva, officier de marine, remarqua aussi, à côté lous, que les deux expansions de l'auréole , dirigées ^ant la ligne qui aurait joint les points d'immersion et nersion, étaient terminées par des traits curvilignes blables aux branches d'une parabole, îhose vraiment singulière ! ces mêmes prolongements été représentés, par des personnes instruites de Perûan, avec des extrémités pointues!
?ourquoi de telles différences entre les observations n même lieu? Parce que les figures n'ont probableptpas été dessinées au même moment, et, surtout, ice que les uns reproduisaient ce qu'ils voyaient à l'œil |i tandis que les autres avaient recours à des lunettes. fe ou moins grossissantes. Je m'imagine que si Ton opé-
rait de même, tout à fait à la hâte, sur d'autres objets définis, tels que certains nuages, les représentations f à l'œil nu différeraient notablement de celles qu'on ai obtenues avec le secours d'un instrument amplifiant
A Narbonne, MM. Pinaud et Boisgiraud virent au est du disque lunaire « une belle gerbe de rayons ci lignes divergents dont les deux derniers intercepta entre leurs courbures opposées un espace où la iun avait une moins vive intensité que dans tout le resl l'auréole... Au nord-ouest apparaissait un large côn rayons lumineux convergents, d'un éclat plus vif qu( parties environnantes. »
A Montpellier, M. Petit aperçut momentanéi quatre de ces expansions de la couronne , que avons appelées aussi des aigrettes. Deux , diamétralei opposées, étaient, l'une en haut, l'autre en bas, daj sens du nord-ouest au sud-esL La direction des ( autres était presque celle du nord-est au sud-ouest.
Dans le dessin de M. Méryon , élève de la marin première classe, que M. Bérard m'a remis comme la présentation fidèle du phénomène tel qu'il se monti Toulon, on croirait voir deux images, l'une droite, Fa renversée, de la lumière zodiacale.
Le dessin de M. Flaugergues, professeur à To^ ressemble à celui de M. Méryon, par le bas; à T extrémité, l'aigrette de l'auréole eôt tracée beaucoup à droite ; enfin, dans le prolongement de la verticaV sant par le point le plus élevé du disque lunaire, c: une troisième aigrette, dont le dessin de l'élèvo marine n'offre aucune trace.
A côté de M. Flaugergues, M. Pirio, professeur de for- Ification à TÉcole d'artillerie navale, dessinait aussi trois igrettes ; mais les deux d'en haut étaient moins isolées, Qoins séparées Tune de l'autre. On aperçoit encore des jfférences essentielles entre les deux figures, quand on ompare particulièrement les positions relatives des trois Igrettes.
^ M. Airy et M. Baily ne virent rien, à la Supçrga et à îivie, qui interrompît la régul8y:ité de l'auréole. Les relésentations qu'ils ont données du phénomène n'offrent acune trace de ce que nous avons appelé des expansions, es aigrettes. Les Mémoires des deux astronomes anglais B renferment pas un seul mot d'où l'on puisse conclure pe, dans les deux stations susmentionnées, il y avait des prticularités optiques dignes de remarque, vers le nordaest et le sud-est de la Lune, au nord-est et au sudaest. L'auréole, à l'extérieur, « n'offrait nulle part, dit C. Baily, le contour arrêté d'un anneau ». Mais, sous ce H)port, le haut, le bas, la droite, la gauche, tous les litres points du contour, étaient exactement dans les lêmes conditions.
11 paraît difficile d'expliquer les différences d'aspect [ont il vient d'être question, si l'on admet que l'auréole |ait une atmosphère matérielle, existant dans l'espace >ur du Soleil ou de la Lune. Une masse gazeuse enfant le Soleil tf aurait-elle pas dû se présenter à toute Terre avec la même forme, la même grandeur, dans même position? Des observations faites précipitam- ^^pent, dans le court intervalle d'une à deux minutes, ont
pu certainement être affectées d'erreurs notables ; mais
doit-on mettre sur le compte de pareilles erreurs la c férence si capitale que nous avons remarquée entre couronnes de Perpignan, de Narbonne, de Montpelli de Toulon, et celles de la Superga et de Pavie? Quelle la cause qui a rendu invisible en Italie ce qui était apparent en France * ?
J'ai pensé devoir mettre cette question en relief. Te été le but principal des développements étendus que] donnés à ce paragraphe. •Mi.
§ 2. — De la situation des rayons divergents de la couronne.
A Perpignan, les rayons divergents qui donnaient à couronne l'aspect d'une gloire de saint semblaient pai du bord extérieur de la première zone circulaire. Au( de ces rayons ne se prolongeait à travers cette zone, f qu'au bord obscur de la Lune.
La même remarque a été faite à Montpellier. MM. Pi et Roche disent, dans leurs relations manuscrites, ( les traits, en allant de l'extérieur à l'intérieur, s'arrêtai< vers le milieu de l'anneau total, c'est-à-dire à la circ( férence extérieure du plus petit.
1. Depuis que ceci est écrit, j'ai appris que les deux principi aigrettes furent aperçues à Milan par M. PicozzL M. Majocchi k décrites en ces termes dans une brochure que j'ai sous les yeux»
« De la partie supérieure (de l'anneau) s'élevait un jet larges •en s'éloignant vers la droite, se ployait de telle sorte que ses t9§ prolongés , loin d'aboutir au centre de la Lune , auraient dét»« vers la gauche, un tiers du disque de cet astre. Un autre jet, a blable au précédent et sur son prolongement, se voyait au 1 inférieur inclinant vers la gauche. »
Voilà Milan rentré dans la règle générale; mais l'exceptiez J Pavie n'en devient que plus étrange.
- Dans son Mémoire de 1806, Ferrer plaçait l'origine ries rayons divergents à la circonférence extérieure de la plus grande des deux zones concentriques. Le dessin ne P^résente aucun de ces rayons traversant les anneaux et ftteignant le limbe de la Lune.
En examinant l'auréole à l'œil nu, je vis distinctement, kh peu à gauche de la verticale passant par le point cnl* jKnant de la Lune, une large tache lumineuse formée de kts entrelacés. Je donnerai une idée assez exacte de sette apparence insolite, en la comparant à un écheveau fil en désordre, à un écheveau emmêlé.
M. l'abbé Peytal, de Montpellier, examina avec une mtion particulière les traits lumineux dont se compoit la couronne, surtout vers la gauche ; t ces traits padent contournés, dit-il, comme un paquet de filasse chanvre ». Suivant la figure que M. Peytal en a tracée, ïmble de ces traits était presque parallèle au limbe la Lune.
D'après ce que je trouve dans la relation manuscrite
M. le capitaine du génie Mayette a consigné ses
îrvatîons faites à Perpignan, parmi les jets divergents
i, partant de la circonférence de la couronne, allaient
perdre dans l'espace, on en comptait beaucoup qui
dent pas perpendiculaires à cette circonférence. Ces
fons prolongés ne seraient passés, à beaucoup près, ni
le centre de la Lune, ni par le centre du Soleil.
M. Dalbiez, de Perpignan, m'a remis un dessin de la
renne très-bien exécuté, où l'on remarque beaucoup
rayons dont les prolongements, loin de passer par le
tre de la Lune, sont plutôt tangents au limbe.
Je remarque, enfin, des traits curvîlijgnes bien ace dans une figure que je dois à la complaisance de M. \ séca, jeune naturaliste très-instruit.
Des jets lumineux curvilignes, des jets entrelacés, jets tangents au bord du disque lunaire, des jetsn'éi nant point de la région la plus centrale de la coure lumineuse, voilà les rudes épreuves auxquelles les ex cations du phénomène devront désormais satisfaire, fausses théories ne resteront pas un instant debout de\ de pareils faits.
§ 8. — Quelle était la largeur angulaire de chacune des parties de couronne ? La couronne était - elle centrée sur la Lune ou sur Soleil?
En publiant avant Téclipse de 1842 les réflexions recommandations que j'ai.reproduites plus haut (chap. p. 146 à 156), j'avais conçu l'espoir qu'une fois ï avertis, les astronomes parviendraient à décider, leurs observations, si la couronne lumineuse était c trée sur le Soleil ou sur la Lune. La couronne visi avait-elle mathématiquement pour centre le centre d( Lune, pendant toute la durée de l'obscurité totale? l atmosphère du Soleil ne devait plus fournir une expli tion satisfaisante du phénomène. Cette seule remart dévoile la haute importance de la recherche recomm^ dée. Malheureusement l'observation n'a pas été faisal avec la rigueur nécessaire. Ainsi que je l'ai déjà dit, bords extérieurs de la couronne présentaient très-p de netteté, et, dans plusieurs directions, il en paria jusqu'à des distances considérables, des traînées lun
euses si confuses, que toute mesure micrométrique evenaît presque impossible. Quand une si grande incertude plane sur les mesures, est-il permis de faire beauoup de cas de simples évaluations? Quoi qu'il en soit, je oulais rapporter à la fois les évaluations et les mesures, nais j*ai été souvent arrêté par l'impossibilité de décider i les observations étaient relatives aux dimensions de la )lus grande des deux auréoles ou seulement à celles de 'intérieur.
A Perpignan, M. Selva, officier de la marine militaire, «voulut bien faire usage d'un cercle répétiteur à réflexion de M. Gambey, que je lui avais confié, pour déterminer la largeur de la couronne lumineuse intérieure. Il trouva invariablement cette largeur de 3 minutes, à l'occident et à l'orient, pendant toute la durée de l'obscurité totale.
M. Laugier se servit, pour la mesure de Tauréole, d'un
verre divisé que j'avais fait adapter à une lunette gros-
*àssant très -peu. Il lui parut que du bord de la Lune
au bord extérieur de la seconde auréole, il y avait 10
"Tninutes.
' M. Mauvais employa un réticule de même espèce ; mais son observation porta exclusivement sur l'auréole intérieure, sur l'auréole à éclat uniforme. Le résultat fut 'd une minute au-dessous de celui de M. Selva.
A Taide d'un micromètre semblable, M. Petit, à Montpellier, trouva pour la largeur angulaire des deux auréoles, des deux anneaux concentriques, 8' 45'^
A Toulon, M. Regnaud, officier de marine, ne trouva que 2 minutes pour la largeur angulaire de la couronne intérieure, en se servant d'un cercle à réflexion.
M. Baily donna, par estime, à la couronne (à la nion des deux), à partir du bord de la Lune, une 1 égale au rayon de la Lune, une largeur de 16 min
M. Airy porta , par estime, la largeur de la co (intérieure?) au huitième du diamètre de la Lune, c' à-dire à une dimension angulaire d'environ & iniDi
A Lipesk, suivant MM. Otto Struve et Schidlofeky, largeur de la couronne, depuis le bord de la Lune jusqo'i contour extérieur d'où dardaient de longs rayons toutes les directions , était de 25 minutes.
A Perpignan, les plus longs rayons formant les gloi avaient, suivant M. Mauvais, à partir du bord obscor la Lune, une longueur égale au diamètre de cet une longueur d'environ 33 minutes.
A Toulon , M. Flaugergues remarqua trois ai • dont les sommets, dit-il, auraient été inscrits dans cercle d'environ 3 degrés et demi (de diamètre)», distance angulaire de ces sommets au bord de la La^ était donc d'environ 1 degré et demi.
A Lipesk , MM. Otto Struve et Schidlofsky virent dd aigrettes qui avaient 3 et même jusqu'à 4 degrés d'étei^ due à partir du bord de la Lune.
J'ai discuté dans YAslronomic populaire ^ Texplicati*
qu'on avait pensé pouvoir donner de l'auréole lumineo»
/ en l'attribuant, d'après une expérience de cabinet (to
'astronomes La Hire et De l'Isle, à un effet de diffraction.
J'ai fait voir que cette théorie était insuffisante, qu'dte
ne rendait aucun compte des traits lumineux de l'auréole
i. Uvre XXII, chap. XIII, t. III, p. 603.
ui sont dirigés vers le bord , et non vers le centre des euï astres ; des traits luimneux emmêlés ; des aigrettes ourbes; des aigrettes brillantes qui, partant de certains oints, s'étendent jusqu'à 3 et même 4 degrés du bord e la Lune, alors que, dans d'autres points, il n'y en a de traces.
Ces remarques ne paraîtront pas inutiles si l'on réfléit qu'une théorie ne doit prendre rang dans la science, ta'après avoir satisfait aux phénomènes jusque dans les lus minutieux détails. Comme je l'ai dit dans YAsiro- €imie populaire^ il est possible que la lumière de la couenne blanchâtre soit le résultat de la superposition de la tmière provenant d'une atmosphère diaphane dont la hotosphère solaire serait entourée, et de celle d'une Duronne artificielle formée par voie de diffraction. La tiestion pourra probablement être résolue par des obsereitions de polarisation faites, avec soin.
§ 4. — Nature de la lumière de la coaronnc.
A Perpignan, M. Laugier trouvait l'auréole un peu Bunàtre dans la lunette; elle lui paraissait blanche à 'œil nu.
M. Mauvais jugeait la teinte légèrement jaunâtre. 11 aut remarquer qu'elle se projetait sur un ciel dont la luance pouvait, par voie de contraste, contribuer un peu ^ cette coloration.
MM. Pinaud et Boisgiraud assurent qu'à Narbonne la U[ï)ière de la couronne ne paraissait point colorée.
M. Flaugergues partage cet avis. A Toulon il trouvi pour la teinte le blanc laiteux.
Suivant M. Baily, t la couronne, à Pavie, était tfun* blancheur parfaite {quite white) ».
M. Piola la voyait pagliarina^ couleur de paille.
M. le professeur Majocchi , de Milan , caractérise ceto même lumière en ces termes : « Elle était blanche, avec une tendance au jaunâtre {al giallognolo)*.
A Lipesk, où la couronne se montra avec une inte extraordinaire, avec un éclat éblouissant, MM. Struve Schidlofsky la trouvèrent complètement blanche.
M. Fusinieri, deVicence, décomposa, à Taîde tf prisme de verre, la lumière de l'auréole lunaire. Il a que le spectre provenant de cette décomposition man absolument de vert, que la place qu'occupe ordinaire cette couleur était entièrement obscure.
A Montpellier, plusieurs personnes prétendirent que couronne n'était pas fixe, qu'elle tournait sur son cen comme les soleils des feux d'artifice.
M. Roche remarqua une partie de cet effet; il l'attribi^ à un changement de position que les rayons formant lÉ gloire auraient exclusivement éprouvé.
Je lis dans une brochure publiée par M. le professe^ Lenthéric : « La couronne parut à quelques personi* avoir un mouvement circulaire, pareil à celui d'un arlc fice embrasé mis en jeu sur son centre, comme le rein^ qua don Antonio de Ulloa dans l'éclipsé de 1778. »
Suivant M. Baily, les rayons lumineux qui formaientcouronne paraissaient voltiger {flicker) vivement, coi»^ ceux d'une flamme de gaz.
« A Lipesk (en Russie), disent MM. 0. Struve et Schid- ^fsky, Taspect de la couronne variait sans cesse; elle araissait dans un état d'agitation violent »
§ 5. — Intensité de la lumière de la couronne.
Les astronomes s'étaient généralement accordés à DTter leur attention sur les observations qui semblaient 3voîr conduire à quelque évaluation précise du pouvoir *lairant de la couronne lumineuse. Les savants italiens, irtout, qui devaient avoir l'avantage d'observer l'éclipsé taie de 1842 sans quitter leurs demeures , avaient fait ,
ce sujet, des préparatifs ingénieux et variés. Je consiaeraî ici les résultats qui sont venus à ma connaissance ; 5ux-là même dans lesquels l'intensité de l'auréole ne se ouve qu'implicitement, comme une inconnue qu'il serait îfficile de dégager, dont on aurait quelque peine à ouver la valeur numérique.
Beaucoup d'observateurs s'accordent à soutenir que i couronne varia d'intensité. Ils disent qu'aux premiers loments de l'éclipsé totale, le maximum d'éclat se relarquaît vers les points du disque de la Lune sous les- [uels le Soleil s'était immergé. A la fin, au contraire, ce liaximuin s'était transporté vers la région où le Soleil Hlait se montrer. Nous avons pour garants de cette reliarque importante : M. Littrow, de Vienne; M. Piola, ^ Milan, etc.
p La couronne se présenta , en divers lieux , avec des Ihensités tellement dissemblables, qu'on ne pourrait tpière rendre compte des différences par la plus ou moins
grande diaphanéité de Tair, à moins qu'on ne prétei attribuer à la lumière de cette mystérieuse auréole propriétés particulières. Tous ceux qui compareront observations de France, d'Italie, d'Allemagne, avec dont MM. Otto Struye et Schidlofsky nous ont tram la relation, apprécieront, je pense, la justesse de remarque.
A Perpignan, à Milan, à Vienne, la lumière de F réole paraissait, par la nuance et par l'éclat, sembl à celle de la Lune. Mettons en parallèle avec ce tat, celui des observations de Lipesk , gouvernement Tambow, latitude 52* 36' 43^, longitude 2*" 29» 1', l'est de Paris.
« La couronne avait un tel éclat, qu'on pouvait à en supporter la vue à l'œil nu.
« Frappées de cette énorme intensité , des perso instruites allèrent jusqu'à soutenir que le Soleil n'au pas totalement disparu, et que l'anneau intérieur de Y réole était une partie intégrante de son disque I »
Au moment de Téclipse totale, le Soleil était de 29* plus élevé, au-dessus de l'horizon, à Lipesk qu'à Pe gnan ( i V 59' et ûl» 19' ) . Cette différence de hauteol serait -elle suffisante pour expliquer l'intensité extraordi naire de l'auréole à Lipesk? i
Pendant une éclipse de Soleil, l'intensité de la lumièrt atmosphérique dans un lieu donné, est, à chaque instanti proportionnelle à la grandeur de la portion visible A l'astre, en tant, du moins, que cette lumière provieri d'une seule réflexion sur les molécules d'air. Si la coo^ ronne s'aperçoit avant l'occultation totale de Soleil, Fin-
aile de temps compris entre le moment de celte arition de la couronne et celui de la disparition du [ue solaire permet de calculer la portion de ce [ue qui, restant découverte, n'empêche pas la coune de se montrer. Les résultats de ces calculs, com- 5s avec certaines données de la photométrie, consent ensuite au rapport qu'il y a entre l'intensité de umière de la couronne, et celle de Tatmosphère éclaipar la totalité du Soleil. Ces considérations feront irécier l'utilité des observations que je vais rap^ ter.
L Montpellier, M. Petit aperçut l'auréole blanchâtre 6 secondes avant la disparition complète du Soleil. Roche,, jeune observateur très-instruit , fit la même larque.
^ Salon, où M. Largeteau s'était rendu, la couronne riiît visible 4 à 5 secondes avant le moment de l'éclipsé laie.
M. Valz m'a écrit de Marseille que la couronne était iore visible quelques secondes après la réapparition I Soleil.
JDans toute la série d'observations qui ont été faites Incernant le moment de l'apparition de l'auréole, celle iieje vais rapporter de M. d'Hombres-Firmas prendra, ■ crois, le premier rang.
M. d'Hombres-Firmas était à Alais. Dans cette ville, éclipse ne fut pas totale, et cependant on vit la coufcne; or, rien de plus facile que de déterminer quel fegment du Soleil resta découvert à Alais au moment dé •plus grande obscurité, quel segment du Soleil n'effa-
çait pas la couronne. Voici les propres expressions da ]] savent correspondant de l'Institut :
« Tout le monde remarqua le cercle de lumière p qui entourait la Lune, lorsqu'elle recouvrait presque tièrement le Soleil. »
11 résulte clairement du Mémoire que M. Francis a publié, qu'à Pavie la couronne se montra un ce temps avant la disparition complète du Soleil. M. Baiij estime que l'éclipsé totale arriva 3 à 4 secondes ment après l'apparition de la couronne.
Voici un passage tiré des observations communiqui à M. Airy, directeur de l'observatoire de Greenwich par une personne qui l'avait accompagné à la Superj près de Turin. Si je suis bien informé , cette persom était madame Airy. Je me décide à commettre une ini crétion, pour donner plus de poids à l'observation :
« Une brillante bande de lumière parut se former au du côté droit de la Lune , avant la disparition du Soleilij, mais alors l'anneau n'était pas complet. Au moment r éclipse totale, les deux extrémités de ce commen d'anneau se joignirent subitement, et l'anneau entier trouva ainsi formé. Il était plus brillant du côté gauche des rayons paraissaient en jaillir. »
A Milan, MM. Majocchi, Sacchi et Picozzi aperç l'auréole, quelques secondes avant le commencement l'éclipsé totale, vers le point occidental supérieur où kl premier contact des deux astres avait eu lieu. Il en tait encore des traces quelques secondes après l'émersion, mais cette fois dans la région opposée, c'est-à-dire aaJ environs d'un point inférieur oriental.
Four déterminer Tintensité absolue de la lumière de la uronne, rien, au premier abord, ne pouvait sen^^Ier is direct et plus délicat que les expériences photogénies, mais ces expériences auraient dû être faites dans s conditions auxquelles la brièveté du temps disponible d'autres circonstances ne permirent pas de satisfaire ièrement
Ainsi M. Gauvy, de Montpellier, n'obtint aucune Bige appréciable de la couronne, même sur une plaque >murée. Disons aussitôt que l'expérience porta, non * une image formée par une grande condensation de aière au foyer d'un objectif, mais sur l'image dilatée Kluite par une sorte de mégascope *.
1 Milan, MM. Carlo dell'Acqua et Giambattista Cati, s'aidant d'une lentille, concentrèrent pendant deux lûtes la lumière de la couronne sur une lame brorée, sans obtenir aucun effet perceptible. [1 est regrettable qu'on n'ait pas donné les dimensions la lentille. Tout le monde sait, en effet, qu'en recourt à des condensations assez fortes, on a obtenu des iges de la Lune. Il n'échappera d'ailleurs à personne s, dans les essais de Milan, on expérimentait à la fois ' la lumière de la Lune et sur les rayons, provenant de tmosphère, qui suivaient exactement la même direcn pour arriver à la lentille.
Je lis dans un article du docteur Magrini, publié par Gazzetta privilegiata di Milano du samedi 9 juillet, que
l. M. Cauvy est arrivé à des résultats intéressants, en comparant images photogéniques produites par les régions du Soleil plus ou ^Ins voisines du limbe.
la lumière de la couronne, condensée au foyer d'un mroir, réfléchissant concave, y fit monter considérablemat le thermoscope. Quand le réflecteur était dirigé vers II pleine lune, la bulle de ce même instrument n'éprouvé pas de mouvement appréciable.
Cette expérience n'est pas assez détaillée. L'auteur dit point de quel genre de thermoscope il se servit y avait deux boules dans l'instrument, nous ignorons place qu'occupait la seconde : se trouvait-elle en d ou en dehors de la concavité du miroir? Dans le d rien ne dit quelle était, dans le mouvement therm pique observé , la part de la lumière provenant de portion d'atmosphère terrestre située dans la dired de la Lune. Pour apprécier cette dernière cause tf cension, il aurait fallu, après avoir constaté le mouvei du thermoscope résultant, par hypothèse, de la action de la lumière de la couronne, dévier un peu miroir; le tourner, tout juste, d'une telle quantité qu'a rayon de cette couronne ne se concentrât plus au foy et observer de nouveau le thermoscope. La difféi des deux indications aurait exprimé à très-peu près F tion réelle de la lumière de la couronne. L'effet o dans l'expérience du docteur Magrini peut évideinraei(j avoir été complexe. â
Pendant l'éclipsé totale de 1715, Halley s'assi^ que l'auréole dont la Lune était entourée ne portait fm d'ombre. En 1842, on a cherché s'il en serait de n)âi|j Je vais donner ici les résultats, après avoir toutefois lliH remarquer qu'on n'en saurait rien déduire conccmafli| l'intensité absolue de la lumière de l'auréole : pour qip
)mbre existe, il faut et il suffit que cette lumière soit une action aliquote suffisante de la lumière totale jetée par atmosphère sur le tableau qui sert à l'expérience. Téioin la Lune : elle ne porte d'ombre ni pendant le jour, i même pendant un certain temps après le coucher du oleil, c'est-à-dire tant que la lumière atmosphérique a uelque intensité. A nuit close, c'est tout différent : les oobres lunaires sont alors très- apparentes.
M. Jaubert de Passa voulut bien, à ma prière, s'occu- 3r, à Perpignan, de la recherche des ombres. Je transis la Note qu'il m'a remise :
« J'avais placé un feuillet de papier blanc sur le paraît de la terrasse, et un caillou sphérique de 3 centimètres 3 diamètre au milieu du papier. Au moment de l'éclipsé itale, l'ombre du caillou a complètement disparu. Pour ieux m' assurer de la disparition des ombres, j'ai placé îrticalement sur le caillou un porte-crayon, et il n'a rejeté aucune ombre sensible. J'ai relevé alors le papier;
l'ai présenté verticalement et à à centimètres environ a porte-crayon; il n'y avait pas plus d'ombre que dans s essais précédents. »
MM. Pinaud et Boisgiraud s'expriment en ces termes : Nous avons cherché à constater si la lumière de l'au- 5ole, à Narbonne, était assez vive pour projeter des mbres derrière les corps opaques. A cet effet, un crayon oir a été placé au-devant et très-près d'une feuille de ©pier blanc tournée vers le Soleil ; il ne s'est manifesté ucune ombre appréciable. »
«Pour m' assurer, dit M. Largeteau, si la couronne ttmineuse formait des ombres sensibles à Salon, j'appuyai vil.— IV. 13
verticalement sur une table Findex de la main droite; il se forma à Tinstant une ombre très-faible, mais cependant distincte. »
M. Belli, à Padoue, s'assura que la couronne ne formait pas d'ombre sensible. Cette observation est d'autant plus certaine, que l'habile physicien avait tout disposé pour déterminer, d'après la méthode photométrique con-^ nue de l'égalisation des ombres, le^ intensités comp tives de la lumière de la couronne et de celle tf bougie.
En recourant à l'împroviste à d'autres procédés M. Belli trouva qu'à la hauteur angulaire de I9"45'ai dessus de l'horizon, la lumière de la couronne était à que la pleine lune aurait répandue sur la terre à la mêi hauteur, dans le rapport de 1 à 7. Le physicien de Ti rone ne présente ce résultat qu'avec une extrême rése et, en effet, les méthodes employées et les circonstaD de l'observation prêteraient à des difficultés de plustf genre.