INTRODUCTION
Dans la séance de l'Académie des sciences du 7 janvier 1839, j'ai donné pour la première fois une idée générale de la belle découverte due à M. Daguerre, et sur laquelle la majeure partie du public n'avait jusqu'alors que des notions erronées. Je me suis à peu près exprimé dans les termes suivants :
« Tout le monde connaît l'appareil d'optique appelé chambre obscure ou chambre noire, et dont l'invention appartient à J.-B. Porta; tout le monde a remarqué avec quelle netteté, avec quelle vérité de couleur et de ton les objets extérieurs vont se reproduire sur l'écran placé au foyer de la large lentille qui constitue la partie essentielle de cet instrument; tout le monde, après avoir admiré ces images, s'est abandonné au regret qu'elles ne pusseiJt pas être conservées.
«Ce regret sera désormais sans objet : M. Daguerre a découvert des écrans particuliers sur lesquels l'imagG optique laisse une empreinte parfaite; des écrans où tout ce que limage renfermait se trouve reproduit jusque dans les plus minutieux détails avec une exactitude, avec
une finesse incroyables. En vérité, il n'y aurait pas d'exagération à dire que l'inventeur a découvert les moyens de fixer les images si sa méthode conservait les couleurs; mais il faut s'empresser de le dire pour détromper une partie du public, il n'y a dans les tableaux , dans les copies de M. Daguerre, comme dans un dessin au crayon noir, comme dans une gravure au burin, ou mieux encore (l'assimilation sera plus exacte) comme dans une gravure à la manière noire ou à l'aqua-tinta, que du noir, du blanc et du gris, que de la lumière, de l'obscurité et des demi-teintes. En un mot, dans la chambre noire de M. Daguerre, la lumière reproduit elle-même les formes et les proportions des objets extérieurs avec une précision presque mathématique; les rapports photofflélriqucs des diverses parties blanches, noires, grises, sont exactement conservée; mais des demi -teintes représeotont lo rouge, le jaune, le vert, etc., car la méthode crée dos dessins et non des tableaux en couleur.
« Les principaux produits de ses nouveaux procéda que M. Daguerre a mis sous les yeux de trois membres do IWcadômio, MM. de Humboldt, Biot et Arago, sorf uw viK* do la grande galerie qui joint le Louvre M Tuilorios. une \iie de la Gté et des tours de Notre-Dame, dos vxKS do la Soino et de plusieurs de ses ponts, des > uos do q\>olqiîOs-UDes des harrières de la capitale. To» ivs tjiNojiiu sapp«>rtODt FeiLainen à la loupe sans riea jv^T\iro do koir ï^uroU\ du moins i>oiir les objets qui étaiert imnv>hilos fv^ndant qw loxtr? images s^eogendraienL
* Lo twy^jtji rï6i.^(^5SEiro à rexêcaotion d'une vue, quand ^ ^ttdt âXTixta' à do grandôs vigneiBs de ton, varie aîee
rintensîté de la lumière, et, dès lors, avec l'heure du jour et avec la saison. En été et en plein midi, huit à dix minutes suffisent. Dans d'autres climats, en Egypte, par exemple, on pourrait probablement se borner à deux ou trois minutes.
« Le procédé de M. Daguerre n'a pas seulement exigé la découverte d'une substance plus sensible à l'action de la lumière que toutes celles dont les physiciens et les chimistes se sont déjà occupés ; il a fallu trouver encore le moyen de lui enlever à volonté cette propriété ; c'est ce que M. Daguerre a fait : ses dessins, quand il les a terminés, peuvent être exposés en plein soleil sans en recevoir aucune altération.
t L'extrême sensibilité de la préparation dont M. Daguerre fait usage ne constitue pas le seul caractère par lequel sa découverte diffère des essais imparfaits auxquels on s'était jadis livré pour dessiner des silhouettes sur une couche de chlorure d'argent. Ce sel est blanc, la lumière le noircit ; la partie blanche des images passe donc au noir, tandis que les portions noires, au contraire, restent blanches. Sur les écrans de M. Daguerre, le dessin et l'objet sont tout pareils : le blanc correspond au blanc, les demi-teintes aux demi-teintes, le noir au noir.
€ Il est facile de comprendre tout ce que l'invention de M. Daguerre offrira de ressources aux voyageurs, tout ce qu'en pourront tirer aujourd'hui surtout les sociétés savantes et les simples particuliers qui s'occupent avec tant de zèle de la représentation graphique des monuments d'architecture répandus dans les diverses parties du royaume. La facilité et l'exactitude qui résulteront
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(les nouveaux procédés, loin de nuire à la elase à intérossîinle des dessinateurs, leur procurera un âurcrâ d'occupation; ils travailleront certaioemeat moins en ploin air, mais beaucoup plus dans leurs ateliers*
• Le nouveau réactif semble aussi devoir foomir au jMnsicions et aux astronomes des moyens d'investigatioD : tr^s-jMÔoioux. A la demande des académiciens déjà cites, M. DaiTuorro a jeté Timage de la Lune, fonrée au Loyer d';:îu^ nuHÎiocre lentille, sur un de ses écrans, et ellej i A *,;v;s>o ur.o empreinte blanche évidente- En faisant jadis ■:. ;;;:o Si*:r.V*,aI\o expérience avec le chlorure d'ar^cL odc .: xvr.v.r,;^^^;^';: vîo i' Académie, composée de MM. Laplace, M;; ,:> . : VrAC\ n'obtint aucun effet apprécîai>>. Peuh ,^;v ;\AjVc^..,:.:'i i la lumière ne fut-elle pas a^ei pro- ; r. ::,:: ^'.^s. M, Daguerre aura été le preaiierà ; V :; V r.:';d.5trôiicn chimique sensible i i'dde des | ■x.- - \\A .:i r.'Xre s-îdlite,
»■ ■ -;■" ;j: M. D.^^^Jt-rre esî le fruit d'un ravail
'v^ . ,v ;• ^*o...> i.:.:.'ëcs. pendant lesquelles îi a eu
.'■ ■ > .V ;■- .: s;-:. }s:i\ 2"eu M. Niepc^^. de Q^aloD-
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LUX chambres dès que M. Daguerre, qui a proposé de n'initier à tous les détails de sa méthode, m'aura prouvé ju'aux admirables propriétés dont les résultats obtenus -ont une manifestation si éclatante, cette méthode joint, 2omme l'annonce l'inventeur, le mérite d'être économique, d'être facile, de pouvoir être employée en tout lieu par les voyageurs. »
Conformément à l'engagement que j'avais pris devant l'Académie des sciences, je ne tardai pas à m'entendre avec le ministre de l'intérieur pour qu'un projet de loi fût préparé aux chambres de manière à faire jouir le public de la découverte du procédé servant à fixer les images de la chambre obscure. Ce projet de loi était ainsi conçu :
f Art. 1. La convention provisoire conclue le 14 juin 1839 entre le ministre de l'intérieur, agissant pour le compte de l'État, et MM. Daguerre et Niepce fils, est approuvée,
«Art. 2. Il est accordé à M. Daguerre une pension annuelle et viagère de 6,000 fr.; à M. Niepce fils une pension annuelle et viagère de 4,000 fr.
t Art. 3. Ces pensions seront inscrites au livre des pensions civiles du trésor public, avec jouissance à partir de la promulgation de la présente loi; elles ne seront pas sujettes aux lois prohibitives du cumul ; elles seront réversibles par moitié sur les veuves de MM. Daguerre et Niepce. »
Je présentai à la Chambre des députés le 3 juillet 1830
LE : AGrEl:l.EOTV!'L
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i.\î. -.M "iipMifUldis.^Mli: i '"lî-:lir--lr-:- :^:- f"l!-
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t Ce peu de mots fera comprendre à la Chambre com- L €nt nous avons été conduits à examiner :
f Si le procédé de M. Daguerre est incontestablement r^e invention ;
« Si cette invention rendra à l'archéologie et aux beaux- •ts des services de quelque valeur ;
• Si elle pourra devenir usuelle;
• Enfin si l'on doit espérer que les sciences en tireront 3u*ti. »
Je reproduis plus loin dans cette Notice, avec quelques Sveloppements, les explications techniques dans lesuelles je suis entré dans mon rapport , que je terminais ■^ ce3 termes :
• Nous venons d'essayer de faire ressortir tout ce que L- découverte de M. Daguerre offre d'intérêt, sous le Uadruple rapport de la nouveauté, de l'utilité artistique, e la rapidité d'exécution et des ressources précieuses ue la science lui empruntera. Nous nous sommes efforcés B vous faire partager nos convictions, parce qu'elles >nt vives et sincères, parce que nous avons tout examiné, ut étudié avec le scrupule religieux qui nous était im- >sé par vos suffrages; parce que s'il eût été possible de éconnaître l'importance du daguerréotype et la place Cil occupera dans l'estime des hommes, tous nos doutes iraient cessé en voyant l'empressement que les nations rangères mettaient à se servir d'une date erronée, d'un It douteux, du plus léger prétexte, pour soulever des lestions de priorité, pour essayer d'ajouter le brillant îuron que formeront toujours les procédés photograliques, à la couronne de découvertes dont chacune
4«j LE DAGUERRÉOTYPE.
d'elles BC pare. N'oublions pas de le proclamer, toutsi
discussion sur ce point a cessé, moins encore en présenoÉJ
de litres d'antériorité authentiques, incontestables, m
lesquels MM. Niepce et Daguerre se sont appuyés, qul^
raison de l'incroyable perfection que M. Daguerre a obJ
li'jiuc. S'il le fallait, nous ne serions pas embarrassés d«^
produire ici dos témoignages des hommes les plusémiJ
nonts do l'Angleterre, de l'Allemagne, et devant lesqudd
pA lirait complètement ce qui a été dit chez nous de phi
llntleur, touchant la découverte de notre compatriote^
( «elle découverte, la France Ta adoptée ; dès le premid
moment elle s'est montrée fière de pouvoir en doter lîM
raloiueut le monde entier. Aussi n'avons-nous pas m
surpris du sentiment qu'a fait naître presque généralemei(
ilaus le public un passage de l'exposé des motifs , écril
à la suite d'un malentendu, et d'où semblait découler II
vousi\juence que radiuinistration avait marchandé avd|
riu\ autour: que les conditions pécuniaires du conlrall
qu'on >ous pa>pose de sanctionner, étaient le résultai
iruit rabais* Il importe de rétablir les faits. i
4 Januis le membre de la Chambre que M. le miuistïi
^.k* riutcriour avait ohor^ de ses pleins pouvoirs, ni
lUvtivhatKlc avec M. IVigrJterre* Leurs entretiens ont eidsl
sivati<tt: rvae sur le poiiic de savoir si la récorapeMi
vjuc i. iM*.\>e aiiisce a si ciea aientee serait une pensai Lascâ:c v>u juic :îCtr:itie lue rois payée. De prime Bboïtf M. IV^uenv jj-vr-^c ^ite .a siipoiation d'une somine HM vVi^:rvM':it;i. aji cvitc^Ttc i ::îc»er^ etiir le caractère mesqaîK c àiK* vcmv. l :t*.Mt ,*':a.v ;ms ie même d'une ûea3ff^ i. csi jsu: Jiftc ivîîSiOir ^uc ^ .\ls ir^cvîmpensez le guemo»
LE DAGUERRÉOTYPE. iG3
a été mutilé sur les champs de bataille, le magistrat a blanchi sur son siège; que vous honorez les familles Cuvier, de J ussieu , de Ohampollion. De pareils soulirs ne pouvaient manquer d'agir sur le caractère élevé M. Daguerre : il se décida à demander une pension. fut, au reste, d'après les intentions de M. le ministre l'intérieur, M. Daguerre lui-même qui en fixa le mont à 8,000 fr., partageables par moitié entre lui et son ocié, M. Niepce fils ; la part de M. Daguerre a depuis portée à 6,000 fr., soit à cause de la condition qu'on mposée spécialement à cet artiste, de faire connaître procédés de peinture et d'éclairage des tableaux du oraina actuellement réduits en cendres, soit surtout lison de l'engagement qu'il a pris de livrer au public 5 les perfectionnements dont il pourrait enrichir encore méthodes photographiques. L'importance de cet enjement ne paraîtra certainement douteuse à personne, sque nous aurons dit, par exemple, qu'il suffira m tout petit progrès pour que M. Daguerre arrive 'aide de ses procédés à faire le portrait des personnes antes. Quant à nous, loin de craindre que M. Daerre laisse à d'autres expérimentateurs le soin d'ajouter Çfô succès présents, nous avions plutôt cherché les D^ens de modérer son ardeur. Tel était même, nous |vouerons franchement, le motif qui nous faisait déifcr que vous déclarassiez la pension insaisissable et in- )le ; mais nous avons reconnu que cet amendement superflu , d'après les dispositions de la loi du 22 an VII et de l'arrêté du 7 thermidor an x. La com- WP^û) à l'unanimité des voix, n'a donc plus qu'à vous
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proposer d'adopter purement et simplement le prc loi du gouvernement. »
La Chambre des députés a bien voulu voter la 1 ce rapport sans aucune discussion.