‹ Œuvres complètes de François Arago (volume 2)Chapitre 78 sur 117 · OBSCURE · texte numérisé non relu

OBSCURE

Les alchimistes réussirent jadis à unir l'argent à l'un des éléments de l'acide marin. Le produit de la combinaison était un sel blanc qu'ils appelèrent lune ou argent corné *. Ce sel jouit de la propriété remarquable de noircir à la lumière, de noircir d'autant plus vite que les

i. Bans Touvrage de Fabricius (De rébus metallicis), imprimé en 1556, il est déjà longuement question d^une sorte de mine d'argent qu'on appelait argent corné, ayant la couleur et la transparence de la corne, la fusibilité et la mollesse de la cire. Cette sabstance, exposée à la lumière, passait du gris jaunâtre au violet, et par une action plus longtemps prolongée, presque au noir : c'était rargent corné naturel

L^ons qui le frappent sont plus vifs. Couvrez une feuille s papier d'une couche d'argent corné ou , comme on .* aujourd'hui, d'une couche de chlorure d'argent; atnez sur cette couche, à l'aide d'une lentille, l'image un objet ; les parties obscures de l'image, les parties ur lesquelles ne frappe aucune lumière, resteront blan- ■es; les parties fortement éclairées deviendront com- ^ment noires ; les demi-teintes seront représentées par 38 gris plus ou moins foncés.

Placez une gravure sur du papier enduit de chlorure ^argent et exposez le tout à la lumière solaire, la gra- 3re en dessus. Les tailles remplies de noir arrêteront crayons ; les parties correspondantes de l'enduit, celles ue ces tailles touchent et recouvrent , conserveront leur lancheur primitive. Là au contraire où l' eau-forte , le urin n'ont pas agi ; là où le papier a conservé sa demiiaphanéité, la lumière solaire passera et ira noircir la Duche saline. Le résultat nécessaire de l'opération sera onc une image semblable à la gravure par la forme, lais inverse quant aux teintes : le blanc s'y trouvera sproduit en nqir, et réci|>roqueraerit.

Ces applications de la si curieuse propriété du chloure d'argent, découverte par. les anciens alchimistes, •erableraient dévoir s'être pr&entées d'elles-mêmes et de >onne heure ; mais ce n'est pas ainsi que procède Tes- [mt humain. Il nous faudra deàçendro jusqu'aux preotièïçs années du xix* siècle pour trouver les premières traces de l'art photographique.

Alors Charles, notre compatriote; se /servira, dans ses ^urs, d'un papier enduit pour engendrer des silhouettes

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à l'aide de T action lumineuse. Charles est mort décrire la préparation dont il faisait usage; et comi âous peine de tomber dans la plus inextricable conft l'historien des sciences ne doit s'appuyer que sur documents imprimés, authentiques, il est de toute ji tice de faire remonter les premiers linéaments du n( art à un Mémoire de Wedgwood, ce fabricant si dans le monde industriel par le perfectionnement poteries et par l'invention d'un pyromètre destiné mesurer les plus hautes températures.

Le Mémoire de Wedgwood parut en 1802, dans le | numéro de juin du journal of ihe royal InstiMion (^\ Gréai Briiain. L'auteur veut, soit à l'aide de peaux, soi avec des papiers enduits de chlorure ou de nitrate d'argent, copier les peintures des vitraux des églises, copier des gravures, t Les images de la chambre obscure (nooi rapportons fidèlement un passage du Mémoire), il trouve trop faibles pour produire, dans un temps modéré,! de l'effet sur du nitrate d^ argent. » {The images foi by means of a caméra obscura hâve been found to k too faint to produce j in any moderate time, an effect t^' the nitrate of silver. )

Le commentateur de Wedgwood, l'illustre Huroptoï Davy, ne contredit pas l'assertion relative aux imagei de la chambre obscure. Il ajoute seulement, quant à liÀ qu'il est parvenu à copier de très-petits objets au microscope solaire, mais seulement à une courte distance de It lentille.

Au teste , ni Wedgwood , ni sir Humphry Davy ne trouvèrent le moyen , l'opération une fois terminée, d'en-

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r à leur enduit (qu'on nous passe l'expression), lever à la toile de leurs tableaux , la propriété de se cir à la lumière. Il en résultait que les copies qu'ils ent obtenues ne pouvaient être examinées au grand ; car au grand jour tout , en très-peu de temps , y it devenu d'un noir uniforme. Qu'était-ce, en vérité, ^gendrer des images sur lesquelles on ne pouvait • un coup d'œil qu'à la dérobée, et môme seulement L lumière d'une lampe ; qui disparaissaient en peu stants, si on les examinait au jour?

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